Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Monsieur — Chapitre 11 · Retour sur terre
Auteur
Monsieur
Chapitre 11 · Retour sur terre
Manon ne dormit presque pas les nuits qui suivirent. Le goût de Michel dans sa bouche s’était estompé, mais pas le poids de ce qui s’était passé au commissariat. Ni la vidéo. Ni le regard de l’avocat quand elle l’avait chevauché. Elle se sentait sale d’une façon nouvelle, moins excitante, plus réelle.
Audrey arriva le troisième soir sans prévenir, un sac à l’épaule et les yeux cernés.
— J’ai appris pour les flics, dit-elle simplement. Martin m’a appelée. Il est en liberté provisoire. Toi ?
— Libérée. Grâce à l’avocat de mon père.
— Libérée. Grâce à l’avocat de mon père.
Audrey posa son sac et la prit dans ses bras sans un mot de plus. Manon s’y accrocha comme à une bouée. Elles restèrent longtemps ainsi, au milieu du salon, jusqu’à ce que Manon murmure contre son épaule :
— J’ai baisé Michel.
Audrey ne bougea pas.
— L’avocat ?
— Oui. Juste après. J’avais besoin… je ne sais pas. De sentir que j’existais encore en dehors de tout ça.
— Oui. Juste après. J’avais besoin… je ne sais pas. De sentir que j’existais encore en dehors de tout ça.
Un silence. Puis Audrey serra plus fort.
— Tu n’es pas obligée de tout me raconter. Mais si tu le fais, je préfère la vérité.
Manon raconta. Tout. La cellule, Martin qui murmurait à travers les murs, le père qui n’avait pas encore appelé, le salon, le préservatif, le sperme avalé. Quand elle eut fini, Audrey la regarda droit dans les yeux.
— Tu t’es sentie mieux après ?
— Non. Pire.
— Bien. Parce que moi, j’ai passé trois jours à imaginer que tu allais t’éloigner de moi pour de bon. Que tu allais continuer seule, plus loin, plus fort, jusqu’à ne plus avoir besoin de personne.
— Non. Pire.
— Bien. Parce que moi, j’ai passé trois jours à imaginer que tu allais t’éloigner de moi pour de bon. Que tu allais continuer seule, plus loin, plus fort, jusqu’à ne plus avoir besoin de personne.
Manon secoua la tête.
— Je n’ai plus envie de continuer seule.
Elles se regardèrent longtemps. Il n’y avait plus de jeu, plus de provocation, plus de « chaudasse » ou de défi. Juste deux femmes fatiguées qui se tenaient debout dans la même pièce.
— Je t’aime, dit Manon.
Le mot sortit sans trembler. Simple. Définitif.
Audrey cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Puis elle sourit, un petit sourire presque forcé, presque douloureux.
— Moi aussi… Depuis un moment. Même quand tu me faisais chier avec tes soirées. Même quand j’avais peur que tu m’entraînes trop loin. Même quand j’ai dit oui à Creampie Angels en sachant que je le faisais en partie pour toi.
Manon posa son front contre le sien.
— On peut arrêter. Si tu veux. Plus de club. Plus de vidéos. Juste nous.
Audrey secoua doucement la tête.
— Non. Pas comme ça. Je ne veux pas que tu renonces à ce que tu aimes par peur de me perdre. Et moi… j’ai découvert des choses sur moi-même. Des choses que je n’aurais jamais imaginées sans toi. Je ne veux pas les enterrer non plus.
Elle prit les mains de Manon.
— On peut les faire ensemble. Ou séparément, si l’envie est trop forte. Mais on se le dit. Toujours. Et on revient l’une vers l’autre. C’est ça, le deal. Pas de fuite. Pas de mensonge. Pas de « pour toi » qui cache autre chose.
Manon hocha la tête. Les larmes vinrent enfin, silencieuses.
— D’accord.
Elles s’embrassèrent. Pas avec la faim des premières fois, ni avec la violence des orgasmes publics. Un baiser lent, profond, qui disait : je suis là. Je reste. Même quand c’est sale. Même quand c’est trop.
La nuit, dans le lit de Manon, elles firent l’amour comme si c’était la première et la dernière fois en même temps.
Audrey la déshabilla avec une lenteur presque cérémonielle. Ses lèvres parcoururent chaque centimètre de peau : le creux du cou, les seins encore marqués par les doigts de Michel, le ventre, l’intérieur des cuisses. Quand elle arriva entre les jambes de Manon, elle ne se précipita pas. Elle l’ouvrit avec les doigts, la regarda, puis posa sa bouche dessus avec une tendresse dévorante.
Manon gémit, les hanches se soulevant. Audrey la lécha longuement, langoureusement, alternant la pointe de la langue sur le clitoris et de larges coups qui recueillaient tout le jus déjà abondant. Deux doigts glissèrent en elle, courbés, patients. Manon s’accrocha aux draps, puis aux cheveux d’Audrey, puis à rien, juste ouverte et offerte.
— Regarde-moi, murmura Audrey en relevant la tête.
Manon ouvrit les yeux. Audrey la regardait pendant qu’elle la suçait, les lèvres brillantes, les doigts qui continuaient leur va-et-vient humide. L’orgasme monta lentement, puis la submergea d’un coup. Manon cria, le corps arqué, les cuisses tremblantes autour de la tête d’Audrey. Celle-ci ne s’arrêta pas. Elle la fit jouir une deuxième fois, plus fort, jusqu’à ce que Manon la tire vers le haut pour l’embrasser, le goût de son propre sexe entre leurs langues.
Puis ce fut au tour de Manon. Elle bascula Audrey sur le dos et s’installa entre ses cuisses comme chez elle. Elle la connaissait maintenant : le point exact où Audrey gémissait le plus fort, le rythme qui la faisait perdre le contrôle, la façon dont ses hanches se soulevaient quand elle était proche. Elle la lécha avec application, y ajouta ses doigts, puis sa langue plus profondément. Audrey se cambra, une main dans les cheveux de Manon, l’autre agrippant l’oreiller.
— Manon… putain… oui…
Quand Audrey jouit, ce fut long, bruyant, les cuisses qui se refermaient autour de la tête de Manon, un flot chaud sur sa langue. Manon resta là, à la goûter, jusqu’à ce que les spasmes s’apaisent.
Elles s’allongèrent ensuite face à face, jambes entremêlées, peaux collantes de sueur et de plaisir. Audrey détailla du doigt le visage de Manon.
— On peut encore y aller, dit-elle doucement. Aux soirées. Si on en a envie. Ensemble, ou chacune de son côté. Mais on se dit tout.
Manon sourit, épuisée, apaisée.
— Ok...
Monsieur resta silencieux un long moment dans sa tête. Puis, pour la première fois depuis longtemps, sa voix n’était plus ni moqueuse ni inquiète. Juste calme.
— Tu as trouvé quelque chose de plus fort que tout ce que je t’ai fait vivre, Manon.
Elle ferma les yeux, le front contre celui d’Audrey.
— Je sais.
Dehors, Paris continuait. Les clubs resteraient ouverts. Martin finirait peut-être par la relancer. Il y aurait d’autres appels, d’autres propositions, d’autres nuits où le besoin de hard serait trop fort. Mais ce soir-là, et pour la première fois vraiment, Manon savait où elle reviendrait toujours.
Dans ces bras-là.
Dans ce lit-là.
Avec cette femme-là.
Et c’était suffisant.
Même si, parfois, ce ne serait pas assez.
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