La piscine entre collègues
Chapitre 1 · Premier plongeon
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Couverture de La piscine entre collègues, par Hairwan
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La piscine entre collègues — Chapitre 1 · Premier plongeon

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La piscine entre collègues

Chapitre 1 · Premier plongeon

La proposition tomba un mardi, devant la machine à café, pendant que l'open space ronronnait et que la clim rendait tout le monde un peu hagard.
— Tu nages ?
Amine ne regardait pas Pierre. Il tenait son gobelet sous le bec, la main large, les phalanges abîmées, de vieilles cicatrices de boxe, fines, blanches, sur les articulations. Il posait la question comme on demande l'heure, ce qui, chez lui, voulait toujours dire qu'il avait déjà décidé quelque chose.
Pierre répondit oui. Il nageait le dimanche matin, mal, dans une piscine de banlieue trop chlorée, et il n'en parlait jamais à personne. Mais il dit oui tout de suite, parce que le nouveau, à peine trois semaines dans l'équipe commerciale, trente-quatre ans, un mètre quatre-vingt-huit, des épaules qui ne passaient pas inaperçues dans les couloirs, avait une manière de pencher la tête quand il écoutait qui rendait le refus absurde.
— Le bassin couvert, à la piscine municipale demain midi. Je te prends à midi et quart.
— Tu ne me demandes pas si je suis libre ?
— Tu viens de dire oui.
Et Pierre, quarante-cinq ans, un mètre soixante-dix-huit, les tempes qui grisonnaient, avait ri comme un con.
Il faut dire ce qu'il était, Pierre, à ce moment-là de sa vie. Pas un homme fin, il ne l'avait jamais été, et il ne l'avait jamais voulu. Ancien handballeur du dimanche, il gardait de ces années des épaules larges, un dos épais, des cuisses encore solides et un torse que l'âge avait épaissi sans le démolir. Un corps d'homme qui a fait du sport et qui a arrêté, mais pas complètement : la carcasse tenait, le ventre avait peut-être gagné deux ou trois centimètres au-dessus de la ceinture, les poils du torse avaient blanchi par plaques. Il se savait correct, sans plus. Il ne se regardait plus dans les miroirs, sauf pour vérifier son col.
La voiture d'Amine était petite, grise, impeccable, et sentait le café froid et le cuir bon marché. Il conduisait d'une main, l'autre posée sur le levier de vitesse, et cette main devint très vite le centre du monde.
Dehors, la ville fondait.
Le pantalon d'Amine était un chino sombre, coupé près du corps, et la position, jambe droite tendue sur la pédale, cuisse ouverte, bassin légèrement basculé, faisait tout remonter, tendre, marquer. Le tissu moulait sans pudeur le paquet, lourd, dessiné nettement le long de la couture, et chaque fois qu'Amine passait une vitesse, le muscle de la cuisse roulait sous l'étoffe et le relief bougeait avec lui.
Pierre n'était pas pudique. Il ne l'avait jamais été. Alors il regarda, franchement, deux secondes de trop.
— Ça va ?
— Il fait chaud.
— Ce n'est pas la chaleur.
Il ne développa pas. Il passa la seconde, tourna, et son avant-bras frôla la cuisse de Pierre au moment de rétrograder. Une seconde, peut-être moins. Assez pour que Pierre sente la chaleur exacte de cette peau-là.
À un feu, Amine tourna la tête et le regarda franchement, longtemps, sans sourire. Puis le feu passa au vert.
La piscine municipale avait des années soixante dans les murs et une odeur de chlore si épaisse qu'elle entrait directement dans la bouche. Au guichet, la préposée leur donna une clé et un jeton sans lever les yeux de son magazine.
Les vestiaires hommes étaient un couloir carrelé de blanc sale, avec huit cabines alignées. Sept étaient occupées. La huitième avait la porte entrouverte.
Amine haussa un sourcil.
— On partage ?
Rien d'insistant dans sa voix. Rien de calculé non plus, et c'était peut-être pire : juste une évidence tranquille, celle d'un homme qui n'a jamais eu honte de son propre corps.
La cabine était minuscule. Un banc de bois mouillé, deux crochets, un miroir piqué de rouille sur une des portes. La première se referma, et l'espace se réduisit d'un coup à quatre-vingts centimètres de large.
Ils se tournèrent le dos, par habitude, par politesse d'abord. On entendit deux fermetures éclair, deux paires de chaussures qui tombent.
Pierre plia sa chemise avec un soin ridicule. Derrière lui, le froissement du tissu indiquait chaque étape : le polo ôté, la ceinture défaite, le chino descendu. Le miroir rouillé était là, devant lui, et Pierre comprit avec une espèce de vertige qu'il pouvait tout voir sans se retourner.
Amine avait un corps de boxeur, et ça ne se voyait pas seulement aux épaules. La nuque épaisse, les trapèzes hauts, le dos large qui se creusait d'un seul coup vers une taille étroite. Sur l'omoplate gauche, une encre noire, sobre : un signe berbère, le yaz, tracé d'une main sûre. Le nez était un peu aplati, cassé autrefois et remis droit tant bien que mal ; sur l'arcade droite, une cicatrice blanche fendait le sourcil. La peau mate, presque dorée, tendue sur des muscles longs, sans un gramme de graisse inutile. Des poils noirs, drus, sur les avant-bras et les tibias. Et quand il se pencha pour attraper son maillot, le mouvement dessina nettement, sous la peau, la courbe pleine des reins et la naissance des fessiers, deux masses dures qui roulaient l'une sur l'autre.
Pierre baissa les yeux sur ses propres mains et découvrit qu'elles tremblaient légèrement.
— Tu peux te retourner, tu sais, dit Amine. On va bien finir par se voir dans l'eau.
Pierre se retourna.
Ce fut plus simple et plus violent que prévu. Amine, debout, maillot de bain à la main, nu, sans aucune pose. Une ligne de poils sombres partait du nombril et descendait, fournie, franche, jusqu'au pubis. Les cuisses étaient épaisses, mates, avec ce grain de peau qu'on n'attrape qu'au soleil et dans les salles de sport. Et entre elles, alourdi par la chaleur et par autre chose, son sexe reposait contre la hanche, épais, sombre, à demi dressé.
Il vit Pierre le voir. Il ne détourna pas les yeux. Il enfila son maillot, lentement, et le tissu marqua tout.
Pierre enfila le sien en se contorsionnant, rouge jusqu'aux oreilles, conscient de son propre corps comme jamais, les épaules encore larges, le torse épais et grisonnant, le ventre qui débordait un peu au-dessus de l'élastique, les cuisses solides mais ramollies, et une érection naissante qu'aucun maillot ne pouvait cacher.
— Me regarde pas comme ça, marmonna-t-il.
— Je te regarde comme je veux, répondit Amine, et il ouvrit la porte.
Ils se lavèrent sous les pommes communes, à deux mètres l'un de l'autre, comme tout le monde. L'eau tombait dru. Amine se savonna sans hâte, les bras, la poitrine, le ventre, et Pierre regarda, une seconde, l'écume blanchir les poils, puis il ferma les yeux et se rinça. Ils ne se dirent rien.
L'eau fut une délivrance. Franchement froide, elle lava d'un coup la sueur, la tension, l'odeur de la voiture. Pierre plongea, nagea vingt mètres sous l'eau, remonta en crachant, et rit tout seul comme un idiot.
Amine nageait mieux que lui. Beaucoup mieux. Une brasse longue, économique, la tête haute, l'eau cassée proprement sur ses épaules.
Au bout de la troisième longueur, Pierre sentit une main se refermer sur sa cheville, sous la surface. Il se retourna, battant des pieds. Amine était là, à un mètre, cheveux plaqués, gouttes suspendues aux cils, et il souriait de toutes ses dents.
Ils firent quinze longueurs. Les jambes de Pierre brûlaient, ses poumons aussi, mais il ne voulait pas s'arrêter, parce que s'arrêter signifiait sortir de l'eau, et que dans l'eau, leurs corps se parlaient sans avoir besoin de mots.
Quand ils remontèrent enfin, l'air du hall les frappa comme une gifle chaude.
— Sauna ? proposa Amine.
La porte de bois céda dans un souffle brûlant.
Dedans, personne. Deux bancs en gradins, des lattes de cèdre noircies, une louche et un seau en plastique, et cette chaleur sèche qui vous entre dans la gorge comme du papier.
Ils s'assirent côte à côte, en haut, cuisses nues sur le bois brûlant, leurs serviettes sous les cuisses. La différence de taille était flagrante, assis ainsi : l'épaule d'Amine arrivait à la hauteur de l'oreille de Pierre, et sa cuisse, longue, musclée, s'étalait sur deux lattes quand celle de Pierre en couvrait une.
D'abord ils ne dirent rien. La sueur monta en quelques secondes, perla au front, roula le long des tempes, descendit dans le creux des clavicules, traça des lignes brillantes sur la poitrine d'Amine, entre les pectoraux, jusqu'au nombril.
Pierre regardait droit devant lui, fixant le mur, et il sentait, à dix centimètres, la cuisse d'Amine. Il sentait la chaleur qui venait d'elle, différente de celle du sauna, vivante. Il sentait l'odeur — chlore, sel, sueur d'homme, un reste de savon.
Amine prit la louche, versa l'eau sur les pierres. Un nuage de vapeur explosa.
Dans ce brouillard, sa voix arriva, très basse :
— J'ai vu que tu regardais. Dans la cabine.
Pierre ferma les yeux.
— Tout le monde regarde.
— Non. Pas comme ça.
Alors, en même temps, sans se concerter, sans se regarder, ils firent le même geste. La main d'Amine se posa sur la cuisse de Pierre, ouverte, chaude, moite de sueur, juste sous l'ourlet du maillot. Et la main de Pierre trouva la cuisse d'Amine, plus haut, plus longue, dure sous la paume, couverte d'un duvet de poils mouillés.
Aucune des deux mains ne bougea. Elles pesaient, voilà tout. C'étaient deux questions posées avec toute la paume, et deux réponses données de la même façon.
Ils restèrent ainsi, immobiles, à transpirer ensemble, tandis que la vapeur retombait. Le cœur de Pierre battait si fort qu'il l'entendait dans ses oreilles, plus fort que la ventilation.
Puis la porte du sauna s'ouvrit, un vieux monsieur entra avec un bonnet de bain ridicule, et le charme se brisa net.
Amine retira sa main. Il se leva.
— Douches, dit-il.
Les douches du hall étaient une rangée de six pommes chromées sous une verrière sale. L'eau tombait dru, tiède, et la buée montait déjà le long des vitres.
Amine prit la pomme du milieu. Pierre prit celle d'à côté, un mètre entre eux, pas plus.
Amine commença par la tête, les deux mains dans les cheveux, la nuque renversée, l'eau qui coulait le long de la gorge, dans le creux des clavicules, sur les pectoraux, entre les poils noirs, puis le long de la ligne du ventre jusqu'au pubis. Il prit le savon liquide, s'en versa dans la paume, et se frotta les épaules, un bras puis l'autre, lentement, sans hâte, en faisant rouler les muscles sous la peau.
Pierre ne se lavait plus. Il tenait le gel dans une main, immobile, et il regardait.
Puis Amine se retourna complètement vers lui. Face à face.
Il ne dit rien. Il glissa une main sous la ceinture de son maillot et il le fit descendre d'un cran, juste assez. Puis il se lava là-dessous, sous le tissu, avec application, les doigts qui allaient chercher la base, la hampe, le dessous, et le maillot tendu qui dessinait tout ce que la main faisait.
Pierre aurait pu détourner les yeux. Il ne l'a pas fait.
Amine soutint son regard tout du long. Quand il eut fini, il remonta son maillot, se rinça la figure, et coupa l'eau.
Ils sortirent, ruisselants, les serviettes autour des reins. Plusieurs cabines étaient libres, maintenant. Trois, peut-être quatre, portes ouvertes sur le carrelage gris. Ni l'un ni l'autre ne posa la question.
Amine poussa la porte de la huitième, celle qu'ils connaissaient, et Pierre entra derrière lui, et le verrou claqua.
Amine accrocha sa serviette au crochet et fit glisser son maillot le long de ses jambes, sans se cacher, avant même de commencer à se sécher. Il était dur, lourd, ballant, et il prit son temps.
Pierre se pencha pour ramasser son propre maillot et le faire passer sous ses pieds, et en se relevant, il tourna la tête.
Amine était complètement bandé, maintenant. Dressé contre son ventre, la peau tendue et luisante, le gland dégagé, violacé. Il ne cherchait absolument pas à le cacher.
Pierre ne se redressa pas tout de suite.
Amine se frottait la tête et le visage avec la serviette, les yeux fermés, et quand il les rouvrit, il trouva le regard de Pierre posé là, à hauteur de ses hanches, sans détour, sans excuse.
Un sourire en coin apparut sur son visage. Il laissa tomber la serviette sur le banc.
— Vas-y, dit-il.
Et sa queue sursauta, avec un nouvel afflux de sang, comme si le mot seul avait suffi.
Pierre eut à peine une hésitation, le temps de poser un genou, puis l'autre, sur sa serviette au sol. Ses doigts vinrent soupeser les bourses d'Amine, les rouler doucement, les peser, chaudes et lourdes dans sa paume, les deux testicules qui glissaient l'un contre l'autre sous la peau fine. Sa bouche s'approcha du gland, et il le prit d'abord entre ses lèvres, sans le faire entrer, juste la peau tendue et le goût de sel et de chlore. Il le lécha du bout de la langue, tout autour de la couronne, là où la peau est plus fine, et il sentit Amine frémir sous lui, une secousse courte, involontaire, qui remonta dans les cuisses.
Puis il le suça, lentement, en jouant avec ses couilles, une main remontée sous le ventre pour sentir les muscles se contracter, l'autre agrippée à la hanche. Il descendait jusqu'à sentir le gland buter au fond de sa gorge, remontait en aspirant, la langue plaquée contre la veine qui courait sur le dessus, et recommençait. Salive, chaleur, pression. Il prenait son temps, parce qu'il voulait que ça dure, parce que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas eu ça dans la bouche, et parce qu'il aimait le poids, l'odeur, le goût, le tremblement des cuisses sous ses paumes.
Au-dessus de lui, Amine respirait par la bouche. Une main se posa sur le crâne de Pierre, sans pousser. Juste là, présente.
— Merde, souffla-t-il. Merde, Pierre.
Pierre accéléra, les joues creuses, la langue plaquée, et il sentait chaque battement contre son palais, et il entendait ce bruit mouillé, obscène, qui remplissait la cabine minuscule et que n'importe qui, dans le couloir, aurait pu entendre.
C'est à ce moment-là que la poignée bougea.
Quelqu'un essaya d'ouvrir la porte. Une fois. Deux fois. La poignée descendit, remonta, redescendit, et la porte tint bon, parce que le verrou était mis. Une voix d'homme, derrière, jura sourdement, puis des pas s'éloignèrent sur le carrelage.
Pierre se releva. Il laissa là ce qu'il avait commencé, essuya sa bouche du revers de la main, et resta debout, le souffle court, à trente centimètres d'un homme qui bandait encore, la verge luisante de salive, dressée entre eux deux.
Amine n'avait pas bougé. Il leva la main et encadra le menton de Pierre, le pouce sur une joue, les doigts sur l'autre, et le força doucement à lever les yeux.
— Tu n'en as pas fini avec moi, murmura-t-il.
Ce n'était pas une menace. C'était un constat, une mise au point, presque une promesse administrative.
Ils se rhabillèrent sans un mot. Serviette, boxer, chino, polo, chaussettes. Quelque part, une douche coulait encore.
Dans la voiture, il faisait une chaleur d'étuve. Amine mit la clim à fond. Personne ne parla. À un feu rouge, Pierre sortit son téléphone et, sans commentaire, réserva une salle de réunion pour l'après-midi. Quinze heures trente. Salle 4. Objet : point projet.
Amine ne tourna même pas la tête. Mais à un autre feu, sa main quitta le levier de vitesse et vint se poser sur le genou de Pierre, par-dessus le jean, avant de revenir au volant.
Ils arrivèrent au bureau à treize heures cinquante-huit. À quatorze heures cinq, chacun était à son poste, chemise propre, cheveux encore humides, café à la main.
L'invitation tomba dans l'agenda d'Amine à quatorze heures onze : Salle 4 — 15h30-16h30 — Point projet.
Il lut l'objet deux fois. Puis il regarda l'écran un long moment, les mains à plat sur le bureau, et un sourire lui fendit le visage, lentement, sans qu'il cherche à le retenir.
De l'autre côté du plateau, Pierre ne leva pas les yeux de son écran.
Quinze heures trente-deux.
La salle 4 sentait le plastique chaud et le café froid. Stores baissés à moitié, une table ovale grise, huit chaises, un vidéoprojecteur éteint qui ronronnait doucement. Pierre était déjà assis, au bout, veste sur le dossier.
Amine entra.
— Ferme la porte, dit Pierre.
Amine ferma la porte. Pierre fit glisser un dossier cartonné sur la table, un de ces dossiers à élastique qu'on utilise pour les contrats. Il ne dit rien d'autre.
Amine approcha, l'ouvrit.
Dedans, il n'y avait pas de contrat. Il y avait une capote, posée seule au milieu du carton, dans son étui argenté.
Ses yeux s'illuminèrent. Le sourire revint, plus large, presque enfantin, et il se retourna pour tourner la clé dans la serrure. Quand il revint vers la table, il avait les deux mains posées sur sa ceinture, au niveau des hanches, les pouces dans les passants.
— On reprend là où on a été interrompus ?
Pierre tendit les deux mains. Il défit la boucle, tira la languette, fit descendre la braguette, et le tissu s'ouvrit sur un boxer noir où la bosse ne demandait qu'à sortir. Il se pencha, et il lécha le coton à l'endroit exact où la forme du gland se dessinait, longuement, en mouillant l'étoffe de salive, en suivant du bout de la langue le contour de la hampe à travers le tissu, jusqu'à ce qu'une tache sombre s'élargisse au milieu.
Puis il fit glisser le chino le long des cuisses d'Amine, le laissa tomber aux chevilles, écarta l'élastique du boxer et le libéra. Il le suça comme à midi — la même lenteur, la même gourmandise, les mêmes mains remontées sous le ventre, les doigts qui se refermaient sur les fesses à travers le boxer resté à mi-cuisse.
Amine retira son polo d'un geste, le jeta sur une chaise, et posa une main dans les cheveux de Pierre pour le maintenir en place. Il le laissa travailler un moment, la tête renversée, la pomme d'Adam qui montait et descendait, les abdos qui se creusaient à chaque aspiration, puis il tira doucement sur la nuque.
— Debout.
Pierre se releva. Amine le fit pivoter d'une main sur l'épaule, sans brutalité, mais sans flottement non plus. Pierre comprit, défit sa ceinture, et baissa son pantalon et son boxer d'un seul mouvement, en se tournant contre la table de réunion. Le stratifié était froid sous ses avant-bras.
Amine s'accroupit derrière lui. Il écarta les fesses à deux mains, pencha la tête, et lui prépara le cul avec sa langue, patiemment, en cercles, en appuyant, une main à plat sur le bas de son dos pour l'empêcher de bouger. Pierre mordit sa propre manche pour ne pas faire de bruit. La langue d'Amine montait, descendait, s'attardait, revenait, et Pierre sentait ses jambes s'écarter d'elles-mêmes, son dos se creuser, tout son corps qui s'offrait sans qu'il l'ait décidé.
Puis Amine se releva, récupéra l'étui dans le dossier, l'ouvrit avec les dents, enfila la capote d'une main, et le prit contre la table.
Les premières secondes furent lentes, presque prudentes. Amine avait une main sur la hanche de Pierre et l'autre à plat sur la table, à côté de la sienne, et il entrait par petits mouvements, en laissant Pierre respirer, s'habituer, se relâcher. Pierre sentait chaque centimètre, la brûlure, la pression, l'épaisseur qui le remplissait et le forçait à s'ouvrir. Puis Amine trouva son angle, et Pierre sentit ses jambes se vider.
Le bruit était terrible pour l'immeuble : la table qui grinçait sur ses vérins, la peau contre la peau, la respiration d'Amine, courte, régulière.
Il se retira au bout de quelques minutes. Il tapota la hanche de Pierre.
— Allonge-toi.
Pierre monta sur la table. Amine l'aida à retirer complètement son pantalon, qui pendait à une cheville, pendant que Pierre, à demi allongé sur le stratifié, déboutonnait sa chemise avec des doigts maladroits. Il laissa tout ouvert. Torse gris, ventre un peu rond, respiration haute, la sueur qui perlait déjà au creux du sternum.
Amine se plaça entre ses cuisses, le tira par les hanches jusqu'au bord, et reprit ses va-et-vient.
Pierre gémit.
La main d'Amine se plaqua aussitôt sur sa bouche, paume entière, doigts écartés jusqu'à la mâchoire, et il ne ralentit pas. Au contraire. Il prit un rythme, long, profond, en remontant jusqu'à presque sortir puis en replongeant d'un coup, et chaque coup arrachait à Pierre un son étouffé contre la paume. Pierre, lui, glissa une main entre leurs ventres et se masturba en même temps, au rythme exact des coups, le poignet serré, la tête renversée, les yeux sur le plafond de dalles blanches et les néons.
Il ne savait plus combien de temps ça durait. La clim soufflait. Le vidéoprojecteur ronronnait. Quelque part dans le couloir, une imprimante crachait des pages. Et dans la salle 4, un homme de quarante-cinq ans se faisait prendre sur une table de réunion par un collègue de trente-quatre ans, la joue contre le stratifié, une main d'homme sur la bouche, et il n'avait jamais rien voulu d'autre de toute sa semaine.
Amine se retira lentement, garda la main sur la bouche de Pierre une seconde de plus, puis la lâcha et recula. Il alla s'asseoir sur la chaise la plus proche, celle qui grinçait le moins, suffisamment éloignée des fenêtres. Il ouvrit un peu les cuisses, se cala contre le dossier, et prit sa bite bien droite dans son poing, sans hâte, en regardant Pierre resté plié sur le stratifié, essoufflé, les cheveux collés au front.
— Viens.
Pierre se laissa glisser de la table. Ses jambes tremblaient un peu quand il traversa la moquette grise. Il enjamba Amine, posa les mains sur ses épaules, et descendit. Il n'eut pas besoin de guider : Amine tenait bon, droit, et Pierre s'empala d'un seul mouvement, lent, jusqu'à ce que ses fesses touchent ses cuisses. Les deux hommes restèrent immobiles une seconde, à respirer le même air tiède.
Puis Pierre commença à bouger. D'abord court, prudent, les mains toujours bien agrippées à Amine ; puis plus ample, en se laissant tomber de tout son poids, et la chaise protesta à chaque descente.
Amine remonta une main sur la fesse de Pierre, l'autre glissa sur son torse pour encercler son membre qui venait taper contre son pubis, et il accompagna le mouvement, pas de force, juste le rythme, la paume qui pousse un peu plus bas à chaque fois. La clim soufflait toujours.
Pierre accéléra, la nuque renversée, la bouche ouverte sans qu'il en sorte rien. La main d'Amine continuait de le masturber. En trois secousses ou quatre, il jouit, le souffle coupé, en travers de lui-même, sur le ventre d'Amine, chaud et luisant sous les néons blancs. Il resta là, affaissé, le front dans le cou de l'autre, pendant qu'Amine, immobile, encaissait le poids et laissait la chose finir de couler entre eux deux.
Alors seulement Amine le souleva par les hanches, le reposa sur ses pieds, et se leva à son tour. Il arracha la capote de sa queue puis posa une main sur son épaule pour le mettre à genoux.
Pierre ouvrit la bouche.
Amine se finit dedans, une main toujours sur la mâchoire de l'autre, le souffle cassé, les yeux fermés, et Pierre avala tout, sans détourner le regard, jusqu'à la dernière goutte.
Ils restèrent un moment sans bouger, Amine penché sur lui, le front contre son épaule, la sueur de l'un sur la peau de l'autre.
Puis Pierre se redressa, s'assit au bord de la table, ramassa sa chemise et commença à la reboutonner.
— Il faut aérer, dit-il.
Amine rit, bas. Il ramassa la capote usagée, la noua, la glissa dans le carton du dossier avec l'étui vide, et referma l'élastique. Il se rhabilla, se passa une main dans les cheveux, et alla ouvrir la fenêtre en grand. L'air de la rue entra, chaud, chargé de gaz d'échappement, merveilleusement banal.
Pierre reboutonna son pantalon, lissa sa chemise, et vérifia son col dans le reflet de la vitre.
— Piscine, jeudi ? dit Amine.
— Jeudi.
Amine tourna la clé, ouvrit la porte, et sortit le premier, dossier sous le bras, comme un homme qui vient de valider un devis.
Pierre resta une minute de plus dans la salle 4, seul, à regarder la table ovale grise et ses vérins fatigués. Puis il éteignit la clim et sortit à son tour.
À quinze heures cinquante-cinq, de l'autre côté du plateau, Amine mordait la capuche de son stylo et corrigeait une proposition commerciale.
— Alors ? demanda Nadia depuis la photocopieuse. C'était bien, la piscine ?
Amine but une gorgée de café brûlant.
— Excellent, dit-il. On y retourne jeudi.
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Un jeudi sous la pluie, Pierre monte dans la voiture grise d'Amine, comme à leur habitude. Pourtant, la banquette arrière n'est pas vide : un jeune homme au sourire tranquille l'attend, et Amine ne donne aucune explication. Pierre choisit de se taire, mais la tension reste dans l'habitacle. Pourquoi Amine a-t-il accepté cette présence, et que va-t-il se passer une fois arrivés à la piscine ?
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