Lucas posa sa valise dans l’entrée de la grande maison et prit le temps de regarder autour de lui. Il connaissait déjà les lieux, mais chaque fois qu’il venait, il était frappé par le calme. Élise, sa femme, n’était pas là ce week-end. Elle avait un déplacement pro et l’avait encouragé à venir quand même chez ses parents. « Ma mère sera contente de te voir », avait-elle dit. Les deux sœurs d’Élise, Camille et Sarah, n’habitaient plus à la maison depuis des années. Elles passaient de temps en temps, mais ce week-end rien n’était prévu de leur côté.
Tania apparut dans le couloir.
Elle avait la cinquantaine bien conservée, les cheveux bruns mi-longs légèrement ondulés, un visage encore très joli, et un corps que l’âge avait à peine touché. Sa poitrine généreuse, un solide 95C, se devinait sous la robe légère qu’elle portait. Une robe fluide, couleur sable, qui soulignait sa taille sans être vulgaire. Comme toujours, elle sentait bon. Un parfum chaud, un peu sucré, qui restait dans l’air après son passage.
— Tu es à l’heure, dit-elle en s’approchant pour l’embrasser sur les joues.
Lucas sentit le contact de sa peau et le parfum plus fort. Il eut un petit pincement au ventre, comme souvent depuis quelque temps quand il était près d’elle.
— Philippe est au jardin. Il est… disons pas de très bonne humeur aujourd’hui.
Elle eut ce petit sourire un peu las qu’il lui connaissait. Philippe n’était jamais vraiment agréable avec elle. Des remarques sèches, des silences, parfois des mots plus durs. Tania ne s’en plaignait pas ouvertement, mais on voyait bien qu’elle en souffrait. Elle dormait seule à l’étage depuis des années. Philippe avait sa chambre en bas.
Lucas monta déposer ses affaires dans la chambre d’ami, juste à côté de celle de Tania. En passant devant sa porte entrouverte, il jeta un coup d’œil malgré lui. Le lit était défait d’un seul côté. Sur une chaise, près de la coiffeuse, traînait un soutien-gorge en dentelle noire et une nuisette de soie pliée négligemment. Lucas détourna les yeux, mais l’image resta. Il n’était pas insensible à ce genre de détail. Pas du tout.
Quand il redescendit, Tania était dans la cuisine. La robe sable bougeait doucement autour de ses hanches quand elle se déplaçait. Elle lui prépara un café. Ses gestes étaient précis, élégants. Lucas la regarda se pencher pour prendre le lait dans le frigo. Le décolleté de la robe s’ouvrit un peu. Il vit la naissance de sa poitrine, le creux entre ses seins. Il détourna le regard un peu trop tard. Elle l’avait remarqué. Un silence gêné passa entre eux.
— Élise t’a dit qu’elle passerait peut-être dimanche en fin de journée ? demanda Tania pour changer de sujet.
— Oui, si son train n’a pas de retard. Camille et Sarah ne viennent pas ce week-end, je crois.
Tania hocha la tête. Ses trois filles. Toutes parties. La maison était devenue trop grande, trop silencieuse. Et trop froide parfois.
Philippe rentra peu après. Il serra brièvement la main de Lucas, demanda des nouvelles d’Élise sans vraiment écouter, puis repartit dans son bureau en murmurant quelque chose sur le fait qu’il avait du travail. La porte claqua. Tania ne dit rien, mais ses épaules s’affaissèrent légèrement.
Le soir, ils dînèrent tous les trois sur la terrasse. La piscine brillait sous les spots. Tania avait gardé sa robe. Quand elle se levait pour servir ou débarrasser, Lucas suivait malgré lui le mouvement de son corps, la courbe de ses seins, la façon dont le tissu collait un peu à ses hanches. Elle sentait toujours aussi bon. Même après toute une journée.
Plus tard, en montant se coucher, il la croisa dans le couloir de l’étage. Elle sortait de la salle de bain, encore en robe, les cheveux légèrement humides. Le parfum était plus fort, mélangé à celui de sa crème de nuit.
— Bonne nuit, Lucas.
— Bonne nuit, Tania.
Leurs regards se tinrent une seconde de trop. Puis elle sourit poliment et disparut dans sa chambre. Lucas resta un moment dans le noir du couloir. Il entendit la porte se fermer, puis le silence de la grande maison.
Il se glissa dans son lit, mais le sommeil ne venait pas. La cloison qui séparait les deux chambres était fine. Au début, il n’entendit rien. Puis, très faiblement, un petit bruit de draps. Un souffle un peu plus court. Pas un gémissement, rien de vulgaire. Juste une respiration un peu plus profonde, contrôlée, presque élégante. Comme si Tania cherchait son plaisir en silence, avec retenue, sans vouloir se faire remarquer.
Lucas resta immobile, le cœur battant un peu trop fort. Le bruit cessa au bout de quelques minutes. Puis plus rien.
Il fixa le plafond dans le noir, le soutien-gorge en dentelle encore en tête, et le parfum de Tania qui semblait avoir suivi jusque dans sa chambre.
Il se tourna sur le côté, étouffé par la chaleur étouffante de la pièce malgré la fenêtre restée entrouverte. Une brise légère faisait doucement flotter le rideau, apportant avec elle les odeurs de la nuit d'été et le clapotis discret de l'eau de la piscine. Mais rien n'y faisait : chaque fois qu'il fermait les yeux, la même image revenait lui hanter l'esprit. La ligne de son décolleté dans la cuisine, la souplesse de ses hanches sous le tissu sable, et ce souffle court, retenu de l'autre côté du mur. La pensée que Tania était là, à quelques mètres à peine, seule dans son grand lit délaissé, lui donnait un vertige troublant.
Il passa une main sur son visage, l'esprit confus entre la loyauté qu'il devait à Élise et cette attirance magnétique, presque irrationnelle, qui s'était installée au fil des mois. En bas, le silence de la maison n'était interrompu que par le tic-tac régulier de l'horloge du salon. Il savait que le week-end ne faisait que commencer et que dissimuler ce qui venait de naître s'annonçait déjà bien plus difficile qu'il ne l'avait imaginé.
Commentaires ()
Cette maison où Phillipe et Tania après les départs des enfants se retrouvent en tant qu'étrangers colocataires.
Les desires de l'un arriveront-ils à se concrétiser ?