Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Treize ans et une nuit — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Treize ans et une nuit
Chapitre 1
Le dîner s’était terminé dans un silence pesant, celui des couples qui n’ont plus grand-chose à se dire, mais qui refusent encore de l’admettre. Clara débarrassait la table tandis que Thomas regardait son téléphone, et aucun des deux ne semblait remarquer à quel point cette scène se répétait, soir après soir, depuis des mois — peut-être des années.
Treize ans de mariage. Deux enfants partis chez les grands-parents pour le week-end. Une maison trop silencieuse.
Clara rinçait les assiettes quand elle sentit les mains de Thomas sur ses épaules. Elle s’apprêtait à dire quelque chose de banal, un commentaire sur la semaine à venir ou une liste de courses mentale, quand il se pencha vers son oreille.
— J’ai réfléchi à ce dont on avait parlé, dit-il à voix basse. Si tu es toujours d’accord.
Elle s’immobilisa, les mains encore sous l’eau chaude.
Ils en avaient discuté trois semaines auparavant, un soir de franchise rare où le vin avait desserré les langues et les pudeurs. Elle avait avoué un fantasme ancien, enfoui depuis des années sous les couches de quotidien et de raisonnable. Lui avait écouté, vraiment écouté, sans détourner les yeux. Puis il avait proposé quelque chose qui l’avait d’abord choquée, puis excitée d’une façon qu’elle n’avait pas ressentie depuis longtemps.
— Tu as contacté Julien ? demanda-t-elle sans se retourner.
— Il sera là dans une heure.
— Il sera là dans une heure.
Clara ferma les yeux. Son cœur s’emballa.
Julien était un ami d’enfance de Thomas, célibataire, discret, en qui ils avaient tous les deux une confiance absolue. C’était cela, précisément, qui avait rendu la proposition acceptable — plus qu’acceptable. La confiance était le fondement de tout ce qui allait suivre.
Thomas avait tout organisé. Il lui tendit un verre de vin, l’invita à aller prendre une douche, à mettre la robe noire qu’il avait sortie du placard et posée sur le lit. Elle s’exécuta avec une obéissance nouvelle, différente de l’habitude — non pas celle de la résignation conjugale, mais celle du désir qui commence à poindre.
Quand elle redescendit, les lumières du salon avaient été tamisées. Une bougie brûlait sur le buffet. Thomas se tenait debout près du canapé, et il la regarda entrer d’une façon dont il ne l’avait plus regardée depuis très longtemps. Pas avec affection distante. Avec faim.
— Viens là, dit-il simplement.
Il commença seul, comme convenu.
Il l’assit sur le bord du lit, s’agenouilla devant elle pour lui bander les yeux avec un carré de soie noire — lentement, en lui caressant les tempes du bout des doigts. Elle sentit la texture douce du tissu, l’obscurité totale qui s’installa, et avec elle une acuité soudaine de tous ses autres sens. Le parfum de sa peau à lui. La chaleur de ses paumes.
— Tu peux tout arrêter à n’importe quel moment, murmura-t-il contre son front. Tu le sais.
— Je sais, répondit-elle.
— Quel est le mot ?
— Lumière.
— Bien.
— Je sais, répondit-elle.
— Quel est le mot ?
— Lumière.
— Bien.
Il la fit s’allonger sur le grand drap blanc. Elle entendit un froissement, puis sentit quelque chose de doux se glisser autour de ses poignets — une écharpe en soie tressée qu’il avait achetée spécialement. Pas de menottes froides pour commencer, avait-il dit. Quelque chose qui ressemble à une caresse même quand ça retient.
Il noua ses poignets au barreau de la tête de lit avec une précision tranquille, vérifia qu’elle pouvait bouger les doigts, qu’il n’y avait pas de pression excessive. Clara tira doucement sur ses liens et sentit qu’elle ne pouvait pas se libérer facilement. Son souffle s’accéléra.
Elle était allongée dans le noir, attachée, les bras au-dessus de la tête, dans leur chambre où ils dormaient depuis dix ans dans une indifférence croissante — et elle se sentait plus vivante qu’elle ne l’avait été depuis une décennie.
Thomas prit son temps. Il remonta lentement le long de ses jambes, écarta les pans de sa robe avec une lenteur délibérée qui lui arracha un gémissement d’impatience. Il s’arrêta.
— Non, dit-il d’une voix qu’elle ne lui connaissait pas. Pas comme ça. Quand je le décide.
Elle mordit sa lèvre.
Il continua à l’explorer des mains, des lèvres, s’attardant là où elle voulait qu’il aille vite, ralentissant là où elle espérait qu’il s’arrête. La privation du regard décuplait chaque sensation — elle ne pouvait pas anticiper, pas se préparer, pas contrôler. Elle ne pouvait qu’accueillir. Et dans cet abandon forcé, elle découvrit quelque chose d’étrange et de précieux : un soulagement profond, comme si elle posait enfin un fardeau qu’elle n’avait même pas réalisé porter.
La sonnette de l’entrée retentit.
Clara se raidit.
— Ne bouge pas, dit Thomas. Et ne parle pas avant que je te le dise.
Elle entendit des pas dans l’escalier, le murmure de deux voix d’hommes trop basses pour être comprises, puis la porte de la chambre qui s’ouvrait. Elle perçut une présence nouvelle dans la pièce — une chaleur différente, un souffle inconnu, bien qu’elle sût très bien de qui il s’agissait.
Le silence s’étira.
Puis une main — celle de Thomas, elle reconnut sa façon de la toucher — remonta le long de son bras. Et une autre main, plus grande, plus étrangère, mais tout aussi douce, se posa sur sa cheville.
Clara retint son souffle.
— Elle est magnifique, dit une voix. Celle de Julien. Grave et contenue.
— Elle l’a toujours été, répondit Thomas. Je l’avais oubliée.
— Elle l’a toujours été, répondit Thomas. Je l’avais oubliée.
Quelque chose dans cette phrase lui noua la gorge. Pas de tristesse — d’autre chose. De reconnaissance, peut-être. D’être vue à nouveau.
Thomas s’installa contre elle, l’embrassa dans le cou d’une façon possessive et tendre à la fois. Pendant ce temps, les mains de Julien remontaient lentement le long de ses mollets, s’arrêtaient au creux de ses genoux, attendaient une réaction. Elle ne dit pas le mot. Elle bascula légèrement les hanches, invitant.
Ce qui suivit relevait moins de l’acrobatie que de la musique à plusieurs voix. Thomas connaissait ses habitudes, ses endroits sensibles, ses façons de soupirer selon ce qu’il faisait. Julien, lui, était l’inconnu — chaque geste était une surprise, une découverte. Ensemble, ils créaient quelque chose qu’elle n’aurait su décrire : l’intime et l’inattendu, la sécurité et le vertige.
À un moment, Thomas glissa les doigts dans ses cheveux et tira, doucement d’abord, puis avec une fermeté qui lui étira le cou en arrière et lui arracha un cri court. Elle ne s’y attendait pas. Elle en redemanda.
— Dis-le, murmura-t-il contre son oreille.
— Encore, dit-elle.
— Encore, dit-elle.
Il recommença. Elle s’entendit parler d’une voix qu’elle ne reconnaissait plus tout à fait comme la sienne — plus basse, plus libre, débarrassée de tout ce qu’elle surveillait d’ordinaire.
Julien déposa une claque ferme sur sa fesse, et elle sursauta autant de surprise que de plaisir. Thomas rit doucement — Un rire qu’elle n’avait pas entendu depuis longtemps lui non plus, quelque chose de chaud et de complice.
— Elle aime ça, dit-il, comme s’il la redécouvrait.
— Apparemment, répondit l’autre.
— Apparemment, répondit l’autre.
Elle ne sut plus très bien compter le temps. Il y eut des mains partout, des bouches, des murmures, des ordres simples auxquels elle obéit avec une docilité qui la surprit elle-même — retourne-toi, lève les bras, garde les yeux bandés — et dans chaque injonction elle sentait non pas l’humiliation, mais son contraire exact : être assez désirée pour qu’on veuille la voir ainsi, assez en confiance pour s’y abandonner.
Thomas ne la quitta jamais vraiment. Sa main était toujours là quelque part — sur son épaule, dans son dos, à plat sur son ventre. Une ancre. Un rappel de qui elle était, de qui il était. Ce n’était pas la dissolution de leur couple dans quelque chose d’inconnu, comprit-elle. C’était un territoire nouveau exploré ensemble.
Quand elle atteignit un premier orgasme, elle ne chercha pas à le contenir. Le son qu’elle fit s’étira dans la chambre silencieuse, long et sincère. Elle sentit Thomas presser ses lèvres contre sa tempe.
Plus tard, Julien repartit discrètement pendant qu’elle était encore allongée, les yeux dénoués, le regard au plafond. Thomas s’étendit à côté d’elle et passa un bras sous sa nuque.
Ils restèrent silencieux un long moment.
— Ça va ? demanda-t-il enfin.
Elle tourna la tête vers lui. Il la regardait avec une attention qu’elle avait cru perdue.
— Oui, dit-elle. Vraiment.
Il hocha la tête. Elle vit quelque chose passer dans ses yeux — du soulagement, peut-être, ou quelque chose de plus fragile encore.
— J’avais oublié, dit-il à voix basse. Comment te regarder.
Elle posa la main sur sa joue.
— Moi aussi, dit-elle. J’avais oublié qu’on pouvait.
Dehors, la nuit était calme. Dans leur maison trop silencieuse depuis si longtemps, il y avait désormais un autre silence — différent, plein, habité. Celui qui succède non pas à l’ennui, mais à quelque chose de dit, de traversé, de partagé.
Treize ans de mariage. Et pour la première fois depuis longtemps, elle se demandait ce que la prochaine semaine allait leur apporter.
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Commentaires ()
Je ne retiendrai que ces mots.
Un joli texte : comme j'aime le dire régulièrement, tout est amené en douceur, les choses prennent leur juste place. Et si ça leur permet de se retrouver, pourquoi pas !
À la première rédaction de ce commentaire, je voulais souligner un petit manque de détails, un besoin de « Show, don't tell ». Puis, en relisant une seconde fois, je me suis dit qu'en fait non, pas besoin de plus dans cette chambre.
Ils ne cherchent pas le sexe pour le sexe, ils cherchent à renaître (tiens, cela me rappelle quelque… ).
Doit on comprendre que le visiteur n'a pas joui de son côté ?