Mon été surprenant
Chapitre 1 · Retour au camping du lac
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✦ Caroline de Savoie Mon été surprenant XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Mon été surprenant — Chapitre 1 · Retour au camping du lac

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Caroline de Savoie
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Mon été surprenant

Chapitre 1 · Retour au camping du lac

Quelques années déjà depuis ma dernière publication sur le site, me revoici pour une nouvelle histoire. Celle-ci est bien sûr imaginaire en grande partie, et correspond plus à un fantasme personnel, même si son point de départ se base sur des faits réels.
Commençons par moi, Caroline Moreau. J'ai maintenant trente-deux ans, un peu plus mûre, mais mon physique a peu changé. Toujours peu adepte des décolorations, je demeure brune et j'ai conservé les cheveux assez longs, jusqu'à mi-dos. Grâce à ma passion pour la randonnée et un travail physique au restaurant, je garde mon allure élancée (soixante kilos pour mes un mètre soixante-neuf), et une poitrine modeste (85B). Des yeux noisette complètent le tableau.
Après ma précédente séparation (pendant laquelle se déroulait mon dernier récit), je me suis remise quelque temps en couple, période que je ne regrette pas, mais me voilà à nouveau séparée pour des raisons que je ne détaillerai pas ici. Je suis revenue, cette fois encore, pour des raisons de facilité, autant financières que logistiques, habiter ma chambre d'ado et de jeune adulte, chez papa, maman. Bien que confortable, cette situation n'est pas destinée à durer, même si cela fait déjà plus d'un an que je suis de retour à la maison.
Pour vous présenter mes parents, partie prenante de cette aventure d'été, voici d'abord mon père, Jean-Paul Moreau, qui aura soixante ans tout rond en décembre. Patron de sa petite PME qui marche bien, autodidacte qui a réussi et qui en est fier, un brin moralisateur aussi sur la valeur du travail, de l'engagement et de la parole donnée. Sinon physiquement, peu de particularité, un mètre soixante-dix-neuf, pas vraiment gros, mais un petit ventre qu'il ne réussit plus à faire fondre, des cheveux courts, qu'il présente comme bruns, mais qui sont honnêtement de plus en plus poivre et sel, un regard bleu qui lui donne parfois un air faussement autoritaire.
Ma mère ensuite, Martine Moreau, un peu plus jeune, cinquante-cinq ans, femme au foyer à temps plein depuis ma naissance (elle travaillait auparavant comme secrétaire). De jolis cheveux bruns, presque noirs (merci la teinture !) coupés au carré, des yeux noisette dont j'ai hérités (j'aurais bien pris le bleu de papa, mais on ne choisit pas). Toujours soucieuse de son apparence, jamais négligée, et je dois le reconnaître, plutôt bien conservée, grâce à une hygiène de vie rigoureuse. Je serai ravie, si moi à son âge, je ne prends pas plus de kilos. À peine plus petite que moi (un mètre soixante-six), elle ne doit peser que quelques kilos de plus, qui plus est bien répartis là où c'est le plus joli. Elle rentre encore dans du 40-42 en pantalon, et contrairement à moi possède une taille de bonnets beaucoup plus susceptible d'attirer l'attention (90D selon les étiquettes de ses soutiens-gorges).
Bref, des gens charmants que j'aime très fort bien sûr, mais qui font un peu bourgeois parvenus, un rien conservateurs, toujours à jouer les notables du coin (golf, bridge et clubs locaux...) et à étaler leur supposé raffinement. Évidemment, ils ne me le disent pas, mais je pense que mon métier de serveuse, que je ne compense même pas par un mariage avec un beau parti (selon leurs termes) et mon look souvent plus désinvolte font leur désespoir. Ils n'ont bien sûr jamais été au courant de la réalité de mes séances de pose pour le club de dessin local, lors de mon précédent passage chez eux (voir mes précédents récits).
Je les sens presque plus ennuyés que moi par ma seconde séparation (le désir de me voir heureuse peut-être, ou alors simplement l'envie d'avoir des petits-enfants un jour). Ils s'ingénient parfois, gentiment, mais de façon un peu ridicule à mon âge, à me remettre sur les rails des sorties et à me changer les idées. Ils me trouvent trop casanière, à les écouter. Et c'est vrai que pour le moment (et depuis toujours à vrai dire) je préfère la lecture ou les balades nature aux sorties en boîte.
Comme la période de fermeture estivale du restaurant où je travaille tombe cette année en même temps que leurs congés, ils ont insisté pour que je retourne avec eux au camping où ils ont leurs habitudes depuis des lustres. (Leur seul côté prolétaire peut-être, encore qu'ils se logent là-bas dans un bungalow climatisé tout confort). Ma mère surtout n'a pas arrêté depuis que je connais mes dates de vacances de m'inciter à venir avec eux.
— Tu te rappelles comment tu t'amusais bien là-bas ?
— Oui maman, mais j'étais une gamine, à dix ou même seize ans, on ne s'amuse pas comme à trente-deux, je ne me vois mal sur le toboggan aquatique.
— Allez voyons, tu ne vas pas rester ici toute seule, tu ne sortiras pas, je te connais, on fera des visites ensemble ou des soirées jeux, il n'y a pas que les toboggans, ne fais pas ta gourde.
Je vous passe le détail de nos échanges, jour après jour, mais sachez juste que c'est sans enthousiasme et de guerre lasse (et non sans avoir beaucoup protesté) que je me retrouve actuellement partie pour un mois au camping du lac, qui a en effet été mon lieu récurrent de villégiature enfant puis ado, dans la belle région de Provence.
Je constate que par rapport à mes souvenirs, le lieu est à la fois identique et très différent. Plus grand, des bungalows encore plus modernes, plus grands et confortables (même s'il y a aussi des tentes et caravanes, mais pour mes parents, pas question !), des allées plus larges, une signalétique impeccable et dans plusieurs langues. En le traversant pour aller nous installer dans le bungalow loué par la famille, je note aussi pas mal d'infrastructures nouvelles : une supérette, un grand terrain de jeu pétanque et autres activités sportives et de plein air, des agrès de gymnastique et de musculation genre parcours santé, un grand bar au bord de l'eau jouxtant ce qui s'apparente à une salle des fêtes selon le panneau pour ne citer que ce que je note au passage.
Surprenant mes regards perplexes, mon père m'annonce tout fier :
— Alors ça a pas mal changé hein, tu ne t'attendais pas à ça ? Et tu vas voir, en plus il y a tous les jours des activités, on n'a pas le temps de s'ennuyer ici, même toi tu vas t’amuser.
— Tu te rappelles l'an dernier les soirées karaoké, ajoute ma mère.
— Hé ben ça va être mortel ! Vivement la rentrée ! me faisant lever les yeux au ciel.
— Rabat-joie ! Décidément, lâche mon père en riant, mais on arrivera bien à te dérider, tu verras, il y a tellement de trucs.
Le bungalow tient ses promesses, on se croirait dans un petit appartement, cuisine, petite, mais équipée, salle de bain tout confort, une jolie terrasse aménagée devant... J'ai bien sûr ma chambre séparée. À peine installés et les valises défaites, les parents sont en mode camping, eux si soignés à la maison, c'est maintenant tongs de rigueur, un short bleu torse nu pour mon père qui laisse son ventre un peu débordé par-dessus, et un maillot deux pièces, bariolé, mais malgré tout, assez enveloppant pour ma mère. La façon dont ces « petits bourgeois » dans la vie peuvent en un clin d'œil virer « campeurs de base » me sidérera toujours. Bon, ils ont tout de même conservé leurs coiffures impeccables et pour la mère un maquillage léger et quelques bijoux.
Paradoxalement ici, c'est moi qui fais peut-être la plus bourge, ayant opté en ce premier jour pour une tenue plus sobre (moitié par goût, moitié parce que traîner partout en bikini me gêne un peu) pour les rejoindre sur la terrasse du bungalow où ils m'appellent. Je sors chaussée d'une paire de tennis en toile blanche, et mon bikini caché par une robe « bain de soleil » beige.
À peine ai-je posé les pieds sur la terrasse qu'un gros type qui me dépasse d'une bonne tête se colle à moi et me galoche les joues, en y frottant sa barbe grise et piquante, sa main collée sans gêne à mon bas du dos pour me plaquer à lui. Surprise, je lui rends ses bises du bout des lèvres, constatant simultanément qu'il sent à la fois la crème à bronzer et le pastis. Son ventre poilu toujours collé à moi et sans que sa main ne m'ait lâché le haut de la fesse à travers la robe, il lance à la cantonade :
— Ho ben ça alors, putain la p'tite Caro, hé venez voir Caro est là. Putain, t'as changé, se reculant enfin pour me détailler sans aucune gêne, et éclatant d'un gros rire.
Sous le regard étonnamment attendri de mes parents, je vois débarquer une femme d'une grosse cinquantaine d'années, elle aussi en maillot et tongs, immédiatement suivis de deux hommes, entre vingt-cinq et trente ans, eux aussi en maillot et dont je devine vite, vu la ressemblance avec le gros type familier (malgré vingt kilos en moins et pas mal de cheveux en plus) qu'ils doivent être les enfants du couple.
Tous les trois viennent successivement me claquer des bises, bien sonores, sur les joues, comme si on se connaissait bien, tout en semblant ravis de me voir et renchérissant sur le fait que oui, j'ai bien changé.
Cela me met sur la piste probable d'anciennes connaissances de vacances et je finis, après un long moment pendant lequel mon incompréhension semble d'ailleurs les amuser, à reconnaître les « Monnier ». C'est plus la voix du gros type, plus que son physique qui a pas mal changé qui me revient en mémoire. Ce sont des amis des parents que j'ai déjà croisés à ce même camping par le passé. Mes parents les avaient même à deux ou trois reprises reçus à la maison, mais cela fait plus de quinze ans. Le père un type très rigolard et gros, même à l'époque, sa femme blond platine décolorée et qui riait déjà bruyamment à toutes ses grosses blagues. Les enfants, dont je me souviens peu, car ils étaient trop jeunes par rapport à moi à cette époque de ma vie où trois à six ans d'écart représentaient un gouffre générationnel. Je me rappelle que même ado, je me demandais pourquoi mes parents s'étaient autant liés d'amitié avec ces gens, sympathiques, mais si éloignés de leurs autres amis.
Peu de finesse, mais mes parents semblaient s'être entichés d'eux années après année. Je les salue poliment, quand leurs prénoms me reviennent à l'esprit :
— Bonjour Henri et... Monique et... Yann et Kevin, c'est ça, je crois.
Ils semblent ravis que je les aie reconnus et ne tarissent pas de commentaires, parfois un peu gênants, malgré leur caractère spontané, sur mon évolution physique depuis l'époque. Mon père leur propose, sans surprise, qu'ils se joignent à nous pour l'apéro à venir, ce qui me permet momentanément d'échapper à leur revue de détail. En moi-même, je me félicite de ne pas avoir cédé à la facilité du bikini comme ma mère et Monique n'osant imaginer les commentaires détaillés qui n'auraient pas manqué de survenir.
À peine une heure plus tard, ponctuels pour l'apéro, les revoilà, les bras chargés de quelques bouteilles de rosé, de saucissons et de paquets de chips qui rejoignent au milieu de la table de la terrasse les assiettes en carton remplies d'olives et de graines diverses préparées par ma mère.
Quand tout le monde se place autour de la table, je me retrouve un peu coincée entre le père et un des fils Monnier. Un peu silencieuse au départ, leurs relances incessantes (et quelques verres de rosé aussi, je dois l'admettre) m'aident à me lancer à débattre avec animation de sujets aussi variés que de la hausse du prix de l'essence, des derniers blockbusters sortis (que je n'ai pas vus !), la météo qui n'a plus bien sûr ni queue ni tête et pour finir et de l'évolution du camping où nous nous trouvons qui devient selon Henri de plus en plus envahi d'étrangers (mais ajoute-t-il un rire gras sur les lèvres, fort heureusement d'étrangères aussi).
Kevin évoque, des étincelles dans les yeux, les animations de cette année (tournoi de pétanque, tournoi de basket, soirée quiz sur les séries télé ou les tubes musicaux, soirée dansante, soirées jeux de groupe, karaoké, courses au trésor, spectacle amateurs). Mon père s'enquiert de tout ça comme si ça le passionnait. Et ma mère, qui ne semble pas avoir renoncé à son karaoké non plus lance :
— Ça serait génial qu'on fasse un tournoi en équipe hein Caro ?
Mon manque d'enthousiasme évident à répondre oui, ramène hélas très vite la conversation sur moi, et mon père ne se gêne pas pour détailler à l'envi le fait que je suis trop « popotte », que je ne sais pas m'amuser, qu'on dirait que j'ai soixante-dix ans dans ma tête etc. Je ne prends pas la peine de nier ces affirmations (en partie vraies), la tablée lui est acquise et ma réputation est faite. Monique lâche d'ailleurs :
— T'es la seule à ne pas traîner en maillot, ça aussi c'est un signe, t'es pas moderne.
— Je peux traîner en maillot comme tu dis, moi aussi, sans aucune gêne, mais là j'avais un peu froid.
(étalant par la même ma mauvaise foi évidente, au vu des presque vingt-huit degrés encore en ce début de soirée).
C'est Henri qui prend la balle au bond, l'air innocent en lâchant à la cantonade :
— Bha y aurait bien une activité où tu te marrerais, pis après tout si ça ne te gêne pas d'être en maillot hein...
Il marque une longue pause, semblant me jauger et réfléchir et ajoute d'un air critique :
— Mais bon t'es trop timide toi.
— Pas du tout ! J'aime juste ma tranquillité, mais je suis très sociable... et pas timide, juste réservée, un peu piquée au vif par ses allusions.
Henri hésite, regarde ses fils alternativement et dit, s'adressant à eux plus qu'à moi-même :
— Jamais elle n'osera faire miss camping, vous ne pensez pas ?
Ils grimacent, l'air dubitatif, alors que ma mère toujours curieuse demande ce que c'est que ce truc de « Miss camping ». Henri explique que :
— C'est une des animations, un jeu concours amateur comme on en voit beaucoup maintenant, un truc sans prise de tête pour rigoler, tu vois un peu comme le concours de la meilleure tarte aux pommes ou le concours de pétanque, sauf que là, c'est juste un défilé, en robe et maillot, je crois, c'est le public qui vote et la meilleure gagne une coupe ou un truc comme ça.
— Ha, mais ça serait génial Caro non ? Ça te changerait un peu et tu te ferais des connaissances, relance ma mère toujours soucieuse que je fasse plus de rencontres (comme si j'allais trouver un nouveau compagnon au camping !).
— Au pire tout ce qu'on risque, c'est de rire non ? abonde mon père.
— Non, mais vous vivez à quelle époque ! C'est complètement ringard, ces trucs ! Et de toute façon, je ne risque pas de gagner, je n'ai pas le physique de bimbo qu'il faut pour ça, je connais les goûts des mecs.
Je suis à la fois tout à fait sincère en leur disant cela, et un peu énervée par leur insinuation (la vérité énerve toujours un peu), comme quoi je ne saurais pas m'amuser et lâcher prise. Il s'ensuit une discussion animée entre eux, pour tenter de justifier en quoi je pourrais avoir mes chances, permettant de glisser quelques remarques sur mon physique « T'es pas si mal quand même (merci !). Oui, t'as des p'tits seins (ouh !), mais bon, t'es mince ça peut plaire... » que je m'efforce d'accueillir avec le sourire pour ne pas casser l'ambiance.
Je persiste à croire que je n'ai aucune chance, mais comme tout le monde revient régulièrement à la charge encore et encore, je finis par trouver la parade en feignant de bien vouloir participer à une condition, dont je pense qu'elle ne pourra jamais se réaliser (ce qui prouve qu'on ne devrait jamais boire cinq verres de rosé à la suite, surtout moi.)
— OK j'y vais... mais seulement si tu y vas aussi, en fixant ma mère qui a elle-même tant insisté et pensant ainsi avoir la paix.
Est-ce l'alcool, qu'elle non plus n'a pas l'habitude de boire autant, les moqueries sans malice de mon père ou simplement sa volonté de ne pas perdre la face avec moi en renonçant à vanter les mérites de toutes ces sorties et activités ? Toujours est-il qu'après quelques minutes d'un débat animé, mais bon enfant, elle lance à son tour :
— Ho tu ne dois pas t'en souvenir, mais figure-toi que j'ai failli être retenue pour le concours de miss Savoie, il y a... un certain temps, c'est même là que j'ai rencontré ton père. Alors OK, on le fait toutes les deux, me tendant sa main à taper, comme si nous faisions un deal sur un marché.
J'avoue qu'évidemment, je n'ai pas de souvenir de cet épisode de miss Savoie, et j'ai une bonne excuse pour ça, je n'étais pas née ! (Après avoir investigué un peu plus avec maman le jour suivant, il s'est avéré qu'elle n'avait en fait que passé la présélection des miss régionales, et que c'est en effet en sortant du théâtre où se passaient les entretiens préalables, qu'elle a croisé mon père pour la première fois, un peu loin donc de sa version initiale des faits, mais je me garde bien de le lui dire.) Sur le moment, un peu abasourdie et prise à mon propre piège, je ne trouve plus d'argument à opposer à ma participation à ce truc ridicule et je finis par m'avouer vaincue de mauvaise grâce :
— Alors on le fait, mais je vous préviens, moi je suis en vacances, je ne m'occupe de rien !
Espérant encore que mon ultime argument va les décourager,
Henri, grand seigneur pour une fois, indique immédiatement qu'il s'occupe des inscriptions pour moi et maman aussi si elle le souhaite. Ce qu'elle accepte en effet après l'habituel regard à mon père pour demander son approbation finale. Contre toute attente, amusée par tout cela, il acquiesce vigoureusement en ajoutant :
— Eh bien voilà, ça nous divertira tous, allez, ne faites pas la tête, et je compte sur vous pour faire honneur à la famille et aux amis lors de ce concours ! Même si ce n'est qu'un truc amateur pour s'amuser.
(Lui non plus n'a pas trop l'habitude de boire autant, dirait-on).
Pour ne pas perdre la face, je m'efforce de sourire, mais je maugrée tout de même :
— De toute façon, on fera que participer, on ne risque pas de gagner.
Alors que mon père râle après mon défaitisme habituel et mon manque d'engagement (qui selon lui caractérise ma génération et toutes celles d'après), Henri me relance :
— Je n'en mettrai pas ma main au feu tu sais, une mère et sa fille dans le même concours, ça ne se voit pas si souvent.
— Bah, ils éliront maman alors et elle sera contente !
Je rétorque :
— Joue le jeu hein, et d'ailleurs si l'une de vous gagne, on ira manger à ce fameux resto sur la côte, où on n'est jamais allés, ajoute mon père,
— Ho ça, ça nous motive hein Caro, il paraît qu'on y mange vraiment merveilleusement bien et que c'est hyper-chic, rigole maman.
— Ne te fais pas trop d'illusion maman. Papa a dit qu'il nous invite uniquement si l'une de nous gagne..., un peu moqueuse.
Henri décidément bien généreux ce soir, nous regardait elle et moi avec attention et ajoute :
— C'est important la motivation, et moi je vous propose un truc en plus de Jean-Paul, si aucune de vous ne gagne, c'est moi qui vous invite à ce fameux restaurant pour vous consoler.
Sa proposition qui, si j'arrive encore à raisonner malgré le rosé, nous promet le bon restaurant dans toutes les hypothèses de victoire ou de défaite, nous ravit. Je pense même pendant un instant qu'il s'est emmêlé les pinceaux, mais tant pis pour lui. Je vérifie quand même :
— Ce qui est dit est dit hein ? Si on perd toutes les deux, tu nous invites, c'est bien ça ?
— Oui absolument, mais... pour être équitable, comme tu sembles bien sûre de perdre Caro, si tu gagnes, toi tu nous offres quoi ?
Je réfléchis quelques minutes, à l'idée de me régaler aux frais d'Henri ou de mon père qui l'auront bien cherché, je finis par proposer :
— Pour vous inviter, moi je suis un peu fauchée en ce moment (c'est peu dire), mais comme vous vous êtes moqués parce que je n'étais pas en maillot ce soir, eh bien, si je gagne, je resterai en tenue de miss pendant tout le séjour !
Me disant que de toute façon, je passerai la plus grande partie de mon séjour en maillot, et qu'au pire, un peu plus un peu moins, ça ne m'engage pas à grand-chose.
Alors que mon père soupire à haute voix, à propos de ma situation financière déplorable et selon lui quasi permanente, je vois passer comme un sourire étrange sur le visage d'Henri qui échange des regards avec ses fils. Il réfléchit (moi qui ne pensais pas que c'était dans ses capacités) un peu avant de répondre sur un ton sérieux, mais avenant :
— Bon ça n'est pas très équilibré, mais si vous pariez toutes les deux, je veux bien risquer un dîner très cher, contre cette promesse. Yann prend ton téléphone, on va quand même garder une trace de tout ça hein ? S'agirait pas de changer d'avis.
Yann s'empresse de se lever pour aller de l'autre côté de la table tandis que maman se place à côté de moi, ravie apparemment elle aussi de ce marché avantageux - un repas exceptionnel, surtout pour le cadre si chic et le beau monde qui doit dîner là-bas, contre... au fond rien, elle a déjà pense-t-telle la tenue -. Pendant que Yann nous cadre soigneusement, nous répétons ensemble, un peu trop solennelles, la phrase que nous souffle Henri :
— Nous Martine et Caroline Moreau, nous engageons si nous gagnons le concours de miss camping 2026, l'une ou l'autre, à porter notre tenue de miss pendant toute la durée de notre séjour, en toutes circonstances.
— Et moi je déclare que si aucune des deux ne gagne, j'invite la famille Moreau au Château des délices pour le grand menu dégustation, même avec l'accord mets vins tiens !
ajoute Henri se penchant pour entrer dans le champ de l'objectif, la main sur le cœur.
La tablée entière pouffe de rire, car ça fait un peu trop sérieux, mais le « pacte » ainsi gravé dans le marbre, nous finissons cet apéro trop chargé et finalement plus amusant qu'il n'y paraissait au départ.
Dans un coin de ma tête (le moins embrumé par le rosé sans doute), je me maudis encore un peu de m'être lancée dans cette aventure, mais après tout, ça n'est pas bien grave. Comme mes parents me le serinent à longueur de temps, c'est l'été, il faut s'amuser !
Les jours suivants, nous passons pas mal de temps (souvent avec les Monnier qui ne décollent pas de mes parents) entre la zone de baignade et la découverte des autres activités du camping. C'est vrai que l'endroit est sympa (ça me fait un peu mal de l'admettre même en pensée et jamais je ne le leur dirais à voix haute) et vraiment bien équipé. On y parle, c'est plusieurs langues, même si les francophones sont majoritaires, et à certains endroits, comme la supérette ou le bar, il semble qu'un mauvais « Franglais » universel soit devenu la règle entre toutes les nationalités, renforçant à peu de frais l'impression de vacances lointaines.
À plusieurs reprises, nous croisons des connaissances des parents ou des Monnier, et inlassablement, il faut subir à nouveau les présentations qui comportent toujours à un moment donné un échange du genre :
— Mais si souvenez-vous Caroline notre fille, mais si, mais si !
— Ah oui en effet, comme tu as changé, énoncé par les intéressés me dévisageant de haut en bas.
— C'est une adulte maintenant, mais toujours célibataire, accompagné d'un sourire contrit de papa ou maman,
ou si un des Monnier nous accompagne, la variante moins classe lancée avec spontanéité par l'un ou l'autre des hommes de la tribu :
— Pourtant vous avez vu comme elle a changé, les seins, les fesses et toute une vraie jolie femme hein.
Néanmoins, pour montrer que je ne suis pas si coincée que ça (et aussi parce qu'il fait très chaud je dois l'avouer), je passe une large partie de mon temps en maillot, quand je ne suis pas en short débardeur, me fondant un peu plus dans le décor du camping.
Après ces quelques jours, j'aurais presque oublié ce fichu concours, si ce n'était les affiches annonçant l'événement, placardées un peu partout. Mais fidèle à ma promesse (ça m'arrange bien), je ne m'occupe de rien, dédaignant même la lecture de celles-ci !
Le mercredi matin, alors que nous prenons le petit-déjeuner sur la terrasse du bungalow, Henri débarque, toujours gouailleur, agitant deux papiers pliés en deux.
— Salut la famille, salut les futures gagnantes, chose promise, chose due, je vais vous inscrire.
— Salut le futur financeur de notre dîner de luxe ! Comme tu le dis, chose promise...
(Le matin, je n'ai pas un humour très développé)
Il sort un stylo de sa poche et pose devant maman un des papiers, retourné, lui indiquant :
— Voilà, tu renseignes ton nom, prénom, date de naissance ici, et tu signes en dessous en mettant lu et approuvé.
Ma mère s'exécute de bon gré. Il empoche le papier et dépose le second, en tout point identique devant moi pour que je fasse de même.
Par habitude et par curiosité, je prends le papier pour en parcourir le contenu. La première page très colorée est une version miniature des affiches que j'ai remarquée de loin, et montre des filles en bikini sous une typographie aguicheuse « Miss Camping du lac 2026, samedi 8 août à 20 heures ».
Elles sont toutes de parfaites caricatures de bimbos, blondes, vingt ans, des seins plus qu'avantageux qui débordent de leurs maillots, me confortant dans ma certitude quant aux types de filles qui ont une chance dans ce genre de concours naze. Alors que je vais pour ouvrir le dépliant, malgré Henri qui me presse au motif qu'il voudrait déposer nos inscriptions avant dix heures, mon père ressort du bungalow regardant sa montre et nous lance :
— Hé on va rater le début du quiz musical au bar, hier on s'est bien débrouillés, allez Caro, Martine, on y va ! Henri, tu viens avec nous ?
Je renonce donc à lire en détail ce formulaire, et appose comme ma mère les informations demandées : Moreau, Caroline, née le 26 avril 1994, lu et approuvé, ma plus belle signature aux emplacements délimités, puis le tend à Henri qui file gérer la paperasse en indiquant à mon père qu'il doit travailler lui (tu parles !) et qu'il nous rejoint après.
La suite, au prochain épisode, si cela vous a plu.
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