Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une ville bien accueillante — Chapitre 3 · Un petit tour au pressing
Auteur
Une ville bien accueillante
Chapitre 3 · Un petit tour au pressing
Le pressing coincé entre une pharmacie et un kebab ne payait pas de mine, mais la fille derrière le comptoir avait ce petit truc qui fait oublier l’odeur de vapeur et de solvant. Vingt-cinq ans, peut-être vingt-six, un chignon serré qui tirait ses traits, des yeux noirs qui notaient tout sans en avoir l’air. Sérieuse et voulant avoir une image un peu stricte. J’ai posé le pantalon plié sur le comptoir, le gris anthracite encore marqué d’une coulure plus claire au niveau de la braguette.
— C’est pour un nettoyage, j’ai dit.
Elle a pris le vêtement, l’a déplié d’un geste sec, et ses doigts sont passés sur la tache sans appuyer. Elle a relevé les yeux.
— Quel type de tache ?
— Du sperme.
— Du sperme.
Elle n’a pas cillé. Pas un battement de cils, pas un sourire. Juste un temps d’arrêt infime, puis elle a hoché la tête et noté quelque chose sur un carnet à spirale. Sa main ne tremblait pas, mais ses lèvres se sont humectées d’un coup de langue rapide, et j’ai vu la pointe de ses seins durcir sous le chemisier blanc. Elle a marqué le mot en appuyant le stylo, comme si elle voulait le graver dans la page.
— On peut le faire. Reprenez-le demain en fin de journée.
Le lendemain, je suis passé tard, quand la devanture commençait à boire la lumière orange des réverbères. Le rideau métallique était encore levé, la porte ouverte, et l’air sentait le linge chaud et le détachant. Elle était seule. Le pantalon m’attendait sous une housse transparente, impeccable, plié comme une peau neuve. Elle l’a posé sur le comptoir, puis elle a contourné la caisse. Sa jupe collait à ses cuisses, et j’ai vu la courbe de ses hanches bouger sous le tissu pendant qu’elle marchait.
— Venez voir derrière.
Sa voix était plus basse que la veille, presque un murmure qui traînait sur les syllabes. Elle a tiré le rideau de perles qui séparait l’arrière-boutique, et je l’ai suivie sans poser de question, le pantalon encore dans la main. Derrière, la machine à repasser ronronnait dans la pénombre, et la chaleur du séchoir collait à la peau, humide et lourde. Elle s’est arrêtée près de la table de repassage, a tourné la tête vers moi, et ses lèvres se sont entrouvertes comme si elle allait dire quelque chose qu’elle ne disait jamais.
Elle ne dit rien. Elle laissa ses doigts courir sur le bord de la table de repassage, puis les fit glisser plus bas, jusqu’à la barre de métal froid, et les referma dessus comme sur une chose qu’elle connaissait. Elle se retourna lentement. Ses yeux noirs cherchèrent les miens dans la pénombre, et je vis sa poitrine se soulever plus vite sous le chemisier, les pointes dures qui tendaient le tissu.
— Votre pantalon, il était propre en revenant.
Elle marqua un temps. Sa main quitta la barre et remonta le long de sa propre cuisse, sous la jupe, sans se presser. Je vis le tissu se soulever, puis retomber quand elle retira ses doigts.
— Mais la tache, elle a laissé une trace. Une trace qui n’est pas partie au lavage. Je me demandais si vous vouliez vérifier le travail.
Elle s’approcha de la housse, l’ouvrit d’un geste lent, et sortit le pantalon. Elle le tint par la ceinture, face à moi, et je vis sa main se poser sur la tache, à l’intérieur de la cuisse, là où le tissu était le plus doux. Ses doigts s’y attardèrent, appuyant à peine, et elle releva les yeux vers moi sans retirer la main.
— Vous voulez vérifier ? Ou vous voulez que je vous montre comment elle est partie ?
Le ronronnement de la machine semblait plus fort, soudain, et je sentis la chaleur monter dans ma poitrine pendant qu’elle attendait ma réponse, sa main toujours posée sur le tissu, là où ma semence avait séché.
— Montrez-moi la trace, dis-je.
Ma voix sortit plus rauque que je ne l’aurais voulu, comme si la chaleur du séchoir m’avait pris à la gorge. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle me regarda, et dans la pénombre de l’arrière-boutique ses yeux noirs semblaient absorber ce qui restait de lumière, deux trous fixes qui ne cillaient pas. Puis elle fit un pas de côté, contourna la table de repassage, et s’arrêta derrière, le pantalon toujours suspendu à sa main par la ceinture.
— Venez, dit-elle.
Juste ça. Un mot bas, qui traîna sur la dernière syllabe comme si elle le retenait entre ses dents. J’avançai. Mes semelles collaient au sol carrelé, et le ronronnement de la machine à repasser me parut soudain plus grave, plus proche, une vibration qui montait par les jambes et se mêlait au sang. La table nous séparait encore, mais elle tendit le bras par-dessus le plateau rembourré et posa le pantalon à plat, la cuisse gauche tournée vers moi, le tissu gris anthracite étalé comme une chose offerte.
— Regardez, dit-elle.
Elle se pencha légèrement, et la lumière crue de l’ampoule qui pendait au-dessus de la table découpa son profil, la ligne tendue de son cou, le chignon serré qui tirait ses traits. Ses doigts glissèrent sur le tissu, descendirent le long de la couture intérieure, et s’arrêtèrent à l’endroit exact où la tache avait séché. Elle appuya, à peine, du bout de l’index, et je vis l’ongle s’enfoncer dans l’étoffe.
— Là. C’est là qu’elle était. Vous la voyez ?
Je me penchai à mon tour. Le pantalon était impeccable, le gris uniforme, sans la moindre auréole. Mais sous son doigt, le tissu gardait une raideur infime, une différence de texture que la lumière ne montrait pas et que la peau, elle, aurait reconnue. Je le savais parce que c’était ma semence, parce que j’avais vu la coulure plus claire sur la cuisse, au-dessus du genou, et parce que cette raideur-là, c’était ce qui restait de moi après le lavage.
— Non, dis-je. Je ne vois rien.
Elle releva la tête. Ses lèvres s’entrouvrirent, et je crus qu’elle allait sourire, mais elle ne sourit pas. Elle fit le tour de la table, lentement, et vint se placer à ma gauche, si près que je sentis l’odeur de sa peau sous l’odeur de vapeur et de solvant, une odeur chaude, salée, qui n’appartenait qu’à elle. Sa hanche frôla la mienne. Elle ne recula pas.
— Donnez-moi votre main, dit-elle.
J’obéis. Je tendis la main, paume ouverte, et elle la prit sans me quitter des yeux. Ses doigts étaient frais, un peu rêches au bout, et ils se refermèrent sur les miens avec une fermeté qui n’avait rien d’hésitant. Elle guida ma main au-dessus de la table, la fit descendre vers le pantalon, et la posa à plat sur le tissu, à l’endroit exact où elle avait frotté.
— Là, murmura-t-elle. Sentez.
Sa main recouvrait la mienne, et elle appuya, fit bouger mes doigts sur l’étoffe en un petit mouvement circulaire, comme si elle me montrait comment elle avait travaillé, comment elle avait frotté la tache avant de la passer à la machine. Le tissu était doux, tiède, et sous la pulpe de mes doigts je sentis la trace, cette infime différence de grain, une zone où la fibre était plus lisse, presque satinée, là où le sperme avait imprégné le drap de laine et où le détachant avait mordu.
— Vous la sentez ? demanda-t-elle.
Sa voix n’était plus qu’un souffle contre mon oreille. Elle s’était rapprochée encore, et sa poitrine effleurait mon bras à chaque respiration, les pointes dures qui tendaient le chemisier blanc, et je sentais la chaleur de son corps à travers le tissu. Sa main sur la mienne ne bougeait plus, mais ses doigts s’étaient glissés entre les miens, et elle les serrait, lentement, comme pour me retenir là.
— Oui, dis-je.
Je ne parlais pas du tissu. Elle le comprit. Elle tourna la tête vers moi, et son visage était si proche que je voyais les cils, les minuscules gouttes de sueur à la racine du chignon, la veine qui battait sous la peau de sa tempe. Ses lèvres s’entrouvrirent encore, et sa langue passa sur la lèvre inférieure, rapide, nerveuse.
— C’est parti au lavage, dit-elle. Mais la trace, elle, elle reste. C’est comme ça avec ce genre de tache. On a beau frotter, le tissu se souvient.
Elle retira sa main de la mienne, mais la mienne resta posée sur le pantalon, à l’endroit exact où elle l’avait mise. Elle recula d’un pas, s’adossa à la table, et ses mains se posèrent sur le rebord, de chaque côté de ses hanches. La jupe remonta légèrement sur ses cuisses, et elle ne fit rien pour la rabaisser.
— Moi aussi, dit-elle.
Le mot tomba dans la pénombre, net, précis, comme une chose qu’elle venait de décider. Elle me regardait, et dans ses yeux noirs il y avait quelque chose qui n’avait rien à voir avec le pressing, avec le carnet à spirale, avec la transaction. Quelque chose d’affamé, de patient, qui attendait depuis la veille et qui n’attendrait plus.
— Moi aussi, je me souviens, reprit-elle. De l’odeur. De la façon dont le tissu était raide, le matin, quand je l’ai déplié. J’ai passé mes doigts dessus avant de le traiter. J’ai frotté. Longtemps. Et pendant que je frottais, je pensais à vous.
Sa main droite quitta le rebord de la table et remonta le long de sa cuisse, sous la jupe, sans se presser. Le tissu se souleva, retomba, et je vis ses doigts disparaître entre ses jambes, là où la chaleur du séchoir avait déjà collé le coton à sa peau. Elle appuya, les yeux toujours dans les miens, et un frisson passa sur son visage, fit trembler ses lèvres.
— Je pensais à vous, répéta-t-elle, et à ce que vous aviez fait pour que cette tache arrive là.
Sa voix se brisa sur le dernier mot, et elle cessa de bouger, la main toujours sous la jupe, la poitrine soulevée par une respiration qui s’accélérait.
Je la sentais totalement partir dans son fantasme. Je dois avouer que la scène était plaisante car je trouvais cette femme plutôt jolie mais trop sage, l’imaginant aspirer à autre chose. Et cet autre chose, je pouvais lui offrir, du moins en partie.
— Sais-tu exactement comment cette tâche est arrivée là ? Petit silence. C’est à cause de ma soumise qui n’a pas su contrôler ma jouissance. Pause. J’espère que tu sauras être meilleure qu’elle.
Elle ne répondit pas tout de suite. Sa main resta entre ses cuisses, immobile, comme si mes mots avaient suspendu quelque chose en elle. Puis elle la retira lentement, et je vis ses doigts briller dans la pénombre quand elle les posa sur le rebord de la table.
— Votre soumise, dit-elle.
Ce n’était pas une question. Elle goûtait le mot, le faisait rouler sur sa langue comme une chose qu’elle n’avait jamais prononcée à voix haute et qui lui appartenait déjà.
— Elle n’a pas su contrôler votre jouissance. Et vous l’avez punie.
— Oui.
— Comment ?
— Oui.
— Comment ?
Le mot claqua, sec, précis. Ses yeux noirs ne me quittaient pas, et je compris qu’elle ne me demandait pas un détail, qu’elle me demandait une preuve. Qu’elle voulait savoir si j’étais capable de faire ce que je laissais entendre, ou si je n’étais qu’un homme avec un pantalon taché et des mots trop grands pour lui.
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Commentaires ()
C'est superbement bien décrit. Merci à vous pour ce délicieux récit.