Le Prince Sélénite
Chapitre 1
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Couverture de Le Prince Sélénite, par Gagou
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le Prince Sélénite — Chapitre 1

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Gagou
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Ce qui retient dès les premières pages, c'est la façon dont la frustration politique de Philippe se noue directement au désir — la chambre du Palais-Royal devient un espace où l'amertume et la volupté se répondent sans cesse. Les répliques du chevalier ont une élégance qui colle parfaitement au personnage et à l'époque. On est aussi sensible à la manière dont l'auteur fait tenir tout le poids de la cour dans un détail, une posture, un silence.

Le Prince Sélénite

Chapitre 1

Paris, le 14 juin 1658
Le Palais-Royal ne dormait jamais. Même au cœur de la nuit, lorsque Paris s'effaçait derrière les brumes de la Seine, ses galeries demeuraient éclairées comme un théâtre où la jeunesse de la pairie française s'encanaillait entre les murs de la demeure de Philippe de France.
Philippe, frère du roi Louis XIV. Philippe le frivole, le duc d'Orléans, celui qu'on appelait « Monsieur » et qu'on avait élevé dans l'oisiveté et les divertissements afin qu'il ne puisse jamais faire d'ombre à son frère, devenu roi bien trop tôt, à l'âge de quatre ans, à la suite du décès de leur père, Louis XIII, dit le Juste, ce 14 mai de l'an de grâce 1643.
Aujourd'hui plus que jamais, Philippe était tenu à l'écart des responsabilités et de la ligne de front de la guerre franco-espagnole qui faisait rage en Flandre. Du haut de ses dix-huit ans, on lui refusait le droit d'exister afin que la majesté de son frère puisse éclater dans une gloire que nul ne pourrait ternir.
Beau à se damner, Philippe aurait pu avoir toutes les filles de la cour à ses pieds. Mais puisqu'on l'avait toujours écarté, il prenait un malin plaisir à contrevenir aux bonnes mœurs et à vivre comme il l'entendait. Ce soir-là, comme à son habitude, il donnait de sa personne avec le chevalier de Lorraine, qui, lui aussi, se prénommait Philippe.
Les reins cambrés, les mains agrippées aux hanches du chevalier, son torse nu et musclé luisait dans la pénombre dorée des bougies alors qu’il le culbutait. La sueur avait tracé sur sa peau des chemins brillants mettant en valeur ce corps de dix-huit ans que l'effort tendait comme un arc.
Ses épaules roulaient à chaque coup de reins, tandis que les fesses rondes du chevalier venaient battre contre ses cuisses avec un claquement sourd et régulier. Il était beau à faire mal. Le chevalier tourna la tête pour le regarder par-dessus son épaule. Ce qu'il vit le fit gémir plus fort. Ce visage renversé, cette longue crinière brune bouclée, cette fine bouche ouverte et ce corps qui donnait tout ce qu'il avait pour le faire jouir.
— Oh oui, c'est bon de te baiser, mon ami... Tu es tellement serré !
— Aaaah, mon prince, répondit le chevalier en arquant les reins pour mieux se faire prendre. Vas-y plus fort. Montre-moi ce que sait faire un fils de France.
Alors Philippe saisit les hanches du chevalier et lui percuta son joli cul avec encore plus de fougue. Il le martela sans ménagement en gémissant sans retenue, n'ayant cure de qui pourrait l'entendre. En levrette, Philippe de Lorraine prenait toujours un plaisir fou à se faire chevaucher.
Le prince atteignit l'orgasme assez rapidement. Il se crispa et retint son partenaire fermement contre lui afin de s’y déverser entièrement. Les deux jeunes hommes s'affalèrent ensuite sur le lit dans un relâchement post-orgasmique salvateur.
— Tu vois que c'était bon ! Je ne t'ai jamais senti aussi sauvage, dit le chevalier.
— Je n'en doutais pas. Mais je préfère encore quand c'est toi qui me prends. Quand tu es en moi et que tu me maîtrises avec cette beauté que Dieu a placée entre tes cuisses, j’en oublierais presque les vicissitudes d'être prince du sang.
— Ma langue est également experte dans bien des domaines.
Les deux amis s'embrassèrent alors à pleine bouche. Ces deux beaux jeunes hommes comptaient parmi ce qu'il y avait de mieux bâti dans la noblesse de France, et ils étaient homosexuels. Ils s'aimaient et s'adonnaient au sexe dès qu'ils le pouvaient, comme une provocation envers l'ordre établi. Allongé sur le ventre, Philippe battait des pieds en tenant une lettre entre ses mains, tandis que le chevalier prodiguait d'incessantes caresses à sa peau cristalline.
— Encore une lettre ? demanda-t-il.
Philippe ne répondit pas tout de suite. Le sceau portait la marque du camp royal à Dunkerque. Depuis des semaines, les nouvelles arrivaient au Palais-Royal comme autant de gifles. Turenne, le plus grand général de son époque, avançait glorieusement. Les Espagnols reculaient, et Louis chevauchait sous la pluie des Flandres, partageant le pain noir des soldats, couchant sous la toile des tentes et revenant chaque jour un peu plus roi, tandis que Philippe, lui, demeurait ici, à Paris.
— Ils disent que Louis a mené les hommes à la bataille en véritable monarque, que les soldats l'acclament déjà comme s'il était César Imperator.
Le chevalier haussa doucement les épaules.
— Louis aime qu'on le regarde.
— Et moi donc ? lança Philippe avec colère. La lettre se conclut ainsi : « Monsieur demeurera à Paris. Les ordres du roi sont formels. » Comme si ma place n'était pas sur le champ de bataille ! J'ai reçu l'instruction pour cela. C'est là, la place d'un fils de France ! Toutes ces manigances sont l'œuvre de ce maudit cardinal ! Mon frère ne m'aurait jamais écarté de la sorte. Mais Mazarin ne perd rien pour attendre. Je lui ferai rendre gorge, à lui et à toutes ses mazarinades.
— Moi, je préfère te savoir à mes côtés, en sécurité, ironisa le chevalier en faisant descendre ses doigts le long des omoplates de Philippe.
— Ils disent qu'il est solaire quand il mène les hommes. Certains l'affublent même du titre pompeux de Roi-Soleil depuis qu'il s'est donné en spectacle dans ce ballet où il incarnait Apollon. Pfff... c'est ridicule, pesta-t-il.
— Peut-être. Mais moi, je préfère la lune, mon mignon, répondit le chevalier en caressant avec insistance les fesses galbées de Philippe. Le soleil est violent, sa lumière brutale, tandis que la lune…
Il marqua une pause, glissant un doigt entre les fesses de son amant. Philippe inspira profondément mais ne dit rien.
— … La lune, tel un phare, éclaire de ses rayons argentés les endroits les plus sombres de la nuit, avec discrétion et subtilité. Si Louis est le Roi-Soleil, alors toi, mon beau Philippe, tu es indéniablement le prince Sélénitе.
Le chevalier, le visage posé délicatement contre la nuque du prince se mit à sourire, de ce sourire qu'il réservait aux parties d'échecs qu'il était sûr de gagner.
Philippe ne répondit pas tout de suite. Les mots du chevalier avaient fait quelque chose qu'aucune lettre du camp royal n'avait réussi à défaire, ils l'avaient apaisé. Pas entièrement. Mais suffisamment. Le chevalier le sentit se détendre sous ses mains. Il sourit contre sa nuque, laissa ses lèvres descendre lentement le long de sa colonne vertébrale, vertèbre après vertèbre, avec une patience de chasseur. Philippe ferma les yeux.
— Crois-tu que je ne suis bon qu'à m'envoyer en l'air avec toi pendant que mon frère conquiert des royaumes ? murmura-t-il, sa colère s’étant clairement émoussée devant la poésie de son amant alors que la bouche de ce dernier descendait dans son dos.
Le chevalier ne répondit pas. Il le retourna doucement, le fit basculer sur le dos avec une autorité tranquille, et le regarda un moment
— Ton visage est trop beau pour être en colère. Laisse-moi te donner ce que Louis n’aura jamais.
Puis il s'inclina vers le sexe de nacre encore bandé du prince afin de le prendre dans sa bouche. Philippe ne résista pas longtemps. Les doigts enfoncés dans les cheveux de son amant, il guida ses mouvements avec une ardeur grandissante le long de son membre, oubliant Mazarin, oubliant les Flandres, oubliant tout ce qu'on lui refusait. Il n'y avait plus que cette bouche à laquelle il fit l’amour jusqu’à jouir violemment dans un cri rauque d'extase, sa verge déversant de grands jets de foutre princier à chaque pulsation, remplissant la gorge du chevalier, lequel, se faisait fort de n'en rien gaspiller.

⚜️♟️ ◇ ----------------------- ◇ ♟️⚜️
L’aube trouva Philippe là où elle le trouvait presque toujours : dans ce lit défait où le sommeil avait depuis longtemps cédé la place aux corps masculins entremêlés, laissant les draps souillés des traces de leur virilité.
Le chevalier dormait sur le ventre, profondément abandonné au repos. Un bras replié sous la nuque, les jambes légèrement écartées. Le drap avait glissé jusqu’au haut de ses cuisses, découvrant sans pudeur la courbe pleine de ses fesses.
Le regard de Philippe descendit lentement le long de ce corps qu’il connaissait trop bien pour prétendre encore à l’innocence. Les épaules massives, le dos large durci par les combats, puis cette taille qui se resserrait avant de s’évaser vers ce cul insolent, ferme sous une peau lisse et juvénile. Même endormi, même inconscient du regard posé sur lui, le chevalier semblait provoquer.
Une chaleur brutale traversa le ventre du prince. Philippe serra les dents. Il connaissait chaque ligne de ce corps, chaque muscle, chaque cicatrice. Pourtant, il lui suffisait de le voir ainsi, offert à la lumière du matin, pour sentir renaître cette faim sourde qui ne disparaissait jamais tout à fait.
Il se leva, complètement nu. Un instant, il s'étira dans la lumière, offrant au regard l'évidence troublante de ses pectoraux lisses, surmontés de tétons qui pointaient avec insolence. Son ventre plat, le creux délicat de son nombril, ses abdominaux à peine dessinés sans l'ombre d'un poil, ses hanches étroites et ce fessier ferme d'une rondeur presque indécente. Tout se donnait à voir avec la même nonchalance souveraine. Il écarta lentement sa longue chevelure brune et bouclée, sans aucune hâte, comme s'il se savait observé. Puis il saisit sa robe de chambre bordée d'hermine et laissa le satin bleu glisser sur la peau douce de son corps juvénile, dérobant ainsi ce qui venait d'être si généreusement montré.
Il traversa la pièce et ouvrit les volets. L’air frais entra d’un coup. Alors il entendit une cloche sonner. Très vite, une deuxième lui répondit, puis toutes les cloches de Paris éclatèrent ensemble.
— Victoire en Flandre ! Vive le roi !
Les cris montaient déjà des rues. Derrière lui, les draps bruissèrent.
— On fête ton frère. Il semble avoir remporté la victoire, dit une voix encore épaisse de sommeil.
Philippe sentit un frisson lui parcourir l’échine.
— Je sais, répondit-il en serrant les dents sans se retourner.
Les mains crispées sur le rebord de la fenêtre, il contemplait la ville en liesse. Derrière lui, le lit conservait encore la chaleur d’un corps qu’il peinait à cesser de désirer. La foule criait et acclamait le nom de son frère. Lentement, Philippe referma les volets afin d’étouffer les clameurs venues de l’extérieur.
Ce n’était pas seulement le bruit qu’il voulait chasser, mais aussi l’amertume qui lui rongeait le cœur : celle d’un soldat à qui l’on refusait le droit de se battre, d’un prince condamné à regarder les autres écrire l’histoire à sa place.




⚜️♟️ ◇ ----------------------- ◇ ♟️⚜️
Mais l’histoire de France emprunte parfois des chemins qu’elle n’aurait jamais dû prendre.
C’est ainsi que quelques jours plus tard, tôt le matin, le prince se fit déranger alors qu’il se faisait amoureusement baiser par le chevalier qu’il maintenait fermement entre ses cuisses musclées.
Les portes s'ouvrirent à la volée. Philippe n'eut pas le temps de comprendre. Le chevalier se figea en lui, puis il se retira de son intérieur dans un mouvement brusque. Des voix, des pas, le bruit sourd des bottes sur le parquet. Philippe se redressa complètement nu alors que le chevalier tentait de remettre ses habits à la hâte… quand il le vit : Mazarin.
Le cardinal en personne, appuyé sur sa canne, flanqué de quatre gentilshommes en habit de cour et d'un évêque dont le violet tranchait comme une blessure sur le blanc de la chambre. Derrière eux, des valets, des pages, des visages qu'il reconnaissait sans les nommer. Toute une cour qui venait de le trouver là.
Tel un chat, le chevalier à demi vêtu, s'était glissé vers le bord du lit avec la discrétion instinctive des gens habitués à se sortir des situations compromettantes. Furieux d’être interrompu dans son plaisir matinal, Philippe se tenait nu debout, les poings serrés pour faire face à celui qu’il haïssait.
Et avant que quiconque ne prenne la parole, un valet s'approcha silencieusement du prince et posa sur ses épaules sa robe de chambre en satin bleu pour masquer sa nudité. Philippe ne le remercia pas. Il ne quittait pas Mazarin des yeux.
— Monsieur le Cardinal, dit-il d'une voix basse et parfaitement maîtrisée. Comment osez-vous pénétrer dans mes appartements sans avoir demandé audience ? J'attends une explication.
Mazarin ne répondit pas immédiatement. Son regard fit le tour de la pièce. Les draps froissés, le chevalier, les bougies à demi consumées avec la lenteur d'un homme qui a tout vu et que plus rien n'étonne. Puis il posa les yeux sur Philippe.
— Votre Majesté…
— Majesté ? Mais pourquoi m’appelez-vous ainsi ? demanda Philippe en fronçant les sourcils.
Mazarin s'inclina lentement, comme si chaque centimètre lui coûtait quelque chose de personnel.
— Le roi est mort il y a deux jours, emporté par la fièvre à Dunkerque.
Le silence fut total. Personne ne bougea. Les gentilshommes regardaient le sol. L'évêque joignit les mains. Le chevalier, depuis le bord du lit, fixait Philippe avec une expression que celui-ci ne lui avait encore jamais vue, quelque chose entre la stupeur et le calcul. Le prince ne disait rien. Il regardait Mazarin. Ce visage vieux et fermé qui l'avait écarté, contenu, réduit pendant dix-huit ans. Ce visage qui venait de prononcer les quatre mots les plus importants de sa vie.
— Vive le roi ! dit enfin le cardinal.
Et toute la cour s'agenouilla. Les gentilshommes, les valets, les pages, l'évêque au violet ecclésiastique. Tous à genoux sur le parquet de la chambre où Philippe avait joui tant de fois sous les coups de boutoir du chevalier de Lorraine. Seul Mazarin mit un genou à terre avec la lenteur cérémonieuse d'un homme qui plie sans se briser. Philippe demeura debout. En robe de chambre, les pieds nus et les cheveux encore défaits de la nuit. Désormais il était Philippe VII, roi de France et de Navarre.
Dans son dos, il entendit le lit craquer légèrement. Le chevalier s'était levé. Il se tenait debout lui aussi, et il était le seul dans la pièce à ne pas être à genoux, le seul à regarder Philippe dans les yeux.
— Si toi tu es le roi, murmura-t-il, qu'est-ce que cela fait de moi ?
Son royal amant le dévisagea longuement. Puis, pour la première fois depuis que les portes s'étaient ouvertes, il sourit.
— Cela fait de toi ma reine, j'imagine.
Le rire qui suivit était peut-être inapproprié. C'était le rire d'un homme qui venait de comprendre que personne, désormais, ne pouvait plus lui interdire quoi que ce soit. Mazarin, toujours à genoux, ne souriait pas, et il ferait vite déchanter le nouveau roi. Son frère Louis disparu, il lui incombait désormais d'épouser l'infante d'Espagne, conformément aux termes de l'accord destiné à mettre un terme à la guerre. Louis et Mazarin avaient négocié ce mariage avec acharnement afin de consolider l'amitié transpyrénéenne et d'ancrer durablement la paix entre les deux couronnes.
Marie-Thérèse d'Autriche était une infante pieuse et de sang illustre. Ce que la nature lui avait accordé en noblesse, elle avait jugé superflu de lui accorder également en grâce. Philippe l'apprit sans enthousiasme.
Philippe demeura encore un long moment debout au milieu de la chambre après que la cour se fut retirée. Le chevalier s'était rassis sur le lit, les bras croisés, et l'observait en silence avec attention. Philippe traversa la pièce, ouvrit les volets qu'il avait fermés quelques heures plus tôt et posa son regard en direction du palais des Tuileries, le centre du pouvoir royal.
— La lune va finalement éclipser le soleil, murmura-t-il en soupirant.
Il n'y avait dans sa voix ni triomphe, ni joie. Derrière lui, le chevalier souriait. Son roi était en bonne position, et lui, était la Dame.
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