Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire d’une fin de semaine — Chapitre 4 · Interlude
Auteur
Histoire d’une fin de semaine
Chapitre 4 · Interlude
Je t’ai habituée au fait que je suis le narrateur omniscient, celui qui partage nos états d’âme et raconte nos souvenirs. Bientôt, tu seras appelée à prendre des décisions de plus en plus difficiles, parfois morales, éthiques, peut-être même sentimentales. Les souvenirs qui vont suivre t’appartiennent à toi seule, car ils se sont passés avant notre rencontre. J’ai donc décidé que tu serais la narratrice pour quelques chapitres. Les lecteurs pourront ainsi mieux te comprendre.
Avant de te quitter, je dois mettre en contexte certains dilemmes que tu devras affronter.
Tu as connu le monde libertin pendant plusieurs années avec ton ex. Ce monde, qui devait être fait de liberté et de plaisir, s’est transformé en prison. Il t’a poussée à faire des choses que tu n’étais pas prête à faire, des choses qui t’ont fait souffrir et qui te font encore souffrir aujourd’hui. Cet homme, manipulateur et sans respect pour personne d’autre que lui-même, t’a gardée sous son emprise trop longtemps. Il t’a rendue malade, au point de te faire oublier qui tu étais.
Nous nous sommes rencontrés après que tu te sois libérée de lui, mais les répercussions te gardaient prisonnière. La femme cachée dans ses hoodies que j’ai rencontrée il y a trois ans était gravement brisée par cet homme. Aujourd’hui encore, tu en ressens les chaînes, même si elles se desserrent peu à peu. Quand nous avons commencé à nous fréquenter, je t’ai proposé de ne pas inclure d’autres personnes dans notre sexualité, pour nous donner la chance de bâtir des bases saines.
Ces trois dernières années, je t’ai offert le cadre sécurisant dans lequel nous avons pris le temps de construire une relation solide. Je te respecte, je t’écoute et je mets la transparence de l’avant. Tu as commencé à soigner tes blessures et tu m’as permis de t’accompagner dans ce cheminement.
Et, tranquillement, à ton rythme, nous avons exploré ensemble une multitude d’expériences hors norme, que certains appelleraient de la dépravation et que nous, nous appelons l’expression de notre amour. Nous avons appris ce qui nous élève et nous libère, ce qui nous fait jouer et jouir. Je suis resté le gardien de tes limites, quitte à les fixer pour toi, car, dans la position que j’occupe, c’est ma responsabilité de prendre soin de toi — ce qu’il ne faisait pas.
Nous avons connu le milieu alternatif bien avant de nous rencontrer, et toi, tu l’as connu avant même de rencontrer ton ex. Ouais, nous gardons tous les deux une nostalgie commune de ce monde atypique, accessible à peu de gens assez ouverts d’esprit pour l’apprivoiser. Mais, sur ton chemin de guérison, sous mon dôme protecteur, tu as pu revenir à la vie.
Depuis un an, nous parlons de la possibilité d’y retourner et de savoir si nous allons le faire.
Ce monde peut être une bénédiction, à condition d’avoir une éthique solide, une excellente communication et de la bienveillance envers nos partenaires. C’est sur ce principe que nous avons construit notre relation, en ouvrant les portes une à la fois et en prenant le temps de répondre progressivement aux questions.
La grande question qui se dresse devant nous est la suivante : sommes-nous prêts à retourner dans ce monde ? Quelles seront nos règles si nous ouvrons notre sexualité à d’autres ?
Mais tu doutes. Vu tes blessures, est-ce que ce retour sera un remède ou un poison ? Il y a encore des blessures profondes, et cette question devient soudainement plus complexe. C’est beau, les principes, mais tu te demandes si la réalité fonctionne vraiment. Est-ce que je vais te trahir quand nous aurons ouvert cette porte ? Est-ce que ce ne sont que de belles paroles ? Qu’est-ce qui te dit que je ne vais pas en profiter pour te délaisser, ou te manipuler comme il l’a fait ? Est-ce que je vais te reprocher de m’empêcher de vivre des expériences et te donner l’impression de ne pas être à la hauteur ? Serais-tu capable, toi-même, d’imposer tes limites et de les exprimer ? Ferais-tu certaines choses que tu ne veux pas faire pour ne pas avoir l’air de… ? Si tu le fais une fois, est-ce que le monde tiendra pour acquis que ce sera toujours correct ? Seras-tu capable de t’affirmer, ou le feras-tu quand même, au risque de retrouver cette honte malsaine qui te ronge, celle qu’on a déjà utilisée comme une arme contre toi ?
Tu as peur que l’arrivée d’autres personnes change ce que nous avons. Tu as peur de découvrir que je suis comme lui dès qu’il y a d’autres personnes. Parce que tu t’en souviens : ça avait commencé comme ça avec ton ex, aussi. D’autres visages sont entrés dans votre jeu, ont amené d’autres pratiques, et tout a changé. Pour lui, votre jeu n’était plus intéressant sans eux. Si tu ne voulais pas participer, il avait toujours une réponse toute faite, ou il ne t’en parlait tout simplement pas et te mettait devant le fait accompli. Tu étais devenue sa chose, et toi, sa prisonnière. Mais tu ne voulais pas montrer que tu n’étais pas assez forte. Tu ne connaissais pas tes limites, et personne ne te les avait jamais demandées.
Alors, si on ouvre la porte, qu’est-ce qui se passe ?
Mais tu te souviens aussi du bon. Ça n’a pas toujours été comme ça. Avant ses nouveaux amis, ton ex n’était pas comme ça, et le monde que vous fréquentiez non plus. Tu te souviens de ce qu’il y avait de positif quand tout était sain et respectueux : l’ivresse des flirts avec de nouveaux partenaires, les liens entre amants, les sensations douces avec certains et brutales avec d’autres. Et pourtant, avec les bonnes personnes, on prenait soin de toi. Tu le sais, tu l’as vécu. Mais les mauvaises personnes existent aussi. Sans les autres, il n’y aura ni les mauvaises ni les bonnes.
Et puis, il y a des questions plus simples : si nous ouvrons notre cocon à d’autres, quelles limites devrai-je t’imposer et devras-tu respecter si tu veux que je respecte les tiennes ? Ça veut dire que tu auras des envies que tu ne pourras pas assouvir à cause de moi, et vice-versa. Qu’arrivera-t-il à ce moment-là ?
C’est à cet instant que tu réalises que cela fait deux heures que tu es immobile dans le corridor, sans avoir le droit de bouger, parce qu’en ce moment même, tu es en jeu — un jeu que je t’ai organisé, moi, ton amoureux, en qui tu as confiance à cent pour cent. Les jeux ne sont pas toujours faciles, et c’est celui-là que tu m’as vu préparer pendant des semaines pour que nous passions une fin de semaine inoubliable.
Tu veux réussir. Tu veux être une bonne fille. Tu veux que je sois fier de toi.
C’est avec cette nervosité que tu entends des pas dans la cage d’escalier. Ils sont sur le point d’entrer, mon amour. Comme je te l’ai dit, tu dois trouver les réponses toi-même. C’est pour cela que je dois disparaître en tant que narrateur, pour que tu prennes ma place et deviennes la narratrice des prochains chapitres.
Et ne t’inquiète pas : tout peut s’arrêter si tu le désires, grâce à ton safeword. Alors, profite, et on se revoit dans quelques chapitres.
Je t’aime.
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