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Couverture de L’initiation d’Hélène, maîtresse d’école, par Galaxie rouge
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L’initiation d’Hélène, maîtresse d’école — Chapitre 2 · Un trouble sans nom

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Galaxie rouge
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L’initiation d’Hélène, maîtresse d’école

Chapitre 2 · Un trouble sans nom

Note de l'auteur

Résumé du chapitre précédent : Hélène, 45 ans, institutrice rigide et pudique, se réveille un matin en larmes, sans comprendre pourquoi. Mariée à un médecin devenu distant, elle traverse sa maison silencieuse avec le sentiment d'un vide grandissant. Son corps, qu'elle a toujours maîtrisé sans jamais l'explorer, lui apparaît soudain étranger, comme oublié.

Dans le miroir, elle se regarde nue, vraiment. Elle constate qu'elle est encore belle, mais se demande avec une douleur muette qui pourrait encore la désirer. Une image fugace, un frisson inattendu, une pensée brûlante remontée de ses reins la troublent profondément. À l'école, un simple courant d'air suffit à déclencher une vague de sensations qu'elle ne reconnaît pas.

En fin de journée, portée par un élan aussi fragile que décisif, elle compose un numéro trouvé dans l'annuaire : celui d'un psychanalyste. Ce premier pas, discret mais immense, marque le début d'un éveil. Une promesse murmurée. Le corps d'Hélène, peut-être, réclame enfin d'exister autrement.
La salle des maîtres bourdonne d'une vie parallèle, distincte du tumulte enfantin des couloirs. C'est la pause de dix heures. Hélène y entre avec cette délicatesse silencieuse qui la rend immédiatement touchante. Un sourire discret sur ses lèvres. Elle porte aujourd'hui une jupe droite bleu nuit, un chemisier ivoire soigneusement boutonné jusqu'à la gorge, et des escarpins noirs légèrement patinés. Tout en elle semble ajusté avec soin, comme si chaque pli, chaque bouton disait : je suis là, mais je ne prends pas trop de place. Rien ne déborde.
Pourtant, on sent que sous cette retenue se cache une femme qui, peut-être, ne demande qu'à respirer plus fort, rire plus librement, exister au-delà des limites qu'elle s'impose elle-même. Elle a cette élégance discrète des femmes qu'on remarque trop tard, mais qu'on n'oublie jamais.
Autour de la table, deux jeunes enseignantes discutent, rient doucement. Leurs jupes, légèrement remontées sur leurs cuisses croisées, dévoilent un peu plus que ce qu'Hélène n'oserait jamais montrer. Elles parlent vite, se coupent, s'amusent, les voix ponctuées d'éclats spontanés. Elles ont cette légèreté de celles qui n'ont pas encore décidé d'avoir honte.
Hélène remarque, malgré elle, que l'une d'elles a une poitrine généreuse, semblable à la sienne. Mais contrairement à elle, la jeune femme ne semble pas chercher à la dissimuler. Au contraire, elle la laisse vivre, libre et fière sous un haut en coton stretch dont le tissu épouse ses formes comme une seconde peau. Le tissu est tendu, vibrant, presque, révélant la courbe pleine de ses seins à chaque respiration, comme une ponctuation sensuelle à ses paroles rieuses. Il n'y a ni vulgarité ni excès, seulement cette audace naturelle de celles qui ne s'excusent pas d'exister.
L'autre, plus fine, croise les jambes avec souplesse. Son chemisier entrouvert découvre une clavicule nette, une peau lumineuse, une chaîne en or qui glisse entre ses seins. Elle a cette beauté souple, mobile, nerveuse. Une féminité qui ne s'annonce pas, mais qui s'impose par le mouvement.
Hélène, à moitié amusée, à moitié déstabilisée, se dit : Ce haut est une déclaration… ou une provocation. Et l'autre une invitation sans mots.
Hélène elle, porte toujours des chemisiers amples, neutres, fermés jusqu'à la gorge. Comme si son corps ne devait pas se remarquer. Comme si son volume devait se faire oublier. Il y a dans cette poitrine qui s'assume une audace désarmante. Une forme de liberté qu'elle n'a jamais envisagée pour elle-même.
Une odeur de café chaud, mêlée à celle du marqueur Velleda, donne à la pièce une chaleur familière, presque maternelle. On entend parfois, à travers la porte, les cris étouffés d'un ballon qui rebondit dans la cour.
Hélène s'approche de la machine à café, insère sa capsule, appuie sur le bouton. Le bruit familier de l'eau sous pression la rassure, la ramène à un geste simple, maîtrisé. Elle fixe le filet brun qui s'écoule dans la tasse. Elle tente de maintenir une distance intérieure, une neutralité, un retrait poli.
Mais les rires, les mots, les intonations insouciantes des deux jeunes femmes percent cette bulle de silence qu'elle s'efforce de gonfler autour d'elle. Elle écoute sans vouloir entendre. Et pourtant, chaque phrase l'atteint comme une écharde invisible. Elle sent déjà ses épaules se crisper, ses joues s'échauffer. Quelque chose vient d'être fissuré. Elle ne sait pas encore quoi, mais elle sent que ce café ne suffira pas à la remettre à flot.
— Non, mais attends, je te jure, c'était dingue, souffle la blonde en remuant lentement son sucre, un sourire étirant le coin de sa bouche comme une confidence qui brûle les lèvres.
— Il t'a fait quoi exactement ? demande l'autre en se penchant, les yeux brillants d'un mélange d'envie et de malice.
— Tu sais… ce moment où il te regarde avec une intensité qui te fait presque perdre l'équilibre, où ses mains glissent comme s'il connaissait ton corps mieux que toi… et toi, tu ne t'y attends pas, et pourtant, tout ton corps dit oui.
L'autre pouffe de rire, baisse un peu la voix :
— Sérieusement ?
Et c'est là qu'elle lâche, presque avec fierté :
— Moi, je crois que c'est à ce moment-là que j'ai joui pour la première fois, murmure-t-elle, presque fière, presque étonnée encore de cette révélation.
Elle ajoute, un peu plus bas, un sourire en coin :
— Et après… il m'a prise par-derrière… mais pas comme une envie soudaine, non, comme une promesse tenue. Je l'ai senti passer, je te jure. Mon corps s'en souvient encore.
L'autre pouffe de rire :
— C'est pour ça que tu marches comme un canard depuis deux jours ?
— Mais sérieusement, il en a une grosse. Mon bassin a failli déposer un arrêt maladie. J'ai passé la journée à marcher comme si j'avais tenté de chevaucher un poney sauvage sans selle… et perdu.
Elles explosent de rire toutes les deux, secouées comme des collégiennes prises d'un fou rire au fond de la classe. Puis, comme saisie par une idée, Sonia se penche soudain vers Hélène, le regard pétillant, dans un élan de solidarité féminine un peu inconvenante, mais étrangement tendre.
— Hélène… murmure-t-elle en chuchotant derrière une main posée comme un paravent improvisé, alors qu'elles ne sont que trois dans la pièce. Dis, ton mari est toujours docteur ? Parce que Sandrine, là… elle aurait besoin d'une pommade cicatrisante.
Elle s'interrompt, les yeux brillants de malice.
— … elle a une fissure au… enfin, tu vois, l'issue de secours privée… le tunnel interdit aux poids lourds. Pas besoin de GPS pour deviner l'adresse.
Et elle part d'un rire incontrôlable, jusqu'aux larmes. Sandrine, faussement outrée, tape du plat de la main sur la table.
— Non, mais ça va, Sonia ! Fais une annonce au micro tant que tu y es !
— Excellente idée ! renchérit Sonia, hilare. On pourrait dire au micro… elle prend une pause dramatique, les yeux pétillants :
— Avis à la communauté éducative… Elle s'interrompt, solennelle, comme une speakerine de l'ancien temps :
— Un incident de type routier s'est produit ce matin dans un tunnel… Elle fait une pause. Puis, en retenant un fou rire presque douloureux :
— Madame Sandrine a perdu son honneur… non son postérieur, dans une collision impliquant un poids lourd. Merci de circuler doucement dans les couloirs pour éviter tout nouveau dérapage.
Hélène sourit, pour ne pas perdre la face. Elle manie l'ironie avec élégance, mais, au fond, elle le sait : de ce côté-là, elle est en jachère. Un tunnel intact, jamais exploré, fermé pour travaux depuis toujours. Et elle doute sérieusement qu'un jour, quelqu'un obtienne le permis spécial pour y entrer. Alors, en bonne collègue bienveillante et presque complice, elle se penche vers Sonia :
— Je vais lui demander une ordonnance… pour accident de circulation dans un tunnel étroit. Fracture du… Tu vois le genre.
Sonia pousse un glapissement joyeux.
— Une ordonnance ? Une vraie ? Oh putain, pour le fessier ? Je veux la posologie ! Genre :
— Appliquer généreusement une noisette de pommade et beurrer l'orifice matin et soir… Non, mais sérieux, j'en pleure de mes conneries !
Sandrine, reprenant son souffle, regarde Hélène en coin.
— Toi qui as sûrement plus d'expérience… Il y a une technique pour que ça fasse moins mal ?
Hélène se fige. Comment leur dire qu'elle n'en sait strictement rien ? Qu'elle est vierge à cet endroit précis ? Alors, en bonne collègue expérimentée, du moins en apparence, elle esquisse un sourire, et sort son plus beau mensonge.
— Il faut être détendue, vraiment. Faut respirer profondément, se faire masser le bas du dos… Et surtout que ton gars y aille mollo, comme s'il essayait de rentrer dans un club privé, mais là, le videur, c'est toi, et tu n'as pas encore décidé s'il était sur la liste. Faut qu'il négocie l'entrée, sans forcer.
— Et là, il y a quelques règles du club : primo, le lubrifiant, ce n'est pas une option. C'est l'invité d'honneur. Si tu n'en mets pas assez, tu es recalée d'office. Tu peux même en mettre plus que trop, comme si tu beurrais une biscotte fragile. Secundo, faut préparer le terrain. Un ou deux doigts pour dire bonjour, histoire de ne pas débarquer sans prévenir. Et puis faut surtout… pousser ! Ouais, comme si tu voulais expulser ton passé. C'est bizarre, mais ça aide à accueillir l'avenir.
— Et surtout, pas de coup de bélier. Pas de Tarzan du fessier. Juste de la diplomatie charnelle, du doigté de ministre des Affaires intimes. Et si ton mec a les ongles longs, il dégage. Ce n'est pas une séance de torture médiévale, c'est un moment précieux.
— Et bien sûr, pour les Poids lourds… On roule au pas. Et clignotant obligatoire ! Sinon, c'est refus de priorité et fermeture du col pour durer indéterminée.
— Tu vois le genre ? Doux, lubrifié, souriant. Comme une embuscade sentimentale avec happy end, mais version rectale.
— Ah ! s'exclame Sonia, bouche grande ouverte. Voilà ! Une vraie spécialiste !
Elle lève les mains, faussement solennelles :
— J'avoue, Hélène, je te voyais un peu coincée du cul, hein, sans méchanceté… mais là… là tu viens de m'en mettre plein la vue. Je suis bluffée. Carrément sans voix !
Elle éclate de rire, les yeux brillants, avant d'ajouter avec une moue faussement penaude :
— Pardon, hein, ce n'était pas hyper classe de dire « coincée du cul ». Disons plutôt… classique ? Mais tu as retourné la table, docteur !
Hélène se racle la gorge, garde son aplomb, et ajoute avec humour :
— Vous verrez plus tard, quand les enfants sont grands… faut bien trouver des activités extrascolaires, non ?
Les deux filles explosent de rire et se lèvent alors que la fin de la pause approche.
— Sandrine, prends-en de la graine, rigole Sonia. Parce que moi, je n'ai jamais vu Hélène marcher comme un canard !
Hélène éclate d'un rire discret, presque crédible. Mais intérieurement, elle pense : Si tu savais, Sonia… c'est normal. Je suis vierge. De là.
Elles s'apprêtent à sortir lorsque le directeur pousse la porte.
— Tout va bien ici ? Vous avez l'air… en forme.
Sonia, sans réfléchir, s'exclame :
— C'est la faute d'Hélène ! Elle nous a raconté une histoire drôle !
Hélène devient cramoisie.
Heureusement, Sandrine intervient en lui lançant un clin d'œil :
— Une blague pour filles seulement, monsieur le directeur. Rien de grave.
Il sourit poliment et referme la porte, laissant derrière lui un silence suspendu, à peine dissipé par les derniers éclats rieurs.
Hélène, encore rouge jusqu'aux oreilles, tourne lentement la tête vers Sandrine.
— Merci, souffle-t-elle. Je ne savais plus quoi répondre…
Sandrine lui attrape le bras avec un sourire complice.
— C'est normal, on est dans le même club, ma vieille. Et puis, ajoute-t-elle en jetant un regard moqueur à Sonia, tout le monde n'a pas encore fait sa pré-rentrée, hein… Il y en a, c'est encore vierge comme une salle des profs au mois de juillet. Porte close, cadenas, vigile à l'entrée, et digicode en prime !
Hélène toussote, un peu mal à l'aise, mais elle rit pour ne pas trahir son mensonge.
Dans le couloir désormais, Sonia baisse la voix :
— Mon copain me l'a déjà demandé… mais j'ai peur. Elle marque une pause, soupire, puis ajoute avec un sourire penaud :
— Franchement… il est plus large que long ! Elle écarte les mains pour illustrer son propos, un brin théâtral, puis se tourne vers Hélène comme si elle lançait un appel au secours :
— Dis, docteur, on fait quoi dans ces cas-là ? On prend rendez-vous avec les pompiers ou on bénit l'élasticité divine ?
Hélène, presque surprise par la sincérité de sa propre voix, la regarde avec douceur et dit :
— Il t'en a parlé… c'est déjà beaucoup. Le jour où tu en auras envie, ce sera le bon moment. Ce n'est pas à lui de décider, ni au regard des autres. Juste toi. Et alors, tu le feras, pour toi. Pas pour faire plaisir, pas pour suivre. Pour ressentir. À ton rythme.
Elle marque une pause, puis ajoute plus bas, presque comme une confidence :
— On a toutes nos peurs, nos questions. Mais quand le désir est là, vraiment là… on le sait. On n'a plus besoin de demander conseil.
Sandrine éclate de rire, mais dans son regard passe une étincelle d'émotion. Elle pose une main légère sur l'avant-bras d'Hélène, comme pour la remercier silencieusement.
— Docteur Hélène a parlé… souffle-t-elle, mi-taquine, mi-touchée. Je ne t'imaginais pas comme ça, tu sais ?
Elle lui adresse un sourire sincère, presque admiratif.
Les trois femmes rigolent ensemble, se suivent dans le couloir, l'air encore secoué par la pause. La sonnerie retentit.
— Bon, la reprise va être dure, soupire Sonia.
Puis, se tournant vers elles, elle ajoute en lâchant un « coin, coin, coin » traînant.
— Chut, fait Sandrine en ricanant, les cours ont repris !
Puis, se tournant vers Hélène, elle lui glisse avec gentillesse :
— Tu m'as bien fait rire… Je ne vais pas te mentir, je pensais que tu étais un peu plus coincée sur ces trucs-là.
Hélène lui rend son sourire, presque sincère.
— Je suis d'une autre génération, c'est vrai… Avant, on n'abordait pas ces sujets.
Elles se séparent sur ces mots. Mais alors qu'Hélène tourne le dos, son sourire s'efface. Elle est dévastée intérieurement. Tout ce qu'elle vient de dire n'est qu'un mensonge. Un joli mensonge. Un mensonge de collègue.
Quelques minutes plus tard, alors que les couloirs retrouvent leur calme, Hélène marche seule vers sa classe. Chaque pas résonne faiblement sur le carrelage, comme pour l'aider à revenir à elle. Elle ajuste mécaniquement son chemisier, lisse sa jupe, replace une mèche de cheveux derrière l'oreille. Il faut qu'elle se recentre. Reprendre son rôle. Celui qu'on lui connaît. Celui qu'elle a toujours tenu. La femme posée, discrète. La collègue un peu rigide. La mère de famille calme et sans histoires. Celle qui ne rit jamais trop fort, qui ne s'habille jamais trop court, qui ne dit jamais un mot plus haut que l'autre.
Mais en marchant, une phrase revient, lancinante, impossible à oublier.
Jouir par-derrière.
Les mots, crus, charnels, tournent dans sa tête avec une insistance presque douloureuse. Ils ne devraient pas l'atteindre, et pourtant ils l'enveloppent, la pénètrent, comme une onde vibrante qui résonne au creux de son ventre. Hélène cligne des yeux, fixe un point flou au-dehors, feignant l'indifférence. Mais son corps, lui, accuse le coup.
Sa nuque s'échauffe, ses joues se teintent. Elle sent la chaleur remonter dans sa poitrine. Une image la traverse : un tunnel. Fermé. Sacré. Et pourtant.
Elle se demande : est-ce que ça fait mal ? Est-ce qu'elle pourrait, un jour, elle aussi, laisser entrer cet interdit ? Une brève envie la picote, aussitôt noyée par la voix sourde de son éducation. "Ce n'est pas pour toi", lui souffle-t-elle. "C'est un péché." Elle ravale sa gorge sèche, mais son regard reste embué. Et pourtant, une question reste accrochée à sa chair : et si ce qu'on lui avait appris était un mensonge ?
Elle pousse la porte de sa classe. Sa classe est vide, baignée de lumière crue. Elle referme la porte, inspire doucement. Ses mains tremblent. Elle s'assied à son bureau, croise les jambes, sent la pression de son collant sur la cuisse.
Est-ce que j'ai déjà joui ?
Elle chuchote presque la question à voix basse, comme si la poser était déjà une faute.
Des souvenirs confus remontent. Pierre, son mari. Leur lit, toujours bien bordé, les draps tirés avec soin, comme si le moindre pli pouvait laisser place à l'imprévu. Des nuits sans fièvre, où leurs corps s'approchaient sans jamais se rencontrer vraiment. Chaque geste semblait dicté par une habitude pesante, comme une scène rejouée mille fois sans passion ni variation. Elle s'allongeait, se laissait faire, absente, spectatrice d'un scénario figé. La lumière restait éteinte, le silence les engourdissait. Il s'approchait avec une sorte de retenue nerveuse, presque comme s'il s'excusait d'être là. Un missionnaire convenu, expédié, les yeux clos, le souffle court. Il évitait son regard. Il ne cherchait rien d'elle, rien d'autre que l'accomplissement muet d'un devoir conjugal. Pas de caresses égarées, pas de baisers volés, pas même un soupir. Aucune main exploratrice, aucun frisson partagé. Rien que l'effort appliqué d'un bon époux pour féconder la mère modèle.
La sensualité n'avait jamais été invitée. Le plaisir, encore moins. Et tout au fond d'elle, cette pensée soudaine, presque cruelle : elle n'a jamais fait l'amour. Elle a seulement fait ses devoirs conjugaux.
Elle restait figée, étrangère à son propre corps, s'effaçant avec docilité. Les secondes s'étiraient. Elle comptait parfois, d'autres fois, elle se perdait dans des pensées triviales : le repas du lendemain, les trousses à étiqueter, la lessive. Elle était ailleurs. Son esprit se réfugiait dans la banalité, là où la déception ne pouvait plus la blesser.
Quand c'était fini, il se tournait sans un mot. Elle tirait le drap sur elle, ramenait l'ordre, le silence. Il n'y avait ni soupir, ni élan, ni chaleur. Juste une fatigue sourde, une solitude couchée à deux. Une torpeur discrète, comme un effacement en douceur. Et peu à peu, au fil des années, le désir s'était retiré sans bruit, désertant ce théâtre sans scène.
Elle se souvient de ses yeux fermés, de l'attente sans souffle, de cette main sur sa hanche qui pesait plus qu'elle ne caressait. Elle se souvient de cette immobilité forcée, comme si son propre corps n'était plus qu'un décor pour un acte sans feu. Elle attendait que cela passe, comme on attend la fin d'un sermon ou d'une visite chez le médecin. Elle fixait le plafond, parfois même les fissures dans le plâtre devenaient plus intéressantes que ce qui se jouait en elle. C'était l'ennui absolu, poli, conjugal. Une torpeur feutrée, un effacement en douceur. Rien ne restait après. Même pas un soupir.
Non. Elle ne sait pas. Elle ne sait plus.
Et elle se surprend à se demander : est-ce que, dans ces fameux devoirs conjugaux, il n'existe que cette position figée ? La seule qu'ils n'aient jamais connue ? Elle cherche dans sa mémoire, farfouille dans les replis d'années sans trouble, sans audace. Non, Pierre n'a jamais emprunté d'autres chemins. Pas même un doigt glissant, pas même un soupçon de curiosité.
Quand elle y pense, elle se dit que de toute façon, il aurait gâché le moment avec ses mots maladroits. Pierre, s'il avait osé l'imaginer, aurait sans doute dit quelque chose comme : Chérie, ce soir, j'aimerais expérimenter une dilatation de la zone rectale,avec ce ton clinique qui faisait tout retomber à plat. Elle soupire intérieurement.
Elle pense à Sandrine, ses rires, et sa phrase crue. Sandrine a peut-être mal, mais elle a au moins un souvenir. Une trace de vie. Un corps qui a vibré.
Son regard se pose sur la vitre, qui lui renvoie l'image de son reflet. Son visage est calme, trop calme. Mais ses yeux trahissent. Quelque chose d'inquiet y palpite.
Elle déboutonne le haut de son chemisier. Légèrement. Juste un bouton. L'air frais glisse sur sa gorge. Elle ferme les yeux.
Un frisson.
Elle pose une main sur son ventre. Sous le tissu tendu de sa jupe, elle sent une chaleur diffuse, d'abord timide, puis plus insistante, comme une onde souterraine. C'est une tension douce, mais tenace, une alerte du corps qu'elle ne sait interpréter. Une gêne, oui, mais presque agréable. Une présence. Quelque chose en elle appelle, réclame, sans mots. Ce n'est ni douloureux ni clair. C'est une sensation neuve, une vibration discrète qui s'éveille dans le bas-ventre, à la frontière de la peur et du désir. Elle ne peut que l'accueillir.
Elle ne comprend pas ce qu'elle ressent, mais elle sait qu'elle n'a jamais ressenti cela ainsi. Une soif, peut-être. Ou le souvenir d'une soif qu'elle n'a jamais étanchée. Elle se sent étrangère à elle-même, et pour la première fois, cette étrangeté l'intrigue plus qu'elle ne l'effraie. Ce n'est pas le moment. Ce n'est pas la place.
 Elle se lève. Fais quelques pas dans la classe. Ses talons frappent doucement le linoléum. Elle regarde les petits bureaux, les cahiers fermés, les pots de crayons. Toute cette innocence.
Elle ferme les stores. Pas totalement. Mais assez pour créer une ombre. Une pudeur.
Elle dégrafe un second bouton. Son souffle s'accélère, saccadé, comme si chaque respiration se heurtait à quelque chose de neuf. Ses joues s'embrasent, une chaleur inédite y afflue, diffuse. Elle n'ose pas aller plus loin. Sa main tremble légèrement, suspendue à mi-course.
Pourtant, elle sent ses seins se tendre, gonfler sous le tissu tendu de son chemisier, alourdi par une attente sourde. Sa poitrine est enfermée dans un soutien-gorge trop rigide, trop couvrant, comme un carcan qui ne protège plus rien, mais retient tout. Une pulsation discrète naît sous la dentelle, et avec elle le pressentiment d'un éveil. Elle ferme les yeux un instant, écoute cette sensation qui monte. Ce n'est pas violent. C'est doux, profond. Et cela vient d'elle.
Elle repense à ce qu'elle a entendu. Aux mots crus lancés sans détour, aux rires étouffés dans les manches, à la facilité avec laquelle ces jeunes femmes évoquaient leurs sensations, leurs corps, leurs ébats. Rien de honteux dans leurs voix. Juste une fluidité, une liberté déconcertante. Elles parlaient de plaisir comme d'un droit, comme d'un jeu joyeux, presque quotidien. Cette aisance l'impressionne autant qu'elle la blesse. Elle, en face, se sent analphabète dans cette langue des corps. Analphabète et muette. Le naturel de leur conversation devient pour elle une frontière invisible. Une ligne qu'elle n'a jamais osé franchir.
Pourquoi elle, n'y parvient-elle pas ? Pourquoi ce mot la glace autant qu'il la trouble ?
Elle se penche sur son bureau, s'appuie de ses mains fines manucurées. La pulpe de ses doigts frôle la surface lisse du bois, comme pour y chercher un ancrage. Elle observe la ligne de sa jupe, la manière dont elle épouse subtilement ses formes, souligne la douceur de ses courbes, sans ostentation.
Le galbe de ses hanches, qu'elle a trop souvent voulu effacer sous des vêtements droits, surgit là, soudain visible, presque affirmé. Un jour, un homme a aimé ce corps. C'est ce qu'elle croyait. Mais l'a-t-il vraiment regardé ? L'a-t-il écouté, entendu, ressenti ? Ou n'a-t-il aimé que l'idée d'elle, l'image tranquille qu'elle donnait ? Ce corps, ce ventre, ces seins, ces cuisses qui avaient portés, nourris, soutenus n'ont-ils jamais été désirés dans leur vérité ? Elle se rend compte qu'elle ne le sait pas. Et que cette ignorance la brûle.
Un autre bouton cède. Sa respiration devient plus présente, plus consciente, comme si chaque inspiration éveillait un peu plus ce qui sommeillait en elle depuis des années. Et soudain, elle perçoit, avec une acuité troublante, le contact de sa culotte contre sa peau. Ce tissu ordinaire, qu'elle n'avait jamais vraiment remarqué, devient un obstacle, un rappel. Il la serre, l'irrite presque. Trop sage, trop lisse, trop conforme. Il représente tout ce qu'elle a porté sans se poser de questions, tout ce qu'elle a accepté sans écouter son corps. Un vêtement pratique, sans fierté ni fantaisie. Et maintenant, il la gêne. Il la retient. Il la nie. Elle n'a jamais été aussi consciente de sa propre chair ni de ce qui l'en sépare.
Elle inspire, referme brusquement son chemisier. Se rassoit. Croise les bras. Le trouble est là, ancré. Il ne partira pas. Pas aujourd'hui. Peut-être plus jamais.
Elle sort un cahier d'élève, le feuillette sans lire. La cloche va bientôt sonner. Elle va remettre ses lunettes, se lever, sourire, corriger, parler, expliquer.
Mais en elle, quelque chose vient de se fendre.
Un battement nouveau.
Une phrase, tenace, s'impose, comme un aveu muet, une promesse redoutée :
— Peut-être qu'il est temps que je découvre ce que mon corps a à dire.
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Photo de profil de mozart
mozart
7 février 2026 à 16:50
Beau, excellent.
j'aprecie énormément le texte et votre façon de le délivrer, merci.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de mysterebinr
mysterebinr
3 février 2026 à 08:49
Le style me rappelle celui d'un autre auteur: Geminy quelque chose.
C'était vous ?
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Lise du sud
Lise du sud
24 janvier 2026 à 18:21
c'est subtil, j'aime!!
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de christophe 52
christophe 52
23 janvier 2026 à 20:53
Comme le chapitre 1 , une petite merveille de précision , de friandise a décortiquer .
Soyez respectueux
Répondre

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