Inspiré du réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'immeuble parisien — Chapitre 1 · Cinq fruits et légumes
Auteur
L'immeuble parisien
Chapitre 1 · Cinq fruits et légumes
Je m'appelle Pierre, j'ai trente-huit ans, et dans la communauté on dit de moi que je suis un ours. Rond, poilu, une vraie peluche, comme le résume ma bio sur les applis. Je l'assume depuis longtemps. J'ai appris à aimer ce corps qui prend de la place, qui réchauffe les draps, et que certains regardent comme on regarde un feu de cheminée un soir d'hiver.
Ce jour-là, pourtant, je ne pensais qu'à mon déménagement. Le dernier carton vidé, l'appartement du dix-huitième avait enfin cette odeur de neuf et de poussière tiède, et la lumière de fin d'après-midi traversait les fenêtres nues. Pas de rideaux, pas de frigo. Le livreur ne passait que la semaine suivante.
Je suis donc descendu au pied de l'immeuble, là où un primeur étalait ses cagettes sur le trottoir : tomates veinées de rouge, pêches duveteuses, cerises luisantes comme des bijoux.
Derrière les cagettes, il y avait lui.
Grand, mince, une peau caramel qui semblait avoir gardé toute la chaleur de l'été, des yeux d'un noir profond, sans fond, et des cheveux de jais qui lui tombaient sur le front. Il devait avoir vingt-sept ans, peut-être moins. Tout mon contraire. Ce qu'on appelle un twink, un jeune homme tout en longueurs et en finesse, de ceux qui font se retourner une rue entière sans même s'en apercevoir.
— Bonsoir, a-t-il dit.
Sa voix était basse, veloutée, presque chuchotée, comme si chaque mot était une confidence.
— Bonsoir. Je viens d'emménager juste au-dessus, ai-je expliqué en prenant quelques pêches. Et mon frigo n'est pas encore arrivé. Alors vous allez me voir assez régulièrement ces prochains jours.
Il a souri. Lentement. Un sourire qui commençait dans les yeux avant d'atteindre les lèvres.
— Ce sera un plaisir.
Il m'a rendu la monnaie, et ses doigts ont effleuré ma paume une seconde de trop. Une seconde chaude, électrique, qui m'a parcouru jusqu'à la nuque. Mais je suis remonté chez moi en me disant que c'était un commerçant aimable, rien de plus. Les beaux garçons sont rarement pour les gars comme moi, je l'ai longtemps cru.
---
Le soir est tombé doucement sur Paris. J'ai mangé une pêche debout dans la cuisine, le jus coulant sur mon poignet, puis, par habitude, j'ai ouvert l'appli jaune sur mon téléphone, étendu sur le canapé.
Un profil sans photo, à quelques mètres seulement, m'a écrit presque aussitôt :
— *On continue ses courses ?*
J'ai souri devant l'écran, intrigué.
— *Je suis un ours. Je suis gourmand.*
— *Tu as deviné qui j'étais ?*
— *Tu as deviné qui j'étais ?*
Mon cœur s'est mis à battre un peu plus vite. J'ai tapé, effacé, retapé.
— *Franchement ? J'espère que c'est le beau primeur…*
— *Primeur, oui. Beau, je ne sais pas…*
— *Primeur, oui. Beau, je ne sais pas…*
Je pouvais presque l'entendre, cette voix chuchotée, derrière les mots.
— *Magnifique. Et j'adorerais découvrir son panier potager.*
J'ai ajouté un clin d'œil, avec un petit frisson d'audace.
Les trois petits points ont dansé longtemps.
— *Je ferme à vingt heures. Je peux monter directement.*
Je suis resté une seconde immobile, le téléphone contre la poitrine. Puis :
— *Avec grand plaisir.*
---
Les heures qui ont suivi m'ont paru interminables. J'ai pris une douche, tourné dans l'appartement, déplacé deux fois le même fauteuil. J'ai enfilé un pantalon de survêtement gris et un vieux t-shirt, sans prétention, parce que je n'ai jamais su jouer à celui qui se prépare. Et à vingt heures pile, on a sonné.
J'ai ouvert.
Il avait troqué son tablier contre une chemise claire aux manches retroussées. Il tenait dans une main un petit panier d'osier rempli de fraises, dans l'autre un pot de crème fraîche. Sous la lumière de l'entrée, sa peau avait des reflets de miel.
Il n'a rien dit. Il a posé le panier sur la commode, le pot à côté, et dans le même mouvement, il s'est avancé vers moi. Alors que le gourmand, ce soir-là, c'était censé être moi.
Ses mains ont saisi l'ourlet de mon t-shirt et l'ont fait glisser lentement vers le haut. Il me regardait faire, les lèvres entrouvertes, comme devant un cadeau qu'il avait trop longtemps désiré. Quand le tissu est tombé, il a posé son front contre ma poitrine, et il a respiré. Profondément. Son visage s'est enfoui dans les poils de mon torse, son nez, sa bouche, ses joues, comme un chat qui se frotte à la chaleur.
— Tu sens bon, a-t-il soufflé. Tu sens l'homme. Tu sens la maison.
Je n'ai pas su quoi répondre. Personne ne m'avait jamais dit ça comme ça. Quelque chose s'est desserré dans ma poitrine, un nœud ancien, que je ne savais même plus porter.
Ses lèvres ont commencé à descendre. Elles ont suivi la ligne sombre qui part de mon sternum, traverse la rondeur de mon ventre, et plonge vers le bas. Ses mains parcouraient mes flancs, mon ventre, avec une dévotion tendre, appuyant doucement dans la chair, comme on pétrit quelque chose de précieux. Il embrassait mon nombril, mes hanches, chaque pli, sans la moindre gêne, avec une gourmandise franche qui me faisait fondre.
Arrivé plus bas, il a inspiré contre moi, les yeux clos, puis il m'a pris dans sa bouche.
J'ai renversé la tête contre le mur de l'entrée. Sa bouche était brûlante, avide, sa langue d'une habileté diabolique. Il me goûtait lentement, puis plus profondément, avec un rythme qui me faisait trembler les genoux. Ses mains remontaient sur mon ventre, le serraient, l'étreignaient, comme s'il voulait se nourrir de toute ma chaleur à la fois.
J'ai glissé mes doigts dans ses cheveux noirs, soyeux, épais, et un gémissement m'a échappé, grave, presque surpris.
Au bout d'un moment, il s'est relevé, les lèvres rougies, les yeux brillants. Il m'a embrassé, enfin, un baiser lent, profond, au goût de lui et de moi. Puis il a reculé d'un pas et, sans me quitter du regard, il a déboutonné sa chemise.
Son corps est apparu peu à peu. Glabre, sec, finement musclé, avec cette élégance nerveuse des corps jeunes. Une peau lisse, sans un poil, tendue sur des épaules étroites, un ventre plat, des hanches souples. Son sexe se dressait, joliment dessiné, lisse, droit, et quand il s'est retourné un instant pour poser sa chemise, j'ai vu ses fesses, rondes, pleines, étonnamment pulpeuses sur un corps si fin. J'ai eu envie, immédiatement, d'y poser les mains. D'y poser la bouche.
Il a repris le pot de crème fraîche, attrapé ma main de l'autre.
— Viens.
Il m'a conduit dans la chambre, où la lumière de la rue dessinait des rectangles pâles sur les murs. Sur le lit, mes draps blancs, tout juste étrennés. Il s'y est allongé, offert, un bras derrière la tête.
— Dévore-moi, petit ours.
Il a dévissé le couvercle. Du bout des doigts, il a pris un peu de crème, et l'a étalée sur son torse, lentement, autour de ses tétons qui se sont dressés sous la fraîcheur. Un frisson l'a traversé, son souffle s'est accéléré. Ses yeux ne me quittaient pas.
Je me suis jeté sur lui, ou plutôt je me suis laissé tomber, avec toute la lenteur d'un homme qui sait que le plaisir se mérite.
Ma langue a goûté d'abord la crème, douce, froide, légèrement acidulée, puis sa peau dessous, tiède, au goût de caramel et de sel. J'ai pris son téton dans ma bouche, l'ai léché, aspiré, mordillé tout doucement, jusqu'à ce qu'il se cambre contre moi en soufflant mon prénom. J'ai descendu, centimètre par centimètre, le long des côtes, des abdominaux qui frémissaient. Son nombril, que j'ai exploré du bout de la langue. La ligne fine de son aine. L'arrondi de sa hanche, que je mordais en riant sous ses doigts qui s'accrochaient à mes épaules.
Il s'amusait à me barbouiller le visage de crème, à m'en mettre sur le nez, sur les lèvres, puis à m'embrasser pour l'effacer. Il riait, haletait, me guidait d'une main dans mes cheveux, et la chambre s'est remplie du bruit de nos souffles mêlés.
Puis il s'est retourné.
À quatre pattes sur mes draps, la nuque offerte, les reins creusés, il m'a présenté sa croupe. Le dos long et dessiné, la courbe vertigineuse jusqu'aux fesses. Il a pris une fraise dans le panier qu'il avait apporté, l'a trempée dans la crème, et l'a posée avec une lenteur calculée au creux de ses reins.
— Vas-y, mon ourson, a-t-il murmuré par-dessus son épaule.
Je n'ai pas résisté. J'ai saisi la fraise entre mes dents, croqué sa chair fraîche et sucrée, puis j'ai laissé ma bouche descendre, goûter la crème sur sa peau, le long de la vallée de ses reins. Mes mains ont écarté doucement ses fesses rondes, pleines, chaudes sous mes paumes. Et ma langue s'est glissée là où il l'attendait.
Il a poussé un cri étouffé, contre l'oreiller. Son odeur sucrée, mélange de crème, de peau chaude et de désir, me montait à la tête, m'enivrait, me rendait fou. Je le goûtais avec ferveur, avec patience, la langue tendue, insistante, tournant, pénétrant, pendant que ses mains agrippaient les draps et que son corps tout entier ondulait vers moi.
— Pierre… oh… ne t'arrête pas…
Sa voix s'est brisée.
— Baise-moi. Je n'en peux plus.
Je me suis redressé, le souffle court, le visage luisant. Je me suis placé derrière lui, mes mains sur ses hanches étroites, et j'ai pris mon temps. Ce temps qu'on doit à ceux qui nous font confiance. Je suis entré lentement, millimètre par millimètre, sentant sa chaleur m'envelopper, m'accueillir, jusqu'à ce que mon ventre rond vienne se poser au creux de ses reins, mes poils contre sa peau lisse, mon torse recouvrant son dos comme une couverture.
Il a soupiré, long, profond, un soupir de soulagement presque.
— Reste là une seconde, a-t-il chuchoté. Je te sens… je te sens partout.
Nous sommes restés immobiles, enlacés, ma bouche contre sa nuque, mon souffle dans ses cheveux. Puis il a bougé, légèrement, et j'ai commencé à lui répondre. Des va-et-vient lents d'abord, profonds, amples. Il venait à ma rencontre à chaque poussée, cambré, offert, ses gémissements montant par vagues. Mes mains remontaient sur son torse, sur ses tétons encore enduits de crème, puis redescendaient, caressantes, possessives.
Le rythme s'est accéléré, sans que je m'en rende compte. Le claquement de nos peaux, le grincement du lit, nos souffles saccadés, tout s'est mêlé en une seule musique. Les mots m'ont quitté. Je n'étais plus qu'un corps tendu vers un autre corps, une chaleur dans une autre chaleur. Il a murmuré mon prénom, encore et encore, comme une prière, et quelque chose a cédé en moi. Je me suis perdu en lui dans un long râle, les doigts crispés sur sa taille, le front contre son dos, tout mon être déferlant en secousses interminables.
Je suis resté là, haletant, pantelant, incapable de bouger.
Mais je n'avais pas fini avec lui.
Je me suis retiré doucement, l'ai retourné, et sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, j'ai plongé de nouveau. Ma bouche contre son intimité chaude, tout juste ouverte, que je goûtais encore, tendrement, avidement, avec une dévotion qui l'a fait trembler de la tête aux pieds. Il gémissait sans retenue, les cuisses ouvertes, la main perdue dans mes cheveux.
J'ai refermé ma paume sur son sexe, dur, brûlant, tendu à craquer, et je l'ai caressé au rythme de ma langue. Lentement d'abord, puis plus vite. Il s'est tordu sur le drap, a crié mon nom, a serré mes cheveux entre ses doigts, et son corps s'est arqué tout entier. Il a joui en longues secousses chaudes, sur mon poing, sur son ventre, sur mes draps, sans retenue, avec un cri qui a fait vibrer la pièce.
---
Le silence est retombé, doux, épais, et nous sommes restés là, enchevêtrés. Essoufflés, collants de crème, de sueur et de fraise écrasée. Il a posé sa tête sur mon ventre, comme sur un oreiller, et ses doigts ont dessiné des cercles paresseux dans les poils de ma poitrine.
— Tu es tellement confortable, a-t-il murmuré en riant doucement.
— C'est mon métier, ai-je répondu. Ours professionnel.
Il a ri, son corps secoué contre le mien. Dehors, quelque part, une sirène a traversé le quartier, puis le calme est revenu. Sa respiration ralentissait, apaisée. J'ai passé ma main dans ses cheveux noirs, encore humides de sueur.
— Au fait, a-t-il dit au bout d'un moment, je m'appelle David.
— Enchanté, David.
Nous avons éclaté de rire, tous les deux, un rire franc, libérateur.
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