Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les vents de la passion — Chapitre 2 · Ines
Auteur
Les vents de la passion
Chapitre 2 · Ines
L’arrivée au comptoir est un réel moment de fête. Lorsque la vigie annonce le port en vue, cela fait plusieurs jours que la frégate longe les côtes africaines. Elle reste à bonne distance, pour éviter les rencontres avec les « nègres hostiles » qui viennent encercler les navires imprudents ou trop proches du rivage, dans leurs multitudes de petites embarcations, rendant la riposte difficile.
Aurore sent la tension parmi les officiers. Les canonniers sont à leur poste et préparent les trente-six canons qui arment le vaisseau. La quarantaine de soldats embarqués fourbissent leurs armes, prêts à toutes éventualités. Le capitaine a demandé au marquis de ne plus paraître sur le pont supérieur que quelques minutes par jour, afin de prendre l’air frais et de marcher quelques pas, une flèche tirée d’une pirogue pourrait provoquer un drame.
Dès l’arrivée à « Trois pointes », le bateau se met à l’ancre et l’on décharge les nombreuses bariques afin de faire le plein d’eau fraîche, de fruits et de victuailles. Puis le capitaine organise une escorte de quinze hommes, afin que ses passagers puissent se rendre à terre. Aurore et Ines sont choquées de croiser sur leur passage, des rangs d’hommes et de femmes noirs, presque nus, enchaînés, qu’on amène au fort où ils attendront leur départ pour les colonies.
Trois jours plus tard, la Daphnée reprend sa route et franchit l’équateur. C’est l’occasion d’honorer une tradition chez les marins : « le passage de la ligne ». C’est un rituel initiatique, assorti d’une épreuve pour ceux qui franchissent l’équateur pour la première fois. Ces novices comparaissent devant le Roi Neptune et sa cour qui les condamnent à être barbouillés de graisse et de farine, puis plongés dans un bassin d’eau de mer et aspergés à grand coup de seau. La punition effectuée, un banquet très arrosé s’en suit. Les officiers, le marquis et sa famille sont exemptés de subir les épreuves, en échange d’une bourse versée par le capitaine. La fête terminée, la frégate poursuit son chemin jusqu’à la « baie des vaches », qu’elle atteint cinq jours plus tard. C’est la dernière escale avant de franchir le cap de Bonne-Espérance et d’entrer dans l’océan Indien.
Le soir venu, Aurore monte sur le pont, il fait trop chaud dans la cabine. Elle s’appuie sur le bastingage et se met à rêvasser. Les multiples lampions du comptoir scintillent comme autant de lucioles et les vagues se brisent contre la coque, berçant les pensées de la jeune marquise. Elle admire la Voie lactée qui brille de mille feux dans le ciel noir, lorsqu’elle est doucement tirée de sa contemplation par la voix d’Ines.
— Madame profite de la douceur du soir ? Ines reprend le « vous » pour s’adresser à sa maîtresse, dès qu’elles ne sont plus dans la cabine. Toute familiarité pourrait éveiller des soupçons.
— Oui Ines, d’ici je perçois les parfums de la terre et cela me procure un sentiment de bonheur.
— Alors pensons à des choses agréables comme ce bel aspirant aux cheveux bouclés, comment s’appelle-t-il déjà ? Arnaud de Clecy ?
— Oh oui, Arnaud ! Il est fort intéressant, ne trouves-tu pas ? demande Aurore.
— Mais il n’est que vicomte Madame. Monsieur votre père vise au moins un duc, sinon un prince.
— Et il le souhaite nanti, donc d’un âge mûr… Ines, m’imagines-tu dans le lit d’un de ces vieillards, lui me lutinant pour prendre mon pucelage ?
— Oui Ines, d’ici je perçois les parfums de la terre et cela me procure un sentiment de bonheur.
— Alors pensons à des choses agréables comme ce bel aspirant aux cheveux bouclés, comment s’appelle-t-il déjà ? Arnaud de Clecy ?
— Oh oui, Arnaud ! Il est fort intéressant, ne trouves-tu pas ? demande Aurore.
— Mais il n’est que vicomte Madame. Monsieur votre père vise au moins un duc, sinon un prince.
— Et il le souhaite nanti, donc d’un âge mûr… Ines, m’imagines-tu dans le lit d’un de ces vieillards, lui me lutinant pour prendre mon pucelage ?
Ines rit, puis s’approche de l’oreille de la marquise et lui chuchote :
— Pour l’heure, Madame, j’imagine ce que je pourrais vous faire subir si vous daigniez revenir dans notre cabine…
Aurore tourne la tête et fixe sa camériste, droit dans les yeux.
— Tu as raison, il est grand temps de rentrer nous coucher…
À peine la porte refermée, Ines prend Aurore par la taille et embrasse ses lèvres fiévreusement.
Elles se caressent jusqu’à ce qu’Aurore lui souffle :
— Ôte-moi ma robe, s’il te plaît, je ne peux plus attendre, donne-moi ta peau !
Les deux jeunes femmes se déshabillent et tombent sur la couchette. Leurs corps s’enlacent. Aurore caresse et lèche les jolis seins pointus d’Ines qui se laisse faire. Elle caresse les cheveux de sa maîtresse.
— Comme tu es douce, mon amour…
Puis elle reprend le dessus en glissant sa tête entre les cuisses de la marquise. Sa langue experte écarte ses lèvres mouillées et glisse dans sa vulve ou en masse les contours. Aurore ne souhaite pas rester pour compte. Elle agrippe les jambes de sa servante et pose sa bouche sur son minou et sa toison brune, Ines pousse un râle de plaisir. Son corps caramel brille de sueur dans la chaleur de cette nuit tropicale. Son bassin ondule, il réclame plus que cela. Aurore la pénètre du bout de son index, Ines gémit, le plaisir est fort mais elle a envie de plus encore. Elle attrape la main de sa partenaire et la pousse vers sa chatte luisante.
— Non Aurore, je vais te déflorer !
— Ça n’a pas d’importance, je suis une fille sans condition, une servante, aucun homme n’exigera ma virginité pour m’épouser. Prends-moi Aurore, je veux que ce soit toi la première.
— Ça n’a pas d’importance, je suis une fille sans condition, une servante, aucun homme n’exigera ma virginité pour m’épouser. Prends-moi Aurore, je veux que ce soit toi la première.
La jeune marquise fait pénétrer un deuxième doigt et enfonce les deux entièrement. Ines pousse un petit cri. Puis elle se détend. Aurore commence alors des va-et-vient, ses doigts sont ensanglantés, mais Ines prend du plaisir. La jeune noble embrasse sa servante, leurs langues se mêlent tandis que ses doigts fouillent la chatte offerte et trempée d’Ines. La main de la jeune gitane cherche et trouve la fente de sa princesse et ses doigts la caressent avec douceur.
— Aurore, je vais jouir…
— Viens mon amour…
— Viens mon amour…
Les doigts d’Aurore pilonnent la grotte d’Ines qui se cambre d’un coup en gémissant longuement. Émue par le plaisir qui submerge son amante, Aurore la couvre de baisers.
Après un long moment de tendresse, les deux jeunes femmes s’endorment enlacées et heureuses de cette intimité.
Le lendemain matin, après le déjeuner, Aurore monte sur le pont, salue le capitaine et son second. Son père la rejoint et les deux admirent les immenses voiles gonflées par le vent qui propulsent le bâtiment à bonne allure. Quand soudain un cri descend de la mâture, presque inaudible du pont arrière, mais qu’un quartier-maître s’empresse de relayer : Voiles à tribord arrière ! Voiles à tribord arrière !
Aussitôt, le second et le capitaine déploient leurs longues vues et observent ces voiles.
— Deux navires, dit le capitaine.
— Deux goélettes, ajoute le second, l’air sombre.
— Deux goélettes, ajoute le second, l’air sombre.
Trois heures plus tard, les goélettes se sont nettement rapprochées de la Daphnée. Elles filent bon train et suivent manifestement le vaisseau français. Elles naviguent maintenant côte à côte, mais aucune des deux n’arbore de pavillon, ce qui est douteux aux yeux du capitaine, qui ordonne le branle-bas de combat.
Quand enfin les deux navires ne sont plus qu’à quelques encablures du gaillard arrière de la frégate, ils se séparent et se dirigent de chaque côté de la frégate. Celle de tribord prend le large et double la Daphnée lorsqu’enfin les deux navires hissent leurs pavillons… Ils sont noirs, assortis d’un crâne et de deux tibias blancs croisés dessous ! Le capitaine est impressionné par l’audace de ces pirates. Ils sont soit fous, soit très avides de richesses pour s’en prendre à une frégate de la marine royale, bien mieux armée que le sont leurs goélettes. Bien que leurs navires soient plus rapides et manœuvrent beaucoup plus facilement que la Daphnée, qui est plus lourde et plus lente.
Le capitaine s’approche du marquis du Planson, l’air préoccupé.
— Monsieur, je crains que le combat ne soit inévitable, mais je suis confiant. Nous sommes bien mieux armés et cinq fois plus nombreux. Toutefois, il est évident que ces crapules ont eu connaissance de votre présence et de celle de votre famille à bord, vous représentez une rançon importante à leurs yeux et ils vont chercher à vous capturer. J’ajoute, hélas, que votre épouse et votre fille n’ont, à leurs yeux, pas plus de valeur que celle qu’ont toutes les femmes capturées par cette vermine. Je vous suggère donc de rester auprès de votre famille. Nous allons vous armer et vous dissimuler dans la cale du bateau. Vous apercevoir ne ferait que les enhardir.
Le marquis descend rejoindre sa famille pour les mettre au fait de la situation. Très vite, les choses s’accélèrent : la goélette à bâbord tente de se rapprocher, mais les canons de la Daphnée crachent immédiatement le feu, provoquant de nombreux dégâts sur le haut de la coque, rendant les canons pirates inutilisables. La goélette vient alors se placer à l’arrière de la frégate. Ainsi protégés des canons, les assaillants lancent des grappins, s’arriment au navire français, avant d’escalader et de pénétrer dans le château arrière. Les soldats de la Daphnée s’y précipitent, mais la défense est rendue difficile par le peu d’espace qu’offre cette partie du navire. Très vite, des pirates entrent dans le carré des officiers, trouvant des soldats qui mitraillent sans pitié.
Un lieutenant surgit dans la cabine où sont confinés le marquis et sa famille.
— Monsieur, suivez-moi, je dois vous emmener dans la cale, vous y serez mieux à l’abri. Il faut faire vite !
Le groupe sort et cinq soldats les entourent et les mènent à un escalier. C’est là qu’un groupe de pirates surgit et qu’un combat s’engage. Les quatre femmes sont poussées vers l’escalier, la marquise le dévale et perd une chaussure, Aurore et Charlotte la suivent. Mais dans la cohue, Ines tombe au sol. Lorsqu’elle se relève, un coup violent à la tête lui fait perdre connaissance. Deux racailles la saisissent sous les bras et l’emportent, tandis qu’Aurore tente de remonter les marches. Mais le marquis la retient.
— Non Aurore ! Tu ne peux rien pour elle ! Descends ! Ils ne doivent pas te voir, les soldats vont aller la secourir.
Aurore est hagarde, sidérée, elle descend l’escalier et suit le groupe sans réaliser ce qui se passe, le visage ravagé de douleur et de larmes, elle ne sait que répéter : Ines ! Ines !
Sur tribord, les pirates ont dépassé la frégate malgré ses salves de canon qui ont saccagé la goélette. Ils ont plaqué leur navire de biais, contre l’avant de la Daphnée, ce qui freine considérablement sa course tout en les protégeant des canons. Les pirates tentent de monter à bord au moyen d’échelles, de cordes et de passerelles, mais les soldats les repoussent une première fois.
Après plus d’une heure de combat, dans la fureur, le feu et la fumée, le pont et les dunettes de la Daphnée ne sont plus qu’un champ de bataille. De nombreux corps jonchent le sol et des blessés gémissent. Cependant, le sort donne raison au capitaine et à son équipage qui repoussent vaillamment chaque assaut des pirates, contraints de regagner leurs goélettes. Ils larguent les amarres et la frégate est enfin libérée. Tandis que les bateaux pirates s’éloignent au plus vite, pour éviter les tirs des canons français, matelots, soldats et officiers brandissent leurs armes en criant victoire.
L’heure est au bilan. On achève les pirates blessés avant de les jeter à la mer. On descend les autres dans l’entrepont où le chirurgien recoud, panse et parfois ampute ces malheureux. Le capitaine a demandé qu’on lui donne l’état du navire, les pertes en hommes et qu’on ramasse les armes. Les officiers, sous-officiers et chefs de bord s’activent. Quand le marquis le rejoint, suivi de sa famille, il demande des nouvelles d’Ines.
Le capitaine baisse les yeux.
— Hélas, Monsieur, elle demeure introuvable. Soit la pauvre enfant est passée par-dessus bord, soit elle a été transbordée sur la goélette de tribord. Nous n’avons pas pu la récupérer. Que Dieu ait pitié d’elle.
À ces mots, Aurore s’évanouit.
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