Sur les barricades
Chapitre 2
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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Sur les barricades — Chapitre 2

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Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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AlixC
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Sur les barricades

Chapitre 2

Une bonne odeur de beuh flotte dans le grand amphi. On est aux sciences humaines, on trouve des barbes mal taillées, des dreadlocks et des T-shirts des Béru. On entend quedalle, le président de l'assemblée générale est un étudiant en deuxième année de DEUG. Son visage est aussi rouge que son t-shirt quand il sent bien que personne n'écoute. La démocratie étudiantine c'est bien, c'est con que ça ait jamais marché. Francesca s'engueule à côté de moi contre un trotskiste, qu'elle trouve trop modéré. Moi je suis toujours dans les vapes, peut-être la douce odeur d'herbe, peut-être la fatigue. L'endroit me plaît et c'est foisonnant mais j'ai la sensation que ça ne mène pas à grand-chose.
— Je vais me prendre un café.
Francesca entend à moitié, trop occupée à insulter un socialiste.
Le grand couloir qui longe l'amphi est plongé dans une demi-pénombre, sans doute à cause des néons pétés. Ça ne manque pas de charme : un mannequin avec un haut de forme et un cigare est pendu juste à l'entrée, tagué « pendons-les tous ». Le mur a été redécoré par des affiches multicolores où on a fait rimer le nom du premier ministre avec à peu près tout ce que la langue française compte de noms d'oiseau.
La machine trembote en me servant un café immonde, ressemblant davantage à un jus de chaussette vaguement aromatisé. Je n'en connaîtrai jamais le goût, mon gobelet s'écrasa au sol à la seconde où je me retournai.
— Jeff ! Merde, y'en a partout...
Il a des chaussures. Peut-être le seul étudiant ici en fac de sciences humaines à être vêtu d'un pantalon de costume cintré, une chemise éclatante et son putain de chesterfield qui lui va comme un gant. Manque de pot, ses belles chaussures sont recouvertes d'un liquide chaud. Bêtement j'ai le réflexe de me pencher pour essuyer, lui aussi évidemment.
— Camille, c'est bon...
J'ai chaud d'un coup. Très. Parce que le type auquel j'ai pensé très fort l'après-midi se rappelle mon nom. Moi, celle que je déteste chaque jour depuis la première seconde de ma naissance.
— Jeff'... Tu es venu ? Je croyais que tu ne bloquais pas ?
Ce salaud sourit. Pas un rictus, rien de narquois ou cynique. Non, un joli sourire amusé de la situation.
— Je pense tenter les IEP. Le minimum c'est de s'intéresser à ce qui se passe dans les universités, non ? Ça se passe comment l'AG ?
Ses mains dans les poches, ses yeux bleus légèrement plissés et ses jolies fossettes me regardent là, toute seule dans le grand couloir. On entend un brouhaha étouffé dans l'amphi. Est-ce que je voulais vraiment y retourner ?
— C'est le bordel. Tout le monde a une bonne idée alors tout le monde s'engueule. Durée du blocage, qui, où, quand et comment. Et on n'a pas encore discuté des manifs... J'avais un peu chaud...
— Tu veux prendre l'air ?
Ma mâchoire tremble un peu, je sens mes veines palpiter. Je jetai un œil vers l'entrée de l'amphi — à travers la porte close, le brouhaha continuait, les votes allaient avoir lieu sans moi. Et je m'en foutais complètement.
— Je veux bien... C'est surchauffé. Mais tu risques de louper les votes, dis-je en riant.
— Eh bien tu m'expliqueras, Camillechat. C'est comme ça que ta copine t'a appelé ?
Francesca trouvait que je ressemblais trop à un chaton, elle voulait que je griffe. Mais là tout de suite je voulais qu'il m'adopte. Je l'emmenai dans l'immense espace ceinturé par les bâtiments soviétiques. Gris, cubiques et hideux. Le dernier endroit sur Terre où les romances sont possibles. Et pourtant je sentais l'électricité me parcourir à chaque fois que sa main glacée me frôlait.
Jeff m'écoutait tranquillement en me proposant une clope, ce qui m'acheva littéralement. Il dégageait une aura terrible.
— Mais si tu es économiste, Camillechat, tu pourrais penser que le CPE a des vertus ?
— De la merde en barre. L'économie n'est pas une science dure.
Il sourit et me lança des piques, me chauffant de plus en plus. La cour immense était déserte et ce grand dadais tournait autour de moi en riant, me provoquant comme le ferait un coach de boxe avant de monter sur le ring.
— C'est la loi du marché, Camillechat...
— Mon cul. Karl Polanyi...
Il fit un pas vers moi alors que je voulais parler de la Grande Transformation — son regard qui disait « je t'écoute » tout en disant autre chose, les mains qui ne tenaient plus sagement ses poches. Impossible d'argumenter. Il prit une de mes mèches rousses pour l'entortiller, juste au moment où la foule ressortit de l'AG. Il éclata de rire avec moi.
— Fait chier... Je vais devoir y aller, Camillechat.
— Ouais, Jeff... On va partir en manif. Mais tu reviendras ?
— Et si tu revenais chez nous ?
La perspective de revoir la grosse brute me refroidit et il le sentit immédiatement.
— Pourquoi ne viendrais-tu pas à l'Albatros ? J'y vais régulièrement avec des camarades.
Francesca m'aperçut et s'approcha rapidement vers nous en faisant une tête jusque par terre.
— Bonjour. Tu t'es perdu, Jean-François ?
— Je proposais à Camille de venir à l'Albatros.
— Un petit bar populaire du vieux Lille... répliqua Francesca.
Cette fois Jeff avait un petit rictus. Il lui fit un petit signe de tête, me regarda une nouvelle fois, pour faire un demi-tour, où je faillis m'évanouir. Puis il repartit dans la foule qui se dirigeait vers le métro.
— Nom de dieu, Camille... Ne me dis pas que...
Je le regardai s'éloigner, facilement visible parmi le commun des mortels.
— Tu connais l'Albatros, Francesca ?
— Poulette, c'est un bar près de l'institut catholique de Lille. Merde, tu seras pas à ta place... ça pue le fric. Le Jeff il t'a pas fait un cadeau, tu le vois bien ?
Non, je ne voyais rien. Je ne voyais que lui.
— Manif à République à 14h, Camille. Tu viens ?
J'étais là sans être là, dans le brouillard je dus dire oui.
***
Il était seize heures, la manif s'était bien passée. Pas de gazage, pas trop emmerdé par les CRS. J'avais les oreilles bourdonnantes, Francesca ayant insisté pour être derrière le camion sono. Riche idée, j'avais Zebda en boucle dans les oreilles. Je l'embrassai néanmoins mais je n'avais pas envie de retourner chez moi. J'avais besoin de conseils, et ma meilleure camarade n'était pas en position de m'en donner. Je voulais Mag. Tante Mag, ma super-héroïne. Peut-être parce qu'elle était solaire, se foutait de ce que le monde pouvait penser d'elle et de sa vie sexuelle. Une cadre sup' qui avait réussi Sciences Po finger in the nose sans se vanter. Elle gagnait bien sa vie, aimait le fric sans être détestable. Peut-être aussi qu'elle s'était occupée de moi pendant plusieurs mois pendant la maladie de maman. Je l'adorais. Il se trouve que Wonder Woman travaillait dans une grande banque dans le coin. Je tentai ma chance. RDV à l'Alliance. Wahou...
Évidemment, tante Mag n'allait pas au McDo boire un café. Non, c'était l'immense patio de cet ancien couvent reconverti en hôtel. Francesca aurait fait un arrêt cardiaque dès le premier pas franchi. Du luxe, partout.
Mag était là, la classe incarnée. Cinquante ans, incroyablement belle pour son âge et qui le savait. Tailleur de luxe impeccable, bijoux de marque discrets et maquillage au cordeau. Elle était parfaitement à l'aise ici. Je lui sautai dans les bras et elle me le rendit bien.
— Tu prendras un thé, Camille. Goût russe bien sûr.
— Bien sûr, Mag' !
Elle me connaissait par cœur.
— Mag, je...
— Comment s'appelle-t-il ?
La légende était vraie, c'était donc une sorcière. Et elle s'amusa à sourire en portant la tasse dorée à ses lèvres.
— Merde, comment tu sais ?
— Ça se voit à ton visage.
Je portai mécaniquement mes mains sur mes joues.
— Lorsqu'on aime, Camille, on est submergé par une vague incontrôlable. C'est écrit sur ton front...
— Jeff'. C'est tout frais, il me plaît et tout... Mais on n'est pas tout à fait du même monde.
Mag fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que tu racontes comme idioties ? Qu'est-ce que je t'ai appris ?
Je sentis mes joues s'empourprer rapidement.
— Je suis censée le rejoindre. Mais je ressemble à rien, je sens que je serai pas à l'aise. Je suis terrorisée...
— Tu as peur de quoi ?
— C'est stupide... Il me plaît, je pense lui plaire. J'ai peur de pas être à la hauteur, tout simplement.
— On dirait que tu parles d'une compétition alors qu'il ne s'agit que de simples sentiments. Au pire ça ne se fait pas. Et le monde continuera de tourner... Mais je vois à ta tête qu'il y a autre chose. Ce n'est pas juste qu'il te plaît.
— J'ai envie de lui. C'est la première fois qu'un mec me fait cet effet-là. J'ai envie profondément de sentir son torse contre le mien... Et puis le reste.
À ce moment-là un tout jeune serveur venait débarrasser la petite vaisselle.
— Vous avez couché ?
Oups, le serveur rouge comme une pivoine venait de renverser le fond de ma tasse. Bien sûr Mag restait stoïque.
— Tatie !
— Camille, en quoi dire : un mec te plaît, j'ai couché avec lui, est-ce gênant en soi ? Tout le monde le fait. Ce petit serveur, qui a d'ailleurs un joli petit fessier, fait sans doute la même chose avec sa copine ou son copain. Et c'est très bien. Le sexe, c'est quand je veux, comme je veux avec mon partenaire. Aussi simple que ça. Personne n'a à te faire de leçon. Je suis bien dans mon corps parce que j'en ai toujours rien eu à foutre de ce qu'ils pensent.
— Ils ?
— Les hommes, Camille. Et les femmes aussi d'ailleurs. Ton corps t'appartient, du moment que tu te mets pas en danger, le reste on s'en fout. Hier j'ai baisé avec mon comptable en fin de soirée. C'était délicieux. Il est marié mais majeur et vacciné. Ai-je fait quelque chose de mal ?
— Nan, mais en parler comme ça...
— Mais il faut en parler ! C'est justement à cause de ces tabous de merde qu'on nous roule dessus, Camille. Un mec n'hésite pas à formuler ses envies. Parfait. Peut-être qu'on n'aura pas les siennes. J'ai mes envies intimes. Est-ce que ça fait de moi une salope ?
Je la voyais là devant moi, une femme de pouvoir qui s'était hissée tout en haut, grâce à ses compétences hors normes et complètement libérée. Mag avait un sourire amusé.
— Je comprends tes questions, Camille, après tout, ce sont tes premiers pas de femme. Que dirais-tu d'un peu de shopping ?
Elle m'emmena ensuite dans les boutiques de luxe, où elle me paya plusieurs robes de marque. Et puis je passai ensuite devant une boutique de lingerie fine. Je mordis ma lèvre.
— Qu'est-ce que tu attends ? Rentrons, Camille.
— Mais tu vas...
— Au nom de quoi tu ne pourrais pas mettre de la lingerie ?
J'avais bien quelques strings, des collants basiques de chez basique. Mag entra comme si elle était chez elle, la boutique était quasi vide. Je me sentis toute timide. C'était élégant, sexy, absolument pas vulgaire. Déjà Mag parcourait les rayons, cherchait les bonnes tailles, les bons modèles. Elle revint avec un joli ensemble. Je me regardai dans le miroir... Un premier pas dans ma vie de femme. C'est comme si la vie s'accélérait pour moi et Mag me tenait la main.
— Tu es craquante, je peux te le dire.
— Mais s'il n'aime pas ?
— Alors ce sera un con. Ça arrive. Sois toi-même, c'est tout.
J'embrassai Mag qui me déposa dans le quartier près de l'Albatros. Francesca n'avait pas menti : de l'extérieur, ça ressemblait à une jolie maison de maître. Deux vigiles se tenaient à l'entrée et je repérai Jeff non loin. Putain, clope au bec, mains dans les poches dans son chesterfield et quelques bouclettes qui frisaient légèrement sous la pluie. Craquante... Lui était à tomber. James Dean, plus sombre peut-être et une dégaine d'enfer. D'autres étudiants passaient devant moi et je ne voyais que son visage au loin, ses yeux couleur lave-vitre. J'avais un peu mal au ventre mais je repensai aux conseils de Mag. Sois toi. Jeff fit quelques pas avec son demi-sourire moqueur.
— J'ai eu peur que ta copine italienne te fasse peur, Camille.
Son sourire retomba lorsque je fis un pas sous la lumière du réverbère. Il aspira longuement sur sa clope, relâchant une brume envoûtante autour de lui.
— Je suis pas belle ?
— Camille, entrons...
Et son bras fin se glissa dans mon dos, me rapprochant de lui. Il devait être connu vu qu'on ne lui demanda même pas sa pièce d'identité. Le bar était privatisé par une asso étudiante bourrée de fric. Les vodkas n'étaient pas l'antigel que je buvais dans le repaire gauchiste de Francesca, pas de bière bon marché. Non, on proposait des flûtes et Jeff en attrapa une au vol sur un plateau en se faufilant dans la foule.
— Tu as marché aujourd'hui, Camille ?
— Oui, j'ai manifesté. Je suppose que dans la salle, je suis toute seule...
C'était un autre monde, une coterie bien loin de nos préoccupations. Fringues de marques, jeunes femmes distinguées. Rien à voir avec le bordel ambiant de ma fac. Et je ne pouvais même pas dire que j'étais mal à l'aise. Toutes ces personnes, j'en avais juste rien à foutre. Il n'y avait que Jeff qui comptait. Franz Ferdinand gueulait dans les enceintes, ça plus le brouhaha. Tout devenait flou autour, il n'y avait juste que ces putains d'yeux qui m'attiraient.
— Camille, tu...
— Jeff !
Un blond avec une mèche se pointa, avec un petit pull blanc noué. Le genre que Francesca aurait démoli avant même qu'il ouvre la bouche. Moi ce qui m'emmerdait c'était que Jeff venait de rapprocher sa jolie bouche à vingt centimètres de la mienne.
— On se connaît pas, la miss ? dit-il en me fixant.
Loin de James Dean, plutôt une caricature de l'étudiant de la catho. Et lui me mettait mal à l'aise.
— Ben nan. J'étais avec Jeff là...
— Ben ouais, je m'en doute, vu que c'est le président de...
— Ta gueule, Julien.
L'autre la ferma tout de suite. Et derrière Jeff je m'aperçus que d'autres s'étaient retournés discrètement. À croire qu'il avait une certaine aura ici... En tout cas le Julien se retira sans demander son reste.
— Tu bois pas ta coupe, Camille ?
— Jeff, t'es comme un chef ici ?
Ses joues se gonflèrent puis il souffla dans ma direction. Souffle chaud, aromatisé au champagne... Mes narines inspirèrent rapidement ces morceaux de Jeff.
— On a différentes assos étudiantes. Ça t'intéresse ?
— Nan. T'es le seul à être intervenu contre l'autre connard l'autre fois. Pourquoi ?
La musique s'arrêta, Julien grimpa sur le bar en bois et fit un discours sur l'association qui organisait ça. Et Jeff s'en branlait complètement, comme moi. Sa main passa dans mon dos. Ses doigts agiles se faufilèrent dans le creux de mes reins. Dans un millier d'univers j'aurais fui en courant. Et puis dans celui-là, je pensai à Mag et je rapprochai mon corps du sien. Il portait un parfum que j'avais déjà reniflé... Un mélange de cuir et de fleurs... Merde, Jeff me vit réfléchir à ses senteurs.
— Dior... Ça te plaît ?
Son sourire était une invitation, je mordis ma lèvre et plongeai la tête contre sa poitrine.
— Délicieux, Monsieur Jean-François.
Il se pencha pour respirer mes cheveux. Je n'étais pas spécialement attentionnée pour ma crinière. J'eus peur qu'il sorte une débilité, un truc sur l'odeur de mon intimité.
— Tu sens le miel.
Mon cœur s'accéléra un peu plus.
— Et s'ils ne m'aiment pas...
Je jetai un regard vers la foule qui se retournait vers Jeff quand Julien parlait de lui. Il était question de pognon, d'élections, d'autres trucs. Je n'écoutais rien, lui non plus. Ses doigts s'immobilisèrent un instant dans mon dos — juste un instant, le temps d'un battement — et je sus qu'il pensait la même chose que moi. Il n'y avait plus rien à faire ici.
— Partons, Camillechat.
Et devant la foule médusée, il me prit la main. On avait finalement déambulé dans les rues du vieux Lille, lui me tenant la main à laquelle je m'accrochais de peur qu'il ne s'envole. Et puis devant la gare, au moment où il pensait que j'allais le quitter, il fit un nouveau pas mais resta paralysé. Il avait la trouille, moi non. Je pris mon élan et lui sautai dans les bras. Mes lèvres se collèrent aux siennes, chaudes et délicieuses. Sa langue tourbillonna avec la mienne pendant un instant qui me sembla trop court. Et puis il resta silencieux alors que je grelottais. Il retira son chesterfield pour le mettre sur mes épaules. Nous étions non loin du cinéma Le Métropole.
— De battre mon cœur s'est arrêté. Ça te dit ?
— Carrément, Jeff !
Je n'en avais rien à foutre de Romain Duris. Je voulais juste que la soirée ne s'arrête pas. D'ailleurs la salle était vide aux quatre cinquièmes. On s'était mis au dernier rang, sur le côté. Et puis ma tête s'était posée contre son épaule. Pendant le film, je continuais d'aspirer son odeur forte dans son cou. Ses mains se glissèrent lentement et m'effleurèrent la poitrine. Je ne reculai pas, au contraire, je pris sa main pour la presser contre mon sein. Sa respiration s'arrêta — j'entendis le silence minuscule que ça fit, juste sous le brouhaha du film. Puis je sentis ses doigts prendre plus confiance, et c'était foutrement agréable. Le bruissement du tissu dans la salle presque vide me sembla assourdissant. Mes mains plongèrent sous sa chemise, sentant sa peau fraîche et légèrement velue, douce. Ses yeux brillaient dans le noir, il me lécha la lèvre, ce qui me fit frissonner. J'attrapai sa main, l'invitant à descendre plus bas. Et je fis de même de son côté.
À l'exploration, mes caresses lui plaisaient assurément, sa poitrine se soulevait plus rapidement. J'ai un souvenir exact du film où Romain Duris plaque sa main contre la fesse d'Aure Atika. Parce qu'à ce moment-là, Jeff faisait la même chose — je sentis ses caresses sur ma lingerie, je provoquai des mouvements de hanche pour mieux sentir son contact. Et ma main gauche commença des mouvements de va-et-vient sur son sexe, durci derrière le tissu de son jean. Je dus mordre ma lèvre pour ne pas gémir, et regrettai rapidement que le film se termine trop tôt. J'eus à peine le temps de redescendre ma robe quand les lumières se rallumèrent. Jeff avait les cheveux en pagaille, comme moi.
Il allait me laisser prendre le métro mais il paya un taxi, sans doute à raison. Par la vitre, les rues du vieux Lille défilaient dans le noir mouillé. Je tenais encore son chesterfield sur mes épaules et je n'arrivais pas à décider si je voulais arriver ou si je voulais que le trajet dure toujours. Sur le seuil de mon immeuble, je restai une seconde sans bouger, le manteau entre les mains. Premiers pas de femme, avait dit Mag. Ça ressemblait à ça — quelques centimètres gagnés sur moi-même, dans le froid de la nuit lilloise. Et puis je rentrai chez moi.
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Folgi74
28 octobre 2026 à 23:45
Une si belle histoire … un dérapage au cine … un amour naissant … continue s’il te plaît .. tu es si douée dans l’écriture … merci

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