Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Trempée Avant Minuit — Chapitre 1 · Vingt-deux jours d'une obsession inavouable
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Trempée Avant Minuit
Chapitre 1 · Vingt-deux jours d'une obsession inavouable
Trois semaines. Vingt-deux jours exactement depuis qu'Aurore avait accepté ce second emploi.
Elle comptait. Évidemment qu'elle comptait. C'était devenu une habitude malsaine, cette façon de fragmenter le temps en unités mesurables, comme si transformer les journées en chiffres leur donnait un sens qu'elles n'avaient pas. Vingt-deux jours depuis qu'elle avait répondu à l'annonce collée dans la vitrine embuée d'une boutique du quartier : « on recherche Vendeur/Vendeuse, horaires flexibles, ambiance décontractée ».
Elle n'avait pas lu plus loin. L'ambiance décontractée lui avait suffi.
Elle comptait. Évidemment qu'elle comptait. C'était devenu une habitude malsaine, cette façon de fragmenter le temps en unités mesurables, comme si transformer les journées en chiffres leur donnait un sens qu'elles n'avaient pas. Vingt-deux jours depuis qu'elle avait répondu à l'annonce collée dans la vitrine embuée d'une boutique du quartier : « on recherche Vendeur/Vendeuse, horaires flexibles, ambiance décontractée ».
Elle n'avait pas lu plus loin. L'ambiance décontractée lui avait suffi.
La boutique s'appelait ''Velours Noir''. Aurore n'avait jamais mis les pieds dans un sex-shop de sa vie. Elle avait poussé la porte ce premier soir-là avec l'impression de commettre un crime, son cœur battant trop fort pour l'effort que ça demandait.
L'air à l'intérieur était chaud, légèrement parfumé, avec quelque chose de lourd qui collait au fond de la gorge et descendait plus bas, quelque chose qui n'avait pas de nom propre mais qu'on reconnaissait dans le bas du ventre. Des éclairages tamisés, violets et orangés, projetaient des ombres sur des rangées de produits dont elle n'avait reconnu, ce soir-là, que la moitié. L'autre moitié l'avait tenue éveillée jusqu'à trois heures du matin avec un écran d'ordinateur et une curiosité qu'elle ne savait plus comment qualifier.
L'air à l'intérieur était chaud, légèrement parfumé, avec quelque chose de lourd qui collait au fond de la gorge et descendait plus bas, quelque chose qui n'avait pas de nom propre mais qu'on reconnaissait dans le bas du ventre. Des éclairages tamisés, violets et orangés, projetaient des ombres sur des rangées de produits dont elle n'avait reconnu, ce soir-là, que la moitié. L'autre moitié l'avait tenue éveillée jusqu'à trois heures du matin avec un écran d'ordinateur et une curiosité qu'elle ne savait plus comment qualifier.
Et il y avait Karim.
Elle ne l'avait pas vu tout de suite. Il était sorti de l'arrière-boutique au son du carillon, un carton dans les bras, et il avait posé les yeux sur elle avec ce regard tranquille, dépourvu de jugement. Un regard qui lisait les gens sans les disséquer.
Il était grand. Ses mains autour du carton étaient larges, les veines de ses avant-bras légèrement saillantes. Elle avait remarqué ses mains en premier. Elle les remarquerait encore pendant vingt-deux jours consécutifs, chaque soir, avec une régularité qui relevait moins de la coïncidence que d'autre chose.
-- T'es là pour le poste ?
Sa voix était basse. Naturellement posée. Une voix qu'on sentait dans la poitrine avant de l'entendre vraiment.
-- Oui, lui avait-elle répondu.
Il l'avait embauchée sur place.
Il était grand. Ses mains autour du carton étaient larges, les veines de ses avant-bras légèrement saillantes. Elle avait remarqué ses mains en premier. Elle les remarquerait encore pendant vingt-deux jours consécutifs, chaque soir, avec une régularité qui relevait moins de la coïncidence que d'autre chose.
-- T'es là pour le poste ?
Sa voix était basse. Naturellement posée. Une voix qu'on sentait dans la poitrine avant de l'entendre vraiment.
-- Oui, lui avait-elle répondu.
Il l'avait embauchée sur place.
Elle était rentrée chez elle ce soir-là et s'était masturbée pour la première fois en pensant à quelqu'un de réel, qu’elle pourrait croiser le lendemain matin dans la rue. Ça l'avait terrifiée. Ça ne l'avait pas arrêtée.
Vingt-deux soirées à compter les heures derrière le comptoir, à ranger des présentoirs de lubrifiants avec des mains qui ne tremblaient que légèrement, à conseiller des clientes sur des articles dont les noms lui brûlaient encore la bouche, à apprendre par cœur les caractéristiques des vibrateurs, des plugs, des anneaux, avec l'application d'une étudiante qui prépare un examen crucial. Vingt-deux nuits à rentrer dans son studio étouffant avec quelque chose d'électrique et d'inconfortable collé sous la peau qui refusait de s'éteindre.
Le problème était simple à formuler et impossible à résoudre : Karim la rendait folle.
Pas de façon dramatique. Pas de déclarations, pas de gestes ambigus, pas de regards qui s'attardaient. Non. C'était précisément l'inverse qui la détruisait. Il était professionnel, attentif, agréable, et complètement imperméable à ce qu'elle ressentait. Il lui expliquait le fonctionnement d'un vibromasseur double stimulation avec la même voix posée qu'il aurait prise pour décrire les fonctionnalités d'un aspirateur. Il lui passait des cartons et ses doigts effleuraient parfois les siens mais il ne semblait absolument pas remarquer qu'Aurore portait ce contact fortuit pendant des heures dans sa peau, comme une brûlure.
Ce soir-là c'était un vendredi.
Karim avait reçu un nouveau stock en fin de journée. Ils avaient passé deux heures dans la réserve exiguë à déballer, cataloguer, ranger. L'espace était trop petit pour deux personnes sans que leurs bras ne se frôlent régulièrement, sans que leurs épaules ne se touchent quand ils se penchaient simultanément sur le même carton, sans qu'Aurore ne respire le mélange de savon propre et de quelque chose de plus chaud qui émanait de lui quand il levait les bras pour atteindre une étagère haute.
À un moment, elle s'était retournée sans le voir arriver et s'était retrouvée près de sa poitrine. Elle ne savait plus exactement à combien de centimètres. Dans son souvenir ça variait, parfois c'était presque un contact, parfois il y avait clairement de l'espace entre eux. Elle avait rejoué la scène assez souvent pour ne plus faire confiance à sa propre mémoire. Ce dont elle était certaine c'était sa chaleur. Sa chaleur à lui, perceptible à travers l'air. Et peut-être qu'il avait souri légèrement en disant pardon, ou bien qu'elle avait inventé ce sourire après coup parce qu'elle en avait besoin. Elle ne savait plus.
À un moment, elle s'était retournée sans le voir arriver et s'était retrouvée près de sa poitrine. Elle ne savait plus exactement à combien de centimètres. Dans son souvenir ça variait, parfois c'était presque un contact, parfois il y avait clairement de l'espace entre eux. Elle avait rejoué la scène assez souvent pour ne plus faire confiance à sa propre mémoire. Ce dont elle était certaine c'était sa chaleur. Sa chaleur à lui, perceptible à travers l'air. Et peut-être qu'il avait souri légèrement en disant pardon, ou bien qu'elle avait inventé ce sourire après coup parce qu'elle en avait besoin. Elle ne savait plus.
Elle pensait encore à ça en poussant la porte de son appartement, où il y régnait une odeur familière de renfermé.
******************************
Elle laissa tomber son sac, retira ses chaussures, s'appuya contre le mur de l'entrée, les yeux fermés. Entre ses cuisses, la chaleur sourde qui avait commencé à l'envahir dans la réserve n'avait pas décliné. Elle était humide depuis au moins deux heures. Elle avait travaillé avec cet état de fait installé entre ses jambes comme un secret honteux, souriant à Karim, répondant à ses questions sur les références du stock, en sachant que si elle s'était passé la main entre les cuisses à cet instant ses doigts en seraient ressortis trempés.
Elle ouvrit les yeux et regarda son appartement vide.
-- Vingt-deux jours, dit-elle à voix haute.
Sa propre voix dans le silence lui parut étrangement rauque.
Elle ne mangea presque rien. Une barquette de sushis ouverte sur la table basse, deux morceaux avalés mécaniquement, et puis son téléphone dans les mains et la photo. Toujours la photo.
Elle l'avait prise dix jours plus tôt, depuis l'angle de la réserve, pendant que Karim était de dos à remplir un présentoir. La lumière violette de la boutique découpait le contour de ses épaules à travers le fin tissu de sa chemise, révélant la ligne de sa nuque. Elle avait appuyé sur le déclencheur sans réfléchir, d'un geste aussi réflexe qu'irrationnel. Puis elle en avait fait son fond d'écran.
-- Je suis cliniquement obsédée, se dit-elle entre deux bouchées. Il y a un mot pour ça.
Elle posa la barquette.
-- T'as effleuré mes doigts ce soir. En me passant le carton. Tu t'en souviens pas. Évidemment. Ça a duré une seconde et moi je...
Elle regarda la photo. Sa main gauche était descendue sur son ventre sous son pull. Elle s'en aperçut quand ses doigts atteignirent le bord de son jean.
-- Voilà.
Elle se leva.
Elle connaissait maintenant très précisément le contenu de son tiroir de table de nuit. Mieux qu'elle ne connaissait celui de son réfrigérateur. Chaque objet à sa place, accessible dans l'obscurité sans tâtonnement.
Elle alla directement dans sa chambre, alluma la lampe de chevet. Sa lumière dorée et tiède donnait à sa peau une couleur qu'elle avait appris à regarder sans détourner les yeux depuis qu'elle travaillait dans cette boutique. Le miroir en pied contre le mur lui renvoyait son reflet ; elle s'arrêta devant.
Son téléphone dans la main gauche, la photo de Karim sur l'écran, elle retira son pull. Lentement. En se regardant faire.
Sa peau dans la lumière dorée, la courbe de ses épaules, la ligne de sa clavicule... Elle portait un soutien-gorge en dentelle ivoire qu'elle avait mis le matin même sans se demander pourquoi. Mais elle se le demandait, maintenant, et la réponse était gênante. Ses mains remontèrent le long de ses flancs, lentement. Cette simple friction de ses propres paumes sur sa propre peau réveilla quelque chose sous son sternum.
Puis son jean. La tache sombre sur le coton blanc de sa culotte était large. Une preuve matérielle de deux heures dans la réserve avec Karim à trente centimètres d'elle.
-- Regarde... dit-elle à la photo.
Sa voix avait glissé vers quelque chose de plus bas.
-- … Regarde ce que font deux heures passées à côté de toi .
Elle porta les mains à son dos, dégrafa son soutien-gorge d'un geste qu'elle maîtrisait maintenant sans tâtonner. Les bretelles glissèrent le long de ses bras. Elle sentit l'air de la chambre sur ses seins, sur ses tétons qui durcirent immédiatement, et le simple contact de l'air fit monter en elle un gémissement sourd qu'elle ne retint pas.
Ses pouces vinrent effleurer ses tétons. Juste effleurer. Sa tête tomba légèrement en arrière.
Dans le miroir elle se vit faire ça, alors quelque chose se referma entre ses cuisses. Cette image d'elle-même les seins nus, les yeux mi-clos, les mains sur sa propre chair, était devenue au fil des vingt-deux soirées quelque chose qu'elle reconnaissait, qu'elle habitait différemment. Avant la boutique elle se déshabillait sans se regarder. Maintenant elle le faisait lentement, comme si le fait d'être vue même dans son propre reflet, même dans cette mise en scène solitaire avait une valeur.
Elle pressa ses seins dans ses paumes, sentit leur poids, leurs mamelons contre sa peau, et la chaleur entre ses jambes répondit comme si ces deux zones de son corps étaient reliées par un câble direct.
-- Karim, murmura-t-elle.
Le prénom dans sa bouche était doux, sans urgence encore. C’était juste pour l'entendre. Elle s'allongea sur le lit.
Le fantasme commença à se construire tout seul, comme chaque soir, avec une précision que les répétitions avaient affinée. Elle le laissa venir. Elle avait appris à ne pas le forcer, à le laisser s'installer à son rythme pendant que ses mains travaillaient.
Karim dans la réserve. La lumière blanche du néon qui blanchissait tout mais pas ses mains. Ses mains toujours nettes dans le fantasme, toujours dans cette précision particulière que son cerveau maintenait sur ce seul détail.
Dans ce soir imaginaire, après que le dernier carton avait été rangé, il ne se levait pas tout de suite. Il restait assis sur la caisse en bois et l'observait avec ce regard calme qui dans la réalité ne voulait rien dire de particulier mais que dans le fantasme elle pouvait charger de tout ce qu'elle voulait. ‘’T'as été efficace ce soir’’, disait-il.
Et cette phrase anodine, exactement le type de phrase qu'il lui disait vraiment, dans la vraie réserve, sans aucune arrière-pensée, dans le fantasme devenait autre chose ; une reconnaissance ; une façon de la voir.
Sa main droite descendit vers sa culotte et la pressa de l'extérieur.
-- Oh.
L'humidité à travers le coton, le tissu chaud et mouillé contre ses doigts... Elle fit des cercles lents, sans entrer, juste cette pression externe sur son clitoris gonflé, et ses hanches répondirent immédiatement en cherchant le contact.
Dans le fantasme il s'approchait, maintenant. Lentement. Sans brusquerie. Il posait sa main sur sa cheville d'abord ; toujours ce geste, toujours cette main sur elle. Le poids de sa paume sur cette partie précise de son corps lui paraissait plus érotique que tout le reste parce que c'était un choix délibéré. Pas une erreur. Pas un frôlement accidentel comme dans la vraie réserve. Un choix.
’’Je te vois’’, disait-il dans sa tête.
-- Je sais, souffla-t-elle.
Elle fit glisser sa culotte le long de ses jambes. L'air froid de la chambre atteint ses lèvres intimes, enflées, luisantes dans la lumière de la lampe de chevet. Elle plia un genou, laissa sa jambe tomber sur le côté, s'ouvrit, et regarda son reflet dans le miroir faire ça.
Son propre sexe ouvert dans la lumière dorée, son propre regard sur elle-même, la photo de Karim sur l'oreiller à côté... Elle ne chuchotait plus vraiment :
-- Tu vois ça ? dit-elle à la photo. C'est pour toi. Tout ça c'est pour toi depuis le début.
Elle effleura ses lèvres à deux doigts, du bas vers le haut, avec une lenteur délibérée. Juste l'extérieur. Juste le contour. Elles étaient si gonflées, si sensibles, que ce simple contact la fit trembler des cuisses.
-- Depuis le premier soir. Je suis rentrée chez moi et j'ai pensé à tes mains. Juste tes mains. Et j'ai...
Elle enfonça deux doigts d'un seul coup.
Le son mouillé dans la chambre, ses parois qui se refermaient avec une avidité qui ne nécessitait aucune progressivité… Elle resta immobile une seconde, les doigts enfoncés jusqu'à leur base, sentant sa propre chaleur, ses propres contractions légères autour d'eux.
-- Merde, souffla-t-elle. Déjà !
Elle commença un va-et-vient lent. Trop lent. Une lenteur délibérément frustrante qu'elle s'imposait parce qu'elle avait appris que l'attente rendait tout plus violent après. Ses doigts ressortaient presque entièrement, elle sentait l'air sur leur longueur mouillée, puis rentraient profondément et elle poussait un gémissement à chaque fois.
Dans le fantasme les mains de Karim avaient quitté sa cheville. Il était maintenant assis au bord du lit et la regardait travailler de ses propres doigts avec ce regard posé, sans jugement, le même regard que dans la boutique, ce regard qui lisait sans disséquer, mais qui était dirigé vers ça, vers elle ouverte dans la lumière, et cette neutralité calme dans ses yeux à lui, plus érotique que n'importe quelle intensité parce qu'elle signifiait qu'il était là entièrement, qu'il ne partait pas, qu'il choisissait de regarder.
‘’Continue’’, disait-il, simplement.
-- Oui.
Elle accéléra légèrement. Le bruit de ses propres fluides s'intensifia. Elle sentait sa cyprine couler le long de son poignet, descendre vers le creux de son coude. Ses hanches commençaient à vouloir participer, à vouloir pousser contre ses propres doigts.
Sa main gauche trouva le vibromasseur. Elle l'alluma. Le ronronnement grave remplissait maintenant son studio certains soirs comme une présence. Puis elle le posa contre l'intérieur de sa cuisse, loin du centre, laissant la vibration arriver, diffuse et sourde.
Le gémissement qui sortit venait de loin dans sa poitrine.
-- Il y avait une cliente hier soir qui voulait savoir comment dire à son mec ce qu'elle aimait. Et toi t'as répondu comme si c'était...
Elle déplaça l'appareil sans finir. Quelques centimètres vers le haut.
La vibration gagnait en intensité à mesure qu'elle l'approchait. Elle ralentit le mouvement de ses doigts pour compenser, gérant les deux sources simultanément avec une précision qu'elle avait affinée soir après soir.
-- Je pense à tes mains dans la douche le matin. Je pense à ta voix dans le métro. La façon dont tu retrousses ta manche quand tu déballes des cartons.
Elle recourba ses doigts vers le haut, vers la paroi antérieure de son vagin.
-- Oh...là...là...
Elle maintint la pression à cet endroit précis ; ses doigts faisaient des petits mouvements rapides exactement contre ce point, et le vibromasseur remonta encore.
-- Karim, dit-elle, sans urgence encore ; juste pour l'ancrer là.
Sa main gauche posa l'appareil contre la base de ses lèvres et la vibration se propagea dans tout son sexe gonflé avec une brutalité douce qui lui coupa la respiration.
-- Oh putain...
Ses hanches se soulevèrent. Elle laissa tomber le vibromasseur plus haut, sur son clitoris, et le contact fut une déflagration. Ses cuisses se refermèrent instinctivement autour de sa main, ses orteils se replièrent, un son qui ressemblait à son prénom à lui sortit de sa bouche sans permission.
Elle retira ses doigts, attrapa le gode avec une urgence maladroite, répandit le lubrifiant sur les draps autant que sur l'objet, le vibromasseur maintenu en place par la pression de sa cuisse pendant qu'elle se positionnait.
-- Dans le fantasme c'est toujours toi. Vingt-deux soirs et c'est toujours, c'est vraiment...
Elle poussa.
L'étirement fut immédiat, profond. Son corps s'ouvrit avec cette avidité qui ne nécessitait plus aucune progressivité. Elle laissa échapper un cri rauque et franc qui traversa l'appartement silencieux.
-- Oh... oh merde... oui...
Le va-et-vient. Lent d'abord, laissant le gode ressortir presque entièrement avant de le repousser profondément. Chaque pénétration était accompagnée d'un son mouillé et d'une onde qui remontait jusqu'à sa nuque. Le vibromasseur contre son clitoris rendait chaque introduction deux fois plus intense.
Dans le fantasme Karim s'était levé. Il se tenait debout à côté du lit et regardait, et dans ce regard calme et total elle était vue et entendue entièrement : ses bruits, ses gestes désordonnés, son prénom dans sa propre bouche, et il ne détournait pas les yeux.
-- Tous les soirs, dit-elle, haletante. Je rentre et je fais ça. Je suis trempée avant d'arriver chez moi ; le matin dans la douche, avant de te voir.
Ses bras travaillaient avec une frénésie croissante. On entendait le bruit de ses fluides dans la chambre, de ses gémissements superposés, du ronronnement de l'appareil.
-- Ce matin je pensais à ta manche qui glisse. Juste ça. Et j'ai mouillé.
Elle recourba le gode.
-- AHH...
Ses hanches se soulevèrent du matelas. Dans le fantasme la main de Karim se posait sur sa cheville. Juste là. Le poids exact de sa paume sur son os.
-- Karim...
La honte tiède. Immédiate. Le plaisir plus haut.
-- Karim.
Délibéré cette fois, l'orgasme arriva sans avertissement. Ses parois se resserrèrent dans une série de contractions profondes et irrégulières, ses hanches plongèrent, son dos se cambra, ses talons s'enfoncèrent dans le matelas. Elle hurla vraiment ; un son qui partait du ventre et ne cherchait pas à se contenir.
-- OH...OH PUTAIN... KARIM...
Les contractions se succédaient en vagues, chacune relancée par la vibration qui continuait sans merci. Elle sentit quelque chose jaillir par jets saccadés autour du gode et imprégner les draps sous elle.
-- Je...oh mon Dieu...
Elle maintint la pression, les dents serrées, la frontière entre le plaisir et la douleur perdue quelque part dans la vibration.
Le deuxième orgasme la frappa.
-- AHHHH...
Elle lâcha le vibromasseur, l'éteignit d'un geste maladroit. Le gode glissa lentement hors d'elle avec un dernier bruit qui lui arracha un gémissement épuisé.
Puis rien.
Elle resta là, bras écartés, le plafond au-dessus, les draps froids et trempés sous ses fesses. L'air de la chambre sur sa peau moite lui donnait la chair de poule le long des bras, sur le ventre. Elle ne bougeait pas. Même une mèche de cheveux collée en travers de sa bouche, elle ne la retira pas tout de suite.
Son téléphone sur l'oreiller montrait Karim de dos, indifférent, les épaules éclairées en violet.
Elle tourna la tête vers lui.
-- Je suis folle, murmura-t-elle.
C'était dit. Ça flottait dans l'air de la chambre avec l'odeur du lubrifiant et sa propre cyprine séchant sur ses cuisses.
-- Demain dix-sept heures. Tu seras là.
Sa voix était presque ordinaire. Ce qui était en soi légèrement inquiétant.
-- On va ranger des trucs. Tu vas m'effleurer les doigts peut-être.
Un silence.
-- Et je referai exactement ça.
Elle ferma les yeux. Un sourire s'étirait sur ses lèvres.
Elle attendrait que ses jambes cessent de trembler avant de bouger.
Elle laissa tomber son sac, retira ses chaussures, s'appuya contre le mur de l'entrée, les yeux fermés. Entre ses cuisses, la chaleur sourde qui avait commencé à l'envahir dans la réserve n'avait pas décliné. Elle était humide depuis au moins deux heures. Elle avait travaillé avec cet état de fait installé entre ses jambes comme un secret honteux, souriant à Karim, répondant à ses questions sur les références du stock, en sachant que si elle s'était passé la main entre les cuisses à cet instant ses doigts en seraient ressortis trempés.
Elle ouvrit les yeux et regarda son appartement vide.
-- Vingt-deux jours, dit-elle à voix haute.
Sa propre voix dans le silence lui parut étrangement rauque.
Elle ne mangea presque rien. Une barquette de sushis ouverte sur la table basse, deux morceaux avalés mécaniquement, et puis son téléphone dans les mains et la photo. Toujours la photo.
Elle l'avait prise dix jours plus tôt, depuis l'angle de la réserve, pendant que Karim était de dos à remplir un présentoir. La lumière violette de la boutique découpait le contour de ses épaules à travers le fin tissu de sa chemise, révélant la ligne de sa nuque. Elle avait appuyé sur le déclencheur sans réfléchir, d'un geste aussi réflexe qu'irrationnel. Puis elle en avait fait son fond d'écran.
-- Je suis cliniquement obsédée, se dit-elle entre deux bouchées. Il y a un mot pour ça.
Elle posa la barquette.
-- T'as effleuré mes doigts ce soir. En me passant le carton. Tu t'en souviens pas. Évidemment. Ça a duré une seconde et moi je...
Elle regarda la photo. Sa main gauche était descendue sur son ventre sous son pull. Elle s'en aperçut quand ses doigts atteignirent le bord de son jean.
-- Voilà.
Elle se leva.
Elle connaissait maintenant très précisément le contenu de son tiroir de table de nuit. Mieux qu'elle ne connaissait celui de son réfrigérateur. Chaque objet à sa place, accessible dans l'obscurité sans tâtonnement.
Elle alla directement dans sa chambre, alluma la lampe de chevet. Sa lumière dorée et tiède donnait à sa peau une couleur qu'elle avait appris à regarder sans détourner les yeux depuis qu'elle travaillait dans cette boutique. Le miroir en pied contre le mur lui renvoyait son reflet ; elle s'arrêta devant.
Son téléphone dans la main gauche, la photo de Karim sur l'écran, elle retira son pull. Lentement. En se regardant faire.
Sa peau dans la lumière dorée, la courbe de ses épaules, la ligne de sa clavicule... Elle portait un soutien-gorge en dentelle ivoire qu'elle avait mis le matin même sans se demander pourquoi. Mais elle se le demandait, maintenant, et la réponse était gênante. Ses mains remontèrent le long de ses flancs, lentement. Cette simple friction de ses propres paumes sur sa propre peau réveilla quelque chose sous son sternum.
Puis son jean. La tache sombre sur le coton blanc de sa culotte était large. Une preuve matérielle de deux heures dans la réserve avec Karim à trente centimètres d'elle.
-- Regarde... dit-elle à la photo.
Sa voix avait glissé vers quelque chose de plus bas.
-- … Regarde ce que font deux heures passées à côté de toi .
Elle porta les mains à son dos, dégrafa son soutien-gorge d'un geste qu'elle maîtrisait maintenant sans tâtonner. Les bretelles glissèrent le long de ses bras. Elle sentit l'air de la chambre sur ses seins, sur ses tétons qui durcirent immédiatement, et le simple contact de l'air fit monter en elle un gémissement sourd qu'elle ne retint pas.
Ses pouces vinrent effleurer ses tétons. Juste effleurer. Sa tête tomba légèrement en arrière.
Dans le miroir elle se vit faire ça, alors quelque chose se referma entre ses cuisses. Cette image d'elle-même les seins nus, les yeux mi-clos, les mains sur sa propre chair, était devenue au fil des vingt-deux soirées quelque chose qu'elle reconnaissait, qu'elle habitait différemment. Avant la boutique elle se déshabillait sans se regarder. Maintenant elle le faisait lentement, comme si le fait d'être vue même dans son propre reflet, même dans cette mise en scène solitaire avait une valeur.
Elle pressa ses seins dans ses paumes, sentit leur poids, leurs mamelons contre sa peau, et la chaleur entre ses jambes répondit comme si ces deux zones de son corps étaient reliées par un câble direct.
-- Karim, murmura-t-elle.
Le prénom dans sa bouche était doux, sans urgence encore. C’était juste pour l'entendre. Elle s'allongea sur le lit.
Le fantasme commença à se construire tout seul, comme chaque soir, avec une précision que les répétitions avaient affinée. Elle le laissa venir. Elle avait appris à ne pas le forcer, à le laisser s'installer à son rythme pendant que ses mains travaillaient.
Karim dans la réserve. La lumière blanche du néon qui blanchissait tout mais pas ses mains. Ses mains toujours nettes dans le fantasme, toujours dans cette précision particulière que son cerveau maintenait sur ce seul détail.
Dans ce soir imaginaire, après que le dernier carton avait été rangé, il ne se levait pas tout de suite. Il restait assis sur la caisse en bois et l'observait avec ce regard calme qui dans la réalité ne voulait rien dire de particulier mais que dans le fantasme elle pouvait charger de tout ce qu'elle voulait. ‘’T'as été efficace ce soir’’, disait-il.
Et cette phrase anodine, exactement le type de phrase qu'il lui disait vraiment, dans la vraie réserve, sans aucune arrière-pensée, dans le fantasme devenait autre chose ; une reconnaissance ; une façon de la voir.
Sa main droite descendit vers sa culotte et la pressa de l'extérieur.
-- Oh.
L'humidité à travers le coton, le tissu chaud et mouillé contre ses doigts... Elle fit des cercles lents, sans entrer, juste cette pression externe sur son clitoris gonflé, et ses hanches répondirent immédiatement en cherchant le contact.
Dans le fantasme il s'approchait, maintenant. Lentement. Sans brusquerie. Il posait sa main sur sa cheville d'abord ; toujours ce geste, toujours cette main sur elle. Le poids de sa paume sur cette partie précise de son corps lui paraissait plus érotique que tout le reste parce que c'était un choix délibéré. Pas une erreur. Pas un frôlement accidentel comme dans la vraie réserve. Un choix.
’’Je te vois’’, disait-il dans sa tête.
-- Je sais, souffla-t-elle.
Elle fit glisser sa culotte le long de ses jambes. L'air froid de la chambre atteint ses lèvres intimes, enflées, luisantes dans la lumière de la lampe de chevet. Elle plia un genou, laissa sa jambe tomber sur le côté, s'ouvrit, et regarda son reflet dans le miroir faire ça.
Son propre sexe ouvert dans la lumière dorée, son propre regard sur elle-même, la photo de Karim sur l'oreiller à côté... Elle ne chuchotait plus vraiment :
-- Tu vois ça ? dit-elle à la photo. C'est pour toi. Tout ça c'est pour toi depuis le début.
Elle effleura ses lèvres à deux doigts, du bas vers le haut, avec une lenteur délibérée. Juste l'extérieur. Juste le contour. Elles étaient si gonflées, si sensibles, que ce simple contact la fit trembler des cuisses.
-- Depuis le premier soir. Je suis rentrée chez moi et j'ai pensé à tes mains. Juste tes mains. Et j'ai...
Elle enfonça deux doigts d'un seul coup.
Le son mouillé dans la chambre, ses parois qui se refermaient avec une avidité qui ne nécessitait aucune progressivité… Elle resta immobile une seconde, les doigts enfoncés jusqu'à leur base, sentant sa propre chaleur, ses propres contractions légères autour d'eux.
-- Merde, souffla-t-elle. Déjà !
Elle commença un va-et-vient lent. Trop lent. Une lenteur délibérément frustrante qu'elle s'imposait parce qu'elle avait appris que l'attente rendait tout plus violent après. Ses doigts ressortaient presque entièrement, elle sentait l'air sur leur longueur mouillée, puis rentraient profondément et elle poussait un gémissement à chaque fois.
Dans le fantasme les mains de Karim avaient quitté sa cheville. Il était maintenant assis au bord du lit et la regardait travailler de ses propres doigts avec ce regard posé, sans jugement, le même regard que dans la boutique, ce regard qui lisait sans disséquer, mais qui était dirigé vers ça, vers elle ouverte dans la lumière, et cette neutralité calme dans ses yeux à lui, plus érotique que n'importe quelle intensité parce qu'elle signifiait qu'il était là entièrement, qu'il ne partait pas, qu'il choisissait de regarder.
‘’Continue’’, disait-il, simplement.
-- Oui.
Elle accéléra légèrement. Le bruit de ses propres fluides s'intensifia. Elle sentait sa cyprine couler le long de son poignet, descendre vers le creux de son coude. Ses hanches commençaient à vouloir participer, à vouloir pousser contre ses propres doigts.
Sa main gauche trouva le vibromasseur. Elle l'alluma. Le ronronnement grave remplissait maintenant son studio certains soirs comme une présence. Puis elle le posa contre l'intérieur de sa cuisse, loin du centre, laissant la vibration arriver, diffuse et sourde.
Le gémissement qui sortit venait de loin dans sa poitrine.
-- Il y avait une cliente hier soir qui voulait savoir comment dire à son mec ce qu'elle aimait. Et toi t'as répondu comme si c'était...
Elle déplaça l'appareil sans finir. Quelques centimètres vers le haut.
La vibration gagnait en intensité à mesure qu'elle l'approchait. Elle ralentit le mouvement de ses doigts pour compenser, gérant les deux sources simultanément avec une précision qu'elle avait affinée soir après soir.
-- Je pense à tes mains dans la douche le matin. Je pense à ta voix dans le métro. La façon dont tu retrousses ta manche quand tu déballes des cartons.
Elle recourba ses doigts vers le haut, vers la paroi antérieure de son vagin.
-- Oh...là...là...
Elle maintint la pression à cet endroit précis ; ses doigts faisaient des petits mouvements rapides exactement contre ce point, et le vibromasseur remonta encore.
-- Karim, dit-elle, sans urgence encore ; juste pour l'ancrer là.
Sa main gauche posa l'appareil contre la base de ses lèvres et la vibration se propagea dans tout son sexe gonflé avec une brutalité douce qui lui coupa la respiration.
-- Oh putain...
Ses hanches se soulevèrent. Elle laissa tomber le vibromasseur plus haut, sur son clitoris, et le contact fut une déflagration. Ses cuisses se refermèrent instinctivement autour de sa main, ses orteils se replièrent, un son qui ressemblait à son prénom à lui sortit de sa bouche sans permission.
Elle retira ses doigts, attrapa le gode avec une urgence maladroite, répandit le lubrifiant sur les draps autant que sur l'objet, le vibromasseur maintenu en place par la pression de sa cuisse pendant qu'elle se positionnait.
-- Dans le fantasme c'est toujours toi. Vingt-deux soirs et c'est toujours, c'est vraiment...
Elle poussa.
L'étirement fut immédiat, profond. Son corps s'ouvrit avec cette avidité qui ne nécessitait plus aucune progressivité. Elle laissa échapper un cri rauque et franc qui traversa l'appartement silencieux.
-- Oh... oh merde... oui...
Le va-et-vient. Lent d'abord, laissant le gode ressortir presque entièrement avant de le repousser profondément. Chaque pénétration était accompagnée d'un son mouillé et d'une onde qui remontait jusqu'à sa nuque. Le vibromasseur contre son clitoris rendait chaque introduction deux fois plus intense.
Dans le fantasme Karim s'était levé. Il se tenait debout à côté du lit et regardait, et dans ce regard calme et total elle était vue et entendue entièrement : ses bruits, ses gestes désordonnés, son prénom dans sa propre bouche, et il ne détournait pas les yeux.
-- Tous les soirs, dit-elle, haletante. Je rentre et je fais ça. Je suis trempée avant d'arriver chez moi ; le matin dans la douche, avant de te voir.
Ses bras travaillaient avec une frénésie croissante. On entendait le bruit de ses fluides dans la chambre, de ses gémissements superposés, du ronronnement de l'appareil.
-- Ce matin je pensais à ta manche qui glisse. Juste ça. Et j'ai mouillé.
Elle recourba le gode.
-- AHH...
Ses hanches se soulevèrent du matelas. Dans le fantasme la main de Karim se posait sur sa cheville. Juste là. Le poids exact de sa paume sur son os.
-- Karim...
La honte tiède. Immédiate. Le plaisir plus haut.
-- Karim.
Délibéré cette fois, l'orgasme arriva sans avertissement. Ses parois se resserrèrent dans une série de contractions profondes et irrégulières, ses hanches plongèrent, son dos se cambra, ses talons s'enfoncèrent dans le matelas. Elle hurla vraiment ; un son qui partait du ventre et ne cherchait pas à se contenir.
-- OH...OH PUTAIN... KARIM...
Les contractions se succédaient en vagues, chacune relancée par la vibration qui continuait sans merci. Elle sentit quelque chose jaillir par jets saccadés autour du gode et imprégner les draps sous elle.
-- Je...oh mon Dieu...
Elle maintint la pression, les dents serrées, la frontière entre le plaisir et la douleur perdue quelque part dans la vibration.
Le deuxième orgasme la frappa.
-- AHHHH...
Elle lâcha le vibromasseur, l'éteignit d'un geste maladroit. Le gode glissa lentement hors d'elle avec un dernier bruit qui lui arracha un gémissement épuisé.
Puis rien.
Elle resta là, bras écartés, le plafond au-dessus, les draps froids et trempés sous ses fesses. L'air de la chambre sur sa peau moite lui donnait la chair de poule le long des bras, sur le ventre. Elle ne bougeait pas. Même une mèche de cheveux collée en travers de sa bouche, elle ne la retira pas tout de suite.
Son téléphone sur l'oreiller montrait Karim de dos, indifférent, les épaules éclairées en violet.
Elle tourna la tête vers lui.
-- Je suis folle, murmura-t-elle.
C'était dit. Ça flottait dans l'air de la chambre avec l'odeur du lubrifiant et sa propre cyprine séchant sur ses cuisses.
-- Demain dix-sept heures. Tu seras là.
Sa voix était presque ordinaire. Ce qui était en soi légèrement inquiétant.
-- On va ranger des trucs. Tu vas m'effleurer les doigts peut-être.
Un silence.
-- Et je referai exactement ça.
Elle ferma les yeux. Un sourire s'étirait sur ses lèvres.
Elle attendrait que ses jambes cessent de trembler avant de bouger.
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Commentaires ()
Les filles font-elles la même chose ?
Nul ne le saura jamais…
Merci