Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Un Froid Polaire — Chapitre 14
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Un Froid Polaire
Chapitre 14
Samuel était seul dans la chambre froide souterraine, à trois heures du matin. Il n'avait pas dormi depuis trois jours. L'insomnie était devenue une habitude depuis l'appel de Jade. Il se tenait devant la vitre blindée, la main posée contre le verre glacé. De l'autre côté, le mammouth respirait lentement, les yeux mi-clos, le souffle visible dans l'air glacial.
Il avait déjà posé la main sur la paroi une dizaine de fois. Le contact restait le même : froid, impénétrable. À un moment, le mammouth avait levé la tête, s'était approché, et son trompe avait touché la vitre exactement en face de la paume de Samuel.
— Signes vitaux, avait-il murmuré pour lui-même. Fréquence cardiaque stable. Musculature atrophiée mais encore fonctionnelle.
Il avait noté ces observations en scientifique. Puis il s'était rendu compte qu'il parlait de lui-même.
Il avait reculé d'un pas et regardé la bête. Pelage roux-brun, défenses recourbées, masse imposante. Il avait pensé : C'est censé être un succès. Nous possédons une créature vivante du Pléistocène. La première depuis quatre mille ans. Pourquoi cela me met-il si mal à l'aise ?
Le mammouth le fixait sans ciller.
Samuel avait murmuré :
— Tu ne sais pas pourquoi tu es ici. Tu sais seulement que tu es seul, observé, utilisé.
Il avait posé sa main une dernière fois contre la vitre. Le mammouth n'avait pas bougé.
Robert arriva à six heures, avant le lever du soleil. Il portait un costume sombre, une cravate et une chemise blanche. Samuel ne l'avait jamais vu habillé de la sorte.
Il déposa une enveloppe noire sur la table.
— Le Directeur tient à vous remercier personnellement. Pour votre discrétion. Pour votre souplesse.
Samuel regarda l'enveloppe sans y toucher.
— Est-ce un remerciement ou une menace ?
Robert sourit sans chaleur.
— Peut-être les deux. Lisez d'abord.
Samuel ouvrit l'enveloppe. Document classifié de la CIA. Il parcourut rapidement les lignes :
Poste : Coordinateur de la recherche arctique, niveau classifié
Rémunération : 150 000 euros
Lieu : Affectation permanente à la station
Durée : Jusqu'à nouvel ordre
Clause de confidentialité : accords de non-divulgation cumulés ; Guantánamo en cas de violation
Il reposa le document.
Rémunération : 150 000 euros
Lieu : Affectation permanente à la station
Durée : Jusqu'à nouvel ordre
Clause de confidentialité : accords de non-divulgation cumulés ; Guantánamo en cas de violation
Il reposa le document.
— Et si je refuse ?
Robert répondit posément :
— Vous ne refuserez pas. Vous en savez trop à présent. Et votre femme… serait plutôt déçue.
Samuel prit le stylo. Il hésita trois secondes. Puis il signa.
Robert récupéra le document.
— Bienvenue dans l'équipe. Sincèrement.
Léa avait reçu sa notification à midi : « Félicitations pour votre bourse suisse ». Samuel l'avait trouvée en train de charger ses affaires dans le véhicule de transport.
Elle avait déjà tout préparé. Sacs bouclés, valises fermées. Elle portait son manteau de terrain.
Samuel s'était approché.
— Léa, je…
Elle l'avait interrompu, la voix froide.
— Ne dis rien. Je sais comment cela fonctionne. J'ai signé mes propres papiers.
Il avait insisté.
— Ce n'était pas…
— Tu n'as pas le droit de t'excuser. Tu n'as pas ce droit. Tu as simplement participé. C'est tout.
— Tu n'as pas le droit de t'excuser. Tu n'as pas ce droit. Tu as simplement participé. C'est tout.
Samuel avait baissé la voix.
— Qu'est-ce que c'est, le contraire de participer, Léa ?
Elle l'avait regardé droit dans les yeux.
— Refuser. Mais nous savions tous les deux que tu ne refuserais pas. C'est pour cela qu'on nous a choisis, monsieur.
Elle avait employé « monsieur » une dernière fois. Non plus comme une caresse. Comme une lame.
Elle avait enfilé ses bottes, saisi son sac et était montée dans le véhicule sans se retourner. Samuel l'avait regardée s'éloigner depuis la fenêtre. La lumière arctique s'éteignait déjà.
Samuel mit trois jours à comprendre que la station avait changé. Pas physiquement du jour au lendemain. Mais dans ce qu'on ne lui montrait plus.
De nouveaux bâtiments avaient été déverrouillés. Du personnel en uniforme discret circulait désormais sans se cacher. Des lecteurs biométriques étaient apparus sur les portes qu'il empruntait chaque jour. Les communications étaient chiffrées par défaut.
En marchant dans le couloir principal, il réalisa : tout cela avait toujours été là. On lui avait simplement présenté une version réduite de la vérité.
Il la retrouva dans le nouveau quartier militaire. Elle portait un pantalon cargo tactique et une veste aux insignes discrets : capitaine, contre-ingérence de l'armée.
Elle lui sourit en le voyant.
— Bienvenue de l'autre côté de la vitre, Samuel.
— Tu savais. Depuis le début.
— Depuis environ trois mois avant ta nomination. Mais oui, depuis le début de ta mission ici.
— Et nous ? Tout ce que nous avons fait ?
— Tu savais. Depuis le début.
— Depuis environ trois mois avant ta nomination. Mais oui, depuis le début de ta mission ici.
— Et nous ? Tout ce que nous avons fait ?
Léa hésita.
— Cela faisait partie de l'évaluation. Mais écoute… à un moment, cela a cessé d'être seulement un travail pour moi. Je t'aime bien. Vraiment. Cela ne change pourtant rien à ma mission.
Elle posa une main sur son épaule. Un geste simple, presque compatissant.
— Tu es doué pour ce que tu fais. C'est pour cela qu'on te garde.
Léa le conduisit dans une salle classifiée et lui montra les diapositives.
Projet Pléistocène – Applications de défense biologique.
Objectif réel : étudier l'immunité du mammouth aux infections anciennes. Élaborer des vaccins et des antiviraux à partir de son patrimoine génétique. Application secondaire implicite : arme biologique.
Samuel comprit.
— Vous ne clonez pas seulement pour ressusciter une espèce.
Léa répondit posément :
— Non. La résurrection n'était que l'alibi. Ce que nous voulions, c'était l'information génétique.
— Et Irina ?
— Irina était un dommage collatéral. Elle en savait trop. Mais elle n'était aussi qu'une junior. Moins de risque si on la déplaçait.
— Et Irina ?
— Irina était un dommage collatéral. Elle en savait trop. Mais elle n'était aussi qu'une junior. Moins de risque si on la déplaçait.
Samuel retourna dans la chambre froide en plein jour. Le mammouth était éveillé. Il le regarda directement.
Samuel posa sa paume contre la vitre. Le mammouth se leva, s'approcha de la paroi et colla sa trompe exactement à l'endroit où se trouvait la main de Samuel.
Il pensa :
Il ne sait pas pourquoi il est ici. Il sait seulement qu'il est seul, observé, utilisé.
Il y a quatre mille ans, ta famille t'a chassé pour la viande. Aujourd'hui, on te chasse pour ton ADN.
Quelle est la différence ?
Peut-être n'y en a-t-il aucune.
Jade appela à l'heure habituelle. Cette fois, ce n'était pas une ligne de la CIA. Juste un appel ordinaire.
Samuel regardait le mammouth pendant qu'il parlait.
Jade dit doucement :
— Tu m'écoutes ?
— Oui. Je regarde notre ami du Pléistocène.
— Il est beau, non ?
— Oui. Je regarde notre ami du Pléistocène.
— Il est beau, non ?
Samuel répondit :
— Prisonnier. Impressionnant, tu veux dire ?
Jade rit, sincèrement.
— Oh, mon amour. Tu commences enfin à voir clair.
Le silence s'installa.
Samuel finit par dire :
— Tu savais. Depuis le début. Avant même que je sois affecté.
Jade répondit calmement :
— Bien sûr que je savais. Pourquoi crois-tu que nous nous sommes mariés ?
Samuel murmura :
— Nous nous sommes mariés il y a huit ans.
— Et j'ai commencé à travailler pour l'Agence il y a neuf ans. Réfléchis.
— Et j'ai commencé à travailler pour l'Agence il y a neuf ans. Réfléchis.
Samuel expira longuement.
— Pourquoi me le dis-tu maintenant ?
— Parce que tu ne peux plus partir. Et cela te détruit de ne pas savoir. Autant que tu saches : tu n'as jamais eu le choix. Cela rend les choses plus simples, non ?
— Parce que tu ne peux plus partir. Et cela te détruit de ne pas savoir. Autant que tu saches : tu n'as jamais eu le choix. Cela rend les choses plus simples, non ?
Il raccrocha sans dire au revoir.
Samuel resta seul face au mammouth. La lumière arctique changeait lentement ; le long crépuscule polaire étirait les ombres.
Le mammouth s'était réinstallé, presque endormi.
Samuel posa sa main une dernière fois contre la vitre.
Il pensa :
Je m'appelle Samuel.
Scientifique. Mari. Amant. Agent.
Je me trouve dans une station scientifique secrète, gardien d'une créature que l'on a ressuscitée pour une raison qu'on ne m'a jamais entièrement révélée.
Ma femme m'a épousé sur ordre d'une agence gouvernementale. Ma première collègue m'a quitté pour ne pas être compromise. Ma deuxième collègue m'a séduit pour m'évaluer.
Et je suis resté. J'ai signé. Je vais continuer.
Pourquoi ?
Parce qu'il n'existe pas d'« en dehors ». Il n'y a jamais eu de dehors.
Nous sommes tous figés. Et ni lui ni moi ne saurons jamais si nous avons choisi cela ou si c'était déjà écrit.
La lumière s'éteignit lentement.
Le mammouth n'était plus qu'une silhouette contre la glace fluorescente.
Samuel demeura là, la main contre la vitre, longtemps après que tout fut devenu noir.
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