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✦ Haleros Ce que j'ai pris et que je ne lui dirai pas XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Ce que j'ai pris et que je ne lui dirai pas — Chapitre 1 · Cette nuit-là

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Haleros
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Ce que j'ai pris et que je ne lui dirai pas

Chapitre 1 · Cette nuit-là

La soirée avait duré ce que durent les bonnes soirées, trop longtemps, dans le meilleur sens du terme.
Il y avait eu le repas d'abord, la grande table poussée contre le mur du salon pour tenir tout le monde, les plats qui circulaient, le vin qui suivait. Julien, le héros du jour qui fêtait son anniversaire, faisait des discours improvisés et trop longs que tout le monde écoutait quand même. Marie, sa femme, qui riait trop fort à sa propre blague sur les trente-cinq ans de son homme, les yeux déjà brillants à vingt et une heures. Puis la musique, les bouteilles qui s'ouvraient dans la cuisine sans qu'on sache vraiment qui les avait apportées, les couples qui avaient dansé dans le salon entre les chaises mal repoussées.
Camille était arrivée seule, Thomas était resté coincé à Lyon pour le travail : “désolé mon amour, embrasse-les pour moi”. Elle avait mis sa robe verte, celle que Marie lui avait conseillée d'acheter deux étés plus tôt et qu'elle ne mettait jamais assez. Marie, elle, portait sa robe rouge, à fines bretelles, et elle était belle comme elle l'était toujours quand elle prenait le temps de l'être.
Elles avaient passé une bonne partie de la soirée côte à côte, comme d'habitude : vingt-quatre ans d'amitié, ça se reconnaît dans la façon dont deux personnes occupent l'espace ensemble, sans effort, sans avoir besoin de se parler pour être bien. Comme d'habitude elles s'étaient raconté les enfants, le travail, rien d'important, et pourtant tout ce qui compte. Marie avait bu un verre de trop après minuit, puis un autre, et vers une heure du matin elle ne tenait plus vraiment debout, appuyée contre Camille, riant de tout, adorable et incontrôlable comme elle l'était toujours quand elle franchissait ce seuil-là.
Les derniers invités étaient partis dans un bruit de vestes retrouvées et de bises dans le couloir. La porte s'était refermée. Il ne restait qu'eux trois dans l'appartement silencieux, Marie effondrée sur le canapé, Julien debout dans la cuisine avec une expression entre l'amusement et la résignation, Camille qui ramassait des verres par réflexe.
— Je vais la coucher, avait dit Julien. Tu peux m'aider ?
Il n'y avait rien dans cette phrase qui n'était pas parfaitement ordinaire. Rien dans la soirée qui avait précédé qui ressemblait à quoi que ce soit d'autre qu'une fête d'anniversaire réussie entre amis. Julien était Julien, le mari de Marie, le père d'Eliot et de Léa, quelqu'un de drôle et de fiable qu'elle connaissait depuis dix ans sans jamais l'avoir vraiment regardé.
Nous avons porté Marie ensemble jusqu'au lit de leur chambre conjugale.
Et maintenant, nous sommes là. 
Elle respire lentement, profondément. Ce souffle régulier prend toute la pièce plongée dans la pénombre. Le seul éclairage vient du couloir, un rectangle de lumière jaune qui coupe le parquet en deux et s'arrête aux pieds du lit. Marie est là, sur le dos, un bras replié sur le ventre, l'autre pendant dans le vide. Sa robe rouge a remonté sur ses cuisses pendant qu'on la portait et Julien n'a pas cherché à la remettre en place, il a juste tiré le drap jusqu'à sa taille avec des gestes précis et doux à la fois. Ses longs cheveux blonds, que je lui ai toujours enviés, sont étalés sur l'oreiller comme quelque chose de renversé.
Elle respire lentement. Profondément. Ce souffle régulier prend toute la pièce.
Je reste dans l'encadrement de la porte sans raison précise. Pour m'assurer qu'elle est bien installée, c'est ce que je me dis. Julien est debout de l'autre côté du lit, il la regarde un moment, puis il relève la tête vers moi.
— Elle va dormir jusqu'à demain midi.
Sa voix est basse, presque chuchotée. Je hoche la tête. Et je ne bouge pas.
Ce qui me frappe en premier, c'est la fatigue sur son visage. Il a passé la soirée à être l'hôte parfait, à rire fort, à resservir tout le monde, à porter des plateaux et à lancer des toasts. Là il n'a plus rien à jouer.
Il contourne le lit. Il ramasse un vêtement de Marie qui a glissé sur la chaise, il le plie, il le pose. Ces gestes domestiques, dans la pénombre, dans le silence, ont quelque chose d'étrangement intime. Je le regarde faire comme si je n'avais pas le droit d'être là, et pourtant je ne pars pas.
C'est en le voyant se redresser que je remarque.
Je ne cherchais pas, vraiment pas. Mon regard n'avait aucune intention particulière. Mais le couloir éclaire le profil de Julien sous un angle précis, et le tissu de son pantalon ne laisse aucun doute. Il bande. Franchement, visiblement, pas quelque chose qu'on pourrait interpréter autrement ou faire semblant de ne pas avoir vu. Le tissu sombre est tendu d'une façon qui raconte tout : la soirée qui devait finir autrement, les regards échangés avec Marie pendant le dîner, les mains qui s'attardent, le désir entretenu pendant des heures à coups de promesses muettes. Tout ça était encore là, sur lui, brut.
Mon ventre se serre d'un coup, d'une façon que je n'attendais pas.
Je détourne les yeux immédiatement, le cœur battant trop vite pour une raison que je refuse d'examiner. La chaleur qui monte soudain dans mes joues n'a rien à voir avec l'alcool. Je le sais parce que l'alcool je connais, et ce que je ressens là est plus précis, plus bas, plus honnête que n'importe quelle ivresse.
Il a dû sentir quelque chose, un changement dans ma façon d'être immobile, un regard qui s'est détourné une fraction de seconde trop tard, parce qu'il s'est repositionné légèrement, un mouvement presque imperceptible, et passe une main dans ses cheveux.
— Désolé, dit-il à voix basse. Nous avions prévu avec Marie, enfin… Peu importe.
Il ne finit pas sa phrase. Il n'a pas besoin de la finir. Cette phrase incomplète dit tout : la soirée qui devait se terminer autrement, le désir entretenu pendant des heures et qui se retrouve sans issue, le corps qui ne sait pas encore que les plans ont changé.
Je devrais dire quelque chose de normal. C'est rien, bonne nuit, je commande un taxi. Trois secondes et je suis hors de cette pièce. Je dis :
— T'as pas à t'excuser.
Ma voix est trop douce. Je l'entends moi-même, ce n'est pas le ton qu'on prend pour clore une conversation. C'est le ton qu'on prend quand on reste.
Julien relève les yeux vers moi. Dans la pénombre, son regard est difficile à lire mais, là, il me regarde vraiment, pas comme il m'a regardée de toute la soirée, pas le regard qu'on pose sur la meilleure amie de sa femme, un regard fonctionnel, affectueux et sans profondeur. Quelque chose a changé dans la dernière minute et nous le savons tous les deux.
Derrière lui, Marie respire. Ce souffle lent, régulier, profond, qui emplit le silence.
Je pourrais encore partir, je devrais partir.
Je pense à Marie. À nos vingt-quatre ans d'amitié, à tout ce qu'elle m'a confié, à sa voix au téléphone les soirs où ça n'allait pas, à son visage quand elle m'a annoncé sa grossesse la première fois, les yeux brillants et les mains tremblantes. Je pense à tout ça avec une clarté parfaite, sans brouillard, sans excuse. Je sais exactement ce que je suis en train de faire. Je sais exactement ce que ça coûtera.
Mon corps, lui, se fout de tout cela. Une boule brûlante a jailli d'un coup au creux de mes cuisses, est remontée en papillons affolés dans mon ventre, s'est propagée par mille étincelles le long de mon dos jusqu'à m'en faire tourner la tête.
C'est ça qui me terrifie le plus, pas la situation, pas Julien, pas même Marie endormie à côté. C'est de réaliser que le désir qui vient de naître en moi dans les dix dernières secondes est d'une violence que je ne contrôle pas, que je n'ai pas choisie, et qu'il coexiste parfaitement avec l'amour que j'ai pour mon amie sans que l'un atténue l'autre. Les deux sont là, intacts, côte à côte. C'est une découverte affreuse et fascinante à la fois. Pendant une seconde, la dernière vraie seconde de lucidité, mes muscles se contractent pour faire demi-tour. Puis la tension lâche.
Je m'avance dans la chambre.
Ce n'est pas une décision que j'ai prise, ou plutôt si, c'en est une, mais elle s'est prise sous le seuil de la conscience, dans une partie de moi qui s'embrase pendant que l'autre partie fait semblant de s'assurer que Marie était bien couchée. Je le sais. Je ne me mens pas là-dessus.
Je vais jusqu'à la chaise dans le coin, celle qui est loin du lit, et je m'assois. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Comme si nous allions juste parler un peu, dans le noir, à voix basse, pendant que ma meilleure amie dort.
Julien ne s'en va pas non plus. Il s'appuie contre le mur, les bras croisés, une posture de quelqu'un qui cherche à occuper ses mains. La lumière du couloir lui coupe le visage en deux.
— Belle soirée.
Ça fait presque rire. Pas tout à fait.
— Ouais. Belle soirée.
Nous nous taisons. Dans le lit, Marie bouge légèrement, juste un ajustement dans son sommeil, un bras qui glisse, rien. Nous attendons tous les deux, sans nous concerter, que son souffle reprenne son rythme. 
Il reprend. Nous reprenons.
— Tu devrais rentrer, dit Julien. Il est tard.
— Je sais.
— Tu devrais appeler un taxi...
— Oui. C'est vrai, je devrais.
Silence. Il me regarde. 
Je soutiens son regard sans sourciller, sans sourire, sans lui donner la facilité d'une expression qui expliquerait ce que je fais là. Il peut le comprendre tout seul.
Il le comprend.
Ce qui se passe dans les minutes suivantes ne ressemble à rien de ce que j'aurais imaginé, ni à ce que je m'étais jamais autorisée à imaginer. Jusqu'à ce soir, c'était une règle que je n'avais jamais eu besoin de me formuler parce qu'elle allait de soi. Julien c'était Julien. Le mari de Marie. Le père de ses enfants. Quelqu'un dans la catégorie des choses fixes, des choses hors-jeu sans même qu'on ait besoin d'y penser.
Ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'il cesserait d'être ça. Pas progressivement, d'un seul coup, dans ces quelques secondes où j'ai vu ce que j'ai vu et où il a dit : Nous avions prévu avec Marie, enfin… Peu importe. Brutalement, il est devenu autre chose. Un homme. Juste un homme dans une chambre, à moins de trois mètres de moi, avec du désir sur lui comme une seconde peau.
Et moi.
Je sens le tissu de ma robe sur mes cuisses, l'air de la pièce qui a la tiédeur douce des nuits de mai, le vin encore dans mes veines. Pas assez pour me donner une excuse, juste assez pour avoir limé les angles. Je sens surtout autre chose, quelque chose de plus bas, cette chaleur intense qui pulse maintenant avec une régularité que je ne peux pas ignorer. Mon corps a pris ses décisions bien avant ma tête. Il ne demande pas mon avis. Il attend juste que je suive.
Et pendant ce temps, dans un coin de ma conscience qui refuse de s'éteindre, il y a Marie. Son visage quand on était adolescentes et qu'elle me racontait son premier amour, les yeux brillants. Sa voix au téléphone quand elle pleurait. Sa façon de dire mon prénom, Camille, avec une familiarité que personne d'autre n'a jamais eue. Tout ça est là, présent, vivant. Et ça ne change rien à ce que je ressens. C'est peut-être ça, le plus impardonnable, pas l'acte, pas même le désir. L'absence de combat.
Julien se décolle du mur. Il ne vient pas vers moi, il traverse la pièce pour aller fermer la porte du couloir, réduisant encore la lumière, nous plongeant dans une pénombre presque totale qu'interrompt seulement le clair de lune par la fenêtre entrouverte. Un geste pratique. Nous serions moins éclairés si quelqu'un entrait.
Mais personne n'entrera, tout le monde est parti. Les enfants sont chez les grands-parents. Marie dort.
Il se retourne et reste là, dos à la porte. À deux mètres. Nous nous voyons à peine maintenant.
— Camille.
Mon prénom dans sa bouche, juste comme ça, sans suite. Ce n'est pas une question. Ce n'est pas une proposition. C'est une façon de s'assurer que je suis réelle.
— Je sais, je réponds.
Je sais quoi ? Je n'aurais pas pu le formuler. Tout, peut-être. Je sais ce qui se passe, je sais ce que je suis en train de faire, je sais qui dort à trois mètres. Je sais.
Il approche. Lentement, pas d'hésitation dans sa démarche mais pas de précipitation non plus, comme s'il avançait dans quelque chose de fragile qu'un mouvement brusque pourrait briser. Il s'arrête devant moi. Je lève les yeux vers lui depuis la chaise. De là où je suis, je vois aussi le lit, par-dessus son épaule, la forme de Marie sous le drap, le mouvement régulier de sa respiration.
Je ne détourne pas les yeux de mon amie tout de suite. Je la regarde une seconde de plus, comme pour graver quelque chose ou pour me donner une dernière chance. Elle semble paisible. Elle fait confiance à la nuit, à cet appartement, à moi.
Puis je regarde Julien.
Il tend la main, lentement, comme on tend la main vers quelque chose qu'on n'est pas sûr de pouvoir toucher, et il effleure ma mâchoire. Du bout des doigts seulement. Ce contact est si léger que je pourrais presque prétendre qu'il n'a pas eu lieu.
Mais j'incline la tête vers sa paume. Imperceptiblement. Involontairement.
Ce mouvement, c'est ma réponse. Il le sait.
Il se penche vers moi et sa bouche trouve la mienne dans la pénombre avec une précision qui me surprend. Un baiser qui commence doucement, presque prudemment, comme s'il cherchait encore une résistance que je n'offre pas. Mes mains restent sur mes genoux, serrées l'une contre l'autre. Je ne l'embrasse pas encore, je reçois. Il y a une différence.
Puis sa main glisse dans mes cheveux et le baiser change de nature.
Je l'embrasse.
Il y a un son dans ma gorge que je retiens, un son qui n'aurait pas dû exister, qui n'aurait jamais dû exister, et que je ravale avec une conscience aiguë de la pièce, du lit, du souffle qui continue derrière nous, régulier, imperturbable. Je pose mes mains sur sa chemise. Le tissu est tiède de sa chaleur. Sous mes paumes je sens son torse, sa respiration plus rapide que la normale.
Il est encore là. Ce désir que j'ai vu tout à l'heure est encore là, contre moi maintenant, sans ambiguïté possible, et cette réalité me traverse comme quelque chose de brûlant. Sa bouche quitte la mienne. Elle descend sur mon cou, lente, précise, comme quelqu'un qui prend le temps d'apprendre, et je laisse ma tête basculer légèrement en arrière, les yeux mi-clos. Il s'attarde dans le creux de mon épaule avec une patience qui me fait serrer les dents. Ce n'est pas de la douceur gratuite. C'est quelqu'un qui sait ce qu'il fait.
Ses mains trouvent mes genoux. Il les écarte doucement, se glisse entre mes jambes, et descend à genoux devant moi, un mouvement qui semble inévitable plutôt que décidé. Sa bouche continue sa route pendant la descente : gorge, clavicule, le bord du tissu de ma robe, et mes mains trouvent ses cheveux. Je les serre sans le vouloir.
Ses paumes remontent le long de mes cuisses, sous le tissu, et je sens chaque centimètre de ce trajet avec une précision qui me rend folle. Ce n'est pas une caresse abstraite, c'est une chaleur qui avance sur ma peau, millimètre par millimètre, et qui laisse derrière elle quelque chose d'électrique. Ses pouces dessinent des cercles sur l'intérieur de mes cuisses et je dois mordre l'intérieur de ma joue pour ne pas faire de bruit.
Derrière lui, Marie respire. Ce souffle régulier qui est devenu le rythme de fond de tout ce qui se passe.
Je rouvre les yeux. Je la regarde, une seconde, deux. Elle est immobile sous le drap, les cheveux blonds épars sur l'oreiller, le visage tourné vers nous sans nous voir. Une douleur nette traverse ma poitrine, lucide, sans atténuation. Je la laisse être là. Je ne la chasse pas. Elle se mêle à ce que je ressens plus bas d'une façon que je ne maîtrise pas. Les deux ne s'annulent pas, ils s'alimentent, et c'est la chose la plus troublante que j'aie jamais ressentie.
Puis les pouces de Julien atteignent le bord de ma culotte, et je reviens entièrement dans mon corps.
Il marque une pause, une pause qui est une question. Je lève les hanches vers lui de quelques millimètres, un geste minuscule et pourtant parfaitement explicite.
Il écarte le tissu. Il me touche d'abord du bout des doigts, avec une lenteur méthodique, deux doigts qui apprennent, qui localisent, qui n'ont pas l'air pressés. Je suis déjà tellement mouillée et il le sent, et je sens qu'il le sent, et cette exposition silencieuse me fait monter le rouge aux joues dans le noir. Ses doigts s'attardent, explorent, s'enfoncent légèrement, et je laisse échapper un souffle que je coupe net en serrant les dents.
Puis sa bouche suit.
Je sens son souffle chaud d'abord, une seconde avant le contact, et ce délai lui-même me traverse comme une décharge. Sa langue arrive à plat, large, chaude, et remonte lentement depuis le bas jusqu'au point le plus sensible en une seule longue pression continue. Mon souffle se coupe. Mes cuisses se referment légèrement sur ses épaules, pas pour l'arrêter, bien au contraire.
Il prend son temps. Je vois ses cheveux dans le noir, le mouvement lent de sa tête, et il y a quelque chose d'étrangement intime dans cette image : cet homme que je connais depuis dix ans, agenouillé entre mes jambes ouvertes, qui découvre ma géographie avec une patience que je n'aurais jamais imaginée. Sa langue trace des cercles lents, revient, insiste. Ses doigts entrent en moi pendant que sa bouche continue, et la combinaison des deux me fait planter les ongles dans le haut de son crâne. Je pousse légèrement mes hanches vers sa bouche, mouvement infime, involontaire, réclamation muette que je ne peux pas retenir. Il répond en appuyant davantage, en accélérant légèrement, et je dois mordre ma lèvre jusqu'à sentir mes dents pour ne pas faire de son.
Chaque vague part de bas, remonte dans mon ventre, se diffuse jusque dans mes épaules. Je ne contrôle plus le rythme. Je ne contrôle plus grand-chose. Sa langue, ses doigts, cette patience délibérée, c'est insupportable, parce que je ne mérite pas ça, parce que je n'aurais pas dû rester, parce que chaque vague de ce que je ressens est achetée au prix de quelque chose que je ne pourrai pas rendre.
Mes cuisses tremblent légèrement. Ma main dans ses cheveux se crispe. Et quand il fait exactement ce qu'il faut au moment exact où il le faut, je jouis contre sa bouche dans un silence qui m'écorche la gorge, les yeux fermés, le dos qui s'arrondit, une vague courte et intense qui me plie en deux, les cuisses refermées sur ses épaules, un cri coincé si haut dans ma gorge qu'il ne ressemble à rien. Mon talon heurte le bois de la chaise sans que je l'aie décidé.
Il ne s'arrête pas tout de suite. Il ralentit, adoucit, me laisse descendre par degrés. Et quand enfin il lève la tête, je sens son regard sur moi dans le noir avant même de l'avoir vu.
Il se relève, et je me lève avec lui. Mes jambes sont moins fiables que je ne le voudrais. Ses mains restent sur mes hanches, et nous nous regardons dans le noir une seconde. Il n'y a pas de tendresse dans son regard. Pas de culpabilité non plus, pas encore. Il y a juste du désir, direct, sans filtre et cette absence de filtre est en elle-même une forme de respect, une façon de ne pas habiller ce qui se passe en autre chose que ce que c'est.
Nous traversons les quelques mètres jusqu'au mur du fond, loin du lit, comme si cette distance supplémentaire représentait quelque chose. Elle ne représente rien. Nous le savons. Nous la prenons quand même.
Dos au mur, je défais les boutons du bas de sa chemise avec des doigts qui ne tremblent presque pas. Il glisse les bretelles de ma robe sur mes épaules, fait descendre la fermeture dans mon dos d'un geste assuré, et le tissu tombe à mes pieds. Je reste en soutien-gorge et culotte dans le noir, et son regard qui descend sur moi dans la pénombre, lent, précis, sans se presser, fait monter une chaleur dans mes joues et dans mon ventre simultanément. Je résiste à l'envie de croiser les bras sur moi. Je le laisse regarder.
Ses mains arrivent sur mes épaules d'abord, descendent le long de mes bras, et cette simplicité du trajet, paumes tièdes sur ma peau, m'électrise plus que je ne l'aurais cru. Il prend le temps de tout apprendre : paume à plat sur mon ventre, remontant sur mes côtes, les pouces qui longent chaque côte une à une avec une patience que je n'ai pas. Il défait le soutien-gorge avec une économie de gestes, et quand ses mains se referment sur ma poitrine, une chaleur dense pulse sous mon nombril, de plus en plus précise, de plus en plus urgente. Mon corps réclame quelque chose que je n'ai plus besoin de nommer.
Ma culotte rejoint ma robe sur le parquet. Mes mains défont sa ceinture, le bruit de la boucle dans le silence me fait serrer les dents, puis sa chemise, puis le reste. Et il est là, contre moi, peau contre peau. Et la chaleur de son corps dans le noir de cette chambre me traverse comme quelque chose d'élémentaire, de pré-verbal, qui court-circuite tout le reste. Je reprends conscience une seconde de ce que je suis en train de faire : nue contre le mur de la chambre de ma meilleure amie, pendant qu'elle dort à quelques mètres.
La pensée est là, entière, claire. Et mon corps appuie ses hanches contre les siennes pour réclamer ce qu'il veut.
Quand il entre en moi, lentement, je pose mon front contre son épaule et je reste là, les dents serrées sur rien, traversée d'une vague qui commence dans mon ventre et remonte dans ma gorge. Il ne bouge pas tout de suite. Ses mains tiennent mes hanches et nous restons comme ça, une seconde, deux, trois, à simplement exister dans ce qui vient de se passer, dans l'irréversibilité de ça. Sa bouche est contre ma tempe. Je sens son souffle irrégulier contre ma peau. Je sens aussi mon propre cœur, trop fort, trop rapide.
Puis il bouge.
Nous faisons l'amour contre ce mur dans un silence qui exige tout de nous. Chaque son qui veut sortir doit être retenu, avalé, converti en pression des mains, en morsures rentrées, en visages enfouis dans le creux d'une épaule ou d'un cou. C'est une lutte sur deux fronts en même temps : contre le plaisir qui monte et contre le silence qu'il faut maintenir. Et cette double contrainte crée quelque chose d'une intensité que je n'aurais pas pu anticiper.
Il commence lentement, trop lentement. Chaque mouvement mesuré, comme s'il voulait que je sente exactement ce qui se passe, sans rien abréger. Je cherche à m'accrocher à quelque chose : mes mains trouvent ses épaules, ses bras, la chaleur ferme de son dos. Je plante les ongles sans décider de le faire. Sa bouche trouve mon oreille, ma tempe, le coin de ma mâchoire, et chaque contact est un point de chaleur qui rayonne jusque dans le creux de mes reins. Il accélère légèrement, et mon souffle se coupe net, et je dois enfoncer mon visage dans son cou pour ne pas faire de son. Ses mains bougent sur moi, apprennent ma géographie dans le noir : ma taille, mes hanches, la courbe de mes seins, leur extrémité dressée, et je laisse faire avec une attention totale, me forçant à sentir exactement ce qui se passe pour ne pas pouvoir prétendre plus tard que je ne savais pas. 
Je suis là entièrement. Absolument présente dans chaque centimètre de ce qui se passe, dans chaque onde qui remonte de mes hanches jusque dans ma nuque.
Une jambe pliée sur sa hanche, geste instinctif, réclamation muette, et l'angle change, et quelque chose dans ma poitrine fait un nœud qui n'a rien de douloureux. Sa queue en moi, profonde, réelle, à cet angle précis. La pensée nue, sans ornement, traverse mon esprit et m'électrise autant que la sensation elle-même. Ma bouche cherche la sienne, un baiser trop fort qu'il rend avec la même urgence. Quelque chose lâche, un gémissement, petit, involontaire, qui sort de ma gorge avant que j'aie pu l'attraper. Il se fige une fraction de seconde. Moi aussi. Le son a existé, il était réel, il a traversé le silence de cette chambre.
Nous nous souvenons ensemble du silence imposé. Nous ralentissons. Nous reprenons le contrôle. Ce ralentissement est peut-être la chose la plus érotique de toute la nuit.
C'est à ce moment-là que Marie bouge.
Un frémissement sous le drap. Un soupir à mi-chemin entre le sommeil et la surface. Peut-être un mot, impossible à distinguer.
Nous nous figeons.
Absolument immobiles. Nos respirations arrêtées ensemble, en même temps, comme si nous avions répété. Julien a les yeux tournés vers le lit, je le sens à la tension de tout son corps contre le mien, son sexe toujours en moi, immobile, chaud, réel. Je regarde aussi par-dessus son épaule. Dans le noir, la forme de Marie s'est retournée, elle est maintenant sur le côté, face à nous ou presque, ses cheveux blonds sur l'oreiller.
Cinq secondes.
Dix.
Je la regarde. La première fois, tout à l'heure, c'était une douleur lucide : le prix conscient de ce que je faisais. Cette fois, c'est différent. C'est du vertige. Je suis là, son mari dans mon ventre, mon souffle retenu, et je la regarde sans que mon corps se retire d'un millimètre. Quelque chose d'obscur et d'impossible à revendiquer traverse ma conscience, pas de la fierté, pas même de l'excitation au sens strict, plutôt la stupéfaction de me découvrir capable de ça. D'être exactement là. De ne pas bouger.
Puis le souffle de Marie reprend sa régularité.
Julien ferme les yeux. Je le vois même dans le noir, et pose son front contre le mien. Nous restons comme ça, à ne pas bouger, à attendre que le danger imaginaire se dissipe. Nos souffles se mêlent dans le silence. Et quelque chose dans ce moment, nos fronts qui se touchent, l'adrénaline partagée, le soulagement simultané, quelque chose dans ce moment est presque plus intime que tout le reste.
Il reprend. Moins doucement qu'avant.
La suspension a tout changé, ce que nous retenions depuis cinq minutes a besoin de sortir et il n'y a plus de raison de le différer. Ses hanches contre les miennes, son souffle dans mon cou, ses mains qui me tiennent avec une fermeté qui ne demande plus la permission. Je laisse ma tête rouler en arrière contre le mur, les yeux ouverts sur le plafond, le plafond de leur chambre, ce détail que je ne peux pas ignorer et que je n'essaie plus d'ignorer, et quelque chose lâche en moi.
Pas la culpabilité. Elle est toujours là, elle sera toujours là. C'est le reste qui lâche, la résistance, le calcul, la partie de moi qui gérait encore la situation. Il ne reste que le corps, le mur dans mon dos, sa queue en moi, cette vague qui monte et qui n'attendra plus.
Quand ça arrive, je mords l'épaule de sa chemise entrouverte. Mes ongles dans ses bras. Une vague longue, profonde, qui prend tout et ne laisse rien, et que je traverse dans le silence le plus absolu de ma vie, la gorge serrée, les yeux qui brûlent d'un coup pour une raison que je ne suis pas prête à examiner.
Il vient peu après, son visage enfoui dans mon cou, un son qu'il étouffe contre ma peau, ses mains qui me serrent fort, trop fort.
Nous restons un moment sans bouger. L'appartement est silencieux. La nuit de mai entre par la fenêtre entrouverte, tiède et indifférente. Dans le lit, Marie respire.
C'est moi qui bouge la première.
Je descends lentement le long de son corps, mes paumes glissant sur son torse, puis sur son ventre contracté. Quand mes genoux touchent le parquet froid, le contraste avec la chaleur brûlante de ma peau me fait frissonner. Je reste là une seconde, à genoux dans le noir, et la situation s'impose à moi avec une netteté presque irréelle. Pas comme une image vue de l'extérieur, mais de l'intérieur, depuis mon propre corps agenouillé : le parquet froid sous mes rotules, l'air tiède de mai sur ma peau nue, et quelque part derrière moi, à quatre mètres, la respiration de Marie. Je suis nue, à genoux devant le mari de ma meilleure amie, dans leur chambre. Cette pensée ne m'arrête pas. Elle me traverse et continue, et dans son sillage il reste quelque chose d'obscurément, d'indéniablement chaud.
Son sexe est là, devant moi, à demi retombé. Tiède, encore chargé de nous deux. Je l'attrape à la base d'une main ferme et je sens, au-dessus de moi, son souffle changer, une légère surprise, une tension nouvelle dans ses cuisses. Je lève les yeux vers lui dans la pénombre. Je ne dis rien. Je pose ma langue à la base, à plat, et je remonte lentement le long de lui. Il est encore doux, pas encore tout à fait lui-même, et il y a quelque chose d'étrangement intime là-dedans : le prendre comme ça, sans performance, et sentir sous ma langue le premier mouvement imperceptible qui commence.
Je recommence. Plus lentement. J'enroule ma langue autour du gland, je le prends dans ma bouche, et j'œuvre sans hâte, avec une patience que cette nuit m'a donnée. Je le sens répondre : centimètre par centimètre, degré par degré, une densité qui revient, une chaleur qui se précise. Quelque chose dans le saugrenu absolu de la situation l'y aide autant que ma bouche. Je le sens à la façon dont sa respiration change de texture, dont ses cuisses se crispent légèrement contre mes joues. Ce corps qui revient à moi dans ce noir, dans cette chambre, avec elle qui dort si proche de nous, c'est la chose la plus étrange et la plus grisante que j'aie jamais faite.
Ce pouvoir-là, je ne l'avais pas prévu. Le sentir reprendre vie sous ma langue, savoir que c'est ma bouche, ma chaleur, mes mains qui font ça. Sa queue qui durcit entre mes lèvres pendant que son souffle se fait de plus en plus irrégulier. Quelque chose dans ma poitrine se serre d'une façon qui n'a rien d'altruiste. Je suis trempée. Je n'avais pas réalisé à quel point.
Il durcit entièrement dans ma bouche. Je commence alors à le sucer avec une lenteur délibérée, presque cruelle. Je monte et je descends, les lèvres serrées autour de lui, la langue appuyant sur la face inférieure à chaque passage. Je le prends de plus en plus profond, jusqu'à ce que le gland touche le fond de ma gorge, et je reste là quelques secondes, les yeux levés vers lui, avant de reculer en laissant une longue traînée de salive brillante qui coule sur sa verge et sur mes doigts.
Son souffle devient rauque. Sa main vient se poser dans mes cheveux, pas pour guider, mais pour s'accrocher. Ses doigts se crispent dès que j'accélère légèrement le rythme. Je sens son excitation monter à chaque mouvement de ma tête : sa queue gonfle encore davantage dans ma bouche, ses hanches ont de petits sursauts involontaires qu'il essaie désespérément de contenir. Chaque fois que je le reprends profondément, que je serre la gorge autour de lui, j'entends le son étouffé qu'il ravale dans sa poitrine. Cette lutte silencieuse me rend folle.
Mon clitoris pulse entre mes cuisses, presque douloureux. Plus je le sens perdre le contrôle, plus mon propre désir devient liquide, brûlant, presque insupportable. J'adore ça. J'adore sentir que c'est ma bouche, ma langue, ma gorge qui le mettent dans cet état. J'adore savoir qu'il doit se retenir de gémir, qu'il doit lutter pour ne pas me baiser la bouche plus fort. Cette puissance silencieuse m'excite comme rien d'autre.
Je deviens plus vorace. Je le caresse en même temps avec ma main, serrée et humide, pendant que ma bouche s'active plus vite, plus profond. Je fais des petits cercles avec ma langue sur le gland à chaque remontée, je le reprends aussitôt jusqu'au fond. Ses cuisses tremblent légèrement. Sa respiration est devenue complètement chaotique. Je sens qu'il est au bord, qu'il lutte de toutes ses forces.
C'est exactement à ce moment qu'il craque.
Il me relève d'un geste brusque, et pendant une fraction de seconde je ne sais plus où je suis : ses mains, la rotation, puis le choc du mur contre mes paumes, le plâtre froid contre mes seins, le contraste brutal avec la chaleur de son corps dans mon dos. Il écarte mes jambes avec son genou, attrape mes hanches des deux mains et, sans un mot, sans préavis, il me pénètre, d'un seul coup, jusqu'au fond.
Un choc électrique intense me traverse. Je mords violemment mon avant-bras pour ne pas crier de plaisir.
Il me prend par-derrière avec une urgence animale, des coups de reins profonds, puissants, presque brutaux. Chaque pénétration me soulève légèrement sur la pointe des pieds. Je sens toute sa longueur entrer et sortir, son gland qui frotte contre un point précis à l'intérieur de moi à chaque passage. Ses bourses viennent claquer doucement contre mon clitoris gonflé, et ce contact répété m'envoie des décharges de plaisir brut dans tout le bassin.
Sa main glisse devant moi. Ses doigts trouvent mon clitoris trempé et commencent à le caresser en cercles rapides, précis, sans pitié. La double stimulation, sa queue qui me remplit complètement et ses doigts qui tournent sans relâche sur mon point le plus sensible, me fait perdre la tête. Mon ventre se contracte violemment. Mes cuisses tremblent. Je sens le plaisir monter comme une vague monstrueuse, impossible à retenir.
Je colle mon front contre le mur frais, les dents plantées dans mon propre bras, les yeux fermés. Chaque coup de reins est plus fort que le précédent. Il me baise maintenant avec une intensité presque rageuse, comme s'il voulait me punir d'avoir failli le faire jouir trop tôt dans ma bouche. Le son humide de nos corps qui se rencontrent est discret, mais dans le silence absolu de la chambre il résonne comme un tambour dans ma tête.
Je n'en peux plus.
La vague explose.
Je jouis dans un silence déchirant, le corps secoué de spasmes violents, mon vagin qui se serre convulsivement autour de sa queue, encore et encore. Une chaleur me traverse du bas-ventre jusqu'à la nuque. Mes jambes manquent de lâcher. Seules ses mains sur mes hanches me maintiennent debout.
Il reste enfoui en moi un long moment, immobile, comme s'il voulait sentir jusqu'au dernier frisson de mon plaisir se dissoudre autour de lui. Puis, lentement, il se retire. Le vide soudain me fait frissonner, mon corps proteste contre cette absence comme s'il avait déjà oublié ce qu'il était avant. Je reste plaquée contre le mur, front contre le plâtre, souffle court, encore traversée de secousses résiduelles qui courent le long de mes cuisses.
Ses mains glissent sur mes fesses. Lentement, avec une assurance tranquille qui me désarme, il les écarte. Je sens son sexe, toujours tendu, luisant de nous deux, remonter entre mes fesses et s'arrêter là, le gland épais et brûlant pressé contre mon anus. Pas de pression. Pas d'insistance. Il reste simplement posé là, chaud, lourd, immobile. Une question sans mots dans le noir.
Mon cœur cogne. Mon cerveau enregistre l'information, la formule, la retourne dans tous les sens. Et quelque chose dans cet enregistrement, le fait de comprendre exactement ce qui est proposé, dans cette chambre, dans ce noir, avec elle qui dort à côté, fait monter en moi une bouffée de désir si brutale qu'elle me coupe la respiration. Mais il y a aussi autre chose : une contraction instinctive, pas morale, physique. Mon corps qui mesure la proposition. Qui hésite, une vraie seconde, dans le noir.
Ce n'est pas la tête qui répond.
Je pousse mon bassin en arrière.
Lentement. Délibérément. De ma propre initiative.
Il y a une résistance, une seconde, puis son gland passe, et la sensation qui m'envahit alors n'est pas ce que j'aurais attendu. Pas de douleur vive, pas de recul instinctif. Juste une plénitude dense, profonde, légèrement brûlante aux bords, qui m'étonne autant qu'elle me submerge. Je suis tellement excitée, tellement hors de moi que mon corps l'accueille comme s'il avait toujours su que ça arriverait. Je continue à m'empaler lentement, centimètre par centimètre, les paumes à plat sur le mur, et une pensée traverse mon esprit avec une clarté presque obscène : je ne savais pas que c'était possible que cela soit aussi bon comme ça.
Julien s'est figé complètement. Je sens sa respiration s'arrêter, ses mains se durcir sur mes hanches : stupéfaction, retenue, une forme de révérence animale devant ce que je suis en train de faire. Je continue jusqu'au bout. Jusqu'à ce que mes fesses soient entièrement contre son ventre, jusqu'à ce qu'il soit là, complètement, jusqu'à la garde.
Je reste immobile un instant.
Et là, dans ce silence total, quelque chose me traverse qui n'est pas seulement du plaisir physique. Une conscience aiguë, presque vertigineuse, de la situation dans son entier : je suis nue, contre le mur de la chambre de Marie, en train de me faire sodomiser par son mari, pendant qu'elle dort à quelques mètres. L'idée est tellement démesurée, tellement au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer faire un jour, que quelque chose lâche dans ma tête. Pas la culpabilité, elle est toujours là, constante, mais elle a perdu la partie depuis longtemps. Ce qui lâche, c'est le dernier vestige de surveillance, de contrôle, de gestion. Il ne reste que ça : le noir, son corps contre le mien, cette intimité radicale et interdite.
Il commence à bouger. 
Lentement d'abord, des mouvements courts, précis, qui me permettent de m'adapter. Chaque va-et-vient envoie une onde de chaleur sombre depuis le creux de mes reins jusqu'à la base de ma nuque. La plénitude est différente de tout ce que j'ai connu : plus profonde, plus totale, une sensation d'être entièrement occupée, entièrement prise, sans espace intérieur pour autre chose que lui.
Je cambre le dos. Je pousse mes fesses contre lui. Je m'offre totalement. Il comprend.
Ses mouvements deviennent plus amples, plus soutenus. Il me prend maintenant avec une régularité hypnotique, chaque coup de reins légèrement plus fort que le précédent, et je sens son sexe épais glisser en moi avec une facilité qui m'étonne encore, qui me surprend à chaque passage. Une de ses mains quitte ma hanche et glisse devant moi. Ses doigts retrouvent mon clitoris, gonflé, hypersensible, presque douloureux dans sa sensibilité, et commencent à le caresser en cercles lents et précis.
La double sensation me coupe les jambes. Je ne suis plus capable de penser en phrases. Je suis réduite à des données brutes : la chaleur de son ventre contre mes fesses, le frottement de ses doigts, la profondeur de chaque pénétration, le son de nos souffles mêlés dans le noir. Et en arrière-plan, toujours, le battement régulier de la respiration de Marie : ce métronome inconscient qui rythme l'impossible.
Je pense à son prénom. Je le pense vraiment. Pas comme une pensée abstraite. Son visage, précisément : tel qu'il était ce soir à table, quand elle riait trop fort à sa propre blague, à ses mains sur mon bras quand elle me parlait, à sa façon, à nulle autre pareille, de dire mon nom. Je tiens cette image. Je la regarde en face. Je ne la chasse pas, je ne me cache pas derrière le noir ou l'alcool ou quoi que ce soit.
Et son mari est en moi, profondément. Et mes hanches réclament davantage. Mon corps réclame quand même ce qui monte.
La chaleur qui s'accumule dans mon ventre est d'une nature différente de la précédente : plus lente à venir, plus lourde, plus enracinée. Elle grandit par paliers, chaque vague un peu plus haute que la précédente, et je n'ai aucun moyen de l'arrêter, ni même l'envie de l'arrêter. Mes hanches bougent d'elles-mêmes, en rythme avec lui, réclamant plus de profondeur, plus de pression, plus de tout.
Il sent que j'approche. Ses doigts accélèrent légèrement sur mon clitoris, son rythme devient plus insistant, plus décidé. Il murmure contre ma nuque, les lèvres collées à ma peau : « Tu me prends entièrement. Jouis sur ma queue. » Huit mots. Rien d'autre. L'obscénité de la phrase dans cette chambre, dans ce silence, avec elle derrière nous, c'est ça qui me fracasse autant que ses doigts sur mon clitoris et sa virilité plantée dans ma croupe. Ses mots, ce souffle chaud contre ma peau déclenchent une décharge qui me vrille l'épine dorsale.
Quand l'orgasme arrive, il est lent et dévastateur.
Il ne me fracasse pas comme le précédent : il me submerge. Une vague longue, profonde, qui prend tout mon corps depuis les chevilles jusqu'aux épaules et qui ne se presse pas. C'est à ce moment précis, au moment exact où je commence à jouir, que je réalise que le visage de Marie est tourné vers nous. Ses traits lisses, ses cheveux épars sur l'oreiller, ses yeux fermés. Elle me fait face sans me voir. Je la regarde. Je ne détourne pas les yeux, je suis incapable de détourner les yeux, et mon anus se contracte autour de la queue de son homme, et mes cuisses tremblent, et je jouis profondément, entièrement, silencieusement, sous le visage de mon amie d'enfance.
Cette coïncidence-là, ce n'est pas de la fierté, ce n'est pas de la honte, c'est quelque chose de beaucoup plus trouble que les deux. Cela me traverse comme une lame. Une conscience diffuse s'impose à moi au cœur même du plaisir : je ne serai plus jamais exactement la même après cette nuit.
C'est seulement alors que Julien se laisse aller.
Il s'enfonce une dernière fois, le plus profondément possible, heurtant lourdement ses bourses contre moi, et jouit avec un râle rauque qu'il étouffe contre ma nuque. Je sens sa queue tressaillir violemment d'un coup, puis d'un autre. Ma croupe se resserre d'instinct en une série de spasmes avides, le piégeant en moi pour traire chaque jet. Je le sens pulser, la chaleur épaisse de son foutre qui se diffuse au plus profond de mes entrailles, ses mains crispées sur mes hanches, son front pressé contre mon épaule, son souffle irrégulier qui s'apaise par degrés contre ma peau.
Nous restons soudés l'un à l'autre dans le noir, sans bouger, sans parler. Lui toujours en moi. Mes paumes à plat sur le mur froid. Nos souffles qui se mêlent et se ralentissent ensemble.
Et derrière nous, à quatre mètres, la respiration de Marie, calme, régulière, innocente, continue comme si rien ne s'était passé dans sa chambre cette nuit de mai.
Je suis la première à me redresser.
Il se retire lentement, et cette dernière absence est presque aussi intime que tout le reste. Je reste une seconde immobile, les paumes encore à plat sur le mur, le corps qui essaie de revenir à lui-même, de rassembler ses frontières, de se rappeler où il commence et où il finit. Ce n'est pas évident. Ce n'est pas rapide.
Je ramasse ma culotte sur le parquet, mon soutien-gorge, puis ma robe. Je me rhabille avec des gestes lents et méticuleux, sans le regarder. Je l'entends faire pareil, le froissement de tissu, le bruit discret de sa ceinture. Deux personnes qui remettent de l'ordre dans quelque chose qui n'en aura plus jamais vraiment.
Je prends mon sac sur la chaise. Julien dit quelque chose, mon prénom peut-être, ou le début d'une phrase qui ne sait pas comment finir. Je ne me retourne pas. Pas par froideur. Par nécessité. Parce que je sais que si je le regarde maintenant, dans ce noir, avec ce que nous venons de faire encore présent partout sur ma peau, quelque chose va se rouvrir que je n'ai pas la force de refermer.
Je regarde Marie une dernière fois. Elle dort. Son visage est tourné vers moi, paisible, les traits lisses de quelqu'un qui ne rêve pas. Elle a l'air jeune. Elle a l'air de quand nous avions dix ans et que nous nous racontions tout, absolument tout, parce que nous croyions que nous nous raconterions toujours tout.
Quelque chose se serre sous mon sternum. 
Mais en même temps, et c'est ça qui est le plus troublant, le plus difficile à tenir en main, en même temps, mon corps se souvient encore. La chaleur de ses paumes sur mes hanches. La plénitude, cette plénitude étrange et totale que je n'avais jamais connue. Le moment où j'ai poussé mon bassin en arrière de ma propre volonté, sans calcul, sans négociation avec moi-même. Quelque chose d'aussi primitif que la faim. Quelque chose qui n'avait pas de nom avant ce soir et qui en a un maintenant.
Je ne regrette pas. C'est ça le vertige.
Pas l'absence de culpabilité, la culpabilité est là, réelle, et elle sera encore là demain matin avec le café et la lumière crue. Mais sous elle, distincte et irréductible, il y a autre chose : l'assomption tranquille d'un désir qui était le mien. Que j'ai choisi. Que j'ai réclamé. Que personne ne m'a pris, que j'ai pris.
Ces deux réalités coexistent sans se résoudre. Je le sens physiquement, comme deux fréquences superposées dans la même poitrine.
Je sors de la chambre. Je traverse l'appartement dans le noir. Je prends mon manteau derrière la porte.
Dans le taxi, je regarde les rues défiler sans les voir. Le chauffeur ne dit rien. La radio murmure quelque chose que je n'entends pas. Je ne pense à rien, pas parce que je n'en suis pas capable, mais parce que tout ça est là, compact et brûlant quelque part sous le sternum, et qu'il sera toujours temps demain de savoir ce qu'on en fait. 
Dans le bas de mon ventre, quelque chose coule encore, lent et tiède. Je serre les cuisses. 
Je regarde les rues défiler.
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mozart
28 juillet 2026 à 21:26
Très beau début, bien écrit.
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Sasa31
6 juillet 2026 à 23:54
C’était divin
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Moutcho
17 juin 2026 à 17:15
Qu'elle récit passionnant et très excitant à lire merci
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Photo de profil de Manouco0262
Manouco0262
14 juin 2026 à 08:36
Superbe !
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totolari
13 juin 2026 à 19:16
Très belle tension. Bravo !
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Photo de profil de océane.25
océane.25
13 juin 2026 à 18:07
Un superbe récit, de la douceur qui fait oublier la culpabilité. Une suite serait très agréable.
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Elvis77
13 juin 2026 à 13:13
Magnifique récit et belle élégance d'écriture, tres curieux de lire la suite, merci
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Photo de profil de Jacques du Canada
Jacques du Canada
13 juin 2026 à 01:41
La culpabilité est là et sera toujours là! Trahir une amie d’enfance mérite qu’elle vous chasse de sa vie. Tout comme Thomas d’ailleurs qui ne sait pas qu’il a une femme qui ne contrôle pas ses émotions. Une femme qui ne contrôle rien d’ailleurs. Elle se laisse tout simplement aller à ses pulsions en voyant les conséquences de ses actions. Une cervelle d’oiseau quoi!
Oui, effectivement sa vie ne sera plus la même et en prophète., je prédis le pire pour elle.
J’espère que Thomas n’a pas fait de grands projets avec cette insouciante irresponsable.

L’art de détruire des vies!
Modifié 13 juin 2026 à 01:44
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Photo de profil de plumeopaline
plumeopaline
13 juin 2026 à 00:01
Tu as un talent fou. C'était absolument délicieux. C'est exactement, en tant que femme, ce que je veux lire, ce qui me fait un effet indescriptible. Bravo et surtout : merci !
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Photo de profil de Louise41
Louise41
12 juin 2026 à 21:30
Whaou quelle écriture sensuelle
Je me sens Camille
Bravo continu
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