Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le salon de coiffure — Chapitre 1 · Une fin de journée inattendue
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le salon de coiffure
Chapitre 1 · Une fin de journée inattendue
Le salon de coiffure avait changé de nature depuis la fermeture. D'ordinaire bruyant, saturé de voix et de sèche-cheveux vrombissants, il s'était mué en quelque chose d'autre : un espace suspendu, presque intime, que la pénombre avait rendu méconnaissable. La grande baie vitrée donnait sur une rue déserte. Une lampe halogène posée sur la console du fond diffusait une lumière ambrée, chaude, qui captait les flacons en verre alignés sur les étagères et les transformait en petites pierres précieuses. Il était vingt heures douze.
Je poussai la lourde porte vitrée avec l'impression confuse de commettre une petite infraction. Mes talons claquèrent sur le carrelage : un bruit trop net, trop présent dans ce silence cotonneux. Je serrai la lanière de mon sac. J'avais passé la journée à courir, à gérer les derniers détails du mariage de Clara, à calmer ses angoisses tout en avalant les miennes, et mes cheveux mi-longs s'en ressentaient. Ondes défaites, racines fatiguées. Une tête de fin de monde, pour le jour le plus important d'une de mes meilleures amies. C'est pour ça que j'étais là.
Lucie émergea de l'arrière-boutique. Je la connaissais à peine : deux, trois visites en quelques mois, toujours dans la cohue du mercredi après-midi. Ce soir-là, c'était différent. Elle avançait avec une fluidité détendue, comme quelqu'un qui se déplace chez soi. Sa longue robe noire, d'un tissu fin, bougeait librement autour d'elle à chaque pas. Ses cheveux bruns tombaient jusqu'au creux de ses reins. Elle me sourit, un sourire calme, sans le vernis professionnel habituel.
— Bonsoir, Manon. Entre, je t'en prie. J'éteins l'enseigne et je referme le volet métallique derrière toi. Tu es la dernière ce soir, comme ça nous ne serons pas dérangées.
— Je suis vraiment désolée de t'imposer ça, bafouillai-je. Sophie m'avait prévenue que c'était compliqué hors des horaires habituels… Demain c'est le mariage d'une amie, je serai son témoin. Je ne pouvais pas y aller avec cette tête-là. Je te paierai les heures supplémentaires, bien sûr.
Elle secoua doucement la tête.
— Ce n'est rien. Cela me fait plaisir de rendre service. Tu as l'air épuisée par ta journée. Viens, dépose tes affaires.
D'un geste tranquille, elle m'indiqua le grand fauteuil de cuir noir devant les bacs à shampoing. Je m'avançai et m'assis. Le cuir était frais.
Elle est vraiment belle cette fille, pensai-je distraitement, sans m'y attarder. Vingt-trois ans à peine, et ce calme...
Lucie déploya une ample serviette noire, épaisse et douce, et la passa autour de mes épaules avec une lenteur cérémonieuse. Quand ses doigts effleurèrent la peau de ma nuque pour ajuster la fermeture, je retins mon souffle une fraction de seconde. Un contact bref, parfaitement professionnel. Je n'y pensai plus.
Lucie avait eu une longue journée. Cinq clientes, une formation en début d'après-midi, les jambes lourdes. Elle n'attendait plus rien de ce vendredi soir quand Sophie, la patronne, l'avait appelée. Elle avait failli dire non. Et puis elle avait donné son accord, ce genre de service rendu, ça comptait. Elle aimait ça, au fond, ces moments hors cadre. Le salon vidé de son agitation, juste elle, ses mains et le silence.
Manon était entrée et Lucie l'avait regardée s'avancer avec ce mélange de crispation polie et d'épuisement qu'elle reconnaissait bien chez les femmes qui portaient tout sur leurs épaules sans jamais le dire. Jolie, vraiment jolie. Ce crop-top noir qui soulignait une poitrine ferme et généreuse, ce jean slim qui dessinait des hanches rondes. Lucie n'y avait pas attaché d'importance particulière. Elle avait juste noté, comme elle notait toujours la matière d'une couleur ou la qualité d'une lumière. Une appréciation simple, sans arrière-pensée.
— Bascule la tête en arrière, lui dis-je. Ferme les yeux. Laisse la journée derrière toi.
Le lavage commença. L'eau tiède coula sur mon crâne et je laissai échapper un long soupir que je n'avais pas vu venir. La chaleur se répandit sur mes tempes, inonda ma nuque, glissa en rigoles fines derrière mes oreilles. Les mains de Lucie entrèrent dans mes cheveux avec une assurance qui n'avait rien de brusque : fermes, précises. Elle appliqua un shampoing à l'odeur de fleurs blanches légèrement ambrées et commença à masser. Ses doigts cherchèrent les nœuds de tension au-dessus des oreilles, à la base du crâne, et quand ils appuyèrent là, juste là, quelque chose dans mon bas-ventre se contracta sans prévenir, une réponse animale, absurde, que je chassai en inspirant plus fort.
Pour rompre ce silence qui commençait à m'embarrasser sans raison, je me mis à parler. Le plan de table du mariage. Les angoisses de Clara. Ma robe ajustée que je priais de ne pas la tacher. Des mots pour remplir l'air, pour occuper l'espace entre elle et moi.
Lucie répondait par bribes, ses doigts ne s'arrêtant pas, allant et venant dans mes cheveux avec cette patience particulière qui me donnait envie de continuer à parler juste pour prolonger le geste.
— Et toi ? dit-elle doucement, après un silence. Demain, au milieu de tout ça... comment tu te sentiras ?
Je fus surprise par la question. Moi ? Je répondis sans vraiment réfléchir.
— Bien, je pense. Je serai heureuse pour elle. Antoine, mon mari sera là. Nous sommes très soudés, tous les deux.
— C'est bien, dit-elle. Ça se sent ou pas, ces choses-là, dans la façon qu'a quelqu'un de parler de son couple.
Je ne sais pas pourquoi, du coup je continuai sur cette lancée. Peut-être la pénombre, le relâchement, l'eau chaude encore dans mes cheveux. Je lui parlai d'Antoine. De sa gentillesse. Sans trop que je sache pourquoi, je finis même par aborder notre vie sexuelle que je qualifiai de belle, de régulière, d'attentive.
— Nous sommes bien ensemble. Vraiment.
Pourquoi est-ce que je lui dis tout ça ? Pourquoi est-ce que j'en rajoute ?
Lucie ne répondit pas immédiatement. Elle rinça le shampoing, laissant l'eau envahir le silence. Puis elle appliqua un masque, et ses gestes devinrent plus lents, plus glissants. Sa voix, quand elle reprit, n'avait rien d'inquisiteur. Elle était simplement... curieuse.
— La régularité, l'attention c'est très appréciable dans un couple. Mais qu'est-ce qui te fait vraiment trembler, Manon ? Qu'est-ce qui te fait perdre pied ?
La question s'infiltra dans mon ventre avant que mon cerveau ait eu le temps de l'intercepter. Une sensation précise, comme si elle avait posé les mains non pas sur mon crâne mais entre mes cuisses. Je croisai fermement les chevilles. Je sentis mon sexe se gonfler, une turgescence lente, involontaire, contre laquelle je ne pouvais rien. Je n'avais pas de réponse. Ou plutôt, la réponse était en train de se produire d'elle-même, silencieuse, humide, à l'abri de mon jean.
— Je contrôle bien ma vie, répondis-je après un moment d'hésitation. Et ça me va très bien comme ça.
C'était la vérité. Enfin, je croyais que c'était la vérité.
Lucie ne releva pas. Ses doigts glissèrent vers mes trapèzes, appuyant sur les zones tendues avec une précision qui m'arracha un soupir malgré moi. Elle parla alors, de façon plus personnelle, comme si elle se confiait autant qu'elle questionnait.
Elle parla de Paul, son copain avec qui elle vivait depuis plus d'un an, puis aborda également sa vie intime, décrivit ce qu'elle aimait, elle. Être regardée, et voir le désir de l'autre, être explorée et explorer à son tour. Elle utilisait des mots précis, sans vulgarité, d'une simplicité directe, ce qui était presque pire. Chaque phrase de Lucie tombait dans le silence comme une pierre dans l'eau, et l'onde m'atteignait au creux de mon sexe.
Je l'écoutais. Des flashs me venaient, d'elle et son homme. Je la voyais nue, ses longs cheveux bruns balayant les draps, sa croupe relevée, offerte, gémissante sous lui. Lucie le chevauchant, fichée sur lui, la tête reversée en arrière. Les images se succédaient et mon sexe se crispait tout seul, se contractait en spasmes brefs sans que je m'en rende vraiment compte, portée par ses paroles et mon imagination. J'aurais dû changer de sujet. Je n'en avais aucune envie.
Lucie ne cherchait à rien. Elle parlait parce que le silence avait une qualité particulière ce soir-là, et parce que cette femme, en face d'elle, l'intéressait. Pas d'une façon calculée. Plutôt comme on s'intéresse à quelqu'un qui porte quelque chose de lourd sans s'en rendre compte. Il y avait dans la façon dont Manon parlait de sa vie, ordonnée, comblée, une espèce de tension contenue qui lui semblait familière.
Elle ne pensait à rien de plus qu'un moment de complicité entre femmes qui se confient sur leurs vies.
Le soin prit fin dans une lenteur agréable. Lucie enveloppa mes cheveux dans une serviette sèche et fit pivoter le fauteuil vers les grands miroirs de la salle de coupe.
Je me levai, dans cet état vague et cotonneux qui suit les bons soins capillaires.
— Viens. Nous allons passer au séchage.
Je m'installai dans le fauteuil face au miroir. Lucie s'activa autour de moi avec la concentration calme qu'elle mettait à tout. Le sèche-cheveux tournait, la brosse ronde sculptait, lissait, donnait du corps à mes mèches. Dans le miroir, nos regards se croisaient parfois, le sien tranquille, professionnel, le mien... je ne savais pas comment décrire le mien.
Ce fut quand elle se pencha pour étirer une mèche du bas que je vis. La robe noire bailla légèrement à l'encolure. Elle ne portait pas de soutien-gorge. La courbe d'un sein, l'aréole sombre, brièvement offerte à ma vue avant qu'elle se redresse. Je détournai les yeux. Les ramenai. Les détournai à nouveau.
Arrête. Mais qu'est-ce qui me prend ?
Mais quelque chose s'était installé, un inconfort qui n'en était pas vraiment un, une chaleur dans le bas du ventre que je mis sur le compte de la fatigue, de la surchauffe du sèche-cheveux, de n'importe quoi d'autre. Chaque fois que Lucie contournait le fauteuil, sa hanche frôlait mon accoudoir. Chaque fois qu'elle se penchait au-dessus de moi, son odeur, cette senteur de peau chaude et de soin mêlés, m'arrivait dessus sans crier gare.
Ce n'est rien. C'est juste la chaleur. Je suis stressée par ce mariage.
Mais le bas de mon ventre ne m'écoutait plus depuis longtemps.
Le sèche-cheveux s'éteignit. Le silence retomba, total, presque assourdissant.
Lucie contourna le fauteuil, se plaça dans mon dos. Dans le miroir, je la vis sourire, fière du résultat. D'une main, elle détacha la fermeture de la cape protectrice. De l'autre, dans un geste fluide, elle la retira.
Je baissai les yeux.
La honte fut immédiate, absolue, dévastatrice.
Sur mon jean, une large tâche sombre et humide s'épanouissait de façon parfaitement visible, large, indiscutable, s'étirant le long de mon entrejambe et sur l'intérieur de mes cuisses. L'odeur de ma propre excitation, de mon sexe inondé, monta dans l'air. Mon visage s'empourpra jusqu'aux racines.
Je plaquai mes mains dessus. Trop tard. Je voulais disparaître. Me lever, partir, ne plus jamais remettre les pieds ici.
Non. Non, non. Je suis mariée. Je suis venue faire coiffer mes cheveux. Je suis juste... stressée, c'est tout…
Les pensées tourbillonnaient dans ma tête, ridicules face à la preuve humide sur mon jean.
Lucie ne bougea pas. Dans le miroir, je vis son visage changer, une fraction de seconde, quelque chose passa dans ses yeux que je n'avais pas vu avant. Pas de la moquerie. Pas de la froideur. Quelque chose entre une franche surprise et une douceur nouvelle.
Elle a vu. Mon Dieu.
Lucie avait retiré la cape sans arrière-pensée, comme elle le faisait des centaines de fois par mois. Et puis elle avait constaté.
Elle était restée immobile une seconde, une vraie seconde de suspension. Ce n'était pas de la gêne. C'était autre chose. Quelque chose qui se mettait à battre dans sa poitrine. Puis l'odeur l'avait atteinte, dense, animale. Le genre d'odeur qui ne ment pas. Ses propres lèvres se gonflèrent sous sa robe. Elle sentit une pulsation naître entre ses cuisses, insistante. Manon. Cette femme qui lui avait parlé de sa vie rangée, de son mari attentif, de sa vie sexuelle comblée. Cette femme était excitée au point d'en tremper son jean, juste en l'écoutant parler, juste sous ses mains, dans ce salon silencieux. Sans qu'elle ait posé le moindre geste équivoque.
Lucie n'avait absolument pas planifié ça. Elle n'avait rien cherché. Mais quelque chose en elle, maintenant qu'elle voyait cette réalité-là, n'avait plus envie de faire comme si.
Elle sentit une torpeur précise se déployer dans son ventre. Elle regarda Manon dans le miroir, les mains crispées sur ses cuisses, le visage écarlate, les lèvres entrouvertes par la panique. Et elle trouva cette femme absolument splendide dans son abandon involontaire. Vulnérable et désirable d'une façon qu'elle n'aurait pas su anticiper une heure plus tôt.
Elle prit une longue respiration. Elle réfléchit, brièvement. Il y avait quelque chose à faire ici, ou il y avait quelque chose à ne pas faire. Elle n'avait pas encore pris de décision. Mais voir cette femme souffrir de honte toute seule, ça, elle n'en était pas capable.
— C'est ma voix qui t'a mise dans cet état, Manon ?
Le murmure était doux, sans une once de reproche.
Une larme unique roula sur ma joue. Je ne pouvais pas articuler. Mes mains restaient crispées sur ma honte.
Lucie fit le tour du fauteuil. Elle s'avança lentement, se pencha vers moi, et posa une main chaude et ferme sur mon épaule.
— Il n'y a aucune honte, dit-elle. Ici, vraiment aucune. Mais tu ne peux pas ressortir dans la rue comme ça. Tu le sais.
Je levai les yeux vers elle. Elle parlait sérieusement.
— Le denim, ça met longtemps à sécher tout seul. Laisse-moi t'aider. Je passe le sèche-cheveux dessus et sur ta culotte, cela prendra juste quelques minutes. Tu ressortiras comme tu es entrée, et personne n'en saura jamais rien.
C'était... parfaitement raisonnable. C'était une solution pratique. C'était la seule option sensée.
— D'accord, articulai-je dans un souffle.
Lucie s'agenouilla devant elle avec une lenteur calme. Elle ne voulait pas la brusquer, la rassurer plutôt. Elle ne voulait pas non plus mentir à ce qu'elle ressentait en ce moment, ce mélange de tendresse et de désir naissant qui n'avait rien d'agressif, mais qui était bien là dans son propre corps, réel, irréfutable.
Elle déboutonna le jean. Le son métallique du bouton, le grincement du zip.
Et là, elle s'y attendait, et pourtant ça la traversa comme une onde, l'odeur. Sexuelle, dense, musquée. Entêtante. Lucie sentit quelque chose se contracter plus fort dans son ventre.
Elle glissa ses doigts dans la ceinture du jean, plaça ses pouces sous l'élastique de la culotte de dentelle noire. Elle fit descendre les deux ensemble, lentement. Le tissu résista un instant au niveau du pubis, collé à la peau par l'humidité. Quand il se décolla, ce petit bruit d'aspiration, cette succion intime, Lucie découvrit la vulve de Manon. Gonflée, les grandes lèvres écartées, les petites lèvres visibles et brillantes comme si on les avait laquées. Un fil de cyprine s'étira du tissu à la chair, se rompit, retomba sur la cuisse en une perle translucide. Lucie dut retenir son souffle. Elle sentit sa propre mouille imprégner son sexe sous sa robe, et dut lutter contre l'envie de goûter, de passer sa langue sur ce fil, tout de suite, sans attendre.
Elle finit d'ôter le jean et la culotte de Manon, puis se redressa. Elle attrapa le sèche-cheveux.
Mais elle ne l'alluma pas tout de suite.
Elle regarda. Juste un instant. Manon, assise là, nue de la taille aux chevilles, les cuisses légèrement serrées, le visage détourné avec une honte qui était aussi, indéniablement, une offrande. La vulve gonflée, les lèvres luisantes, cette humidité qui témoignait de tout. sans qu'un mot soit nécessaire.
Lucie posa le sèche-cheveux sur la console.
Elle n'allait peut-être pas sécher ce jean tout de suite finalement.
Elle glissa une serviette blanche sous mes fesses pour protéger le cuir, avec la même attention qu'elle avait mise à préparer tous les autres soins. Je regardais le sol. Je ne pouvais pas lever les yeux. J'étais assise là, nue de la taille aux chevilles, avec juste mon haut, crop-top et soutien-gorge, encore sur moi, comme les derniers remparts d'une vie ordonnée.
— Regarde-moi, dit-elle doucement.
Je relevai la tête, mon coeur battant à un rythme affolé dans ma poitrine. Son visage était à hauteur du mien, ses yeux sombres parfaitement calmes.
— Tu es belle. Vraiment. Et ce qui vient de se passer, le fait que ton corps ait répondu comme ça, c'est quelque chose de vraiment précieux, pas quelque chose dont tu dois avoir honte.
— Je suis mariée, soufflai-je.
— Je sais. Je suis en couple aussi.
Il y eut un silence.
— J'aurais pu allumer le sèche-cheveux, reprit-elle. Je pourrais encore. C'est toi qui décides.
Je regardai ses mains. Ces mains qui avaient passé l'heure précédente dans mes cheveux, sur ma nuque, mes épaules. Je pensai à Antoine. À demain. À la femme rangée et comblée que j'étais censée être.
Et puis je ne pensai plus à rien. Juste à cette pulsation entre mes cuisses, impérieuse, qui n'attendrait pas une minute de plus
— Ne l'allume pas maintenant.
Quelque chose se dénoua dans la poitrine de Lucie à ces mots. Pas de la victoire, plutôt du soulagement. La décision était prise. C'était tellement inattendu. La curiosité et le désir qui s'étaient développés en elle en découvrant Manon dans cet état, allaient pouvoir trouver un exutoire.
Elle s'agenouilla entre les cuisses de Manon. Elle les écarta doucement, centimètre par centimètre. Manon ne résistait pas, elle tremblait légèrement, ses mains agrippées aux accoudoirs, son souffle court et régulier.
Lucie laissa ses doigts remonter le long des cuisses frémissantes. Elle ne se dépêchait pas. Elle voulait connaître, pas simplement toucher. Il y avait une grande différence.
Elle trouva la chair gonflée, brillante, les lèvres entrouvertes d'où s'étiraient les traces de tout ce que Manon avait contenu sans le savoir. Lucie sentit sa propre chaleur s'intensifier, sa gorge se serrer d'une façon agréable. Elle voulait que ça soit bon. Vraiment bon.
La première caresse fut légère, ses doigts sur l'aine, remontant sur l'intérieur de mes cuisses, traçant des sillons invisibles sans jamais toucher là où j'en avais besoin. Chaque passage envoyait une décharge vers mon clitoris qui réclamait violemment le contact. Je contractai les muscles. Je ne dis rien.
Je n'avais jamais désiré aussi fort que maintenant.
Lucie s'arrêta. Elle releva les yeux vers ma toison blonde, légèrement ébouriffée par le retrait du jean. Un sourire malicieux sur ses lèvres.
— Je peux ?
Elle désigna ma toison d'un mouvement du menton.
— J'aime finir ce que je commence.
Le rire que ça m'arracha me surprit moi-même. Un rire bref, incrédule, qui défit quelque chose de tendu dans ma poitrine.
— Je t'en prie, dis-je.
Lucie aimait les transitions, les zones de passage entre un état et un autre. Ce moment-là en était un. Elle prit le petit ciseau de finition avec la précision du geste habituel, mais rien dans la situation n'était habituel. Elle le savait, et cela lui plaisait.
Le contact froid du métal si près de cette chair brûlante fit tressaillir Manon. Lucie prit son temps. Le petit clic-clac des lames, l'effleurement microscopique des poils courts, elle sentait chaque frisson de Manon comme si c'était le sien.
Puis elle attrapa le blaireau à poils très souples. Elle le fit glisser sur le mont de Vénus pour ôter ce qu'elle venait de tailler, avec des gestes larges et lents. Et parfois, pas par accident, par une curiosité délibérée et tendre, la brosse balayait jusqu'au clitoris à nu de Manon.
Chaque fois, Manon tentait de retenir quelque chose. Un gémissement, un soupir, un mouvement du bassin. Lucie en ressentait l'écho dans sa propre chair, une moiteur grandissante sous sa robe.
À chaque frôlement des poils sur mon clitoris, un son étranglé m'échappait. Mon sexe se contractait tout seul, expulsant un peu plus de mouille qui coulait lentement jusqu'à mes fesses. J'eus le temps d'une pensée lucide : heureusement qu'elle a mis une serviette sous moi. L'électricité remontait sur toute ma colonne vertébrale. Mon bassin se soulevait seul, mendiant plus de pression. Je n'essayais plus de m'en empêcher.
Lucie posa ses outils. Elle se redressa sur ses genoux et posa ses mains sur mes cuisses. Elle croisa mon regard.
— Tu es absolument majestueuse comme ça. Il est hors de question que je te laisse dans cette détresse.
Ce furent ces mots qui firent basculer quelque chose de définitif en moi.
Elle se releva et se pencha vers moi. Le premier baiser fut hésitant. Nos lèvres se touchèrent d'abord à peine, une caresse timide, presque une question. Je sentis la pulpe des siennes, plus pleine que celle d'Antoine, plus douce. Et puis je la rattrapai. Ma bouche s'entrouvrit. Sa langue glissa contre la mienne, une intrusion lente, chaude, au goût de thé exotique. Le baiser devint profond, vorace. Nos langues se cherchaient, se repoussaient, s'enroulaient. Le bruit mouillé de nos bouches emplit le salon. L'excitation me vrilla le ventre.
Je l'embrassais. J'embrassais une femme. Mon mari existait quelque part dans le monde réel, à quelques kilomètres d'ici. Et je m'en trouvais incapable de m'arrêter.
Sans rompre le baiser, ses mains saisirent l'ourlet de mon crop-top. Elle le fit glisser par-dessus ma tête. Elle dégrafa mon soutien-gorge bandeau d'un geste sûr. Mes seins jaillirent, les mamelons dressés par l'excitation.
Lucie descendit ses baisers dans le creux de ma gorge, sur ma clavicule, puis plus bas. Elle cueillit un sein dans chaque main, soupesa leur poids, les massa avec une lenteur avide. Ses pouces frôlaient mes aréoles sans les toucher, les contournaient, et cette attente me fit gémir. Puis sa bouche se ferma sur mon téton gauche. L'aspiration fut lente, profonde, sa langue râpeuse enroulée autour de la pointe durcie. La connexion entre ce sein et mon clitoris fut instantanée, fulgurante, comme si un fil brûlant les reliait. Je me cambrai si brusquement que mon dos quitta le dossier. Un son rauque, guttural, que je ne reconnus pas comme le mien, emplit le salon de coiffure. Elle tira sur le téton en aspirant plus fort, et je sentis les battements dans mon sexe répondre à chaque succion.
Sa main descendit pendant que sa bouche aspirait toujours mon sein. Ses doigts parcoururent mes cuisses, recueillirent sans pudeur toute cette cyprine qui m'avait trempée, l'étalèrent sur mes grandes lèvres en un doux massage circulaire qui m'arracha un cri. Puis ils se glissèrent en moi : un doigt, d'abord, qui ne rencontra aucune résistance tant j'étais ouverte, dilatée, prête. Un deuxième suivit. Elle les courba vers le haut, en crochet, et chercha.
Ils trouvèrent quelque chose.
Une zone engorgée, spongieuse, que personne, ni Antoine, ni personne avant lui n'avait touchée, du moins pas de cette façon. Le choc fut immédiat. Pas une décharge électrique : une vague lourde, massive, irradiant depuis l'intérieur de mon ventre, derrière l'os pubien, comme si on pressait un fruit trop mûr prêt à éclater.
— Oh mon Dieu... hoquetai-je, les larmes aux yeux. Qu'est-ce que...
Au début, la pression fut si intense que la panique me saisit, une urgence sourde, instinctive, qui me fit vouloir me refermer.
— Laisse-moi faire, dit Lucie contre mon sein, ses doigts maintenant leur mouvement implacable. Ouvre-toi. N'aie pas peur de ce que tu ressens. Donne-le-moi.
Je lâchai.
Le premier orgasme éclata. Il monta du creux que les doigts de Lucie martelaient, se déploya dans mon ventre en cercles concentriques, puis m'emporta d'un seul bloc. Long, ravageant. Je sentis mon sexe se contracter autour de ses doigts en spasmes rapides. Mes cuisses claquèrent contre ses épaules. Un flot chaud coula sur ses phalanges, sur la serviette, et je restai pantelante, les jambes secouées de tremblements frénétiques que je ne commandais pas.
Lucie sentit l'orgasme de Manon contre ses doigts : les contractions rythmées, la chaleur, l'humidité qui redoublait. Elle en ressentit une satisfaction profonde et physique, presque aussi intense que le plaisir qu'elle venait de donner. Ce n'était pas seulement de la fierté, c'était quelque chose de plus tendre que ça.
Puis elle retira ses doigts avec précaution. Elle les regarda briller sous la lumière ambrée. Elle porta ses doigts à sa bouche et les lécha lentement, les yeux dans ceux de Manon. Elle était curieuse de découvrir. Et elle voulait que Manon la voie faire ça.
Lucie pensa à Paul, brièvement. Sans culpabilité, plutôt avec cette lucidité calme qui suit les choses vraies. Il ne saurait pas. Elle se saurait pas comment lui expliquer que ça n'avait rien à voir avec lui. Que c'était autre chose. Une curiosité qui avait trouvé une réponse ce soir, dans ce salon silencieux, avec cette femme-là.
Je la regardai. Mon souffle était encore court, ma vue légèrement brouillée. Je la vis porter ses doigts à sa bouche, les lécher avec une lenteur ostensible, nettoyer ce qui était mon désir avec une gourmandise calme.
Quelque chose d'ancestral et de brûlant se réveilla en moi.
Elle avança ses doigts, encore humides, vers mes propres lèvres. Je les ouvris. Je me goûtai moi-même, sur la peau de la femme qui venait de me faire jouir. Le parfum musqué sur ma langue acheva de pulvériser ce qui restait de ma vie bien rangée.
Avec une assurance tranquille, Lucie empoigna mes chevilles et écarta mes jambes au maximum. Ses yeux quittèrent les miens et elle vint enfouir son visage dans mon sexe.
Lucie ferma les yeux. L'odeur était ici plus forte, plus intime, un musc salé, légèrement acidulé, qui lui emplit les narines et la fit saliver. Elle tira la langue et la posa à plat sur toute la longueur de la vulve, des grandes lèvres gonflées au périnée tendu. Le goût était exactement ce qu'elle avait imaginé : enivrant, vivant. La cyprine de Manon avait la texture d'un miel léger, et Lucie la but comme on boit après une longue soif.
L'air frais disparut sous la chaleur de son souffle. Sa langue s'étala sur toute ma vulve, large et plate, et je poussai des cris que le salon vide absorba sans répondre. Ce n'était plus la profondeur lourde des doigts, c'était une acuité insoutenable, vive, précise. Elle alternait : de grands coups lents couvrant tout l'espace, puis une précision diabolique sur mon clitoris déjà si sensibilisé. Puis, ses doigts rentrèrent à nouveau, relançant la tension interne.
Entre les deux feux, je perdis le contact avec la réalité.
Je trompais. Je trahissais tout ce que je croyais être, pour moi-même, pour les autres. Et je voulais que ça dure encore.
Mes mains s'emmêlèrent dans sa chevelure brune sans que je m'en rende compte. Je guidai sa bouche contre moi toute honte disparue. Elle murmurait contre ma chair des mots que j'entendais à peine mais que je sentais vibrer.
Le deuxième orgasme m'emporta, chaotique, intense, magnifiquement vocal. Je manquai de glisser du fauteuil.
Quand je rouvris les yeux, Lucie s'était relevée. Elle se plaça, face à moi, devant le miroir. D'un seul geste, les mains croisées sur la nuque, elle souleva sa robe et l'extirpa par le haut. Le tissu chuta au sol avec le son d'un drapé qui glisse. Elle fit descendre son string blanc le long de ses jambes avant de l'envoyer plus loin d'un geste de la cheville.
Lucie était nue. Absolument magnifique. Ses seins lourds se tenaient haut, les aréoles larges et sombres, les pointes brunes dressées et dures. Son ventre plat descendait en courbe douce vers un pubis intégralement épilé, lisse, d'une pâleur nacrée sous la lumière ambrée, une nudité totale, sans équivoque, qui rendait le reste encore plus visible. Ses hanches amples s'ouvraient sur des cuisses pleines et fermes. Sa peau avait la couleur du miel, chaude, continue, sans un accroc. Et elle me regardait comme si j'étais la personne la plus précieuse qui soit.
Elle s'assit sur la grande desserte basse, écarta les cuisses sans hâte, inclina légèrement le bassin vers moi. Et elle commença à se toucher. Ses propres doigts, sur son corps, en me fixant.
Ils descendirent d'abord sur son ventre, effleurant le bas de l'abdomen, puis glissèrent sur le pubis nu avec une lenteur qui n'avait rien d'accidentel. Sa vulve était déjà gonflée, les grandes lèvres légèrement écartées, et entre elles, les petites lèvres, d'un rose sombre, luisantes, débordaient à peine, comme pressées de l'extérieur. Elle fit courir deux doigts joints le long de la fente, de haut en bas, juste assez pour en étaler l'humidité, sans s'y enfoncer. Puis elle remonta, trouva son clitoris du bout du pouce et traça des cercles lents, d'une précision tranquille, comme quelqu'un qui connaît parfaitement le chemin.
Sa respiration changea. Pas de façon spectaculaire : un souffle qui se creusa, les narines qui s'élargirent. Ses cuisses s'ouvrirent davantage d'elles-mêmes, par réflexe. Son autre main remonta jusqu'à son sein, saisit le téton entre l'index et le majeur, tira doucement. Sa lèvre inférieure disparut entre ses dents.
Elle ne jouait pas. Elle se donnait du plaisir, vraiment, devant moi, avec moi comme unique spectateur. Et elle gardait les yeux dans les miens. Pas pour me provoquer. Pour partager.
Je n'avais jamais vu ça. Je n'avais jamais désiré voir ça.
Une force que je ne connaissais pas me souleva du fauteuil. Mes jambes tremblaient. Je m'avançai vers elle, et la couvris de baisers : sa gorge, ses seins, son ventre. Les mains de Lucie encadrèrent ma nuque avec une douceur absolue.
— Descends plus bas, mon ange. Viens voir.
Mon visage plongea entre ses jambes.
Mes premières approches furent hésitantes, maladroites, la langue à plat, trop prudente, cherchant sans trouver. Je ne savais pas. Mais elle posa une main dans mes cheveux, sans brusquerie, et commença à chuchoter.
— Pas de côté... le plat de ta langue... plus fort en haut... voilà... aspire-moi doucement.
Je me transformai.
J'appris vite. La topographie de son sexe devint familière sous ma bouche, les petites lèvres gonflées que je pouvais prendre en douceur entre les miennes, la façon dont elle tressaillait quand le bout de ma langue effleurait le capuchon de son clitoris, la différence entre appuyer et aspirer, entre balayer et insister. Elle continuait à murmurer, mais les mots se raréfièrent, remplacés par une respiration qui se brisait, des syllabes sans forme. Sa main cessa de guider et se contenta de tenir.
La courbe de ses plaintes s'aiguisa. Un gémissement continu, qui montait par paliers chaque fois que j'insistais au bon endroit. Elle perdit son flegme d'un coup, la tête en arrière, le menton vers le plafond, les deux mains enfouies dans mes cheveux. Ses cuisses se refermèrent sur mes tempes et me tinrent là, fermement, sans brutalité, comme pour ne pas me laisser m'arrêter.
Elle rugit. Un son long, sans retenue, qui rebondit sur le carrelage et les miroirs. Son bassin se souleva deux fois, trois fois, par saccades, et ses doigts se crispèrent dans mes cheveux au rythme des spasmes, jusqu'à ce qu'ils s'apaisent enfin, lentement, comme une vague qui se retire.
Elle m'attira vers elle. Nous nous enlaçâmes debout, trempées de sueur, nos ventres brûlants collés l'un à l'autre.
Puis Lucie me fit pivoter. Doucement mais franchement, elle m'orienta vers le miroir. Dans la paroi, nos reflets nous regardaient.
Je me vis. Vraiment. Les seins nus, le souffle encore haché, le sexe brillant, le visage transformé par l'abandon. Et derrière moi, Lucie. Son corps satiné pressé contre mon dos, ses tétons durs contre mes omoplates, son pubis chaud et humide écrasé contre mes fesses.
Sa bouche commença à tracer des morsures légères et des coups de langue sur ma nuque, remontant vers le lobe de mon oreille.
— Regarde-toi, murmura-t-elle. Regarde. Pas d'artifices. Rien que toi.
Je regardai. Je ne me reconnaissais pas tout à fait. Ou peut-être que je me reconnaissais enfin.
De sa main gauche, Lucie saisit mon sein, le pétrit, fit rouler le mamelon entre ses doigts, faisant varier la pression. Sa main droite, elle, se saisit de quelque chose posé sur le plan de travail.
Un peigne professionnel. En corne noire polie, massif, terminé par un long manche cylindrique arrondi, lisse et froid.
Je vis sa main se lever dans notre reflet. La panique et le désir explosèrent ensemble.
— Non. Oui. Ne t'arrête pas.
Le manche froid effleura mes lèvres brûlantes, un contraste si vif que tout mon corps tressaillit. Lucie le fit glisser le long de ma fente, de haut en bas, comme pour l'enduire de ma propre mouille. Puis elle le positionna à l'entrée de mon sexe. La pointe arrondie écarta mes petites lèvres. Elle poussa et le froid de la corne à l'intérieur de ma chaleur me fit hoqueter. Je sentais chaque centimètre s'enfoncer, m'ouvrir, étirer mes parois intimes. Le manche était lisse, dur, impitoyablement régulier.
— Ahh... Lucie... non... je t'en supplie, c'est trop...
— Ne t'arrête pas maintenant, mon cœur. Laisse le te remplir, accueille-le pleinement.
La pénétration fut longue, profonde, inexorable. Lucie inclina l'angle du manche vers le haut, alla chercher cette zone spongieuse et engorgée qu'elle avait déjà trouvée avec ses doigts. Le rythme s'installa : lent, régulier, implacable. Son bassin rythmait contre mes fesses le même tempo.
Je me décomposai.
Antoine. Pardon. Je veux être possédée exactement comme ça. Je veux que ça ne s'arrête jamais.
La pression augmentait, Lucie poussait le manche, tout au fond de moi, le ressortant et le replongeant plus loin encore. Le rythme s'accélérait. Le clapotement du manche dans ma chair mouillée emplissait la pièce. Lucie vrilla mon mamelon jusqu'à la limite de la douleur, son bas-ventre s'écrasant contre moi en soutien rythmique.
Le troisième orgasme ne fut pas une vague. Ce fut une détonation.
Je hurlai, un cri animal, déchiré, qui résonna contre les miroirs. Mon sexe explosa en contractions violentes autour du manche, l'aspirant, l'expulsant, l'aspirant encore. Je me vidai. Un flot de cyprine gicla, je le sentis couler sur mes cuisses, sur les mains de Lucie, sans pouvoir le retenir. Ma tête bascula contre le visage de Lucie, mes jambes se dérobèrent. Elle me maintint debout d'une main ferme sur mon sein, l'autre guidant le peigne à travers les derniers spasmes qui continuaient de me secouer comme des décharges. Je m'épanchai longuement, sanglotant sous toutes les tensions qui se libéraient d'un coup, la tête absolument vide.
La descente fut lente. Lucie amortit chaque réplique, puis retira le manche avec déférence. Elle le laissa retomber sur le marbre. Elle attrapa mes épaules tremblantes et me fit pivoter.
Face à face. Nues. Ruisselantes.
Je tombai contre elle et cachai mon visage dans le creux de son cou. Je m'agrippai à elle comme si elle était le seul point fixe. Elle m'enveloppa de ses bras sans un mot, nous berçant doucement dans le silence revenu.
Les larmes se tarirent. Un rire nerveux m'échappa : incrédule, stupéfait de moi-même.
Ce que je venais de faire. Ce que je venais d'être.
Lucie sourit. Elle déposa un baiser long sur le sommet de mon crâne, essuya doucement le sel sur ma lèvre inférieure gonflée.
— Ce que nous venons de faire... soufflai-je. C'est fou.
— Oui. Pour moi aussi c'était nouveau, dit-elle avec un sourire tranquille.
Je pensai à Antoine. Son image arriva, non pas en reproche, mais posée, isolée. Comme une pièce dans une autre pièce. Cette parenthèse ne m'ôtait pas ma vie d'avant. Elle l'avait simplement élargie vers quelque chose que je ne savais pas exister.
— Incroyable, dis-je.
Le rhabillage se fit comme au sortir d'un rêve. Lucie récupéra mon jean et ma culotte. Elle passa le sèche-cheveux dessus quelques minutes, calmement, avec cette même attention tranquille qu'elle mettait à tout. Quand elle me les tendit, le tissu était chaud entre mes doigts. Je l'enfilai les jambes encore incertaines. Elle m'accompagna jusqu'à la lourde porte vitrée, sa robe noire enfilée à la hâte, ses cheveux magnifiquement décoiffés.
Dehors, l'air de la ville glissa sur mes joues.
Je marchai lentement. Sans un regard en arrière. Je portais ce chaos en moi comme un joyau brûlant que je n'étais pas encore prête à assumer.
Demain, je serais parfaite. La robe ajustée. Le sourire immaculé. Le bras d'Antoine dans le mien.
Mais au creux de mon bassin, quelque chose continuait de pulser sourdement. Une empreinte brûlante, logée contre la chair, que ni le rôle de témoin ni le bras d'Antoine n'effaceraient : le souvenir d'une lumière ambrée, de mains expertes, et d'un prénom que je n'oublierais pas.
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Commentaires ()
Content que le récit t'ait plu au point de vouloir une suite. Ce ne sera pas avec ces personnages, mais d'autres histoires arrivent :)
Bonne journée.
Très belle histoire rempli d'érotisme et sans aucune vulgarité
Merci pour cet instant magique
Merci pour ton message, cela m'encourage à continuer !