Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
À nos actes manqués — Chapitre 1
Auteur
À nos actes manqués
Chapitre 1
Innocemment sa main s'est posée sur ma taille lorsqu'il s'est penché pour prendre le dossier qui est sur mon bureau. Un geste banal, qui arrive parfois depuis trois ans que nous travaillons ensemble. Alors pourquoi aujourd'hui, à cet instant, cette pression sur mon flanc, sur mon chemisier me fait frissonner. Je ne comprends pas ce trouble qui s'empare de moi.
La main s'est retirée, Cédric s'est redressé, mais la sensation est restée. Du point d'impact, une douce chaleur se répand dans mon corps, monte au cerveau, descend dans mon ventre. Mon visage s'empourpre, mon esprit s'emmêle, mon corps se réveille.
Cédric a repris sa place, feuilletant le dossier, derrière son bureau qui est face au mien. Je le regarde, m'interroge. C'est un collègue, presque un ami, il n'y a jamais rien eu entre nous, parfois un jeu de charme fait de sous-entendus amusés, mais un jeu innocent, sans réelle intention de séduire, juste pour se taquiner, sans ambiguïté. Nous n'avons jamais été attirés l'un par l'autre, de mon côté en tout cas, et du sien, je ne sais pas mais n'ai jamais remarqué un regard, un geste, une intention qui aurait été déplacé, malvenu. Quoi de plus normal, nous avons chacun un partenaire dans notre vie, présent dans nos conversations routinières de tous les jours, un rapport standard entre collègues du même service, du même bureau. Au mieux, nous avons partagé un repas en tête à tête, le midi dans un restaurant du coin pour échapper à la cantine de l'entreprise, lors de l'anniversaire de l'un ou de l'autre, mais pas plus. Aucune intimité, aucun rapprochement qui pourrait faire rougir ou laisser croire à une attirance non louable.
Pourtant à cet instant, je le trouve beau, sensuel, désirable. Sa barbe bien taillée, une mèche de cheveux courant sur son front, ses longs doigts aux ongles impeccables tenant la feuille, ce regard concentré sur le dossier, cette allure impassible et professionnelle, sa posture décontractée et retenue en même temps, sa chemise blanche sans pli entrouverte et laissant deviner une belle musculature ou encore la trace de son parfum qui est resté dans l'air. Peut-être un charme que je n'avais jamais remarqué, que je vois, découvre en voyant l'homme et non le collègue, ou bien est-ce mon esprit qui me joue des tours, lui ou une envie, aussi soudaine que puissante. Un mélange des deux qui obscurcit mon cerveau, s'insinue dans mes veines et chauffe mon corps, l'impression que ma poitrine souhaite sortir de ses remparts et cette démangeaison entre mes jambes, mon intimité qui demande une caresse, un doigt ou plus encore.
Cédric relève la tête, me regarde puis retourne sur son dossier quelques secondes avant de revenir vers moi et mes yeux posés sur lui, perdue dans mes pensées.
— Quoi ?
— Rien.
— Rien.
Je détourne mon regard, le sien retombe sur le document. Je serre les jambes, crispe mes muscles comme si ça pouvait arrêter l'humidité qui s'est installée entre mes cuisses et cette furieuse envie d'y mettre une main pour assouvir la tension sexuelle qui m'accapare.
Les images me viennent en tête, où je me lève, contourne les bureaux pour tomber à genoux à côté de lui. Faire pivoter son fauteuil, ouvrir son pantalon et engouffrer son sexe, lécher, sucer, donner vie à sa queue pour obtenir un pieu rigide, puissant, et remonter, à genoux sur le fauteuil, m'empaler, le chevaucher, sa tête collée entre mes seins, nos souffles à l'unisson, me libérer de cette envie, de ce poison délicieux qui coule dans mes veines. Sentir sa tête collée entre mes seins, nos souffles à l'unisson, ses mains empoignant mes fesses, les doigts incrustés dans la chair, déconnecter nos âmes et laisser nos corps s'épanouir dans la luxure.
— Mais quoi ?
Il me tire de mes pensées, mon regard est toujours sur lui, mon esprit bien plus loin, mon désir s'échappant par tous les pores de ma peau.
Prends moi. Là et maintenant. Couches-moi sur le bureau, retrousse ma robe, arrache ma culotte et prend possession de mon corps. Sans amour, sans tendresse, une baise sauvage, animale. Pilonne-moi sans ménagement, défonce-moi. Ouvre mon chemisier pour caresser mes seins gonflés, tordre les pointes et me faire gémir. Emmène-moi, délivre-moi du désir qui envahit mon corps et réclame son plaisir, sa jouissance.
Mais ce ne sont que des pensées, ma bouche reste muette, trop pudique, trop timide ou simplement prisonnière d'une éducation à l'ancienne, où l'homme doit faire le premier pas, la femme attendre la proposition.
Nos regards sont toujours accrochés, le sien interrogatif, le mien suppliant d'agir. Je mords ma lèvre inférieure, envoyant un message comme une bouteille à la mer, le poussant à agir, à réagir. Pendant quelques secondes intenables, l'atmosphère se charge de toute l'intensité sexuelle qui inonde mon être, puis sa bouche dessine un sourire.
— Pfff, t'es conne.
Juste trois mots qui claquent. Comme un coup de fusil chasse d'une mare une envolée de canards, ils ont suffi à tout balayer, à me remettre la tête à l'endroit, faire fuir le démon et ses envies, apaiser la tension qui me brûlait de l'intérieur. Les flots bouillonnants de mon sang se sont transformés en un ruisseau calme et serein. Cédric est redevenu Cédric, un collègue de travail.
Mon attention revient sur le boulot, je peux à nouveau me concentrer dessus. Les yeux rivés sur mon ordinateur, je sens son regard sur moi. Je pense qu'il vient de comprendre, de réaliser que pendant un court moment, j'étais à lui, j'étais pour lui sans concession.
— On va boire un verre après le boulot ? me lance-t-il.
Je relève la tête, affronte son regard. C'est une invitation tardive, une façon de dire à mots cachés qu'il ne serait pas contre une aventure avec moi, ou une relance pour s'assurer d'avoir bien compris ce que j'ai pu exprimer. Une dernière trace de ma folie passagère me fait hésiter. Mon regard se pose sur son alliance, instinctivement je regarde la mienne et la raison reprend ses droits. L'instant est bel et bien passé, je décline l'invitation dans un sourire, un peu crispé.
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