Je m'appelle Laura. J'ai vingt-deux ans. Et je suis jolie. Ce n'est pas de l'arrogance — c'est un fait que je constate chaque matin dans la glace de la salle de bain, aussi ennuyeux qu'incontestable. On me le dit souvent, d'ailleurs. Bien trop à mon goût. Les compliments tombent comme des mouches mortes : « T'es belle, Laura », « T'as de la chance, Laura », « Ta mère t'a bien faite, Laura ». Tout ça glisse sur moi comme l'eau tiède du robinet. Inoffensif, tiède, et foutrement inutile.
Je suis blonde. Pas un blond cendré compliqué, non — un blond doré, presque vulgaire sous le soleil de juin, qui tombe raide sur mes épaules. Long, lisse, docile. Mes cheveux ne bougent que quand je le décide. Je les coiffe le matin, je les lisse parfois, et ils m'obéissent. Un masque de plus, en quelque sorte. Mes yeux sont bleus. Mais pas un bleu pâle ou un bleu marine — un bleu transparent, liquide, le genre de bleu qui fait que les gens me fixent une seconde de trop quand je les regarde en face. Au lycée, on m'a dit que j'avais des yeux de chat. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Je sais juste que quand je plonge mon regard dans celui de quelqu'un, cette personne détourne le regard la première. Toujours.
Mon corps. Il faut qu'on en parle, parce que c'est là que les ennuis commencent vraiment. J'ai de beaux seins. Là encore, ce n'est pas une vantardise — c'est une constatation anatomique aussi objective que la couleur de mes cheveux. Assez gros pour que je les cache. C'est devenu un réflexe. Je porte des hauts amples, des pulls qui ne moulent rien, des vestes ouvertes qui cassent la silhouette. Pas par pudeur — par épuisement. Quand on a des seins comme les miens, ronds, pleins, qui se tiennent sans soutien-gorge tout en gardant cette rondeur ferme qui défie la gravité, les regards changent. Les mecs ne te parlent plus au niveau des yeux. Les femmes te jaugent. Et les commentaires deviennent systématiquement : « Tu as de jolies formes. » Formes. Ce mot-là, je l'entends depuis que j'ai seize ans. Des formes. Comme si j'étais une sculpture, un vase, un objet dont on commente le galbe.
Mes fesses, elles, sont fermes et charnues. Pas grosses — il faut que ça soit clair. Pas le genre de postérieur qu'on montre dans les clips, disproportionné, impossible. Juste... là. Rondes, tendues, qui remplissent bien un jean. Le genre de fesse qui, quand je marche dans la rue, fait tourner une tête sur trois. Je ne dis pas ça pour me flatter. Je le dis parce que c'est exactement ce qui se passe, et que cette attention me fatigue profondément en plus de me ramener tous les relous du coin. Avec mon physique, je n'ai pas de mal à trouver quelqu'un, c'est tout le contraire, j'attire les regards. Alors je me cache. Pas envie que l'on m'harcèle à longueur de journée. Si je cherche, je trouve, point.
Des mecs, j'en ai eu quelques-uns depuis le lycée. Pas une armée — je ne suis pas une collectionneuse. Trois relations qui ont compté, si on peut appeler ça compter. Deux au lycée, une à la fac. La première était purement platonique. Thomas. On s'était rencontrés en seconde, dans la cour, près des bancs en béton que le soleil chauffait jusqu'à les rendre brûlants. Il était mignon d'une façon banale — cheveux bruns courts, sourire facile, un peu de barbe déjà à seize ans, ce qui nous semblait incroyablement viril à l'époque. On s'était mis ensemble parce que c'était ce qu'on faisait à ce moment-là. On se tenait la main dans les couloirs. On s'embrassait — maladroitement, trop de langue, pas assez de rythme — derrière le gymnase pendant les pauses. Et c'est tout. Pendant un an, c'est tout. Ses mains ne sont jamais descendues sous mon pull. Mes doigts ne se sont jamais posés sur sa braguette. On était deux enfants qui jouaient à être un couple, et quand il a rompu par SMS un mardi de pluie, j'ai pleuré trois larmes et je suis passée à autre chose le temps d'un week-end.
La deuxième relation, au lycée encore, c'était en terminale. Et tout a changé. Son nom était Maxime. Maxime avait un an de plus que moi — il avait redoublé sa première, ce qui lui donnait une aura de mauvais garçon dans notre lycée aseptisé de banlieue résidentielle. Il était grand, mince, avec des mains que je remarquais. Des mains longues, aux doigts fins, aux ongles propres. Des mains qui avaient l'air de savoir ce qu'elles faisaient avant même de le faire.
On s'est mis ensemble en octobre. Jusqu'en décembre, on a reproduit le schéma Thomas : baisers, mains sur la taille, quelques frôlements au-dessus du pull. Mais Maxime n'était pas Thomas. Maxime avait de l'expérience — il avait eu une fille l'année précédente, et cette fille lui avait appris des choses. Un soir de vacances de Noël, dans sa chambre, pendant que sa mère regardait un film dans le salon en contrebas, il a fait glisser sa main sous mon pull. Pas d'un coup. Centimètre par centimètre. D'abord sur le côté, au-dessus de la hanche, là où la peau est tendre et où le contact d'une autre main provoque un frémissement involontaire. Puis il est remonté. Lentement. Ses doigts ont suivi la courbure de mes côtes, alors je sens ma respiration changer — pas s'accélérer, non, se déplacer. Elle est passée de ma poitrine à ma gorge, comme si l'air cherchait une autre sortie.
Il n'est pas allé plus haut ce soir-là. Mais le lendemain, il a posé sa main sur mon sein. Par-dessus le tissu du soutien-gorge. Et là, quelque chose a fait clic dans ma tête. Pas le plaisir — pas encore. La conscience. La conscience qu'un corps pouvait être autre chose qu'un décor. Que ma peau pouvait être un lieu. Que sous ce pull, sous ce tissu, sous cette chair, il y avait un territoire que quelqu'un pouvait explorer.
Les semaines suivantes, les préliminaires ont grandi comme une marge qu'on noircit progressivement. Maxime apprend mon corps, et moi, j'apprends que j'en ai un. Il enlève mon soutien-gorge un soir de janvier, et ses lèvres se ferment sur mon mamelon, et je comprends que le mot « excitation » ne désigne pas ce que je croyais. Ce n'est pas un chauffage progressif, une montée de température. C'est une bascule. Un moment exact, repérable, où le corps cesse d'être passif et commence à réclamer.
Et puis, un soir de février, je découvre la fellation.
Je me souviens de tout. La lumière jaune de la lampe de chevet de Maxime, un abat-jour en tissu froissé qui diffusait une clarté sale, comme du beurre fondu étalé sur les murs. L'odeur de sa lessive — une lessive bon marché, trop parfumée, qui masquait mal l'humidité de sa chambre. Le bruit de la télévision en bas, étouffé par le plancher. Et sa queue.
Je la vois, je la devine. Dans mes explorations timides, je glisse mes doigts sous sa ceinture, touche la chaleur d'abord, puis la dureté. Mais ce soir-là, je la sors de son boxer. Je la regarde. Et quelque chose dans ma gorge se déplace.
Elle n'avait rien d'extraordinaire — je le sais maintenant, avec le recul. Une bite comme une autre. Pas trop grande, pas trop petite. Des veines qui couraient sous la peau tendue, un gland rosé qui luisait déjà. Mais ce soir-là, elle est pour moi. Devant moi. Et mes lèvres s'approchent.
Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Pas par devoir — je n'avais pas lu de magazine pour filles qui m'avait dit qu'il fallait sucer son mec. Pas par curiosité clinique non plus. C'est plus profond, plus instinctif que ça. Quelque chose dans ma bouche veut s'occuper de cette chair. Mes lèvres s'ouvrent, et je prends son gland entre elles, et le monde se réduit à un point.
Le goût d'abord. Salé. Légèrement métallique. La peau tiède, plus lisse que je ne l'imaginais, avec une texture de soie mouillée. Et en dessous, une tension — la dureté de l'érection, ce cœur de bois gainé de chair, qui pulse contre ma langue. Je referme mes lèvres. J'aspire — doucement, trop doucement, comme on aspire une glace à travers une paille trop fine. Et Maxime émet un son. Un son que je n'avais jamais entendu. Pas un gémissement — un souffle cassé, un hoquet grave qui venait du fond de sa gorge. Et ce son, ce souffle, cette cassure dans sa voix, c'est pour moi. C'est ma bouche qui le provoque.
Je descends. Plus loin. Son sexe glisse sur ma langue, et je sens le gland buter contre le palais mou, là où la gorge commence à s'ouvrir. Mes lèvres s'étirent, glissent, et la chaleur de sa bite se propage dans ma bouche comme une tache d'encre qui s'étend. Ma salive mouille tout — sa peau, mes lèvres, mon menton. Je lève les yeux, et Maxime me regarde. Le visage détruit. La bouche ouverte, les yeux vitreux, les sourcils relevés dans une expression qui n'était plus du plaisir mais de la stupeur. Et dans cette stupeur, je vois mon pouvoir.
Ce n'est pas le mot que j'aurais utilisé à l'époque. J'avais dix-huit ans. Je n'avais pas les mots. Mais mon corps les avait. Mon ventre les avait. Parce qu'entre mes jambes, pendant que ma bouche enveloppe sa queue, quelque chose se passe. Quelque chose d'énorme, de mouillé, d'insistant. Mon slip est trempé. Trempé comme si j'avais pissé, trempé à travers le coton, trempé au point que je sens l'humidité tiède couler entre mes cuisses quand je me déplace. Ma chatte palpite — pas doucement, pas discrètement, mais violemment, comme un second cœur qui aurait décidé de battre dans ma gorge. Chaque aspiration de ma bouche envoie une pulsation entre mes jambes. Chaque gorgée de sa chair me mouille davantage.
Je continue. Mes mains viennent se poser sur ses cuisses — les muscles tremblent sous mes doigts, des petits tremblements involontaires, comme les vibrations d'un moteur qu'on maintient au ralenti. J'expérimente. Ma langue lèche le frein — ce petit pont de peau sous le gland — et Maxime sursaute, ses hanches bougent toutes seules, sa bite glisse plus profondément dans ma gorge. J'ai toussé. J'ai reculé. Et puis je reviens, plus affamée, plus avide, les lèvres serrées, la langue active, suçant, léchant, avalant la salive et le pré-sperme qui coule maintenant, filant entre mes lèvres et son gland.
Maxime n'a pas duré. Cinq minutes, peut-être moins. Quand il jouit, c'est brutal — ses mains agrippent mes cheveux, ses hanches se soulèvent du lit, et il grogne, un vrai grognement d'animal, grave et rauque, qui emplit la chambre. Et son sperme jaillit dans ma bouche. Chaud. Épais. Des jets saccadés, pulsés, qui tapent contre le fond de ma gorge et se mêlent à ma salive. Le goût est âcre, légèrement amer, avec une texture de gélatine tiède. J'avale tout. Pas par devoir. Parce que ma bouche ne veut pas le relâcher. Parce que ma gorge se contracte autour de lui, aspirant les dernières gouttes comme si mon corps refusait de lâcher sa proie.
Et quand je me relève, quand j'essuie ma bouche du dos de la main, quand je vois le visage de Maxime — les yeux fermés, la bouche pendante, le torse qui se soulève par saccades — je sais. Je sais comme on sait qu'on a trouvé quelque chose qu'on ne pourra plus jamais perdre.
J'adore sucer. Et « adorer » est un bas mot.
Il y a eu d'autres fois avec Maxime. Beaucoup d'autres fois. Chaque soir où nous étions seuls, ma bouche trouvait son chemin vers sa bite. Et chaque fois, l'eau coule entre mes jambes. Pas un peu — énormément. Des culottes trempées, des jeans humides, une chatte qui palpe et suce le vide. Je mouille comme une folle, littéralement, la cyprine coule le long de mes cuisses quand je le prends en bouche, et mon clitoris est si gonflé, si dur, si sensible, que le simple frottement de mon slip me fait suffoquer.
Mais alors, la pénétration. La pénétration, c'est une autre histoire.
La première fois qu'on fait l'amour — si on peut appeler ça faire l'amour — c'était en mars, après un mois de fellations quasi quotidiennes. Maxime m'allonge sur le dos, écarte mes jambes, et glisse en moi. Et... rien. Pas rien comme dans « c'était nul ». Rien comme dans « le son est coupé ». Il y a une présence, un remplissage, une pression contre mes parois vaginales. Mais le plaisir — cette électrocution, cette bascule que je connaissais maintenant, cette chose qui me faisait mouiller et palpiter et perdre la tête quand ma bouche était pleine de lui — tout ça est absent. C'est fade. Profondément, cruellement fade. Comme écouter de la musique avec des bouchons d'oreille. Les notes sont là, le rythme est là, mais l'émotion est absente.
Il bouge en moi. Ses hanches vont et viennent, sa bite glisse, mes parois se resserrent, et tout ça est... mécanique. Informatif. Je sens la friction, la profondeur, les changements de rythme. Mais ça ne me touche pas. Pas où il faut. Pas comme ma bouche touchait sa bite. Pas comme sa bite dans ma gorge touchait ma chatte, par procuration, par écho, par un fil invisible qui reliait mes lèvres à mon sexe.
Je simule. Pas la première fois — la première fois, je reste juste à attendre que ça se termine, les yeux ouverts, fixant le plafond de sa chambre, comptant les fissures dans le plâtre. Mais les fois suivantes, je simule. Par gentillesse. Par lâcheté. Parce que dire « ça ne me fait rien » aurait brisé quelque chose. Et puis, après la pénétration, quand il se retire et s'effondre à côté de moi, je reprends sa bite dans ma bouche, et le monde retrouve ses couleurs. Ma chatte se remet à couler. Mon souffle se brise. Et lui, il me laisse faire, post-orgasmique, flasque, sensible, tandis que je le nettoie de nos propres jus, le léchant comme une chatte fait sa toilette.
On rompt en juin. Pas à cause du sexe — à cause de tout le reste. Mais le sexe n'avait pas aidé. Le déséquilibre entre ce que je veux et ce que je dis vouloir avait creusé un fossé silencieux.
L'année suivante, à la fac, je rencontre Antoine. Antoine est plus âgé — vingt-cinq ans quand j'en ai dix-neuf. Il travaille déjà, en plus de ses études, et il a une assurance que les mecs de mon âge n'ont pas. Une assurance qui se voit dans la façon dont il pose ses mains, dont il parle, dont il me regarde — droit, fixe, sans détourner le regard comme tout le monde.
Avec Antoine, je recommence. Les préliminaires d'abord, puis la fellation, puis la pénétration. Et le schéma se répète. Sa bite dans ma bouche : délire. Salive à flots, chatte en feu, orgasme par la gorge, par les lèvres, par la langue. Sa bite dans ma chatte : néant. Pas désagréable, pas douloureux — juste néant. Un mouvement de piston dans un cylindre, fonctionnel, reproductible, dénué de la moindre étincelle.
Antoine a une plus grosse bite que Maxime. Plus longue, plus épaisse. Et quand je le suce, quand je prends cette masse de chair au fond de la gorge, quand mes lèvres s'étirent autour de sa circonférence, quand la salive coule en ruisseau sur mes joues et mon menton — c'est le paradis. Je mouille tellement que des taches se forment sur le drap sous moi. Ma chatte suce le vide, palpe, s'ouvre et se referme sur rien, réclamant quelque chose que la pénétration ne lui donne jamais.
Mais je ne dis jamais rien. Jamais.
Pas à Antoine. Pas à Maxime. Pas à mes copines. Pas à moi-même, pas vraiment. Je ne prononce jamais les mots : « J'ai un fétichisme. » Parce que le mot « fétichisme » fait peur. Le mot « fétichisme » sonne clinique, anormal, sale. Alors je garde ma bouche pleine et ma chatte affamée, et je simule des orgasmes pendant la pénétration, et je reviens toujours — toujours — à la fellation. Comme une drogue. Comme une obsession. Comme le seul endroit au monde où mon corps se sentait entier.
Antoine et moi durons un an. Pendant ce temps, je taille des pipes — beaucoup de pipes. Des pipes du matin, des pipes du soir, des pipes rapides dans les toilettes de la fac, des pipes languides dans son lit pendant que je sens ma chatte couler sur ses draps. Et chaque fois, je mouille comme une folle, trempant tout, inondant mes culottes, laissant des traces de cyprine partout. Et chaque fois, la pénétration qui suit est une déception — fade, plate, une copie sans couleur de ce que ma bouche vient de vivre.
Quand on rompt, je cesse le sexe pendant six mois. Pas par chagrin — par frustration. Parce que je sais, au fond de moi, que les mecs passeront, que les bites passeront, et que le vide restera. Ce vide qui ne se remplit pas par le haut. Ce vide qui ne se remplit que par les lèvres, la langue, la gorge, la salive, le sperme. Ce vide qui réclame non pas d'être rempli entre les jambes, mais de remplir — de remplir ma bouche, encore et encore, de chair, de peau, de sueur, de jus, jusqu'à ce que l'insatiabilité se taise.
Mais l'insatiabilité ne se tait pas. Elle grandit. Elle murmure d'abord, puis elle parle, puis elle crie. Et ce matin, ce matin de juin, dans mon studio de la rue des Lilas, devant le miroir de ma salle de bain, je me regarde et je sais.
Il faut que ça change.
Je suis là, en soutien-gorge noir et pantalon de jogging gris, les cheveux détachés, le visage nu. Vingt-deux ans. Blonde. Jolie. Les yeux bleus transparents qui fixent leur propre reflet. Et entre mes jambes, rien. Rien depuis six mois. Une bouche qui n'a rien sucé. Des lèvres qui n'ont rien enveloppé. Une gorge qui n'a rien avalé. Une chatte qui, elle, ne réclame rien — elle n'a jamais réclamé grand-chose, la traîtresse. Mais ma bouche, ma bouche a faim. Ma bouche a une faim qui ne se voit pas, qui ne se mesure pas, qui ne se calme pas avec un repas ou un sommeil. Ma bouche veut une bite. Ma bouche veut la sentir durcir contre ma langue, grossir entre mes lèvres, pulser au fond de ma gorge. Ma bouche veut le goût salé, la texture de soie, la chaleur, le sperme, les gémissements, les mains dans mes cheveux, le visage détruit d'un mec qui perd la tête parce que ma bouche est bonne, parce que ma langue est bonne, parce que ma gorge est profonde et chaude et mouillée et avide.
Et ce besoin — ce besoin que je n'ai jamais nommé, que je n'ai jamais avoué, que j'ai porté comme une maladie honteuse pendant quatre ans — ce besoin est en train de me consumer.
Je me regarde dans le miroir. Mes lèvres sont pleines. Pas gonflées par la chirurgie — pleines par nature, rosées, avec une courbe du haut qui dessine un arc de Cupidon net. Des lèvres faites pour sucer. Je le sais maintenant. Je l'ai toujours su. Mes lèvres sont faites pour s'envelopper autour d'une bite, pour glisser, pour aspirer, pour créer ce vide qui fait grimacer les mecs de plaisir. Ma langue est faite pour lécher — le frein, le gland, la tige, les couilles. Ma gorge est faite pour s'ouvrir, pour accueillir, pour avaler.
Mais je n'ai jamais dit ça à personne. Jamais un mot. Pas à Maxime qui me laissait le sucer après chaque pénétration. Pas à Antoine qui fermait les yeux quand je le prenais en bouche. Pas à mes copines qui parlaient de pénétration comme du Graal. Pas à moi-même, pas à voix haute, pas en mots clairs.
Jusqu'aujourd'hui.
Aujourd'hui, je me regarde dans ce miroir, et pour la première fois, je formule la pensée dans ma tête comme une phrase complète, nette, sans honte : Je suis une fille qui adore sucer des bites. C'est mon plaisir. C'est mon excitation. C'est mon vide et ma faim. Et il faut que ça change.
Il faut que ça change parce que je n'en peux plus vivre comme ça — en simulant, en cachant, en taillant des pipes furtives comme si c'était un hors-d'œuvre avant le plat principal. La fellation n'est pas un hors-d'œuvre. La fellation est le plat. Le seul plat. Le seul repas qui me rassasie. Et j'ai faim. J'ai tellement faim que mes lèvres picotent quand je pense à ça. J'ai tellement faim que ma bouche se remplit de salive, là, maintenant, devant ce miroir, en soutien-gorge noir, un mardi matin de juin.
Je pose mes mains sur le lavabo. Je me penche en avant. Mon reflet me regarde — les yeux bleus transparents, les lèvres pleines, les cheveux blonds raides. Et derrière ce reflet, dans le studio en désordre, dans cette vie de vingt-deux ans où tout semble en place sauf la seule chose qui compte — derrière tout ça, il y a une faim. Une faim de bouche. Une faim qui ne demande pas à être pénétrée mais qui demande à pénétrer — à pénétrer avec les lèvres, la langue, la gorge. À posséder une bite avec ma bouche. À faire jouir un homme avec mes lèvres et rien d'autre. À avaler, à lécher, à sucer, à noyer dans la salive, à mordre doucement, à aspirer fort, à regarder un visage se décomposer pendant que ma bouche fait son travail.
Et cette faim, il faut que je la nourrisse. Il faut que je la nomme. Il faut que je cesse de la cacher derrière des pénétrations fades et des orgasmes simulés. Il faut que je trouve quelqu'un — non, pas quelqu'un. Une bite. Une bite que je peux sucer pendant des heures, pendant des jours, jusqu'à ce que ma mâchoire crie et que mes lèvres soient gonflées et que ma gorge soit irritée et que ma chatte coule sur mes cuisses sans qu'on la touche, juste par la grâce de ma bouche pleine.
Il faut que ça change. Aujourd'hui.
Je recule du miroir. Je tire mes cheveux en arrière, je les attache en queue de cheval haute — la queue qui libère le visage, qui libère le cou, qui libère la bouche. Mes yeux bleus me fixent dans la glace, et pour la première fois, ils ne sont pas tièdes. Ils sont affamés.
Je m'habille. Un jean qui moule mes fesses — tant pis pour les regards, qu'ils regardent. Un t-shirt blanc, simple, qui épouse mes seins sans les cacher. Tant pis. Tant pis pour la discrétion, pour le masque, pour la modestie. J'ai vingt-deux ans, j'ai une bouche qui a faim, et je suis fatiguée de mourir de faim en silence.
Je sors du studio. La rue des Lilas est ensoleillée, les tilleuls embaument l'air de leur odeur sucrée et poisseuse, et je marche. Mes fesses roulent sous le jean, mes seins bougent sous le coton, et mes lèvres — mes lèvres pleines, rosées, faites pour sucer — mes lèvres sont légèrement entrouvertes, et ma langue les humidifie, machinale, comme si elle cherchait déjà quelque chose à lécher.
Il faut que ça change. Et ça commence maintenant.
Commentaires ()