Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’inconnu de l’Eurostar — Chapitre 5 · Chapitre 5 — Le secret de Constance
Auteur
L’inconnu de l’Eurostar
Chapitre 5 · Chapitre 5 — Le secret de Constance
Jeudi, 11 h 35 (heure de Paris) — À bord de l’Eurostar.
Constance retrouva son siège près de la fenêtre. Elle arrangea sa jupe en tweed brun, croisa les jambes et rouvrit son roman. Autour d’elle, rien n’avait changé ; personne ne semblait avoir remarqué son absence. Pourtant, son corps gardait le souvenir de l’étroitesse des toilettes, de la chaleur de l’inconnu et de cette audace dont elle ne se croyait pas capable. En fermant les yeux, elle passa un doigt sur ses lèvres, se remémorant la chaleur qui l’avait envahie un peu plus tôt au même endroit.
Lorsque l’homme regagna sa place, leurs regards se croisèrent. Il lui sourit ; elle lui répondit. Aucun mot ne fut échangé. Ils n’avaient pas besoin de transformer ce qu’ils venaient de vivre en autre chose.
Londres, 12 h 05 (heure locale) — Gare de St Pancras.
Londres, 12 h 05 (heure locale) — Gare de St Pancras.
Constance descendit du train, son manteau camel sur le bras. Elle aperçut l’homme quelques mètres plus loin. Ils échangèrent un dernier sourire, puis partirent dans des directions différentes. Ils ne se reverraient probablement jamais. Cette perspective lui convenait : la rencontre n’avait pas besoin de devenir une histoire pour avoir compté.
Dans le taxi qui la conduisait à son hôtel, elle sut qu’elle devait raconter ce qui venait de se passer. Pas à Philippe, pas à n’importe qui. À Viviane. Son amie comprendrait peut-être pourquoi ce bref moment avait pris une telle place en elle.
Londres, 13 h 30 — Chambre d’hôtel.
Londres, 13 h 30 — Chambre d’hôtel.
À peine installée, Constance retira ses bottes, s’assit au bord du lit et appela son amie.
— Viviane ? Tu es seule ?
— Oui. Pourquoi cette voix mystérieuse ?
— Il faut que je te raconte quelque chose. Tu vas croire que j’ai perdu la tête.
— Tu m’inquiètes déjà. Qu’est-ce que tu as fait ?
— J’ai dragué un homme dans l’Eurostar. Un inconnu, tout à fait ordinaire, pas spécialement séduisant. Je ne sais même pas comment il s’appelle.
— Constance ! Tu plaisantes ?
— Pas du tout. Je l’ai regardé, j’ai laissé ma jupe remonter juste assez pour qu’il aperçoive la dentelle au-dessus de mes bas. J’ai défait un bouton de mon chemisier. Je savais qu’il me regardait, mais j’ai continué au lieu de tout remettre en place comme je l’aurais fait d’habitude. Le voir aussi troublé m’a terriblement excitée. Je sentais qu’il me désirait, et cette certitude m’a fait du bien.
— Et ensuite ?
— Je me suis levée et je lui ai fait signe de me suivre. Nous n’avons pas échangé un seul mot. Je l’ai conduit jusqu’aux toilettes et je lui ai fait comprendre qu’il ne devait pas parler.
— Et qu’est-ce que vous avez fait, exactement ?
— Oui. Pourquoi cette voix mystérieuse ?
— Il faut que je te raconte quelque chose. Tu vas croire que j’ai perdu la tête.
— Tu m’inquiètes déjà. Qu’est-ce que tu as fait ?
— J’ai dragué un homme dans l’Eurostar. Un inconnu, tout à fait ordinaire, pas spécialement séduisant. Je ne sais même pas comment il s’appelle.
— Constance ! Tu plaisantes ?
— Pas du tout. Je l’ai regardé, j’ai laissé ma jupe remonter juste assez pour qu’il aperçoive la dentelle au-dessus de mes bas. J’ai défait un bouton de mon chemisier. Je savais qu’il me regardait, mais j’ai continué au lieu de tout remettre en place comme je l’aurais fait d’habitude. Le voir aussi troublé m’a terriblement excitée. Je sentais qu’il me désirait, et cette certitude m’a fait du bien.
— Et ensuite ?
— Je me suis levée et je lui ai fait signe de me suivre. Nous n’avons pas échangé un seul mot. Je l’ai conduit jusqu’aux toilettes et je lui ai fait comprendre qu’il ne devait pas parler.
— Et qu’est-ce que vous avez fait, exactement ?
Constance sentit ses joues chauffer. Elle aurait pu atténuer les choses, employer des mots vagues, faire de cette rencontre une anecdote presque innocente. Elle n’en avait pas envie. Elle voulait essayer de dire la vérité sans la maquiller.
— On s’est embrassés. Puis je me suis agenouillée devant lui.
— Attends… Tu veux dire que tu l’as sucé ?
— Oui.
— Un homme dont tu ignores jusqu’au prénom ?
— Oui. Je l’ai voulu et j’ai aimé lui donner du plaisir. C’était tellement bon de le sentir dans ma bouche. Je pensais que je serais surtout gênée, que je me demanderais ce que je faisais. Mais j’étais là, je le regardais, je savais que c’était moi qui avais décidé de ce moment. Et ça m’a énormément plu.
— Et après ?
— Il m’a attirée contre le lavabo. Au début, j’ai gardé l’initiative. Il m’a tenue avec plus de fermeté et la rencontre est devenue moins douce, plus urgente. Je lui ai montré que je le voulais. Il m’a prise violemment contre le lavabo et j’ai aimé me sentir dominée par cet homme. J’ai aimé ne plus avoir à diriger chaque geste.
— Attends… Tu veux dire que tu l’as sucé ?
— Oui.
— Un homme dont tu ignores jusqu’au prénom ?
— Oui. Je l’ai voulu et j’ai aimé lui donner du plaisir. C’était tellement bon de le sentir dans ma bouche. Je pensais que je serais surtout gênée, que je me demanderais ce que je faisais. Mais j’étais là, je le regardais, je savais que c’était moi qui avais décidé de ce moment. Et ça m’a énormément plu.
— Et après ?
— Il m’a attirée contre le lavabo. Au début, j’ai gardé l’initiative. Il m’a tenue avec plus de fermeté et la rencontre est devenue moins douce, plus urgente. Je lui ai montré que je le voulais. Il m’a prise violemment contre le lavabo et j’ai aimé me sentir dominée par cet homme. J’ai aimé ne plus avoir à diriger chaque geste.
Viviane ne répondit pas tout de suite. Constance reprit, plus bas, mais sans se dérober :
— Et j’ai joui. Je ne l’avais pas prévu. Je ne pensais pas que je pourrais lâcher prise aussi vite avec un inconnu. Ce qui m’a bouleversée, ce n’est pas seulement le plaisir physique. C’est d’avoir découvert que je pouvais le donner, le recevoir, puis choisir de me laisser guider sans avoir le sentiment de perdre ma liberté.
— Toi qui veux toujours tout contrôler, tu as aimé être dominée ?
— Oui, dans ce moment-là. Parce que je l’avais choisi. Je ne voulais pas qu’il décide à ma place de ce que je devais vouloir ; je voulais pouvoir décider de lui laisser une place. Ce n’était pas la même chose que subir. Et puis, lorsqu’il s’est vidé en moi, je me suis sentie comblée comme je ne l’avais pas été depuis des années.
— Je ne t’ai jamais entendue parler aussi franchement de ton désir.
— Parce que je ne l’avais jamais vraiment formulé. Tu te souviens de ce que tu m’avais raconté, il y a quelques semaines ? Ton expérience avec plusieurs hommes, et ce que tu avais découvert sur toi ? Je t’avais écoutée en pensant que tu appartenais à un autre monde. Depuis, je me demande si je n’ai pas laissé filer ma vie à force d’être raisonnable. Je ne veux pas t’imiter. Je voulais savoir ce qui existait en moi, et aujourd’hui j’ai cessé de faire semblant de ne pas me poser la question.
— Et tu l’as découvert dans les toilettes de l’Eurostar ?
— Apparemment.
— Toi qui veux toujours tout contrôler, tu as aimé être dominée ?
— Oui, dans ce moment-là. Parce que je l’avais choisi. Je ne voulais pas qu’il décide à ma place de ce que je devais vouloir ; je voulais pouvoir décider de lui laisser une place. Ce n’était pas la même chose que subir. Et puis, lorsqu’il s’est vidé en moi, je me suis sentie comblée comme je ne l’avais pas été depuis des années.
— Je ne t’ai jamais entendue parler aussi franchement de ton désir.
— Parce que je ne l’avais jamais vraiment formulé. Tu te souviens de ce que tu m’avais raconté, il y a quelques semaines ? Ton expérience avec plusieurs hommes, et ce que tu avais découvert sur toi ? Je t’avais écoutée en pensant que tu appartenais à un autre monde. Depuis, je me demande si je n’ai pas laissé filer ma vie à force d’être raisonnable. Je ne veux pas t’imiter. Je voulais savoir ce qui existait en moi, et aujourd’hui j’ai cessé de faire semblant de ne pas me poser la question.
— Et tu l’as découvert dans les toilettes de l’Eurostar ?
— Apparemment.
Elles éclatèrent de rire. Le rire fit retomber un peu la tension, sans effacer la gravité de ce que Constance venait de confier. Viviane reprit bientôt, plus sérieusement :
— Et Philippe ? Tu n’y penses pas ?
Constance regarda par la fenêtre. Londres s’étendait derrière la vitre, étrangère et grise. Elle ne voulait pas se raconter que son mari n’existait plus, ni transformer son plaisir en justification commode.
— Bien sûr que j’y pense. Je sais que cette contradiction existe. Je ne vais pas faire comme si j’avais agi dans le vide, ni prétendre que cela ne compte pas. Mais je ne vais pas non plus nier ce que j’ai voulu, ni le plaisir que j’ai pris et donné. Je ne sais pas encore ce que cela signifie pour la suite.
— Tu vas lui en parler ?
— Je ne sais pas. Je ne vais pas décider de tout aujourd’hui, dans l’urgence ou sous le coup de la culpabilité. Pour l’instant, je veux seulement regarder ce qui s’est passé en face.
— Peut-être que tu découvres une autre Constance, murmura Viviane.
— Ou peut-être que cette part de moi était là depuis longtemps et que je ne lui laissais jamais de place.
— Tu vas lui en parler ?
— Je ne sais pas. Je ne vais pas décider de tout aujourd’hui, dans l’urgence ou sous le coup de la culpabilité. Pour l’instant, je veux seulement regarder ce qui s’est passé en face.
— Peut-être que tu découvres une autre Constance, murmura Viviane.
— Ou peut-être que cette part de moi était là depuis longtemps et que je ne lui laissais jamais de place.
Après avoir raccroché, Constance resta quelques instants immobile, le téléphone entre les mains. Elle n’avait pas raconté l’aventure pour se vanter ni pour obtenir l’absolution. Elle avait prononcé les mots qu’elle aurait autrefois contournés. Le simple fait de les dire lui donnait une impression de netteté.
Elle ouvrit sa valise, choisit une tenue d’intérieur en satin bordé de dentelle et alla jusqu’au miroir. Elle se trouvait belle, mais d’une manière nouvelle : non pas parce qu’un homme l’avait désirée, mais parce qu’elle avait cessé de faire dépendre toute sa féminité du regard des autres.
Elle effleura le satin sur sa hanche et ferma les yeux. Le souvenir de la matinée lui revint avec une netteté troublante : la chaleur de leurs baisers, le souvenir intime de l’avoir accueilli dans sa bouche, puis la manière brusque dont il l’avait maintenue contre le lavabo, sans ménagement, après qu’elle lui eut fait comprendre qu’elle désirait cette intensité. Cette mémoire physique raviva son excitation. Elle retrouva dans son corps l’écho de ce qu’elle avait osé, le plaisir de donner, puis celui de ne plus diriger chaque geste. Elle ne chercha ni à effacer ces images ni à les transformer en une histoire qu’elles n’étaient pas ; elle les laissa revenir doucement, sans se juger. Allongée sur le grand lit, sa main se posa sur la culotte de satin. Lorsqu’elle glissa ses doigts sous le tissu, entre ses cuisses, elle sentit la chaleur monter en elle et s’accorda le droit de prolonger ce trouble, en laissant ses caresses suivre le souvenir plutôt que ses pensées. Elle se donna du plaisir avec ses doigts, mélangeant son propre jus et le sperme que lui avait offert l’inconnu. Peu à peu, le monde extérieur s’éloigna ; elle se concentra sur ses sensations, sur le frisson qui la traversait et sur cette liberté nouvelle de ne rien devoir à personne dans cet instant. Quelques minutes plus tard, le plaisir la submergea et elle s’abandonna à une jouissance profonde, retrouvée dans la solitude. Elle resta ensuite immobile, les yeux clos, respirant lentement, surprise moins par ce qu’elle venait de faire que par la facilité avec laquelle elle avait enfin accepté son propre désir.
Plus tard, allongée sur le lit, elle contempla le plafond. Elle n’avait pas résolu les questions que cette journée faisait naître, et elle ne savait pas encore ce qu’elle ferait de cette découverte. Elle savait seulement qu’elle pouvait écouter son désir, le reconnaître et choisir ce qu’elle en ferait, sans se réduire à une faute ni se fabriquer une excuse.
Et si ce n’était que le début ?
Et si ce n’était que le début ?
Fin.
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