Réel
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Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les amies dont on rêve — Chapitre 1 · Les débuts dans la féminité
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les amies dont on rêve
Chapitre 1 · Les débuts dans la féminité
Pendant longtemps, j’ai cru que certaines parties de nous-mêmes devaient rester cachées.
Pas parce qu’elles étaient mauvaises. Pas parce qu’elles faisaient du mal à quelqu’un. Simplement parce qu’on nous apprend parfois qu’il existe des chemins « normaux » et que tout ce qui s’en éloigne doit rester dans l’ombre.
À l’école d’infirmière, j’étais quelqu’un de plutôt discret. J’aimais mon métier, le contact avec les patients, les moments où je pouvais me sentir utile. Mes camarades me connaissaient comme quelqu’un de calme, attentif, toujours prêt à aider.
Mais derrière ce visage rassurant, il y avait une partie de moi dont je ne parlais jamais, qui pourtant voulait exister depuis mes treize, quatorze ans et une soirée déguisée lors d’un anniversaire.
Une partie qui aimait les vêtements féminins.
Ce n’était pas arrivé d’un coup. Ce n’était pas une décision prise un matin au réveil. C’était quelque chose qui avait grandi doucement, comme une curiosité que je n’osais pas écouter.
Parfois, dans les magasins, mon regard s’attardait sur une robe exposée dans une vitrine.
— Elle serait jolie portée, pensais-je.
Puis immédiatement :
— Mais pourquoi je pense ça ?
Je détournais les yeux et je continuais mon chemin.
Je me trouvais des excuses. Je me disais que ce n’était qu’une curiosité, que ça finirait par passer.
Mais ça ne passait pas.
Au contraire.
Plus j’essayais d’ignorer cette envie, plus elle revenait.
⸻
C’est dans ce contexte que Justine est entrée dans ma vie.
Elle n’avait pourtant pas une personnalité qui attire, mais elle exerçait un magnétisme sur moi, elle était grande, si sûre d’elle et tellement féminine.
Elle est rapidement devenue comme une femelle alpha pour moi, je buvais ses paroles et occupais la place du « copain », celui qui écoute, avec qui on rigole, on dort même, mais avec qui il ne se passe rien, comme si elle savait déjà que je rêvais au fond de moi de me voir à genoux devant des mâles.
Un jour, après un cours particulièrement long, nous étions assis dans un couloir de l’école.
Elle regarda mon visage fatigué.
— Tu sais que tu réfléchis beaucoup trop ?
Je souris.
— Ah bon ?
— Oui. Ça se voit.
— Je suis juste fatigué.
— Oui. Ça se voit.
— Je suis juste fatigué.
Elle croisa les bras.
— Non. Fatigué, tu regardes dans le vide. Là, tu fais ton regard « je garde quelque chose pour moi ».
Je ris nerveusement.
— Tu analyses tout le monde comme ça ?
— C’est l’école d’infirmière, non ? On apprend à observer.
— C’est l’école d’infirmière, non ? On apprend à observer.
Elle avait dit ça en plaisantant, mais ses mots m’avaient touché.
Elle avait remarqué.
⸻
Les semaines passèrent.
Plusieurs fois, j’ai failli lui parler.
Puis je reculais.
J’avais peur de changer son regard sur moi.
Un soir, après un stage difficile, nous nous sommes retrouvés à discuter autour d’un café.
La conversation était simple au début.
Les cours.
Les patients.
Les professeurs.
Puis le silence s’est installé.
Justine m’a regardé.
— Tu peux me dire quelque chose, tu sais.
— Quoi ?
— Ce que tu as dans la tête depuis plusieurs semaines.
— Quoi ?
— Ce que tu as dans la tête depuis plusieurs semaines.
J’ai baissé les yeux.
Mon cœur battait fort.
— Je ne sais pas comment tu vas réagir.
Son expression est devenue douce.
— Alors, commence par me dire ce qui te fait peur.
Cette phrase a été le déclic.
Pas « explique-moi ».
Pas « c’est quoi le problème ».
Mais :
— Qu’est-ce qui te fait peur ?
J’ai pris une grande inspiration.
— J’aime parfois porter des vêtements féminins.
Le silence.
Quelques secondes seulement.
Mais pour moi, elles semblaient durer une éternité.
Puis Justine a souri.
— D’accord.
J’ai relevé les yeux.
— D’accord ?
— Oui.
— C’est tout ?
— Oui.
— C’est tout ?
Elle a haussé les épaules.
— Tu pensais que j’allais faire quoi ?
Je n’ai pas répondu.
Elle a ri doucement.
— Tu sais que tu es toujours la même personne qu’il y a cinq minutes ?
Cette phrase m’a marqué.
Parce qu’au fond, c’était exactement ce que je craignais.
Que ce secret change tout.
Mais pour elle, rien n’avait changé.
⸻
Quelques jours plus tard, Justine m’a envoyé un message.
— Vendredi soir, garde ta soirée.
J’ai répondu :
— Pourquoi ?
Sa réponse est arrivée quelques secondes après.
— Parce qu’on va faire quelque chose qui va te faire sortir de ta zone de confort.
J’ai immédiatement senti le stress monter.
— Justine...
— Pas de panique 😄 Fais-moi confiance.
— Pas de panique 😄 Fais-moi confiance.
⸻
Le vendredi soir, je suis arrivé chez elle avec une boule dans le ventre.
Elle avait préparé plusieurs vêtements sur son lit.
Je suis resté immobile.
— Tu avais vraiment tout prévu ?
Elle sourit.
— Bien sûr.
— Je ne sais même pas quoi faire.
— Je ne sais même pas quoi faire.
Elle prit une robe entre ses mains.
— Pour commencer, tu vas arrêter de penser à ce que tu devrais être.
Elle me tendit la robe.
— Et tu vas essayer ce qui te plaît.
Je l’ai prise timidement.
La première tenue fut maladroite.
Je ne savais pas comment me tenir.
Je tirais constamment sur le tissu.
Je regardais mes jambes.
Je cherchais les défauts.
Justine le remarqua.
— Tu sais ce que tu fais ?
— Quoi ?
— Tu cherches les raisons de ne pas aimer.
— Quoi ?
— Tu cherches les raisons de ne pas aimer.
Je suis resté silencieux.
Elle ajouta :
— Cherche plutôt ce que tu aimes.
Alors j’ai regardé autrement.
La matière.
La coupe.
Les couleurs.
Les détails.
Petit à petit, la peur a laissé place à la curiosité.
Puis au plaisir.
⸻
Cette soirée-là n’a pas fait de moi quelqu’un d’autre.
Elle m’a simplement permis de rencontrer une partie de moi que j’avais toujours tenue à distance.
Et je ne savais pas encore que cette découverte allait m’amener à rencontrer d’autres personnes et surtout à vivre mes premières soirées sans peur, mes premières sorties, mes premiers moments où je me sentirais enfin libre.
Mais ce soir-là, devant ce miroir, avec Justine à mes côtés, une chose avait changé.
Pour la première fois, je ne me demandais plus :
— Est-ce que j’ai le droit ?
Je commençais à me demander :
« Pourquoi est-ce que je me suis autant interdit d’être. Après cette première soirée chez Justine, quelque chose avait changé.
Pas aux yeux des autres.
Aux miens.
Pendant longtemps, j’avais imaginé ce moment comme quelque chose de compliqué, de gênant, presque interdit. J’avais pensé que me voir habillé différemment provoquerait forcément un malaise.
Mais ce qui m’avait le plus surpris, ce n’était pas la tenue.
C’était la sensation de soulagement.
Je n’avais pas eu besoin de jouer un rôle.
Je n’avais pas eu besoin de faire semblant.
J’étais simplement moi, avec une nouvelle facette que j’apprenais à accepter.
Les jours suivants à l’école d’infirmière, je retrouvai Justine comme d’habitude. Nous parlions des cours, des stages, des patients difficiles et des petites anecdotes de la journée.
Mais il y avait désormais un petit secret entre nous.
Un secret qui n’était pas lourd.
Un secret qui me faisait sourire.
Un après-midi, alors que nous rangions nos affaires après un cours, elle me regarda avec un air amusé.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Tu n’y as pas repensé ?
— Alors quoi ?
— Tu n’y as pas repensé ?
Je fis semblant de ne pas comprendre.
— À quoi ?
Elle leva un sourcil.
— Tu sais très bien.
Je souris.
— Peut-être.
— « Peut-être ? » Elle éclata de rire.
— Tu es vraiment mauvais pour mentir.
— « Peut-être ? » Elle éclata de rire.
— Tu es vraiment mauvais pour mentir.
Je baissai les yeux.
— J’ai aimé cette soirée.
Son sourire devint plus doux.
— Je sais.
— Comment ?
— Parce que tu étais différent quand tu es reparti.
— Comment ?
— Parce que tu étais différent quand tu es reparti.
Je réfléchis.
— Différent comment ?
Elle prit quelques secondes avant de répondre.
— Plus léger.
Ces mots restèrent dans ma tête.
⸻
Quelques jours plus tard, Justine me proposa de venir chez elle une nouvelle fois.
Cette fois, je n’arrivai pas avec la même peur.
J’étais toujours nerveux, mais il y avait aussi de l’impatience.
Elle ouvrit son armoire.
— Bon. Aujourd’hui, on ne choisit pas au hasard.
Je souris.
— Ah bon ?
— Non. Aujourd’hui, on cherche ton style.
— Non. Aujourd’hui, on cherche ton style.
Cette phrase me fit rire.
— Mon style ?
— Oui. Tu crois qu’il suffit de mettre une robe et du maquillage ?
— Oui. Tu crois qu’il suffit de mettre une robe et du maquillage ?
Elle sortit plusieurs vêtements.
— Il faut trouver ce qui te correspond.
Elle me fit essayer différentes tenues.
Une première robe était élégante, mais trop classique.
— Non, dit-elle.
— Pourquoi ?
— Parce que tu n’es pas à l’aise dedans.
— Pourquoi ?
— Parce que tu n’es pas à l’aise dedans.
Elle avait raison.
Une deuxième tenue était plus colorée.
— Celle-là ?
Je me regardai dans le miroir.
— Je ne sais pas...
Elle s’approcha.
— Regarde ton visage.
Je souris légèrement.
— Je souris.
— Voilà.
— Voilà.
Elle avait compris avant moi.
Ce n’était pas la tenue parfaite.
C’était celle dans laquelle je me sentais bien.
⸻
Au fil des essayages, Justine m’apprit des choses simples.
Comment choisir une coupe adaptée.
Comment associer les couleurs.
Comment prendre soin des petits détails.
Mais surtout, elle m’apprit à arrêter de chercher la perfection.
Un soir, alors que je critiquais mon reflet :
— J’ai l’impression que quelque chose ne va pas.
Elle posa son pinceau de maquillage.
— Tu veux savoir ce qui ne va pas ?
Je la regardai.
— Quoi ?
— Tu te regardes comme quelqu’un qui cherche une erreur.
— Tu te regardes comme quelqu’un qui cherche une erreur.
Elle s’approcha du miroir.
— Regarde-toi comme quelqu’un qui découvre quelque chose.
Cette phrase me suivit longtemps.
⸻
Quelques semaines plus tard, Justine me proposa de rencontrer ses amies.
— Elles s’appellent Marine et Chloé.
Mon stress revint immédiatement.
— Tu es sûre que c’est une bonne idée ?
— Oui.
— Et si elles trouvent ça bizarre ?
— Oui.
— Et si elles trouvent ça bizarre ?
Elle sourit.
— Alors elles ne seront pas les bonnes personnes pour toi.
Cette réponse me rassura.
⸻
Le soir venu, nous arrivâmes chez Marine.
Je portais une tenue que nous avions choisie ensemble : quelque chose de simple, élégant, dans lequel je me sentais bien.
Mais malgré cela, mon cœur battait à toute vitesse.
Je murmurais :
— Je vais faire demi-tour.
Justine attrapa doucement mon bras.
— Non.
— Justine...
— Écoute-moi.
— Justine...
— Écoute-moi.
Je la regardai.
— Tu n’es pas en train de demander la permission d’exister.
Ses mots me calmèrent.
Elle sonna.
Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit.
Marine apparut.
— Salut !
Puis elle me vit.
Son visage changea immédiatement.
Pas de surprise négative.
Pas de jugement.
Juste un grand sourire.
— Alors c’est toi.
Je devins rouge.
— Oui...
Elle regarda Justine.
— Pourquoi tu ne m’as pas dit qu’il avait autant de style ?
Je restai sans voix.
Justine éclata de rire.
— Je savais que tu allais dire ça.
Marine nous fit entrer.
— Allez, venez. Chloé est déjà en train de choisir un film et elle va râler si on arrive en retard.
Depuis le canapé, une voix répondit :
— Je ne râle jamais !
Marine cria :
— Tu râles tout le temps !
Une fille apparut avec un sourire.
— Je suis Chloé.
Elle me serra la main naturellement.
— Contente de te rencontrer.
Cette simplicité me toucha.
Je m’étais préparé à devoir expliquer.
À devoir me défendre.
Mais personne ne me demandait de justification.
⸻
La soirée passa beaucoup trop vite.
Au début, j’étais encore réservé.
Je faisais attention à mes gestes.
À ma façon de parler.
À tout.
Puis, petit à petit, les rires prirent le dessus.
Marine avait un humour incroyable.
Chloé était curieuse de tout et posait toujours les bonnes questions.
À un moment, Marine ouvrit une boîte remplie d’accessoires.
— Bon.
Je la regardai avec inquiétude.
— Quoi ?
Elle sourit.
— Maintenant, on améliore les détails.
Chloé applaudit.
— Enfin quelqu’un qui comprend !
Je me mis à rire.
— Vous êtes toujours comme ça ?
Justine répondit :
— Oui.
Marine ajouta :
— Et maintenant, tu es coincé avec nous.
Cette phrase, dite en plaisantant, me fit pourtant quelque chose.
Parce qu’au fond, c’était la première fois que j’avais l’impression d’être accueilli sans condition.
⸻
À la fin de la soirée, en rentrant chez moi, je reçus un message de Marine.
— Merci d’être venu. Reviens quand tu veux 😊
Puis un autre de Chloé.
— Et la prochaine fois, on fait une séance shopping. Je refuse que Justine soit la seule à choisir tes tenues.
Je regardai ces messages longtemps.
Quelques mois plus tôt, je pensais que cette partie de moi devait rester cachée.
Maintenant, trois personnes connaissaient mon secret.
Et au lieu de m’éloigner des autres...
Il venait de créer de nouvelles amitiés.
Je ne le savais pas encore, mais cette soirée était le début d’une nouvelle vie.
Une vie où je n’aurais plus seulement des moments cachés derrière une porte fermée.
Une vie où je pourrais bientôt sortir dehors, rire, discuter, et marcher dans la rue avec elles sans avoir honte.
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