C’était un de ces soirs de juillet où la chaleur s’attarde longtemps après le coucher du soleil, où l’on repousse l’heure de rentrer parce que la terrasse est trop agréable et que les conversations semblent ne jamais devoir finir.
Ce soir-là, ma femme et moi avions invité Luc, un vieil ami de mes années de faculté. Je ne l’avais pas revu depuis plusieurs années, mais certains hommes semblent ne jamais vraiment changer. Luc avait toujours eu cette assurance tranquille, ce sourire à la fois charmeur et provocateur, qui lui valait autrefois un succès considérable auprès des femmes. Dans notre groupe d’amis, il était sans conteste celui qui attirait le plus les regards.
Je savais donc parfaitement ce que je faisais en l’invitant chez nous.
Depuis quelque temps, une idée me revenait souvent à l’esprit. Elle était née d’une plaisanterie, puis s’était transformée en fantasme, avant de devenir une possibilité que je n’osais pas encore formuler clairement. J’aimais imaginer ma femme observée par un autre homme, sentir son trouble, deviner ce qu’elle ressentait en découvrant sur elle un regard différent du mien.
Corinne avait cinquante ans, mais elle prenait soin d’elle avec une régularité qui forçait l’admiration. Elle fréquentait la salle de sport, surveillait son alimentation et assumait parfaitement sa féminité. Elle se plaignait parfois de sa poitrine, qu’elle trouvait trop lourde ou trop tombante. Moi, je l’aimais exactement comme elle était. Ses formes généreuses faisaient partie de ce qui m’avait attiré chez elle et continuaient de m’émouvoir.
Pour cette soirée, elle avait choisi une robe légère, adaptée à la chaleur, qu’elle savait particulièrement flatteuse. Elle était boutonnée sur le devant et laissait deviner sa silhouette à chacun de ses mouvements. Dessous, elle portait une lingerie délicate, presque transparente, qui ajoutait à l’ensemble une touche de provocation discrète.
Lorsqu’elle est venue me demander si sa tenue me plaisait, j’ai pris le temps de la regarder.
— Tu sais très bien ce que j’en pense, lui ai-je répondu.
Elle m’avait lancé un sourire entendu, sans rien ajouter.
Le dîner s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse. Nous avons parlé de nos années d’études, de nos soirées interminables, de nos amis d’autrefois et de toutes ces histoires que l’on croyait oubliées. Corinne découvrait certains épisodes de ma jeunesse, et je remarquais son intérêt grandissant. Elle posait des questions, riait davantage et me lançait parfois un regard amusé, comme si elle cherchait à imaginer le jeune homme que j’avais été.
Luc avait apporté plusieurs bouteilles de champagne. Au fil de la soirée, les verres se remplissaient plus souvent et les conversations devenaient plus personnelles. La lumière déclinait doucement autour de nous. Quelques bougies posées sur la table et suspendues aux branches du saule suffisaient à créer une atmosphère intime.
Je remarquais surtout les regards de Corinne.
Elle observait Luc lorsqu’elle pensait que je ne la voyais pas. Rien de franchement appuyé, rien qu’elle aurait reconnu si je l’avais interrogée directement, mais suffisamment pour éveiller mon imagination. Elle semblait écouter ses anecdotes avec une attention particulière. Par moments, son regard s’attardait sur lui une seconde de trop.
Après le repas, nous nous sommes installés dans le salon d’été, sous le grand saule qui protégeait la terrasse de la chaleur. La musique accompagnait nos échanges et le champagne avait installé entre nous une légèreté agréable.
Puis un slow est passé.
Je me suis levé et j’ai tendu la main à Corinne. Elle a accepté avec un sourire. Je l’ai attirée contre moi, lentement, en posant mes mains dans son dos. Elle a appuyé sa tête contre mon épaule et nous avons commencé à danser.
Au début, le geste était parfaitement innocent. Pourtant, je sentais déjà que quelque chose avait changé. Luc nous regardait depuis son fauteuil, son verre à la main. Il ne cherchait pas à dissimuler son intérêt, et cette présence silencieuse rendait chaque mouvement plus intense.
— Alors, qu’est-ce que tu penses de mon vieux camarade ? lui ai-je murmuré.
Elle a gardé les yeux fermés quelques secondes.
— Il n’est pas mal, a-t-elle répondu.
Sa voix était douce, presque distraite.
— Ce n’est pas exactement ce que je t’ai demandé.
Elle a souri contre mon épaule, mais n’a pas répondu. Mes mains sont descendues lentement le long de son dos. Je sentais son corps se détendre contre le mien, comme si elle acceptait peu à peu le jeu que nous étions en train d’inventer.
Je lui ai demandé si le regard de Luc la gênait.
Elle a secoué la tête.
— Non.
Ce simple mot a suffi à faire naître en moi une excitation nouvelle.
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