Huit mille terminaisons sur le parquet
Chapitre 1 · L’éveil de la curiosité
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Huit mille terminaisons sur le parquet — Chapitre 1 · L’éveil de la curiosité

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Kotoryx
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Le cadre — une salle de classe des années 70, des uniformes, une infirmière au bord du règlement — est posé avec une précision qui fait tout. On sent quelque chose se resserrer imperceptiblement au fil des pages, comme ces après-midis qui n'en finissent pas. Chaque personnage a sa façon d'occuper l'espace et de peser les mots, et c'est dans cet écart-là que le récit trouve sa force.

Huit mille terminaisons sur le parquet

Chapitre 1 · L’éveil de la curiosité

France, mille neuf cent soixante-quinze.
Au lycée Saint-Grégoire, la Terminale avance entre les cours, les règlements, les habitudes déjà prises et l'impression diffuse que quelque chose est en train de finir. Léa, Margot, Marie, Daniel, Hans et Thomas ont dix-huit ou dix-neuf ans. Ils se connaissent, se regardent, se plaisent parfois, se comprennent mal souvent, et découvrent peu à peu ce que deviennent les liens quand l'enfance commence vraiment à rester derrière eux.
Au Lycée Saint-Grégoire, on parle encore plus volontiers de reproduction que de désir, de prudence que de plaisir, et certains mots restent difficiles à prononcer à voix haute.
Il suffit pourtant parfois d'un cours ordinaire, d'un schéma projeté sur un écran, d'une question posée au mauvais — ou au bon — moment, pour que quelque chose se déplace.
Ce jour-là, dans une salle de sciences au parquet usé, six élèves vont entendre certains mots autrement.
Et, pour quelques-uns d'entre eux, ils ne seront plus tout à fait les mêmes après.
—---
La lumière de l'après-midi filtrait à travers les hautes fenêtres de la salle de sciences, dessinant des rectangles pâles sur le sol en parquet usé. Les élèves de terminale s'étaient installés avec cette désinvolture particulière à ceux qui avaient déjà pris leurs habitudes depuis la rentrée, leurs uniformes un peu relâchés malgré le règlement — cravates desserrées, manches retroussées, quelques cheveux s'échappant des coiffures réglementaires.
Léa avait choisi une place au milieu de la rangée, pas trop près du tableau pour éviter d'être sous le regard constant, pas trop loin pour ne pas manquer ce qui allait se dire. Elle sentait le bois dur de la chaise contre ses cuisses, l'étoffe de sa jupe plissée qui collait légèrement à ses mollets. À sa gauche, Margot tripotait une mèche de ses cheveux roux, les boucles épaisses qu'elle n'avait pas réussi à discipliner ce matin-là. À sa droite, Marie tenait son stylo avec cette concentration précoce qui la caractérisait, prête à noter chaque mot avant même qu'il ne soit prononcé.
Geneviève Paulet entra sans frapper, ses chaussures à petits talons claquant un rythme régulier sur le parquet. Son uniforme d'infirmière — blouse blanche, tablier bleu, coiffe impeccable — contrastait avec le désordre des élèves. Elle posa sa mallette sur le bureau du professeur absent, y chercha un moment, en extirpa un rouleau de transparents qu'elle fixa avec des gestes précis sur le projecteur encore froid.
— Bonjour à tous.
Sa voix portait sans effort, cette assurance des adultes habitués à commander l'attention.
— Votre professeur de biologie est retenu. Je le remplace pour cette séance d'information sexuelle organisée par l'établissement.
Un murmure parcourut la salle, immédiatement réprimé. Daniel, au fond, se pencha vers Thomas avec un sourire entendu que Léa surprit du coin de l'œil. Hans, plus loin, redressa sa cravate d'un geste machinal.
Geneviève alluma le projecteur. Le bruit mécanique du ventilateur remplit la pause, puis une image apparut sur l'écran blanc : un schéma anatomique en coupes, légendé en lettres minuscules. L'appareil génital féminin, présenté avec la froideur clinique des manuels des années soixante-dix, les organes internes étalés comme une carte de géographie.
— Nous allons procéder méthodiquement, dit Geneviève en cherchant sa baguette de bois pour pointer les détails. L'anatomie humaine obéit à des lois précises. Comprendre son fonctionnement, c'est déjà s'en protéger.
Elle désigna la première lettre, en haut à gauche du schéma.
— Mademoiselle Léa. Nommez cette partie.
Léa sentit les regards se tourner vers elle. Elle se redressa, croisa les chevilles sous sa chaise.
— Les ovaires, madame. Deux glandes situées de part et d'autre de l'utérus, responsables de la production des ovules et des hormones sexuelles féminines.
Geneviève hocha la tête, une approbation contenue.
— Correct. La fonction reproductive avant tout.
Elle déplaça la baguette.
— Mademoiselle Margot. L'organe central de cette illustration.
Margot se raidit imperceptiblement. Ses doigts s'immobilisèrent dans sa chevelure. Elle regarda le schéma, ses yeux bleus parcourant les flèches, les légendes partiellement effacées.
— L'utérus ?
Elle hésita, le mot montant comme une question.
— Non, attendez...
Elle se mordit la lèvre.
— C'est le... c'est là où se développe l'embryon ?
— L'utérus se trouve ici, corrigea Geneviève sans sévérité, déplaçant sa baguette vers le centre inférieur de la coupe. Vous confondez avec le col de l'utérus, ou peut-être avec la partie supérieure du vagin. La structure que je désignais était l'endomètre, la muqueuse utérine elle-même.
Margot acquiesça, le visage légèrement coloré. Léa posa sa main sur son avant-bras brièvement, un contact qui dura le temps d'un battement.
— Mademoiselle Marie, poursuivit Geneviève. La région externe, au-dessous de la symphyse pubienne.
Marie pencha la tête, ses cheveux blonds glissant sur son épaule. Elle étudia le schéma avec cette intensité qu'elle apportait à tout.
— Le mont de Vénus, dit-elle finalement, mais son ton indiquait qu'elle cherchait plutôt qu'elle ne déclarait.
— Non, répondit Geneviève. Le mont de Vénus est ici, elle indiqua la partie saillante au-dessus de la symphyse, mais je parlais de la région plus basse, le vestibule vulvaire. Vous voyez ? L'entrée proprement dite.
Marie nota quelque chose sur son cahier, sans répondre.
Geneviève se tourna vers les garçons.
— Monsieur Daniel. Le canal qui relie l'utérus à l'extérieur.
Daniel se redressa, croisa les bras sur sa poitrine athlétique.
— Le vagin, dit-il avec une assurance qui sonnait presque comme une provocation.
— Correct.
Geneviève ne se laissa pas démonter.
— Monsieur Hans. Les organes homologues aux testicules masculins.
Hans repoussa une mèche de cheveux blonds qui lui tombait sur le front.
— Les ovaires, répondit-il, sa voix posée, presque trop formelle pour la circonstance.
— Monsieur Thomas. La fonction du vagin au moment de l'accouplement.
Thomas se racla la gorge.
— C'est le... le passage pour le pénis, dit-il, les yeux baissés vers son cahier. Pour la reproduction.
— Pour la reproduction, répéta Geneviève comme une formule.
Elle s'interrompit, regarda ses élèves avec ce regard gris-bleu qui semblait peser chaque mot avant de le prononcer.
— Nous arrivons maintenant à une partie que vos manuels traitent... succinctement.
Elle déplaça sa baguette vers le bas du schéma, là où une dernière flèche pointait vers un organe minuscule, presque anodin, sans légende.
Marie leva la main. Son geste était vif, presque impatient, celui d'une élève qui déteste les trous dans la logique.
— Madame, cette flèche n'a pas de nom.
Le silence se fit plus dense. Geneviève laissa sa baguette retomber le long de sa cuisse. Elle regarda Marie, la jeune fille au visage fin, puis les autres élèves qui suivaient la direction de son regard.
— C'est le clitoris, dit-elle finalement.
Le mot tomba dans la salle comme quelque chose d'inhabituel, presque étranger. Léa sentit une tension diffuse s'installer, celle que provoquent les mots qu'on n'attend pas dans un cadre scolaire.
Daniel se pencha en avant, ses coudes sur le bureau.
— C'est quoi, exactement ?
Sa voix portait cette désinvolture calculée des garçons qui aiment être regardés.
— Et ça sert à quoi, pour l'accouplement ?
Geneviève reposa sa baguette sur le projecteur. Elle passa sa main sur le col de sa blouse, ce geste qu'elle avait quand elle réfléchissait.
— Le clitoris, dit-elle lentement, est un organe érectile. Il contient environ huit mille terminaisons nerveuses.
Elle marqua une pause, chercha le regard de ses élèves.
— Pour comparaison, le pénis en contient environ quatre mille.
Un souffle parcourut la salle. Quelqu'un — Léa ne sut pas qui — émit un rire étouffé.
— Sa fonction, poursuivit Geneviève, n'est pas reproductive. Il ne participe pas à la conception. Il n'est pas nécessaire à la fécondation.
Elle s'interrompit de nouveau, cette fois plus longuement. Ses yeux allèrent vers la fenêtre, vers les arbres qui commençaient à jaunir.
— Son rôle est le plaisir.
Le mot resta suspendu. Léa vit Margot tourner la tête vers elle, une question muette dans le regard. Marie avait cessé de prendre des notes, son stylo immobile au-dessus du papier.
— Le plaisir, répéta Daniel, pas vraiment comme une question.
— Le plaisir féminin, précisa Geneviève.
Elle reprit sa baguette, mais ne pointa plus rien.
— Dans le cadre strict de ce cours, je dois vous expliquer que l'excitation, l'orgasme, sont des phénomènes physiologiques. Le clitoris joue un rôle central dans ces réponses.
Elle s'arrêta, visiblement en proie à une hésitation qu'elle ne maîtrisait pas. Léa l'observa, cette femme d'une trentaine d'années qui semblait soudain moins sûre de son uniforme, de son autorité.
— Je dois peut-être préciser, dit Geneviève, que cette notion de plaisir... n'est pas encore intégrée aux programmes officiels. Je m'écarte quelque peu du cadre scolaire habituel.
— Ça nous intéresse, dit Margot, et sa voix était plus grave que d'habitude, presque rauque.
Geneviève la regarda, puis les autres. Léa vit quelque chose se détendre dans ses épaules voûtées, une décision prise sans qu'elle en eût conscience.
— Très bien.
Elle posa sa baguette définitivement.
— Le plaisir peut être solitaire. On parle alors de masturbation, d'auto-stimulation. Le contact direct du clitoris, manuel ou par frottement, provoque une excitation qui peut culminer en orgasme.
Elle parlait maintenant d'une voix neutre, celle des infirmières qui décrivent une blessure sans s'émouvoir.
— Ce plaisir peut également être mutuel. Dans le cadre d'une relation, un partenaire peut stimuler le clitoris de l'autre. Digitalement, oralement, ou par contact corporel lors de la pénétration.
Léa sentit sa peau réagir, une chaleur diffuse qui montait depuis le col de sa chemise. Elle ne baissa pas les yeux, fixant Geneviève avec une attention feinte, comme si elle écoutait une explication de chimie.
— L'orgasme féminin, continuait Geneviève, n'est pas nécessaire à la reproduction. Contrairement à l'éjaculation masculine, il ne participe pas au processus biologique de la conception. C'est pourquoi il a été longtemps ignoré, nié, considéré comme superflu.
Elle eut un geste vers le schéma, puis le laissa tomber.
— La médecine moderne commence à reconnaître que le plaisir fait partie de l'expérience humaine, y compris pour les femmes. Que le désir existe indépendamment de la fonction reproductive.
— Et c'est fréquent ? demanda Marie d'une voix plus basse que d'habitude, mais parfaitement nette. De se toucher, je veux dire. Seule.
Geneviève la regarda avec cette douceur particulière qu'elle réservait aux élèves qui posaient les questions difficiles.
— Fréquent, oui. Et physiologiquement normal. C'est simplement peu discuté. La société...
Elle chercha ses mots.
— La société impose des silences. Des culpabilités. Mais le corps ne ment pas. L'excitation, la lubrification, la réponse orgasmique — ce sont des mécanismes naturels.
— Mais c'est pas...
Thomas s'interrompit, rougit légèrement.
— C'est pas égoïste ? De chercher ça pour soi ?
— Le plaisir solitaire n'empêche pas le plaisir mutuel, répondit Geneviève. Il peut même l'apprendre. Comprendre son propre corps, ses propres réponses, permet de mieux les communiquer.
Elle s'interrompit de nouveau, cette conscience qu'elle dépassait les bornes visible dans la tension de ses mains sur le bord du bureau.
— Je me demande si je ne vais pas trop loin, dit-elle presque pour elle-même.
— Non, dit Léa, et sa voix la surprit elle-même par sa fermeté. Continuez.
Geneviève la fixa. Léa soutint son regard, sentant les autres se tourner vers elle.
— C'est important, ajouta-t-elle, plus bas. Qu'on sache.
Un moment passa, mesurable en battements de cœur. Puis Geneviève hocha lentement la tête.
— Le clitoris, reprit-elle, est souvent négligé dans les rapports hétérosexuels traditionnels. La pénétration seule ne le stimule pas directement. Beaucoup de femmes n'atteignent pas l'orgasme par pénétration seule. C'est une réalité que la pornographie, les récits masculins, les attentes sociales — tout ce qui construit l'imaginaire sexuel — occultent souvent.
— Donc il faut...
Hans s'interrompit, chercha ses mots avec cette correction qui le caractérisait.
— Il faut s'occuper spécifiquement de cette zone ? En plus ?
— Le plaisir mutuel, dit Geneviève, implique souvent une attention aux zones érogènes de l'autre. Le clitoris en est une. Les lèvres, le vagin, les seins, la peau en général — tout le corps peut devenir réceptif. Mais le clitoris reste le siège le plus concentré du plaisir féminin.
Elle s'interrompit, regarda ses élèves avec une expression que Léa ne sut lire.
— Je vous parle de mécanismes. De physiologie. Ce n'est pas une injonction. Ce n'est pas un programme à suivre. Chaque personne, chaque couple, chaque situation...
Elle laissa la phrase inachevée.
— Ce qui importe, c'est la connaissance. Savoir que ces réponses existent. Qu'elles sont normales. Qu'elles peuvent être recherchées, seules ou à deux.
— Et pour les garçons ? demanda Daniel, et sa voix avait perdu sa provocation, devenue presque curieuse. On a le droit aussi, de... seul ?
Geneviève eut un sourire triste, presque nostalgique.
— La masturbation masculine est socialement tolérée, voire attendue. C'est l'hypocrisie habituelle. Ce qui est permis aux uns est culpabilisé chez les autres.
Elle ramassa ses transparents, commença à les enrouler.
— Je vais m'arrêter là. J'ai déjà beaucoup dépassé le cadre réglementaire.
— C'était utile, dit Marie, et sa voix reprenait sa qualité habituelle, cette assurance intellectuelle. Merci, madame.
Geneviève la regarda, puis les autres. Elle rangea ses transparents dans sa mallette avec des gestes précis, mécaniques.
— N'oubliez pas, dit-elle en se redressant, que ce que j'ai décrit sont des mécanismes. Le désir, l'intimité, les relations — cela dépasse la biologie. Ce que vous ferez, ce que vous choisirez, ce qui vous arrivera...
Elle prit sa mallette, se dirigea vers la porte.
— Le corps est le début. Pas la fin.
Elle sortit, ses talons claquant de nouveau sur le parquet, puis le silence du couloir l'engloutit.
La salle resta immobile quelques secondes. Puis le mouvement reprit, les élèves se tournant les uns vers les autres avec cette énergie nouvelle que provoque la transgression partagée. Daniel se pencha vers Thomas, chuchotant quelque chose qui le fit rougir. Hans feuilletait son cahier sans le regarder, ses yeux fixés sur le mur.
Léa sentit la main de Margot se poser sur son bras.
— Tu savais ? murmura son amie.
— Pour le clitoris ?
Léa haussa les épaules.
— J'avais lu des trucs.
Elle ne dit pas où, ni quand. Elle ne dit pas que la nuit précédente, dans son lit de dortoir, elle avait glissé sa main sous sa culotte avec cette conscience nouvelle de ce qu'elle faisait, de ce que cela signifiait.
Marie se tourna vers elles, son cahier fermé sur ses genoux.
— C'est étrange, dit-elle. Je connaissais le mot. Je n'avais jamais vraiment réfléchi à ce qu'il pouvait vouloir dire pour moi.
— Tu vas faire un exposé ? demanda Margot, et son rire contenait quelque chose de nouveau, une complicité qui n'existait pas une heure plus tôt.
— Peut-être.
Marie sourit, un sourire bref mais franchement amusé.
— C'est important de savoir. Mais je crois que savoir que ça existe et savoir ce que ça fait, ce n'est pas la même chose.
Léa regarda ses deux amies, puis les garçons qui rassemblaient leurs affaires avec cette agitation feinte des jeunes gens qui ne savent pas encore comment nommer ce qu'ils viennent d'entendre. Elle pensa à la main de Geneviève sur le col de sa blouse, à cette hésitation entre le devoir et le désir de dire la vérité.
Le projecteur bourdonnait toujours, vide maintenant, projetant une lumière blanche et aveugle sur l'écran où le schéma anatomique avait disparu. Léa se leva, ramassa son cartable, sentit le poids de ses livres contre sa hanche. Dans le couloir qui les attendait, dans les jours qui suivraient, quelque chose avait changé. Une porte s'était entrouverte sur des mots qu'on ne disait pas, sur des gestes qu'on ne nommait pas, sur cette partie d'elle-même qu'elle découvrait pouvoir être reconnue, légitimée, même dans cette salle austère aux fenêtres hautes.
Elle suivit Margot et Marie vers la sortie, leurs trois silhouettes se découpant un moment dans le rectangle de lumière que la porte laissait entrer. Derrière elle, elle entendait Daniel rire de quelque chose, la voix de Hans qui répondait, le calme plus discret de Thomas. Tous emportaient désormais les mêmes mots, même si Léa savait déjà qu'ils ne signifiaient pas la même chose pour chacun.
Le couloir sentait la cire et l'ancien, cette odeur particulière aux établissements scolaires qui ne changeait jamais. Léa marcha entre ses amies, leurs épaules se frôlant parfois, leurs pas se synchronisant sans qu'elles en aient conscience. Elle pensa à la nuit à venir, au silence du dortoir, à sa propre main qui retrouverait le chemin déjà connu mais désormais nommé.
Le clitoris. Huit mille terminaisons nerveuses. Le plaisir solitaire et mutuel. Des mots qui résonnaient encore, qui transformaient l'expérience en connaissance, le secret en droit.
Elle sourit sans que personne ne le voie, ce sourire intérieur des jeunes gens qui sentent le monde s'élargir devant eux, donnant des mots nouveaux à des possibilités que certains connaissaient déjà et que d'autres découvraient à peine.
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