Réel
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Ma femme, Baptiste et moi-même — Chapitre 4 · Le recul
Auteur
Ma femme, Baptiste et moi-même
Chapitre 4 · Le recul
Baptiste est parti vers deux heures du matin.
Il s’était rhabillé en silence, avait embrassé ma femme sur la joue, m’avait serré l’épaule un peu plus longtemps que nécessaire, et était descendu. On a entendu la porte d’entrée se refermer. Puis plus rien.
On est restés allongés dans le noir. Elle avait une jambe jetée sur la mienne, une main à plat sur mon torse. Je sentais encore son sperme en moi, tiède, qui s’échappait un peu quand je bougeais. Ma queue était sensible. Mon trou aussi. Une fatigue lourde, agréable, m’envahissait.
Elle a parlé la première, très bas.
— Tu dors ?
— Non.
— Moi non plus.
Un silence. Sa main a glissé un peu plus bas, sur mon ventre, sans aller plus loin.
— Ça va ? a-t-elle demandé.
— Oui. Toi ?
Elle a mis un moment à répondre.
— Je ne sais pas encore. Enfin si. Mais c’est… différent de l’autre fois.
J’ai tourné la tête vers elle. Dans la pénombre, je distinguais juste le contour de son visage.
— Différent comment ?
— L’autre soir, j’étais excitée. Très. Mais c’était encore un peu… du spectacle. Ce soir, c’était plus que ça. Te voir le prendre pendant que tu étais en moi… te sentir jouir comme ça… et après, le regarder venir dans ta bouche parce que je le lui avais demandé… Ça m’a fait quelque chose de plus fort. Plus personnel.
Elle a marqué une pause.
— J’ai eu peur, à un moment.
— Peur de quoi ?
— Que tu préfères ça. Lui. Cette sensation. Que ce soit plus intense que ce qu’on a tous les deux.
J’ai pris sa main et je l’ai serrée.
— Ce n’est pas la même chose. Tu le sais.
— Je le sais. Mais le savoir et le sentir, c’est différent. Quand tu as joui en moi pendant qu’il était encore enfoncé… ton visage… j’ai vu quelque chose que je ne t’avais jamais vu. Même avec Charles, tu ne m’avais jamais raconté ça avec autant de… de vérité dans les yeux.
Elle s’est rapprochée, a posé son front contre mon épaule.
— Est-ce que tu as envie de le revoir vite ?
J’ai réfléchi vraiment avant de répondre.
— Pas demain. Pas dans deux jours. Mais oui. J’ai envie. Pas seulement pour le sexe. Pour… la sensation d’être ouvert comme ça. Pour le fait que tu sois là et que tu regardes. Les deux en même temps.
Elle a hoché la tête contre moi.
— Moi aussi j’ai envie. Mais j’ai aussi envie qu’on reste juste nous deux un moment. Que tu me prennes sans que personne d’autre soit dans mon champ de vision. Que je te suce sans partager. Que tu me dises des choses que tu ne dirais pas s’il était là.
— D’accord.
On est restés encore un long moment sans parler. Puis elle a glissé sa main plus bas et a touché mon sexe, encore un peu gonflé, sensible.
— Tu es douloureux ?
— Un peu. Mais c’est bon.
Elle a souri dans le noir. Je l’ai senti.
— Dors, a-t-elle murmuré. On en reparle demain.
Le lendemain, on s’est réveillés tard.
La lumière entrait en biais à travers les rideaux. Elle était déjà réveillée, allongée sur le côté, à me regarder. Quand j’ai ouvert les yeux, elle a passé le dos de sa main sur ma joue.
— Bonjour.
— Bonjour.
On a fait l’amour lentement, presque en silence. Pas de jeux, pas de mots crus. Juste nos corps qui se retrouvaient. Elle m’a pris en elle, m’a regardé tout du long, et a joui en me serrant fort. Après, elle est restée allongée sur moi, la tête dans mon cou.
— Ça change quelque chose entre nous ? a-t-elle demandé.
— Oui. Mais pas en moins. En plus, je crois.
— Tu as peur que l’un de nous s’attache à lui ?
J’ai soufflé.
— Un peu. Toi non ?
— Si. Surtout toi. Parce que ce que tu vis avec lui, c’est quelque chose que je ne peux pas te donner. Et je le sais.
Elle s’est redressée sur un coude pour mieux me voir.
— Je ne veux pas devenir la femme qui regarde son mari se faire baiser par un autre et qui fait semblant que ça va si un jour ça ne va plus. Je veux qu’on reste honnêtes. Même si c’est inconfortable.
— D’accord. On reste honnêtes.
Elle a hoché la tête. Puis elle a souri, un peu fatiguée.
— Tu as encore son sperme en toi, tu le sens ?
— Oui.
— Ça te plaît ?
J’ai mis un moment à répondre.
— Oui. Ça me plaît.
Elle a posé sa tête de nouveau sur mon torse.
— Moi aussi, bizarrement. Ça me plaît de le savoir.
Les jours suivants ont été étranges et doux en même temps.
On n’a pas reparlé de Baptiste tout de suite. On a repris le rythme habituel : travail, courses, soirées sur le canapé. Mais le corps se souvenait. Le mien surtout. Par moments, en pleine journée, je sentais encore l’écho de sa queue en moi. Une chaleur fantôme. Une ouverture qui n’avait pas complètement disparu.
Elle, elle me regardait autrement. Plus souvent. Plus longuement. Un soir, pendant qu’on regardait un film, elle a glissé sa main dans mon pantalon et m’a caressé très lentement, sans aller jusqu’au bout, juste pour me sentir durcir sous ses doigts. Elle a murmuré :
— Tu penses à lui ?
— Oui. Par moments.
— Moi aussi. Mais surtout à toi. À la façon dont tu le regardais quand il était en toi.
Elle a retiré sa main et s’est recollée contre moi.
— On ne lui écrit pas tout de suite, d’accord ?
— D’accord.
— Je veux d’abord être sûre de ce qu’on fait. De ce qu’on devient.
J’ai embrassé ses cheveux.
— Moi aussi.
On est restés comme ça jusqu’à la fin du film, sans vraiment le regarder. Le silence entre nous n’était plus le même qu’avant. Il y avait quelque chose de plus dense. De plus vrai. Et, quelque part, de plus fragile aussi.
Trois jours plus tard, le soir, elle a posé son téléphone sur la table et a dit :
— Il m’a écrit. Juste pour prendre des nouvelles. « Tout va bien de votre côté ? »
Elle m’a regardé.
— Qu’est-ce qu’on répond ?
J’ai posé mon verre.
— La vérité. Que oui. Et que ce n’est pas encore le moment. Mais que ce n’est pas non plus un adieu.
Elle a souri, un peu soulagée.
— D’accord. Je vais lui répondre ça.
Elle a tapé quelques mots, a relu, puis a envoyé. Le téléphone a vibré presque tout de suite.
Elle a lu le message à voix haute :
« Compris. Prenez le temps qu’il faut. Je suis là. »
Elle a posé le téléphone, s’est rapprochée de moi et a posé sa tête sur mon épaule.
— On a le temps, a-t-elle murmuré.
— Oui. On a le temps.
Et pour la première fois depuis la sonnette de samedi soir, j’ai eu l’impression qu’on respirait vraiment à nouveau. Ensemble.
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