Réel
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La Chienne de la Rangée du Fond: Chatte Mouillée en Amphi — Chapitre 1 · Histoire d'une masturbation publique et d'une obsession silencieuse
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La Chienne de la Rangée du Fond: Chatte Mouillée en Amphi
Chapitre 1 · Histoire d'une masturbation publique et d'une obsession silencieuse
Le mercredi matin, Aurore arrivait toujours en retard.
Pas beaucoup. Trois minutes, quatre, jamais plus. Juste assez pour entrer pendant que le cours avait déjà commencé, pendant que les cent soixante têtes étaient orientées vers l'estrade, pendant que personne ne la regardait vraiment monter l'allée centrale avec ses bottines qui claquaient malgré elle sur le carrelage.
Elle aimait ces trois minutes de retard. Elle les cultivait.
Ce matin, elle portait une jupe en velours bordeaux qui s'arrêtait haut sur ses cuisses, un body noir à manches longues, et rien d'autre en dessous. Rien entre le tissu du body et sa peau, sauf le piercing. La bille de métal froid contre son clitoris à chaque pas, à chaque mouvement, rappel constant et discret de ce qu'elle cachait sous le velours.
Elle avait aussi la langue percée. Le septum. Et sous la jupe, sur le mont de Vénus rasé, un tatouage au trait fin représentait le symbole lesbien, deux cercles entrelacés avec leurs croix féminines, que personne dans cet amphithéâtre ne verrait jamais. Sauf si elle le décidait.
La pensée la fit légèrement trébucher sur la dernière marche.
Elle trouva une place au fond à gauche, rangée ultime, angle mort du professeur. Elle connaissait tous les angles morts de cet amphithéâtre. Elle avait passé le premier mois du semestre à les cartographier.
Elle posa son sac sur le siège adjacent. Sortit son cahier. Leva les yeux vers l'estrade.
Léa était deux rangées devant elle, légèrement sur la droite. Aurore la vit avant même de s'asseoir complètement.
Vingt-deux ans, cheveux noirs coupés court sur la nuque, un duvet de velours que la lumière de l'amphithéâtre rendait visible quand elle penchait la tête sur son cahier. Elle penchait la tête souvent. Elle prenait des notes à la main, un stylo quatre couleurs qu'elle faisait tourner entre ses doigts pendant les pauses. Ses mains étaient longues. Ses doigts étaient longs.
Aurore notait ses mains depuis huit semaines.
Elles s'étaient parlé exactement trois fois. Une fois pour emprunter un stylo. Une fois dans la file du self universitaire. Une fois dans l'escalier du bâtiment B, un échange de douze secondes sur le partiel de la semaine suivante, pendant lesquelles Léa avait posé sa main sur la rampe à trente centimètres de la main d'Aurore et Aurore avait pensé à cette proximité pendant les cinq jours suivants.
En bas, le professeur Marchais continuait son cours sur les comportements compulsifs. Sa voix grave et régulière remplissait l'espace, rebondissait sur les murs en béton.
Aurore n'écoutait pas. Elle regardait la nuque de Léa.
Le fantasme avait commencé six semaines plus tôt, dans son lit, un dimanche matin. Il avait commencé innocemment, le mot était absurde mais c'était le seul qui convenait. Elle pensait à Léa, à ses mains sur le stylo quatre couleurs, et sa propre main était descendue vers son ventre d'un geste à moitié inconscient, et dix minutes plus tard elle était en sueur avec deux doigts enfoncés jusqu'à la base en appelant le prénom de quelqu'un qu'elle connaissait à peine.
Depuis, le fantasme avait grossi. Mûri. Il avait développé sa propre architecture, ses propres règles internes, des scènes précises qui revenaient chaque soir avec la régularité d'un rituel.
Dans le fantasme principal, Léa la regardait. C'était aussi simple et aussi violent que ça. Léa la regardait et ne détournait pas les yeux, et dans ce regard calme et total il y avait quelque chose qui ressemblait à une possession tranquille, à une autorité exercée sans effort, et Aurore dans le fantasme ne pouvait pas soutenir ce regard et baissait les yeux et Léa disait, de cette voix qu'Aurore avait entendue trois fois en douze secondes dans un escalier :
-- Montre-moi.
La main droite d'Aurore était posée sur sa cuisse. Elle s'en aperçut avec un temps de retard. Ses doigts traçaient de petits cercles sur le velours de sa jupe, une pression légère, et la chaleur entre ses jambes n'avait rien à voir avec la température de la salle.
Elle jeta un regard latéral. La fille à sa droite regardait son téléphone sous la table, les écouteurs dans les oreilles. Le garçon à sa gauche dormait, la tête penchée, les bras croisés sur sa veste.
Aurore reporta les yeux sur la nuque de Léa. Sa main droite remonta de quelques centimètres.
Elle connaissait ce moment. Elle le reconnaissait au ralentissement de tout, à la façon dont l'amphithéâtre devenait périphérique, bruit de fond, décor. Elle l'avait vécu trois fois déjà dans cet amphithéâtre, chaque mercredi depuis un mois, et chaque fois elle était allée un peu plus loin que la semaine précédente.
Le bord de la jupe. Ses doigts sous le tissu sur sa cuisse nue. Sa respiration se modifia imperceptiblement.
Dans le fantasme, c'était toujours la même pièce. Une chambre abstraite avec une lumière chaude et un miroir en pied contre le mur du fond. Léa était assise sur le bord du lit. Habillée. Dans le fantasme elle était toujours habillée, c'était important, cette asymétrie, Léa entièrement vêtue et Aurore progressivement pas.
-- Assieds-toi, disait Léa. Le ton n'était pas une suggestion.
Aurore s'asseyait, et Léa la regardait avec cette attention neutre et totale, et puis Léa disait, du même ton :
-- Montre-moi le tatouage.
Aurore dans le fantasme relevait sa jupe. Lentement. Sentait le regard de Léa descendre sur son mont de Vénus rasé, sur les deux cercles entrelacés du tatouage, et Léa tendait un doigt et le posait dessus, exactement dessus, la pulpe de son index sur l'encre.
-- Ça, disait Léa. Ça veut dire que tu m'appartiens. Dis-le.
-- Je suis à toi.
-- Non. La voix restait calme, presque douce, ce qui était pire que si elle avait été dure. Dis ce que tu es vraiment. Dis le mot.
Aurore dans le fantasme sentait ses joues brûler. Sa gorge se serrait. Et c'était précisément cette honte, ce rose aux joues, cette impossibilité de soutenir le regard de Léa, qui faisait que ses cuisses s'ouvraient davantage d'elles-mêmes, comme si son corps répondait à l'humiliation avant que sa tête ait fini de la traiter.
-- Je suis ta chienne, disait Aurore.
-- Bien, disait Léa.
Ce seul mot envoyait une décharge dans tout le corps d'Aurore.
-- Maintenant touche-toi. Et ne t'arrête pas tant que je ne te le dis pas.
Sous la jupe, ses doigts atteignirent le bord de sa culotte. Le tissu était déjà humide. Elle le savait avant de le toucher, elle le savait depuis qu'elle avait posé les yeux sur la nuque de Léa en entrant dans l'amphithéâtre, depuis les trois minutes de retard dans le couloir où la bille du piercing cognait contre elle à chaque pas. Son corps avait commencé à se préparer bien avant que sa tête donne la moindre instruction.
Elle fit glisser le tissu sur le côté.
Le premier contact direct, sa propre pulpe contre ses lèvres gonflées, sans intermédiaire, lui fit fermer les yeux une seconde. Juste une. Elle les rouvrit immédiatement. Deux rangées devant, Léa penchait la tête sur son cahier. Le duvet de sa nuque dans la lumière.
Aurore enfonça l'index. Lentement. Une lenteur délibérément frustrante qu'elle s'imposait parce que la rapidité aurait déclenché quelque chose que le contexte ne permettait pas encore. Elle sentit ses parois se refermer autour de son doigt avec une avidité qui lui fit monter du rouge aux joues, ce réflexe de honte qui revenait toujours, qui faisait partie de l'ensemble, qu'elle n'essayait plus de supprimer parce qu'elle avait compris depuis longtemps qu'il nourrissait le reste.
Elle s'arrêta à mi-chemin. Immobile. Sentit son propre corps battre autour de son doigt.
En bas, le professeur Marchais parlait des mécanismes de dissociation. Aurore trouvait ça légèrement drôle.
Elle ajouta le majeur. Le son fut microscopique, inaudible dans le bruit général de l'amphithéâtre. Elle l'entendit néanmoins, ce clapotis discret et humide, cette preuve sonore de son propre état, avec une acuité qui lui brûla les joues et les oreilles et descendit directement dans son ventre.
Dans le fantasme Léa la regardait faire. Elle ne participait pas encore. Elle regardait, les mains posées sur ses propres genoux, avec cette expression de propriétaire qui évalue ce qui lui appartient, et Aurore sous ce regard ne pouvait pas ralentir même si elle en avait voulu.
-- Tu as l'air d'une vraie petite salope, disait Léa. Conversationnel. Presque affectueux. Tu savais ça ?
Aurore ne répondait pas. Elle continuait à bouger ses doigts.
-- Je t'ai posé une question.
-- Oui, disait Aurore.
-- Oui quoi. Dis la phrase entière.
Une pause. Ses propres doigts qui ne s'arrêtaient pas pendant la pause.
-- J'ai l'air d'une vraie petite salope.
-- C'est pas l'air, disait Léa. T'en es une. Regarde-toi. Tu te branles devant moi comme une petite chienne en chaleur et t'es même pas capable de t'arrêter. Un temps. Essaie.
Aurore essayait. Ses doigts ralentissaient. Une seconde, deux, le ralentissement était une torture pire que le mouvement, et puis ses hanches cherchaient le contact d'elles-mêmes et elle ne pouvait plus.
-- Voilà, disait Léa. Tu vois ce que t'es.
-- Oui.
-- Dis-le.
-- Je suis une chienne. Je peux pas m'arrêter. Je peux pas m'arrêter de me branler devant toi.
-- Bien. Maintenant trois doigts. Et dis-moi ce que tu veux vraiment.
Trois doigts. Aurore avait attendu une fenêtre, le garçon de gauche toujours endormi, la fille de droite les yeux sur son téléphone, personne dans son champ périphérique immédiat qui regardait dans sa direction. Puis elle avait ajouté l'annulaire.
L'étirement fut immédiat et complet. Ses parois s'ouvrirent pour accommoder les trois doigts et cette sensation d'être remplie, de ne plus pouvoir se contracter normalement, était précisément ce que son corps réclamait depuis qu'elle avait posé les yeux sur la nuque de Léa. Elle dut fermer la bouche avec soin pour retenir le son.
Trois doigts enfoncés jusqu'à la deuxième phalange. Son pouce libre effleura la bille du piercing, la stimulation combinée lui fit serrer les dents avec une violence qui laissa une douleur nette à l'intérieur de la joue.
Elle bougea. Un mouvement de va-et-vient infime, ses articulations seulement, ses poignets immobiles, ses épaules immobiles, son visage orienté vers le bas comme une étudiante qui relit ses notes. Le bruit humide fut réel. Elle l'entendit deux fois, trois fois, le son mouillé et obscène de ses propres doigts dans sa propre chatte trempée au milieu de cent soixante personnes qui ne savaient pas.
La fille à droite bougea sur son siège. Aurore se figea. Compta jusqu'à cinq. La fille ne se retourna pas.
Elle recommença.
Dans le fantasme Léa s'était levée. Elle s'approchait du lit où Aurore était assise, cuisses ouvertes, trois doigts à l'intérieur, et elle s'agenouillait entre ses jambes et regardait de près avec cette attention clinique et précise, le visage à quelques centimètres du sexe d'Aurore, et Aurore sentait son souffle chaud et ne pouvait pas se refermer.
-- Tu pues le désir, disait Léa. Tu te rends compte de ça ? Tu dégoulines.
Aurore ne répondait pas.
-- Réponds-moi quand je te parle.
-- Oui.
-- Oui je me rends compte que je dégouline. Dis la phrase.
-- Oui, disait Aurore, la voix cassée. Je me rends compte que je dégouline.
-- Bien. Léa posait ses deux mains sur les cuisses intérieures d'Aurore et les écartait encore, forçant l'ouverture, et Aurore laissait faire. Maintenant dis-moi ce que tu veux que je fasse.
Le silence durait.
-- Si tu le dis pas tu as rien. La voix restait neutre. C'était ça le pire, cette neutralité, cette absence de cruauté visible, qui rendait l'humiliation plus propre et plus totale. Alors dis.
-- Je veux ta main, disait Aurore dans le fantasme.
-- Toute ma main ?
-- Oui.
-- Dis-le correctement. Dis exactement ce que tu veux.
Aurore dans le fantasme fermait les yeux. Les rouvrait.
-- Je veux que tu mettes ton poing dans ma chatte.
Léa souriait. Ce sourire infime qu'Aurore avait construit de toutes pièces et qui était devenu aussi réel que la lumière dans la salle.
-- Montre-moi que t'es assez ouverte pour ça.
Quatre doigts. Ses quatre doigts ensemble et son pouce replié vers sa paume, maladroitement, l'angle difficile, la position pas tout à fait la bonne mais la pression était là, totale, l'étirement à la limite de ce qu'elle pouvait absorber silencieusement.
Ses hanches cherchèrent le contact. Elle les bloqua en appuyant son pied à plat sur le sol. En fixant un point précis du plafond. En comptant mentalement, une habitude qu'elle avait développée pour ne pas gémir dans des espaces publics.
Ses parois étaient tendues autour de ses quatre doigts, contractées, pulsantes, et chaque infime mouvement de ses articulations transmettait une pression qui remontait jusqu'à ses reins, jusqu'à sa gorge.
Le bruit humide était plus fort maintenant. Inévitable.
Elle posa sa main libre sur sa bouche, un geste qui pouvait passer pour de la concentration, et maintint.
Dans le fantasme, Léa disait : plus profond.
Aurore poussa.
Le fantasme était dans son territoire le plus profond. Léa avait retiré les doigts d'Aurore. Et les remplaçait par sa main entière, lentement, avec une patience et une précision qui rendait l'attente intolérable, et Aurore sentait l'étirement progressif, l'ouverture, ses muscles qui cédaient l'un après l'autre.
-- Détends-toi, disait Léa.
-- Je...
-- Je t'ai pas demandé de parler. Détends-toi.
Et Aurore se détendait. Parce que Léa le disait. Parce que son corps avait appris dans l'espace du fantasme à obéir à cette voix avant que sa tête ait terminé de traiter l'instruction, et cette obéissance réflexe était la chose la plus érotique qu'Aurore ait jamais ressentie, cette dissolution de sa propre volonté dans quelque chose de plus grand, de plus certain, quelque chose qui savait mieux qu'elle ce dont elle avait besoin.
La main de Léa entrait. Le pouce en dernier, replié dans la paume, et puis la partie la plus large, les articulations, et Aurore dans le fantasme s'ouvrait autour, s'ouvrait complètement, et le poing de Léa était à l'intérieur d'elle et immobile et Aurore ne pouvait plus penser.
-- Tu sens ça ? disait Léa.
-- Oui, soufflait Aurore.
-- Tu sens que t'es pleine ?
-- Oui.
-- Tu sens que tu m'appartiens complètement ?
Une pause. Ses mains à elle, dans l'amphithéâtre, poussaient aussi loin que la position le permettait, le pouce maladroitement replié, la pression brutale et précise contre sa paroi antérieure.
-- Oui, disait Aurore dans le fantasme et dans l'amphithéâtre simultanément, sans son, juste les lèvres qui formaient le mot.
-- Alors dis-moi que t'es ma petite chienne.
-- Je suis ta petite chienne. Les contractions avaient commencé. Je suis ta putain, je suis tout ce que tu veux, je t'appartiens, Léa, je t'appartiens.
Elle vint sans avertissement.
Ses parois se contractèrent autour de ses quatre doigts en séries de spasmes violents et irréguliers que ses muscles de cuisse ne pouvaient pas masquer entièrement. Ses jambes tremblaient, visiblement, une vibration fine et continue.
Elle n'émit aucun son. Ce fut la chose la plus difficile qu'elle eut à faire de sa vie.
Sa main sur sa bouche. Ses dents dans sa chair. Ses yeux ouverts fixant un mot dans ses notes, dissociation, pendant que son corps faisait ce qu'il faisait deux rangées derrière Léa qui ne le savait pas.
Du liquide chaud se répandit sur ses doigts, ses cuisses, le velours bordeaux de la jupe, et continua, plus qu'elle n'avait anticipé, beaucoup plus, une chaleur humide qui atteignit le siège en plastique sous elle, qui coula sur la face interne de sa cuisse jusqu'au creux du genou.
Les contractions continuèrent. Trente secondes. Elle comptait, les yeux sur le mot dissociation, sa main sur sa bouche, ses quatre doigts immobiles à l'intérieur d'elle pendant que ses parois les enserraient par vagues.
Quarante secondes.
La bille du piercing contre son pouce. La sensibilité était intolérable maintenant, presque douloureuse, le moindre contact transmis par le métal était trop direct, trop intense, et elle garda quand même son pouce en place parce que retirer sa main aurait nécessité un mouvement et le mouvement aurait produit un son et elle n'avait plus confiance en sa capacité à rester silencieuse.
Cinquante secondes. Puis les contractions s'espacèrent. Puis s'arrêtèrent.
Le cours continuait. Le professeur Marchais avait posé une nouvelle diapositive. Quelqu'un dans les rangées du milieu éternuait. Un stylo tombait sur le carrelage avec un claquement sec.
Léa, deux rangées devant, faisait tourner son stylo quatre couleurs entre ses doigts.
Aurore retira sa main. Referma les jambes. Posa ses deux mains bien à plat sur le cahier ouvert devant elle.
La droite luisante. Ses doigts serrés l'un contre l'autre, une trace sombre sur ses articulations, une odeur précise et inévitable qui montait et qu'elle seule pouvait sentir. Ou peut-être pas seulement elle. Cette pensée était brûlante. Elle ne la chassa pas.
Elle sentait l'humidité froide sous elle. Le velours bordeaux collé à ses cuisses. Elle savait que si elle se levait maintenant il y aurait une trace sur le siège.
Elle ne se leva pas. Elle fixa la nuque de Léa.
Sa respiration revenait. Lente. Presque normale.
Je suis malade, pensa-t-elle.
Ce n'était pas une condamnation. C'était un constat, prononcé avec une neutralité presque tendre, comme on reconnaît une vérité sur soi-même qu'on a fini par accepter, une vérité qu'on a d'abord combattue, puis tolérée, puis dans les moments les plus honnêtes des nuits de semaine quelque chose qui ressemblait à de la fierté.
Elle ramassa son stylo. Écrivit dans la marge de ses notes, en lettres minuscules et soignées :
semaine prochaine je lui parle.
La cloche sonna douze minutes plus tard. Aurore resta assise pendant que tout le monde se levait, attendit que le flux des étudiants la dépasse. Elle ne pouvait pas se lever tout de suite, ses jambes n'étaient pas fiables, elle connaissait cet état post-orgasme où ses genoux avaient la consistance d'autre chose que des genoux, et se lever dans ce couloir bondé avec le velours bordeaux collé à ses cuisses et cette trace sur le siège et ses jambes qui tremblaient encore imperceptiblement n'était pas une option.
Elle attendit.
Elle regarda Léa se lever. Ramasser ses affaires. Glisser son cahier dans son sac avec des gestes économiques, précis. Léa portait une veste en jean délavé, les manches retroussées jusqu'aux coudes. Ses avant-bras dans la lumière de l'amphithéâtre.
Ses mains.
Les mêmes mains que dans le fantasme. Les mêmes doigts longs. Les mêmes mains qui dans le fantasme avaient dit tu es à moi sans les mots, juste en entrant.
Aurore sentit une dernière contraction sourde, réflexe, son corps qui répondait encore à l'image. Elle appuya son pied à plat sur le sol.
Semaine prochaine, se dit-elle.
Léa disparut dans le couloir. Aurore se leva lentement. Sentit le velours froid contre ses cuisses, l'air de la salle sur sa peau mouillée, la bille du piercing d'une sensibilité encore anormale à chaque millimètre de mouvement. Elle ne regarda pas le siège derrière elle. Elle remit son sac sur l'épaule.
Marcha vers la sortie avec précaution.
Dans le couloir l'air était plus froid. Elle s'arrêta une seconde contre le mur, prit une grande inspiration. Son téléphone vibra. Un message de quelqu'un d'autre. Elle ne lut pas.
Elle pensa aux mains de Léa sur la rampe d'escalier. Trente centimètres de distance. La semaine suivante.
Le prochain cours était dans deux heures.
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