Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Voyage d’affaires — Chapitre 1 · Introduction : Julien, le doute
Auteur
Voyage d’affaires
Chapitre 1 · Introduction : Julien, le doute
Élise m’a appelé comme elle a l’habitude de le faire quand elle est en déplacement d’affaires. Mais elle ne l’a pas fait à la même heure. Il est 20 h 30, elle est à sa chambre d’hôtel et elle voulait me parler avant de faire sa toilette, de prendre sa douche et de s’installer dans son lit. C’est à ce moment que nous nous parlons habituellement, quand elle a fini de se préparer et que nous avons tout le temps de nous raconter notre journée avant que le sommeil nous kidnappe. Ce n’est pas grave en soi qu’elle ait changé l’heure de notre rendez-vous téléphonique.
Je ressens tout de même le besoin de l’interroger sur la raison de ce changement d’horaire. Elle me répond simplement qu’elle s’ennuyait et qu’elle avait hâte de me parler, que la journée avait été longue et monotone et que les produits présentés n’avaient pas grand-chose de plus que les produits de l’année dernière. Sa voix se veut lasse et tout à fait banale. Elle me dit par contre que l’hôtel est très chic, et elle m’envoie une photo de sa chambre pour me montrer à quel point elle est bien installée.
Apparaît sur la photo son reflet dans le miroir de la chambre : elle porte encore la robe qu’elle a mise pour aller souper avec ses collègues. Une robe noire ajustée qui épouse sa silhouette et définit le contour de ses deux belles fesses. La robe est ouverte en arrière jusqu’aux trois quarts de son dos et laisse ses épaules dégagées. Elle a mis ses boucles d’oreilles en plumes blanches et bleues ; ses cheveux noirs sont remontés, ce qui dégage ses épaules nues. Son cou jusqu’à ses oreilles est fièrement exposé et mis en valeur par le collier que j’avais acheté à une artiste atikamekw et qui vient s’agencer avec les plumes. Elle est magnifiquement maquillée pour faire ressortir son regard perçant et les traits fins de ses lèvres.
Elle me raconte qu’avec ses collègues, ils sont allés manger dans un restaurant exceptionnel dont le chef a gagné des prix. C’est Marc, son nouveau coéquipier, le dernier arrivé dans la boîte pour laquelle elle travaille, qui connaît le chef et leur a fait découvrir l’endroit. C’est grâce à son contact privilégié qu’ils ont passé une superbe soirée. Depuis son apparition, les deux font un super duo et ont une incroyable complicité… professionnelle.
Puis elle me demande comment va notre chat, comment s’est passée ma journée, et nous avons une conversation tout ce qu’il y a de plus normal, quoi… C’est seulement que ce soir, elle a préféré appeler en rentrant à sa chambre d’hôtel après le restaurant, avant qu’elle ait fait sa routine et qu’elle se soit installée dans les couvertures pour la nuit, comme elle a l’habitude de le faire… Mais ce n’est pas grave, c’est juste différent. Je n’ai jamais été un gars jaloux… Ce n’est pas parce que, quand j’étais à la maison l’autre jour et que Marc l’a appelée pour finaliser les préparatifs du congrès auquel ils participent en ce moment, elle a pris l’appel en sortant sur le perron et que l’appel a duré quinze minutes où je l’entendais rire et s’amuser au téléphone alors que j’avais servi le souper… Je n’ai jamais été jaloux, et là je me construis des scénarios.
J’ai cru entendre toquer en arrière-plan dans sa chambre d’hôtel. C’est à ce moment qu’elle décide de mettre fin à la conversation. Elle me dit qu’elle doit justement se préparer pour se coucher tôt et être en forme demain. Je demande si quelqu’un a frappé à sa porte et Élise me répond que non, que j’ai mal entendu, et s’empresse d’ajouter qu’elle m’appellera le lendemain et qu’elle m’aime. — Bisous, bisous, sans attendre ma réponse avant de couper la ligne.
Une sensation étrange, qui me laisse un goût amer, m’habite. Élise ne m’a jamais donné de raisons de douter d’elle, alors je me dis que c’est mon imagination qui me joue des tours et que je vais la rappeler dans une heure, quand elle sera dans son lit, pour lui souhaiter bonne nuit. À ce moment-là, quand elle répondra, je vais me trouver stupide en constatant que tout est normal.
Chapitre 1 : Élise, les consciences
Je raccroche d’avec Julien. En entendant les trois coups résonner sur le bois de la porte de ma chambre, mon cœur s’est emballé. Un mélange de honte et d’enthousiasme se confronte dans ma poitrine, causé par ce qui se trouve dans le couloir.
— Mais en fait, qu’est-ce qui se trouve de l’autre côté de cette porte ? C’est seulement mon collègue que j’ai invité à prendre un verre au bar de l’hôtel afin de finir la soirée, et c’est tout à fait innocent.
— Sauf que vous n’avez invité personne d’autre, que vous êtes retournés dans vos chambres respectives aux yeux de tous et que tu viens de mentir à Julien… Ne te mens pas à toi-même, toi et Marc vous attendez ce congrès avec autant d’impatience l’un que l’autre, me dit la voix de ma conscience qui a décidé de me faire culpabiliser.
— Je vais simplement boire un verre et profiter de la soirée. Si Marc et moi on ne voulait pas que les autres soient là, c’est simplement parce que nous avons créé une relation particulière ; nous formons une super équipe, efficace, et nous avons énormément de plaisir ensemble. Si nous avions été du même sexe, nous aurions été boire un verre entre partners et ce serait tout à fait normal. En ce moment, c’est la même chose, sauf que je suis une fille, alors on reste discrètes afin d’éviter des rumeurs inutiles. Tous les deux, nous avons un conjoint et notre vie de couple va très bien. Je réponds à cette voix pour ne rien m’avouer.
Le tapement se fait de nouveau entendre et me sort de mes pensées. — Oui, j’arrive !
Je ramasse mon parfum et en mets une goutte dans mon cou. Marc me complimente souvent quand je porte celui-ci. En reposant le flacon, mes yeux s’arrêtent sur mes pots de pilules. Je sens un stress envahir mon corps, un stress que je combats immédiatement en les cachant derrière les quelques effets qui se trouvent sur la table.
— Tu fais quoi, là ? me dit ma conscience.
— Ta gueule, j’ai pas envie, va-t’en ! Et je chasse ma conscience.
Je me dirige vers l’entrée et j’ouvre. Il est là. Souriant, et lui aussi a mis son parfum. Ça me rend les genoux mous. Je lui fais la bise comme si on se voyait pour la première fois de la soirée, mais il me colle contre son torse et mes mains se déposent sur ses pectoraux sans que je puisse m’en empêcher. Son bras droit se referme et m’enlace, ce qui me fait me sentir tout d’un coup toute petite, bien collée à lui, blottie et enivrée par son odeur.
— OK, à quoi bon jouer ? J’ai envie de lui, je ne peux même pas faire semblant. Mais je veux qu’il travaille, je ne vais pas tromper Julien à cause de simples pulsions que je ne suis pas capable de contrôler. Il n’est pas encore trop tard et je vais mettre fin à cette mascarade en prenant un verre afin que ça passe bien, déclaré-je à ma conscience avec conviction.
— Juste un verre ? je demande à Marc.
— Et après, je te raccompagne à ta chambre… répond-il.
Ma conscience réplique dans ma tête, d’un ton ferme et sans équivoque :
— Non, tu ne me raccompagneras pas, chacun sa chambre.
— Oui, juste au cas où le vin me désoriente, tu vas t’assurer que je me rende jusqu’à mon lit ?
Ma tête est encore installée confortablement contre lui et j’entends son rire complice résonner dans sa cage thoracique. Ma conscience est furieuse contre moi, alors que je me sens si bien, collée à mon collègue.
Puis Marc et moi nous engageons vers l’ascenseur. Je prends juste un peu d’avance sur son pas ; je sens qu’il me dévore des yeux, mes talons élançant mes fesses que ma robe et mon déhanché mettent en valeur de façon ostentatoire. Je jette un regard provocant dans sa direction par-dessus mon épaule. Lui affiche un sourire de prédateur, et j’adore me sentir la proie chassée ; j’aime surtout le pouvoir de le forcer à me chasser.
— Tu es une traînée, tu es facile. Vous n’êtes même pas encore descendus que tu es déjà dans son lit. Il n’a eu aucun effort à faire, tu te jettes dans ses bras et tu lui donnes tout. Tu ne penses même pas à Julien. C’est ça qu’elle vaut pour toi, cette relation ? Un peu de phéromones avec un nouveau collègue et pouf, plus d’amoureux ? Ma conscience m’ébranle un peu cette fois, mais mon corps ne laisse rien paraître et essaie de l’ignorer, elle qui continue ses reproches en arrière-plan.
Une nouvelle voix s’immisce dans la conversation, une seconde voix féminine familière :
— Si tu trompes Julien, au moins ne sois pas la pauvre conne de proie ! Déséquilibre-le, c’est le temps de te montrer… qui tu es en réalité…
Juste avant d’entrer dans l’ascenseur, Marc se penche à mon oreille et chuchote : — J’ai déjà hâte d’avoir fini ce verre et de te raccompagner à ta chambre…
— Tu vois, il n’a même pas besoin de te gagner… dit la première voix dans ma tête.
— Tu es déjà toute mouillée, prête à lui donner ton cul s’il te le demande.
— Et tu me ferais quoi, dans ma chambre ? Je prends un ton joueur et me cambre légèrement afin que mes fesses frôlent l’homme qui m’accompagne.
— Petite pute bas de gamme, il n’a rien fait, c’est tout toi qui te jettes sur lui… Je me suis trompée à ton sujet, tu n’es qu’une poupée manipulable et sans conviction. C’est cette voix de ma conscience autoritaire que je connais et qui me brise à l’idée de la décevoir. Je dois lui prouver que j’en suis capable, qu’elle ne s’est pas trompée à mon sujet.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent et nous entrons. Après avoir appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée, Marc m’attrape par la taille pour me tirer vers lui, une main dans le creux de mon dos, au commencement de mes fesses, et l’autre remontant le long de mon dos nu. Le contact de nos peaux l’électrise. Juste avant de m’embrasser, il dit : — Je vais te prendre et te baiser.
Et il prend mes lèvres avec les siennes. Les attaques sont sauvages et brûlantes. — Tu vas me sucer, te laisser baiser comme une petite chienne.
Les ardeurs de Marc ont enlevé, à l’instant, toute classe et toute élégance que je lui connais. Les mots qu’il vient de prononcer sont crus, d’une grande laideur sortant de sa bouche. Je réalise qu’il n’est pas seulement mon potentiel amant de ce soir… c’est aussi mon coéquipier dans la vie de tous les jours, et après, je serai sa chienne.
— Pour qui il se prend ? J’ai bien aimé son apparence sévère et la confiance qu’il dégage naturellement, mais il a toujours été classe. Maintenant que je l’ai un peu allumé, je dois me résoudre à ça ? Je lui lance alors un regard sévère, habitée par la colère qu’a réveillée sa dernière phrase.
— Tu veux que je sois ta chienne ? Je suis la chienne de qui je veux et, pour l’instant, je ne veux pas. Tu veux conquérir mon corps ?… Je veux que tu conquières mon esprit… Ça semble trop facile, on n’est même pas sortis de l’ascenseur que tu parles déjà de me posséder physiquement.
Confus de ce changement de ton radical, Marc laisse planer le silence et observe ce que je veux. Nous sommes encore collés car je ne me suis pas éloignée, mais une tension et une distance coexistent. Mon ton est fermé et mon regard est dur, mais je reste tout de même dans son étreinte.
— Tu vas devoir me gagner. Tu penses que je suis ta chienne ? C’est peut-être toi qui es ma petite salope cette semaine ?…
Je sens une énergie qui émane du plus profond de moi et qui sort pour propulser cette dernière phrase comme un crachat que je vois entrer par les orifices faciaux de Marc. Une partie de moi le regrette et l’autre le célèbre. Mon être entier est en réaction contre ses propos et veut avoir l’ascendant et le pouvoir, mais il existe encore cette envie sexuelle envers lui qui veut qu’il me domine et me soumette comme une chienne galeuse.
— Demande-toi ce que tu vaux ? disent les deux voix ensemble, mais pour des raisons différentes. C’est toi qui fixes le prix… Tu n’as pas à te donner. S’il te veut, il devra te montrer ce que, lui, il vaut. En dehors du contexte professionnel, il va devoir te justifier l’attention que tu lui portes.
La deuxième voix, la dominante, vient de prendre le trône de ma conscience, cette voix qui ne m’appartient pas mais qui est maintenant propriétaire des lieux.
— C’est intéressant comme question : que vaut-il et qu’est-il prêt à faire pour mes faveurs ?
— Voilà, tu raisonnes correctement, tu es une bonne fille. Cette voix qui me félicite me rend heureuse, confiante et fière.
— J’ai envie de danser… À une vingtaine de minutes de marche, il y a un club… Je veux que tu m’y emmènes…
Souhaites-tu que l'on passe à présent au Chapitre 2 : Julien, les voisins ?
Je ressens tout de même le besoin de l’interroger sur la raison de ce changement d’horaire. Elle me répond simplement qu’elle s’ennuyait et qu’elle avait hâte de me parler, que la journée avait été longue et monotone et que les produits présentés n’avaient pas grand-chose de plus que les produits de l’année dernière. Sa voix se veut lasse et tout à fait banale. Elle me dit par contre que l’hôtel est très chic, et elle m’envoie une photo de sa chambre pour me montrer à quel point elle est bien installée.
Apparaît sur la photo son reflet dans le miroir de la chambre : elle porte encore la robe qu’elle a mise pour aller souper avec ses collègues. Une robe noire ajustée qui épouse sa silhouette et définit le contour de ses deux belles fesses. La robe est ouverte en arrière jusqu’aux trois quarts de son dos et laisse ses épaules dégagées. Elle a mis ses boucles d’oreilles en plumes blanches et bleues ; ses cheveux noirs sont remontés, ce qui dégage ses épaules nues. Son cou jusqu’à ses oreilles est fièrement exposé et mis en valeur par le collier que j’avais acheté à une artiste atikamekw et qui vient s’agencer avec les plumes. Elle est magnifiquement maquillée pour faire ressortir son regard perçant et les traits fins de ses lèvres.
Elle me raconte qu’avec ses collègues, ils sont allés manger dans un restaurant exceptionnel dont le chef a gagné des prix. C’est Marc, son nouveau coéquipier, le dernier arrivé dans la boîte pour laquelle elle travaille, qui connaît le chef et leur a fait découvrir l’endroit. C’est grâce à son contact privilégié qu’ils ont passé une superbe soirée. Depuis son apparition, les deux font un super duo et ont une incroyable complicité… professionnelle.
Puis elle me demande comment va notre chat, comment s’est passée ma journée, et nous avons une conversation tout ce qu’il y a de plus normal, quoi… C’est seulement que ce soir, elle a préféré appeler en rentrant à sa chambre d’hôtel après le restaurant, avant qu’elle ait fait sa routine et qu’elle se soit installée dans les couvertures pour la nuit, comme elle a l’habitude de le faire… Mais ce n’est pas grave, c’est juste différent. Je n’ai jamais été un gars jaloux… Ce n’est pas parce que, quand j’étais à la maison l’autre jour et que Marc l’a appelée pour finaliser les préparatifs du congrès auquel ils participent en ce moment, elle a pris l’appel en sortant sur le perron et que l’appel a duré quinze minutes où je l’entendais rire et s’amuser au téléphone alors que j’avais servi le souper… Je n’ai jamais été jaloux, et là je me construis des scénarios.
J’ai cru entendre toquer en arrière-plan dans sa chambre d’hôtel. C’est à ce moment qu’elle décide de mettre fin à la conversation. Elle me dit qu’elle doit justement se préparer pour se coucher tôt et être en forme demain. Je demande si quelqu’un a frappé à sa porte et Élise me répond que non, que j’ai mal entendu, et s’empresse d’ajouter qu’elle m’appellera le lendemain et qu’elle m’aime. — Bisous, bisous, sans attendre ma réponse avant de couper la ligne.
Une sensation étrange, qui me laisse un goût amer, m’habite. Élise ne m’a jamais donné de raisons de douter d’elle, alors je me dis que c’est mon imagination qui me joue des tours et que je vais la rappeler dans une heure, quand elle sera dans son lit, pour lui souhaiter bonne nuit. À ce moment-là, quand elle répondra, je vais me trouver stupide en constatant que tout est normal.
Chapitre 1 : Élise, les consciences
Je raccroche d’avec Julien. En entendant les trois coups résonner sur le bois de la porte de ma chambre, mon cœur s’est emballé. Un mélange de honte et d’enthousiasme se confronte dans ma poitrine, causé par ce qui se trouve dans le couloir.
— Mais en fait, qu’est-ce qui se trouve de l’autre côté de cette porte ? C’est seulement mon collègue que j’ai invité à prendre un verre au bar de l’hôtel afin de finir la soirée, et c’est tout à fait innocent.
— Sauf que vous n’avez invité personne d’autre, que vous êtes retournés dans vos chambres respectives aux yeux de tous et que tu viens de mentir à Julien… Ne te mens pas à toi-même, toi et Marc vous attendez ce congrès avec autant d’impatience l’un que l’autre, me dit la voix de ma conscience qui a décidé de me faire culpabiliser.
— Je vais simplement boire un verre et profiter de la soirée. Si Marc et moi on ne voulait pas que les autres soient là, c’est simplement parce que nous avons créé une relation particulière ; nous formons une super équipe, efficace, et nous avons énormément de plaisir ensemble. Si nous avions été du même sexe, nous aurions été boire un verre entre partners et ce serait tout à fait normal. En ce moment, c’est la même chose, sauf que je suis une fille, alors on reste discrètes afin d’éviter des rumeurs inutiles. Tous les deux, nous avons un conjoint et notre vie de couple va très bien. Je réponds à cette voix pour ne rien m’avouer.
Le tapement se fait de nouveau entendre et me sort de mes pensées. — Oui, j’arrive !
Je ramasse mon parfum et en mets une goutte dans mon cou. Marc me complimente souvent quand je porte celui-ci. En reposant le flacon, mes yeux s’arrêtent sur mes pots de pilules. Je sens un stress envahir mon corps, un stress que je combats immédiatement en les cachant derrière les quelques effets qui se trouvent sur la table.
— Tu fais quoi, là ? me dit ma conscience.
— Ta gueule, j’ai pas envie, va-t’en ! Et je chasse ma conscience.
Je me dirige vers l’entrée et j’ouvre. Il est là. Souriant, et lui aussi a mis son parfum. Ça me rend les genoux mous. Je lui fais la bise comme si on se voyait pour la première fois de la soirée, mais il me colle contre son torse et mes mains se déposent sur ses pectoraux sans que je puisse m’en empêcher. Son bras droit se referme et m’enlace, ce qui me fait me sentir tout d’un coup toute petite, bien collée à lui, blottie et enivrée par son odeur.
— OK, à quoi bon jouer ? J’ai envie de lui, je ne peux même pas faire semblant. Mais je veux qu’il travaille, je ne vais pas tromper Julien à cause de simples pulsions que je ne suis pas capable de contrôler. Il n’est pas encore trop tard et je vais mettre fin à cette mascarade en prenant un verre afin que ça passe bien, déclaré-je à ma conscience avec conviction.
— Juste un verre ? je demande à Marc.
— Et après, je te raccompagne à ta chambre… répond-il.
Ma conscience réplique dans ma tête, d’un ton ferme et sans équivoque :
— Non, tu ne me raccompagneras pas, chacun sa chambre.
— Oui, juste au cas où le vin me désoriente, tu vas t’assurer que je me rende jusqu’à mon lit ?
Ma tête est encore installée confortablement contre lui et j’entends son rire complice résonner dans sa cage thoracique. Ma conscience est furieuse contre moi, alors que je me sens si bien, collée à mon collègue.
Puis Marc et moi nous engageons vers l’ascenseur. Je prends juste un peu d’avance sur son pas ; je sens qu’il me dévore des yeux, mes talons élançant mes fesses que ma robe et mon déhanché mettent en valeur de façon ostentatoire. Je jette un regard provocant dans sa direction par-dessus mon épaule. Lui affiche un sourire de prédateur, et j’adore me sentir la proie chassée ; j’aime surtout le pouvoir de le forcer à me chasser.
— Tu es une traînée, tu es facile. Vous n’êtes même pas encore descendus que tu es déjà dans son lit. Il n’a eu aucun effort à faire, tu te jettes dans ses bras et tu lui donnes tout. Tu ne penses même pas à Julien. C’est ça qu’elle vaut pour toi, cette relation ? Un peu de phéromones avec un nouveau collègue et pouf, plus d’amoureux ? Ma conscience m’ébranle un peu cette fois, mais mon corps ne laisse rien paraître et essaie de l’ignorer, elle qui continue ses reproches en arrière-plan.
Une nouvelle voix s’immisce dans la conversation, une seconde voix féminine familière :
— Si tu trompes Julien, au moins ne sois pas la pauvre conne de proie ! Déséquilibre-le, c’est le temps de te montrer… qui tu es en réalité…
Juste avant d’entrer dans l’ascenseur, Marc se penche à mon oreille et chuchote : — J’ai déjà hâte d’avoir fini ce verre et de te raccompagner à ta chambre…
— Tu vois, il n’a même pas besoin de te gagner… dit la première voix dans ma tête.
— Tu es déjà toute mouillée, prête à lui donner ton cul s’il te le demande.
— Et tu me ferais quoi, dans ma chambre ? Je prends un ton joueur et me cambre légèrement afin que mes fesses frôlent l’homme qui m’accompagne.
— Petite pute bas de gamme, il n’a rien fait, c’est tout toi qui te jettes sur lui… Je me suis trompée à ton sujet, tu n’es qu’une poupée manipulable et sans conviction. C’est cette voix de ma conscience autoritaire que je connais et qui me brise à l’idée de la décevoir. Je dois lui prouver que j’en suis capable, qu’elle ne s’est pas trompée à mon sujet.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent et nous entrons. Après avoir appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée, Marc m’attrape par la taille pour me tirer vers lui, une main dans le creux de mon dos, au commencement de mes fesses, et l’autre remontant le long de mon dos nu. Le contact de nos peaux l’électrise. Juste avant de m’embrasser, il dit : — Je vais te prendre et te baiser.
Et il prend mes lèvres avec les siennes. Les attaques sont sauvages et brûlantes. — Tu vas me sucer, te laisser baiser comme une petite chienne.
Les ardeurs de Marc ont enlevé, à l’instant, toute classe et toute élégance que je lui connais. Les mots qu’il vient de prononcer sont crus, d’une grande laideur sortant de sa bouche. Je réalise qu’il n’est pas seulement mon potentiel amant de ce soir… c’est aussi mon coéquipier dans la vie de tous les jours, et après, je serai sa chienne.
— Pour qui il se prend ? J’ai bien aimé son apparence sévère et la confiance qu’il dégage naturellement, mais il a toujours été classe. Maintenant que je l’ai un peu allumé, je dois me résoudre à ça ? Je lui lance alors un regard sévère, habitée par la colère qu’a réveillée sa dernière phrase.
— Tu veux que je sois ta chienne ? Je suis la chienne de qui je veux et, pour l’instant, je ne veux pas. Tu veux conquérir mon corps ?… Je veux que tu conquières mon esprit… Ça semble trop facile, on n’est même pas sortis de l’ascenseur que tu parles déjà de me posséder physiquement.
Confus de ce changement de ton radical, Marc laisse planer le silence et observe ce que je veux. Nous sommes encore collés car je ne me suis pas éloignée, mais une tension et une distance coexistent. Mon ton est fermé et mon regard est dur, mais je reste tout de même dans son étreinte.
— Tu vas devoir me gagner. Tu penses que je suis ta chienne ? C’est peut-être toi qui es ma petite salope cette semaine ?…
Je sens une énergie qui émane du plus profond de moi et qui sort pour propulser cette dernière phrase comme un crachat que je vois entrer par les orifices faciaux de Marc. Une partie de moi le regrette et l’autre le célèbre. Mon être entier est en réaction contre ses propos et veut avoir l’ascendant et le pouvoir, mais il existe encore cette envie sexuelle envers lui qui veut qu’il me domine et me soumette comme une chienne galeuse.
— Demande-toi ce que tu vaux ? disent les deux voix ensemble, mais pour des raisons différentes. C’est toi qui fixes le prix… Tu n’as pas à te donner. S’il te veut, il devra te montrer ce que, lui, il vaut. En dehors du contexte professionnel, il va devoir te justifier l’attention que tu lui portes.
La deuxième voix, la dominante, vient de prendre le trône de ma conscience, cette voix qui ne m’appartient pas mais qui est maintenant propriétaire des lieux.
— C’est intéressant comme question : que vaut-il et qu’est-il prêt à faire pour mes faveurs ?
— Voilà, tu raisonnes correctement, tu es une bonne fille. Cette voix qui me félicite me rend heureuse, confiante et fière.
— J’ai envie de danser… À une vingtaine de minutes de marche, il y a un club… Je veux que tu m’y emmènes…
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