Réel
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Trempée Avant Même de la Toucher — Chapitre 1 · Trempée chaque mercredi, insatiable chaque nuit
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Trempée Avant Même de la Toucher
Chapitre 1 · Trempée chaque mercredi, insatiable chaque nuit
Le séminaire de psychologie clinique commençait à quatorze heures.
Aurore avait pris sa place vingt minutes avant. Pas par sérieux. Par calcul.
Elle avait choisi le siège du milieu, rangée du fond, angle légèrement décalé vers la gauche. De là, elle voyait l'ensemble de la salle sans avoir à tourner la tête. Elle voyait la porte. Elle voyait le couloir vitré derrière la porte. Elle voyait exactement où Cassandra s'installerait quand elle arriverait, parce que Cassandra s'installait toujours au même endroit. Troisième rang, côté fenêtre, sac posé sur le siège adjacent pour décourager les voisins.
Six semaines qu'elle observait ça.
Six semaines et elle aurait pu dresser un tableau. Heure d'arrivée : treize cinquante-huit, jamais avant, rarement après. Boisson : thermos noir, café, pas de gobelet jetable. Et puis le reste. Ce que le tableau n'aurait pas pu contenir.
Ce n'était pas les seins de Cassandra qui avaient tout déclenché.
Enfin. Si. Mais pas seulement.
C'était sa façon de poser les choses. Son thermos, son stylo, son téléphone retourné face contre la table, chaque objet placé avec une économie de gestes qui suggérait quelqu'un qui savait exactement combien d'espace il occupait dans le monde et avait décidé que c'était suffisant. Aurore avait regardé ces mains poser ces objets pendant six semaines et elle avait pensé à ces mains sur elle avec une précision qui lui faisait honte la journée et qu'elle cultivait la nuit avec une application presque studieuse.
Cassandra avait une poitrine lourde. Visible même sous les pulls. Se devinant dans le V de ses chemisiers avec une évidence tranquille que Cassandra ne semblait pas calculer. Et ces hanches. Ces fesses qui tendaient le tissu de ses jupes d'une façon qui rendait la concentration difficile à quiconque se trouvait dans l'angle.
Mais ce qui avait commencé l'obsession, vraiment commencé, le point d'origine qu'Aurore pouvait identifier avec précision si elle s'y forçait, c'était une chose beaucoup plus petite. Beaucoup plus idiote. Lors du deuxième séminaire, Cassandra avait eu froid. Elle avait croisé les bras sur sa poitrine, ce geste automatique, et le tissu de son pull avait été momentanément tendu d'une façon qui révélait la forme exacte de ce qu'il contenait. Trois secondes. Peut-être quatre. Puis Cassandra avait baissé les bras et repris son stylo.
Aurore s'en souvenait avec la netteté d'une photographie.
Elle s'en souvenait la nuit, les doigts entre les cuisses, et ça la rendait folle que ce soit aussi peu. Aussi bête. Aussi petit comme point de départ pour quelque chose qui avait pris autant de place.
La porte s'ouvrit à treize cinquante-sept.
Aurore le sut avant de lever les yeux. Elle reconnut le son, la façon dont Cassandra poussait les portes, pas vraiment différente des autres et pourtant. Elle leva les yeux.
Manteau caramel. Cheveux noirs attachés haut. Le thermos sous le bras et ce corps qui traversait la salle avec cette présence physique, ce poids dans l'air autour d'elle.
Aurore sentit quelque chose se contracter.
Pas entre ses cuisses encore. Plus haut. Dans la gorge. Un resserrement presque douloureux, le genre qu'elle connaissait depuis l'enfance pour avoir trop voulu quelque chose sans pouvoir le dire.
Cassandra posa son sac sur le siège adjacent. Troisième rang, côté fenêtre.
Évidemment.
La professeure commença à parler de troubles dissociatifs. Aurore ouvrit son carnet. Son stylo se mit à bouger, des mots, des schémas, des abréviations automatiques que ses mains produisaient pendant que son cerveau était ailleurs.
Entièrement ailleurs.
Elle regardait la nuque de Cassandra. Les petits cheveux qui dépassaient de l'attache, trop courts pour être retenus. La courbe entre le cou et l'épaule que le col du pull dégageait légèrement. Aurore pensa à mettre la bouche là. Pensa au goût. Pensa à comment ça serait, être assez proche pour sentir la chaleur de cette peau avant même le contact.
Son stylo continua d'écrire. Dépersonnalisation. Amnésie dissociative. Mécanismes de...
Elle pensa aux seins de Cassandra sous le pull.
La chaleur commença. Lente, progressive. Une onde qui partait du bas du ventre et descendait.
Aurore croisa les jambes.
La professeure fit défiler des diapositives sur les comportements compulsifs.
Aurore nota le titre sur sa page et son stylo s'arrêta là.
Elle connaissait ce cycle. Elle le vivait depuis six semaines avec une régularité que la professeure aurait peut-être trouvée intéressante cliniquement.
Tension : chaque séminaire, chaque fois que Cassandra entrait dans son champ de vision.
Compulsion : les nuits dans son studio, ses propres doigts, le fantasme qui avait des variantes maintenant, qui s'était complexifié, qui avait des détails précis et des détails qui changeaient selon les soirs. Soulagement. Et puis autre chose, pas vraiment de la honte, plutôt une conscience aiguë d'elle-même, une petite voix qui disait encore avec un mélange de reproche et de quelque chose qui ressemblait à de la fascination.
Tension : chaque séminaire, chaque fois que Cassandra entrait dans son champ de vision.
Compulsion : les nuits dans son studio, ses propres doigts, le fantasme qui avait des variantes maintenant, qui s'était complexifié, qui avait des détails précis et des détails qui changeaient selon les soirs. Soulagement. Et puis autre chose, pas vraiment de la honte, plutôt une conscience aiguë d'elle-même, une petite voix qui disait encore avec un mélange de reproche et de quelque chose qui ressemblait à de la fascination.
Cassandra prit une note. Aurore regarda sa main tenir le stylo.
Elle pensa à cette main entre ses cuisses.
Elle dut regarder ailleurs.
À quinze heures vingt, la professeure annonça une pause de dix minutes.
Cassandra se leva, s'étira. Un étirement franc, les bras levés, le dos arqué, et son pull remonta légèrement au-dessus de sa ceinture. Une bande de peau apparut. Peau brune, deux centimètres, trois peut-être, dans le creux des reins.
Aurore cessa de respirer pendant exactement la durée de cet étirement.
Puis Cassandra baissa les bras et sortit dans le couloir.
Aurore resta assise. Autour d'elle, les gens se levaient, s'échangeaient des cigarettes, consultaient leurs téléphones. Elle posa son stylo et regarda ses mains sur le carnet.
Entre ses cuisses il y avait une humidité qui n'était pas nouvelle, qui était là depuis le début du séminaire en réalité, mais qui avait franchi un palier pendant l'étirement. Sa culotte collait. Elle sentait la chaleur pulser de sa propre chatte à travers le tissu de son jean et elle pensa, très clairement : si je mets la main là maintenant ça prendra trente secondes.
Elle ne le fit pas.
Elle prit son téléphone et fit semblant de lire quelque chose.
Cassandra revint de la pause avec deux cafés. Elle en posa un sur le bureau de la professeure sans un mot, comme si c'était naturel, comme si elle avait pensé à ça en passant. La professeure la remercia. Cassandra retourna à sa place.
Ce détail, ce café pour quelqu'un d'autre, cette attention portée en passant, fit quelque chose de pas très raisonnable à Aurore.
Elle nota dans la marge de son carnet, sans réfléchir : pourquoi ça.
Puis elle referma le carnet.
Lors du séminaire de la semaine précédente, Cassandra avait ramassé un stylo qu'elle avait fait tomber. Elle s'était penchée et en se relevant elle avait rencontré le regard d'Aurore par accident. Une demi-seconde. Puis elle avait détourné les yeux.
Depuis, Aurore avait pensé tous les jours à cette demi-seconde. Avait construit là-dessus. Avait décidé, sans preuve, sans rien, avec la pure mécanique du désir qui fabrique ce dont il a besoin, que dans cette demi-seconde Cassandra avait su. Avait lu quelque chose. Avait choisi de détourner les yeux plutôt que d'y répondre, ce qui était différent de ne pas voir.
Elle savait que c'était peut-être faux.
Cette possibilité ne changeait rien.
La deuxième heure du séminaire. La professeure parlait de cas cliniques maintenant, une voix égale et précise qui remplissait la salle. Aurore écrivait par automatisme. Sa main gauche tenait le stylo. Sa main droite était posée à plat sur sa cuisse.
Elle regardait la nuque de Cassandra.
Les petits cheveux. La courbe de l'épaule. Et quand Cassandra se penchait légèrement sur ses notes, le col du pull s'écartait d'un millimètre et on devinait la naissance de quelque chose, rien, juste la peau qui commençait là.
La main droite d'Aurore glissa de deux centimètres sur sa cuisse.
Elle s'arrêta.
La professeure continuait. Quelqu'un toussait, deux rangées devant. Un téléphone vibra discrètement quelque part. La vie normale d'un séminaire universitaire, cette attention collective diffuse, les stylos et les claviers et les gens qui regardaient par la fenêtre.
La main d'Aurore bougea encore.
Jusqu'au bord de sa cuisse. Jusqu'à l'intérieur. Elle appuya doucement à travers le jean, sentit sa propre chaleur sous le tissu, et son souffle se modifia imperceptiblement, une légère irrégularité que personne n'entendit.
Elle pensa à la peau de Cassandra dans le creux des reins.
Sa paume pressa plus fort.
Elle retira sa main. La reposa sur le carnet, stylo entre les doigts, posture d'étudiante. Son cœur battait un peu vite. Entre ses cuisses, la chaleur pulsait avec une insistance qui devenait difficile à ignorer. Sa culotte était humide depuis une heure. Depuis l'étirement, depuis les deux centimètres de peau brune.
Elle regarda Cassandra prendre une note. Pensa à la bouche de Cassandra. Pensa à la bouche de Cassandra sur elle, sur l'anneau du piercing, à sa langue qui jouerait avec le métal.
Sa main retourna sur sa cuisse toute seule.
Ce soir-là dans son studio, Aurore n'attendit pas.
Elle posa son sac par terre sans même allumer le plafonnier, juste la lampe de chevet, cette lumière orangée qu'elle préférait parce qu'elle rendait sa propre peau plus chaude dans le miroir. Elle s'assit sur le bord du lit.
Elle pensa à l'étirement. Les deux centimètres de peau dans le creux des reins.
Sa main alla à la ceinture de son jean.
Elle s'arrêta.
Lentement, se dit-elle. Pas comme ce matin. Lentement.
Elle se leva et alla orienter le miroir, le grand, celui en appui contre le mur en face du lit. S'assit sur le lit en face.
Dans le miroir : elle. Vingt-deux ans, cheveux châtains défaits, les joues encore légèrement rouges du froid dehors. Le jean. Le pull. Et sous le pull, ses tétons percés, les deux, des anneaux fins en acier chirurgical qui ne se voyaient pas de l'extérieur mais qu'elle sentait constamment, ce poids minuscule et précis qui lui rappelait leur existence à chaque mouvement.
Elle retira le pull.
Dans le miroir : le soutien-gorge en dentelle noire, et à travers la dentelle les anneaux qui déformaient légèrement le tissu. Elle les regarda. Glissa les bretelles sur ses épaules et fit descendre les bonnets.
Ses seins dans la lumière orangée. Les anneaux. Elle les toucha, pas pour se faire du bien encore, juste pour sentir le métal froid et lisse entre ses doigts, la façon dont tirer très doucement envoyait quelque chose directement en bas.
Elle pensa aux seins de Cassandra.
Sa main s'arrêta sur son propre anneau.
Elle pensa : est-ce qu'elle a des piercings. Elle ne savait pas. Elle ne pouvait pas savoir. Cette question idiote et sans réponse l'excitait d'une façon qu'elle ne pouvait pas expliquer, précisément parce qu'elle ne savait pas. Parce qu'il y avait des choses du corps de Cassandra qu'elle ne connaissait pas et qu'elle inventait la nuit avec une minutie d'architecte.
Elle tira doucement sur l'anneau gauche.
Le son qu'elle émit était petit, involontaire. Elle le laissa exister dans le silence du studio.
Le jean ensuite. Debout devant le miroir pour le faire descendre, ce moment qu'elle avait appris à regarder, ses propres gestes dans la lumière de la lampe, se regarder se déshabiller avec un détachement qui n'en était pas vraiment un. Sa culotte : coton noir, humide déjà. Visible dans le miroir, la tache sur le tissu, la trace de ce que le séminaire lui avait fait.
Elle y pensa. La laissa là encore un moment.
Dans le fantasme qu'elle construisait depuis six semaines, Cassandra était assise sur ce lit. Pas allongée. Assise, dos au mur, les jambes légèrement écartées, et elle regardait Aurore avec ce regard calme qu'elle avait dans la vraie vie, ce regard qui lisait les choses sans les disséquer. Dans le fantasme ce regard était posé sur elle, sur ce qu'elle faisait, et c'était suffisant pour changer la nature de chaque geste.
Aurore fit descendre sa culotte.
Dans le miroir : le piercing. L'anneau vertical sur son clitoris, l'or rose contre sa peau, qu'elle avait depuis dix-huit mois et qui avait changé quelque chose. Pas seulement dans la sensation mais dans la façon dont elle se regardait, dans le fait qu'il y avait là un détail secret que les vêtements cachaient et qui existait quand même, constamment, contre la dentelle de ses culottes ou contre rien.
Elle s'allongea sur le lit.
Elle commença par les tétons parce qu'elle avait appris que ça changeait tout si elle prenait le temps. Main gauche sur le sein droit, l'anneau entre le pouce et l'index, une traction lente, puis des cercles autour. Pas l'anneau, la peau autour, les terminaisons nerveuses qui rayonnaient de ce point central. Elle regardait sa propre main dans le miroir faire ça. Regardait son visage.
Son visage dans ces moments-là elle ne le reconnaissait pas complètement. Quelque chose se défaisait. La mâchoire. Le contrôle autour des yeux.
Elle pensa à Cassandra qui la regarderait faire ça.
Dans le fantasme Cassandra disait : continue. Rien d'autre. Juste ce mot avec cette voix grave et calme.
Aurore tira sur l'anneau plus fort.
Son dos se décolla du matelas d'un centimètre.
Sa main droite descendit.
Lentement. Elle longea son ventre, sentit les muscles se contracter sous ses doigts, atteignit le haut de sa fente. S'arrêta là. Juste sentir la chaleur qui rayonnait, l'humidité dans l'air à ce centimètre de distance avant le contact.
Cassandra, dans le fantasme, regardait cette main s'approcher.
Aurore toucha l'anneau du piercing.
La décharge fut immédiate. Pas intense encore, juste le rappel de ce que le métal conduisait différemment, de comment l'anneau transmettait la pression et la démultipliait. Elle bougea l'anneau latéralement, très peu, juste le déplacer sur le capuchon du clitoris. Ses cuisses s'écartèrent davantage sans décision consciente.
Elle chercha sa fente du bout des doigts.
Elle était trempée. Pas mouillée. Trempée, le genre d'humidité qui descendait le long des grandes lèvres et atteignait la face interne de ses cuisses, qui rendait tout glissant avant même qu'elle ait commencé vraiment. Elle glissa deux doigts le long de sa fente, de haut en bas, recueillit cette humidité, la remonta sur son clitoris.
Dans le miroir elle vit sa propre main travailler. Vit le piercing. Vit ses cuisses écartées.
Cassandra, dans le fantasme, dit : je veux voir.
Elle enfonça un doigt.
La chaleur, l'étroitesse, le pulsé de son propre vagin autour de ce doigt. Elle ferma les yeux une seconde puis les rouvrit, forçant le contact avec son reflet. Elle voulait voir. Elle avait besoin de cette dissonance : son visage ordinaire, ses cheveux défaits sur l'oreiller, et sa main en train de faire ça.
Elle bougea le doigt lentement. Long retrait, longue pénétration. Sentit ses parois se contracter à chaque rentrée. Elle chercha l'angle, elle connaissait son anatomie par cœur, savait exactement où presser, mais ce soir elle voulait prendre le temps de chercher comme si elle ne savait pas. Comme si c'était une autre main.
La main de Cassandra.
Un deuxième doigt.
L'étirement changea la sensation immédiatement. Ses parois s'accommodèrent, serrèrent les deux doigts, et elle mit la paume à plat contre son clitoris en même temps, l'anneau entre sa paume et son capuchon.
Oh.
Le son dans le studio. Elle ne le retint pas.
Elle pensa à la bouche de Cassandra.
Dans le fantasme, Cassandra était entre ses cuisses. La masse de ses cheveux noirs défaits, elle n'avait jamais vu les cheveux de Cassandra défaits mais elle les imaginait épais, lourds, qui tomberaient en avant. Et cette bouche sur elle. Sur l'anneau. La langue qui jouerait avec le métal et ce que ça ferait.
Aurore accéléra.
Ses doigts allaient et venaient avec régularité, la paume heurtant son clitoris à chaque rentrée, le son humide et obscène de sa propre chatte trempée remplissant le silence. Elle gardait les yeux ouverts, sur le miroir, sur elle-même, sur ce spectacle qu'elle se donnait. Ses seins qui bougeaient à chaque mouvement, les anneaux qui oscillaient.
Elle retira les doigts. Elle regarda sa main luisante dans la lumière orangée.
Sa cyprine brillait sur ses doigts. Elle les regarda vraiment, le temps d'une respiration, avant de continuer.
Elle pensa à une chose précise. Lors du séminaire de la semaine passée, Cassandra avait ramassé un stylo. En se relevant elle avait croisé le regard d'Aurore par accident. Une demi-seconde. Puis elle avait détourné les yeux.
Aurore avait décidé, sans preuve, avec la pure mécanique du désir qui fabrique ce dont il a besoin, que dans cette demi-seconde Cassandra avait su. Avait lu quelque chose. Avait choisi de détourner les yeux plutôt que d'y répondre.
Ce qui était différent de ne pas voir.
Elle glissa trois doigts à l'intérieur.
L'étirement cette fois franchissait une frontière. Elle inspira par la bouche. Ses parois résistèrent une seconde, la tension douce de l'accommodation, puis cédèrent et serrèrent les trois doigts avec une chaleur qui se répandit jusqu'au creux de ses reins.
Dans le fantasme Cassandra regardait. Ne disait rien. Regardait seulement avec ce regard calme, patient, qui prenait le temps de tout.
Tu peux, dit la Cassandra du fantasme.
Aurore enfonça les doigts jusqu'à la paume.
Elle se donna le temps. Longs va-et-vient, trois doigts, la paume contre le clitoris et l'anneau entre les deux. Elle avait trouvé le rythme, lent et profond, qui construisait quelque chose de plus massif qu'une montée rapide. Son vagin avait cessé de résister et serrait maintenant autour d'elle régulièrement, des contractions involontaires qui venaient de l'intérieur.
Elle pensa : plus.
La pensée arriva sans décision vraiment. Elle la laissa exister.
Elle ressortit ses doigts. Regarda sa main. Regarda le miroir.
Dans le fantasme, Cassandra dit : si tu veux.
Aurore plia le pouce contre sa paume.
Elle avait fait ça une fois. Une seule, il y a quatre mois, seule, avec du lubrifiant et beaucoup de temps et l'impression après d'avoir touché quelque chose d'interdit dans sa propre géographie. Elle n'avait pas recommencé. Pas parce que c'était douloureux, ça ne l'avait pas été, ou pas seulement, ou la douleur avait existé dans ce registre particulier où elle et le plaisir ne se distinguent plus, mais parce que ça lui avait fait quelque chose de trop réel, de trop intérieur.
Ce soir elle voulait le faire en pensant à Cassandra.
Elle prit le lubrifiant dans le tiroir. S'en enduisit la main généreusement, sentit le froid du gel qui se réchauffait contre sa paume. Se rallongea. Reprit position face au miroir.
Ses propres yeux dans le reflet. Elle ne les quitta pas.
Elle commença par deux doigts, se préparer à nouveau, sentir l'ouverture, la chaleur qui revenait immédiatement. Puis trois. Ses hanches bougèrent pour aller à la rencontre. Puis l'annulaire rejoignit les trois autres et elle marqua un arrêt, respira, sentit l'étirement franchir un palier.
Respire, dit la Cassandra du fantasme.
Elle respira.
Son pouce plié contre sa paume. La main qui progressait en rotation lente. La résistance. La frontière. Son vagin qui décidait.
Elle s'arrêta là. Inspira. Les muscles se relâchèrent.
Sa main entra.
Le son qu'elle fit n'avait pas de nom propre.
Quelque chose entre le soupir et la plainte, quelque chose qui venait de très loin à l'intérieur, une réponse à une plénitude qu'elle n'avait pas les mots pour décrire complètement. Elle était remplie différemment des doigts seuls, différemment de tout ce qu'elle connaissait. Une présence au centre de son corps qui touchait des choses que rien d'autre n'atteignait.
Dans le miroir elle vit ses propres yeux. Très noirs. Très ouverts.
Dans le fantasme Cassandra était assise sur le bord du lit. Elle avait posé sa main sur le genou d'Aurore, juste là, le genou, rien d'autre, et ce contact minimal existait dans le fantasme avec une netteté presque plus réelle que ce qui se passait vraiment.
Aurore bougea sa main à l'intérieur d'elle-même.
Très peu. Pas un va-et-vient complet, juste une rotation, une légère flexion des doigts, une pression de l'intérieur vers l'avant. La sensation se répercuta en vagues vers son clitoris, vers ses reins, vers un endroit qu'elle ne savait pas nommer mais sentait clairement.
Elle mit son autre main sur son clitoris. Sur l'anneau.
La pression double ferma quelque chose dans son cerveau.
Le fantasme perdit sa cohérence. Cassandra était toujours là mais fragmentée. La nuque. Les deux centimètres de peau dans le creux des reins. La façon dont elle avait dit exactement dans une discussion de séminaire il y a trois semaines avec une conviction qui avait fait quelque chose à Aurore. Puis les seins de Cassandra. Ses mains. Son regard calme et patient.
Aurore pensa fugacement, sans raison, le cerveau qui dérape, à une question d'examen qu'elle n'avait pas préparée.
Puis le plaisir reprit tout l'espace.
Elle pressa plus fort sur son clitoris. Sa main à l'intérieur d'elle-même restait presque immobile mais la conscience de sa présence suffisait. Elle était pleine. Elle se touchait de l'intérieur et de l'extérieur simultanément et ses parois se contractaient autour de sa propre main avec une régularité qui devenait incontrôlable.
Cassandra.
Elle ne sut pas si elle l'avait dit à voix haute ou seulement pensé très fort.
Le premier spasme la prit par surprise. Pas la montée, elle sentait la montée depuis plusieurs minutes, mais l'instant exact, la bascule, le moment où son corps décida. Ses hanches se soulevèrent du matelas. Ses cuisses se serrèrent autour de son poignet. Ses doigts à l'intérieur sentirent les contractions de son vagin depuis l'intérieur, les parois qui se resserraient en vagues sur sa main, ce détail insensé, sentir son propre orgasme depuis l'intérieur.
Elle cria.
Pas fort. Un son réel, involontaire, qui traversa la pièce et disparut dans les murs du studio.
Les contractions se succédèrent. Elle maintint la pression sur son clitoris jusqu'à ce que ça devienne trop, jusqu'à ce qu'elle dût retirer sa main parce que la sensibilité avait basculé dans quelque chose de douloureux.
Sa main ressortit lentement.
Elle la regarda dans le miroir. Les yeux encore très noirs. La respiration qui revenait progressivement. Une mèche de cheveux en travers de sa bouche.
Elle ne la retira pas tout de suite.
Le plafond. La lampe de chevet orangée. Le silence du studio avec dedans le bruit de sa propre respiration qui se calmait.
Elle pensa à Cassandra dans son appartement à elle, en ce moment, qui ne savait pas. Qui était peut-être en train de faire quelque chose d'ordinaire. Dîner, lire, regarder quelque chose sur son téléphone. Dans une ignorance totale de l'usage qu'Aurore avait fait de son image ce soir.
Cette pensée ne produisit pas de honte.
Pas ce soir.
Ce soir elle produisit quelque chose de plus chaud, de moins nommable. Quelque chose qui ressemblait à un secret bien gardé.
Aurore se leva pour aller aux toilettes. En passant devant le miroir elle s'arrêta une seconde. Les anneaux aux tétons. Le piercing. Les traces de cyprine séchée sur l'intérieur de ses cuisses.
Elle se regarda et elle pensa : mercredi il y a séminaire.
Cette pensée continua de tourner quelque part pendant qu'elle se réchauffait les mains sous l'eau. Pendant qu'elle retournait dans la chambre et ramassait son pull par terre.
Elle ne prit pas la résolution de rien du tout.
Mais mercredi, treize heures quarante, elle serait là vingt minutes avant.
Elle le savait sans avoir à vérifier.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
Merci beaucoup.
Merci pour ce partage.