Le lendemain matin, Sophie se réveilla avec une lourdeur dans la poitrine qui ne voulait pas partir. La lumière grise de janvier filtrait à travers les volets mal fermés, et le silence de la maison lui parut oppressant. Thomas était déjà parti au travail – il avait laissé un mot sur la table de la cuisine :
— Je t’aime, à ce soir. Les enfants sont à l’école. Bisous.
Elle fixa le post-it jaune pendant de longues minutes, les larmes montant sans qu’elle puisse les retenir. Hier, elle avait pleuré dans le noir après leur étreinte tendre. Aujourd’hui, c’était pire : une culpabilité lancinante mêlée à une frustration sourde, presque physique. Elle passa la matinée à tourner en rond. Les doutes l’assaillaient sans répit. Pourquoi avait-elle fait ça ? Pourquoi ce besoin irrépressible de revivre cette nuit ? Était-ce juste l’adrénaline d’une aventure unique, ou quelque chose de plus profond, un manque qu’elle n’avait jamais osé nommer ? Avec Thomas, elle se sentait aimée, en sécurité, respectée. Avec Alex, elle s’était sentie désirée comme une femme, pas seulement comme une épouse ou une mère. Sauvage. Sale. Vivante.
Vers midi, alors qu’elle rangeait machinalement la vaisselle, la décision s’imposa d’elle-même, brutale et irrationnelle. Elle devait le revoir. Juste une fois. Pas pour recommencer – du moins se le répétait-elle –, mais pour tester. Pour savoir si l’étincelle de la veille était réelle ou si l’alcool et la nouveauté avaient tout amplifié. Si la deuxième fois retombait comme un soufflé, elle pourrait classer ça comme une erreur passagère, refermer la porte et retourner à sa vie. Si au contraire… eh bien, elle n’osait pas aller au bout de cette pensée.
Elle envoya un message à Thomas vers 17 heures :
— Chéri, une copine vient de se faire larguer par son mec. Elle est en larmes, je vais passer la soirée avec elle pour la soutenir. Je rentrerai tard, ne m’attends pas. Je t’aime.
Il répondit presque immédiatement :
— OK ma puce, prends soin d’elle. Et de toi. ❤️ Si tu as besoin je peux venir te chercher.
La gentillesse de sa réponse lui fit mal au ventre. Elle répondit un simple
— Merci, t’es le meilleur
et éteignit son téléphone, le cœur battant.
Elle choisit une tenue différente cette fois : un jean slim noir, un pull col roulé en cachemire rouge sombre qui moulait sa poitrine sans être trop provocant, et des bottines à talons. Pas de robe moulante, pas de maquillage trop chargé. Elle voulait se convaincre que c’était juste une sortie normale. Mais au fond d'elle, elle savait.
Elle arriva au Velvet vers 21 h 30. Le bar était moins bondé qu’un vendredi, mais l’ambiance restait la même : lumières tamisées, musique lounge, couples et groupes qui riaient un peu trop fort. Elle s’installa à la même table haute que vendredi, commanda un soda citron – pas d’alcool, cette fois, elle voulait garder toute sa lucidité. Elle observa la foule avec une intensité presque maladive.
Chaque homme brun qui passait près d’elle faisait accélérer son pouls. Elle scrutait les visages, les silhouettes, espérant et redoutant à la fois de le voir apparaître. Les minutes devinrent des heures. 22 h 30. 23 h. Minuit. Elle refusa poliment plusieurs avances – un type sympa qui proposa de lui offrir un verre, un autre qui tenta une blague sur sa solitude apparente. Elle souriait, secouait la tête, les yeux toujours rivés sur l’entrée.
À 1 h 30, elle dut se rendre à l’évidence : il ne viendrait pas. Alex était probablement rentré chez lui, dans une autre ville, une autre vie. Peut-être même qu’il avait oublié son prénom. La frustration monta d’un coup, comme une vague acide. Elle avait menti à son mari, trahi sa confiance pour rien. Elle avait failli recommencer, et même ça lui était refusé. Elle se sentait ridicule, pathétique, enragée contre elle-même.
Elle régla ses sodas, enfila son manteau et sortit dans la nuit froide de Bruxelles. Le vent glacé lui fouettait le visage, mais elle marchait vite, presque en courant, comme si elle pouvait fuir ses propres pensées. Dans le taxi, elle resta silencieuse, les poings serrés sur ses genoux. À 2 heures du matin, elle poussa doucement la porte de l’appartement. Tout était éteint sauf la petite veilleuse du couloir. Les enfants dormaient. Thomas aussi.
Elle entra dans la chambre sur la pointe des pieds. Il était allongé sur le dos, torse nu, le drap remonté jusqu’à la taille. Dans la pénombre, elle distingua les contours familiers de son corps : épaules larges, ventre légèrement arrondi par les années, la cicatrice discrète sur son épaule gauche qu’il s’était faite enfant. Elle l’aimait. Elle l’aimait tellement. Et pourtant, ce soir, cet amour lui semblait insuffisant, incomplet.
Quelque chose céda en elle.
Elle se déshabilla rapidement, laissant tomber ses vêtements en tas sur le sol. Nue, elle grimpa sur le lit, s’agenouilla au-dessus de lui. Elle posa une main sur sa poitrine, sentant les battements réguliers de son cœur. Puis elle se pencha et l’embrassa dans le cou, mordillant doucement la peau chaude.
Thomas remua, grogna dans son sommeil.
— Sophie… ?
— Chut, murmura-t-elle contre son oreille. Laisse-moi faire.
Elle descendit le drap d’un geste sec, révélant son boxer tendu par un début d'érection réflexe. Sans attendre, elle le libéra, sa main enserrant sa queue déjà bien dure. Thomas ouvrit les yeux, désorienté.
— Qu’est-ce que… chérie, il est deux heures…
— Je sais. J’ai envie de toi. Tout de suite.
Il cligna des yeux, encore à moitié endormi, mais son corps répondit instantanément. Sophie ne lui laissa pas le temps de réfléchir. Elle le chevaucha, frottant sa chatte déjà trempée contre sa longueur. Elle était excitée, furieuse, désespérée. Elle voulait effacer Alex, se prouver qu’elle pouvait retrouver cette sauvagerie avec l’homme qu’elle aimait.
Elle guida son sexe en elle d’un mouvement brusque, s’empalant jusqu’à la garde. Thomas gémit, surpris par l’intensité.
— Putain… Sophie…
Elle ne répondit pas. Elle commença à bouger, montant et descendant avec force, ses hanches claquant contre les siennes. Ses seins rebondissaient librement, ses tétons durs frottant contre son torse. Elle planta ses ongles dans ses épaules, se penchant pour mordre son cou – pas assez fort pour marquer, mais assez pour qu’il sente.
— Baise-moi, grogna-t-elle. Fort.
Thomas, encore sonné, attrapa ses hanches et donna des coups de reins vers le haut. Le lit grinça violemment. Sophie accéléra, frottant son clitoris contre son pubis à chaque descente. Le plaisir montait vite, presque douloureux. Elle jouit la première fois en moins de deux minutes : un orgasme sec, nerveux, qui la fit trembler et gémir fort.
— Encore, haleta-t-elle sans s’arrêter.
Elle changea de position, se mettant à quatre pattes.
— Prends-moi comme une chienne.
Thomas obéit, se plaçant derrière elle. Il entra d’un coup profond, ses mains agrippant ses hanches. Sophie poussa un cri rauque, cambrant le dos. Il la pilonna avec une vigueur qu’il ne lui avait pas montrée depuis des années. Elle sentait chaque centimètre de sa queue la remplir, mais ce n’était pas la même sauvagerie qu’avec Alex. Pas la même brutalité. Pourtant, c’était bon. Intense. Réel.
Elle glissa une main entre ses jambes, frottant son clito frénétiquement. Le deuxième orgasme arriva comme une déflagration : ses parois se contractèrent autour de lui, un jet de cyprine coula le long de ses cuisses. Elle hurla dans l’oreiller pour étouffer le son.
Thomas grogna, accélérant encore.
— Chérie… je vais…
— Pas encore !! lui ordonna-t-elle.
Elle se retourna, le poussa sur le dos et le chevaucha à nouveau, face à lui cette fois. Elle planta ses mains sur son torse et reprit son va-et-vient furieux, ses ongles griffant légèrement sa peau. Elle le regardait dans les yeux, cherchant quelque chose – une connexion, une étincelle, une réponse à ses doutes.
Le troisième orgasme la traversa comme un éclair. Elle se cambra, tête en arrière, un cri long et guttural. Ses parois se serrèrent si fort autour de lui que Thomas ne put plus se retenir. Il se vida en elle avec un râle profond, ses hanches se soulevant une dernière fois.
Ils restèrent immobiles un long moment, haletants, en sueur. Sophie s’effondra sur lui, le visage enfoui dans son cou. Thomas la serra contre lui, encore essoufflé.
— C’était… wow, murmura-t-il enfin. Qu’est-ce qui t’a pris ?
Elle ne répondit pas. Elle n’avait pas les mots. Il caressa ses cheveux, l’embrassa sur le front.
— Je t’aime, tu sais.
— Moi aussi, souffla-t-elle.
Ils s’endormirent comme ça, enlacés, sans se parler davantage. Le silence retomba, lourd. Au milieu de la nuit, Sophie se réveilla en sursaut. Thomas dormait profondément à côté d’elle. Elle fixa le plafond, les larmes remontant lentement.
Ça avait été mieux. Beaucoup mieux. Plus sauvage, plus urgent. Elle avait pris le contrôle, s’était fait jouir trois fois, avait presque retrouvé une forme de sauvagerie. Mais ce n’était pas pareil. Pas comme la première fois avec lui, quand tout était neuf, émerveillé, électrique. Pas comme avec Alex, quand c’était brut, animal, sans filtre, sans tendresse. C’était entre les deux. Intense, mais pas transcendant. Satisfaisant, mais pas libérateur.
Et ça la terrifiait. Parce que ça voulait dire que le problème n’était pas seulement Thomas. C’était elle. C’était ce qu’elle désirait maintenant, ce qu’elle avait goûté et qu’elle ne pouvait plus ignorer. Une part d’elle voulait la sécurité, l’amour profond, la famille. Une autre voulait la sauvagerie, l’interdit, le plaisir qui fait mal.
Elle pleura en silence, le visage enfoui dans l’oreiller pour ne pas le réveiller. Elle ne savait pas quoi faire. Elle ne savait même pas si elle voulait faire quelque chose. Juste qu’elle avait peur. Peur de ce qu’elle devenait. Peur de ce qu’elle pourrait encore faire.
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