Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La « Lancenoir » — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La « Lancenoir »
Chapitre 1
Chapitre 1 : Un couple étonnant.
Si Léa devait revenir à la cause première de ses maux, elle dirait que tout était de la faute de sa prof de philo. Son cours était tellement chiant qu’il était impossible de ne pas penser à autre chose. Et ne croyez pas que Léa était cancre ou peu disposé à l’élévation intellectuelle ; non, c’était une tête. Il faut dire que les pensées de Léa se détournaient facilement des « Tristes Tropiques » de son cours pour voler vers son coup de foudre du moment, Amédée. Un beau garçon d’une élégance remarquable.
Et l’élégance, c’était rare au lycée. Alors qu’un garçon fasse attention à ce genre de chose, cela démontrait de la maturité. Il refusait de porter un blue-jean standardisé et préférait mettre de beaux pantalons… et de grandes marques, ce qui ne gâchait rien. Et puis, il était beau. À part peut-être pour ses oreilles un peu grandes, mais nul n’est parfait… Quant à Léa, son opinion sur elle-même était qu’elle était plutôt canon : blonde, grande et bien fuselée. Peut-être devrait-elle perdre un peu de gras aux fesses, mais elle avait entendu dire que les garçons aimaient bien les fesses un peu rondes. Il lui tardait qu’Amédée lui touche son derrière. Peut-être même qu’elle lui laisserait la toucher un peu plus bas… En tout cas, c’était sûr, ils feraient un couple magnifique !
Elle avait décidé que ce serait pour aujourd’hui. Elle devrait lui faire savoir qu’elle pensait sérieusement à lui, et en terme non ambigu. Elle lui écrivit un mot pendant la prof pérorait sur Lévi-Strauss. Il semblait à Léa complètement stupide d’enseigner ce genre de programme ; l’ethnologie n’avait vraiment plus aucun intérêt à notre époque, on pouvait tout savoir de n’importe quelle peuplade par internet. Pourquoi fallait-il qu’elle avale de pareilles inepties, vraiment… Elle retourna à son mot qu’elle finit par :
« Retrouve-moi derrière l’escalier au bout du couloir, j’ai une surprise pour toi.
Léa. »
Elle plia le papier, et… à ce moment la prof se retourna. Elle écrivit donc le nom du destinataire « pour Amédée » gauchement en regardant la prof, comme si elle suivait le cours. Elle avait peut-être mal écrit, mais c’était le dernier de ses soucis. Elle était tellement excitée de le retrouver tout à l’heure, quand elle mettrait sa langue dans la bouche du beau blond, et que celui-ci poserait ses mains sur... sur ses seins peut-être ? Et dire qu’au lieu de se faire tendrement peloter, elle devait écouter une prof qui n’avait jamais rien raconté d’intéressant de sa vie.
Quand son abrutie de prof regarda ailleurs, Léa fit passer son mot derrière elle. Mais quand elle se retourna, sa prof la regardait, pas dupe de son manège. Heureusement la prof ne demanda pas à lire le mot, mais elle surveilla Léa le reste du cours. Elle en fût frustrée, ne pouvant voir la réaction d’Amédée, ni même savoir s’il l’avait bien reçu. Mais elle restait assez confiante… Son chéri serait au rendez-vous lorsqu’elle arriverait derrière l’escalier du couloir.
Et à la pause elle s’y précipita. L’escalier était désert, elle déboutonna deux des boutons de son chemisier. Son décolleté sage devenait nettement plus plongeant. Elle avait aussi mis sa jolie, mais courte, jupe rose qui descendait à mi-genou. Elle avait hésité, trouvant cela bien osé, mais elle ne voulait courir aucun risque de rejet. Et de la manière dont elle était habillée, quand elle demanderait s’il voulait bien sortir avec elle, il ne pouvait que dire oui ! Et après elle lui demanderait un baiser pour sceller leur accord. Ce serait romantique… et excitant. Mais elle se rongeait tout de même les ongles en pensant à la façon dont elle devait présenter les choses ; devait-elle lui exprimer ses sentiments tout de go ? Ou d’abord lui demander ce qu’il pensait d’elle ? Elle était en pleine réflexion quand… il arriva d’un coup.
Enfin, elle le crut un instant... mais non, ce n’était pas lui. La personne qui était arrivée était même l’opposé total de son futur amant de rêvé. Elle attendit, lançant des coups d’œil furieux à l’intrus. Mais soit il ne comprenait pas les signes, soit il se plaisait à l’ennuyer, en tout il ne semblait pas vouloir partir.
— Qu’est que tu fais ici ? demanda Léa au gêneur.
— Moi ?
— Écoute, j’attends quelqu’un... alors, tu peux circuler un peu plus loin s’il te plaît ?
— Moi ?
— Écoute, j’attends quelqu’un... alors, tu peux circuler un peu plus loin s’il te plaît ?
Elle se surprenait de la rudesse dont elle faisait preuve. Surtout vis-à-vis de l’intrus qui d’ordinaire, l’impressionnait. Mais l’amour écrase parfois la bienséance.
— Mais, c’est moi que t’attends.
— Raconte pas n’importe quoi !
— Raconte pas n’importe quoi !
Et comme elle ne voyait pas d’intérêt à cacher l’identité de la personne à laquelle elle voulait déclarer sa flamme, elle précisa :
— J’ai écrit un mot à Amédée.
— Ce n’est pas vraiment ce qui est écrit ici, dit l’autre.
— Ce n’est pas vraiment ce qui est écrit ici, dit l’autre.
Et il lui tendit le bout de papier sur lequel elle avait écrit son message. Elle regarda et dut reconnaître que le nom d’Amédée était difficilement reconnaissable, on lisait plutôt Amadoe… Et elle comprit immédiatement la confusion qui en avait découlé. Elle maudit sa prof de philo qui lui avait fait rater le nom du destinataire. Il allait falloir qu’elle s’explique, c’était gênant :
— Ah, je suis désolé, mais… tu n’aurais pas dû recevoir ce message. En fait, j’avais écrit Amédée... et les autres ont dû lire Amadou, et du coup c’est toi qui l’as reçu.
— Ah... et bien c’est pas grave, dit-il serein.
— Non, bien sûr.
— Alors pourquoi tu voulais le voir ?
— Tu veux vraiment savoir ? Enfin, c’est pas comme si je comptais en faire un secret, je voulais lui demander de sortir avec moi.
— C’est cool. Tu fais une bonne affaire, tu n’as qu’à demander à sortir avec moi.
— Ah... et bien c’est pas grave, dit-il serein.
— Non, bien sûr.
— Alors pourquoi tu voulais le voir ?
— Tu veux vraiment savoir ? Enfin, c’est pas comme si je comptais en faire un secret, je voulais lui demander de sortir avec moi.
— C’est cool. Tu fais une bonne affaire, tu n’as qu’à demander à sortir avec moi.
Léa eut un moment de surprise à cette idée grotesque, mais choisie de prendre sa proposition à la blague.
— Ah ah ! Bien tenté, mais non... je vais attendre de le voir.
— Et pourquoi ?
— Bah, il est beau gosse.
— Ça tombe bien, moi aussi.
— Et pourquoi ?
— Bah, il est beau gosse.
— Ça tombe bien, moi aussi.
C’est vrai qu’il était pas mal. Enfin, si elle faisait abstraction que c’était un… mais bon, même sans ça, elle n’était vraiment pas intéressée par lui.
— Oui, enfin, lui, il s’habille avec classe.
— Il a du fric surtout. C’est ça qui t’intéresse alors… sortir avec un mec plein de thunes ?
— Pas du tout !
— Il a du fric surtout. C’est ça qui t’intéresse alors… sortir avec un mec plein de thunes ?
— Pas du tout !
Là, elle mentait un peu. Bien sûr elle ne pensait pas à l’argent en portant un dévolu sur un garçon, mais… Il ne lui serait pas venu à l’esprit de sortir avec un gars qui soit trop en dessous de ses standards. Pour sa défense il y avait pas que ça. Amédée avait une tenue et une certaine classe et pas Amadou. Mais ce dernier était pourtant critique de son concurrent.
— Et puis, il n’est pas spécialement beau ; avec ses oreilles, il ressemble à un âne.
— Mais non !
— Quoi, tu trouves ses oreilles normales ?
— Elles sont un peu grandes, c’est vrai, mais...
— Donc je suis plus beau que lui, non ? Ou alors, trouve-moi un défaut…
— Euh… Là, comme ça, je sais pas trop ;
— Par contre je peux te dire ce que j’ai, que n’a pas Amédée. Des muscles. Je suis taillée dans du roc, Amédée l’est dans du beurre.
— Oh ! il n’est pas gros quand même !
— Touche-moi ça.
Amadou prit la main de Léa, et la posa sur son ventre.
— Pas un gramme de graisse. Des tablettes de chocolat. Ça, c’est ce qu’on appelle un bonhomme.
— Mais non !
— Quoi, tu trouves ses oreilles normales ?
— Elles sont un peu grandes, c’est vrai, mais...
— Donc je suis plus beau que lui, non ? Ou alors, trouve-moi un défaut…
— Euh… Là, comme ça, je sais pas trop ;
— Par contre je peux te dire ce que j’ai, que n’a pas Amédée. Des muscles. Je suis taillée dans du roc, Amédée l’est dans du beurre.
— Oh ! il n’est pas gros quand même !
— Touche-moi ça.
Amadou prit la main de Léa, et la posa sur son ventre.
— Pas un gramme de graisse. Des tablettes de chocolat. Ça, c’est ce qu’on appelle un bonhomme.
Léa pensa que ce n’était pas que ses tablettes qui étaient en chocolat. Mais comme sa main restait sur le ventre, elle fût quelque peu impressionnée de sa musculation. Elle s’enhardit même à appuyer sur le ventre, tout semblait parfaitement dur comme un granite.
— Alors ? Ne suis-je pas un meilleur parti que l’autre ? D’autant que le fric ne t’intéresse pas, t’as dit.
— Dis comme ça, non, mais lui, c’est un…
— Un quoi ?
— Non rien.
— Tu voudrais pas dire que tu ne veux pas sortir avec moi parce que je suis noir par hasard ?
— Pas du tout !
— C’est ça… t’es pas raciste, mais tu traînes pas avec les noirs quoi...
— c’est faux !
— Dis comme ça, non, mais lui, c’est un…
— Un quoi ?
— Non rien.
— Tu voudrais pas dire que tu ne veux pas sortir avec moi parce que je suis noir par hasard ?
— Pas du tout !
— C’est ça… t’es pas raciste, mais tu traînes pas avec les noirs quoi...
— c’est faux !
Léa était ulcérée, elle n’avait jamais pensé ça. Ou ça ne l’avait qu’effleurée. C’est juste qu’elle avait préféré sortir qu’avec des blancs jusqu’à présent. Elle n’avait jamais pensé qu’un noir pouvait être son petit ami, du coup ce n’était pas de la discrimination, mais juste une habitude. Elle sentit qu’elle devait clarifier ses propos :
— Je n’ai aucun souci à sortir avec un noir… c’est juste que l’occasion ne s’est jamais présentée.
— Et bien, maintenant elle se présente ! Parfait. On sort ensemble ! C’est réglé !
— Mais… j’ai pas dit ça.
— Tu as bien dit que tu voulais traîner avec des noirs ? Que tu attendais une occasion… ou tu pensais à un autre noir que moi.
— ben non, je pensais pas à un autre noir... je…
— Et tu as aussi dit que tu me trouvais mieux foutu qu’Amédée aux grandes oreilles.
— Je…
— Et bien, maintenant elle se présente ! Parfait. On sort ensemble ! C’est réglé !
— Mais… j’ai pas dit ça.
— Tu as bien dit que tu voulais traîner avec des noirs ? Que tu attendais une occasion… ou tu pensais à un autre noir que moi.
— ben non, je pensais pas à un autre noir... je…
— Et tu as aussi dit que tu me trouvais mieux foutu qu’Amédée aux grandes oreilles.
— Je…
Amadou passa alors sa main sur ses hanches, la serrant contre lui. Léa en fut surprise, mais ne le repoussa pas. Si elle le faisait, il pourrait penser que c’était du racisme. Non, elle devait gentiment lui faire comprendre que si elle refusait de sortir avec lui, ce n’était pas qu’il était moins riche que d’autres garçons ou à cause de sa couleur de peau. Mais que... Et elle se troublait ne trouvant pas de bonne raison.
Comme Amadou s’avisait que Léa ne protestait à son étreinte, il quitta le coin escalier pour se retrouver dans le couloir avant que Léa ne trouve une raison de l’écarter. Et, la tenant toujours contre lui, il s’avança vers la salle de classe. Léa vit alors qu’une vingtaine d’élèves passait la pause dans le couloir, et qu’ils pouvaient voir Amadou la tenir comme si elle était vraiment sa petite amie.
— Lâche-moi, s’il te plaît. Les autres vont se faire de fausses idées.
— Comme quoi ? Que tu ne veux pas être touchée par un noir ?
— Non… Que…
— Comme quoi ? Que tu ne veux pas être touchée par un noir ?
— Non… Que…
Gênée qu’il la tienne comme ça, et à court d’arguments. Elle remua, cherchant à se dégager sans être trop agressive. Mais la prise d’Amadou était solide, et elle donnait surtout l’impression de gigoter comme si elle était excitée. C’est donc toujours serrer l’un à l’autre qu’Amadou la présenta à ses potes de classe qui attendaient dans le couloir :
— Yo, c’est officiel, Léa sort avec moi.
— Sérieux ? Belle gonzesse que t’as là, mon frère.
— Sérieux ? Belle gonzesse que t’as là, mon frère.
Léa rougit. Si les potes d’Amadour la dévisageaient avec envie, l’autre partie de la classe la regardait avec réprobation. Il faut dire qu’en dehors de ses amis, Amadou n’avait pas une réputation brillante. Il faisait des tours en moto pétaradante autour du lycée, portait soit un jean taille basse qui avait tendance à laisser voir son slip soit un jogging moulant, laissant deviner son sexe. Il était la vulgarité incarnée. Quand Léa parlait garçons avec ses amies, elles ne le calculaient même pas.
— Elle a l’air bien chaude, dit l’un d’eux en voulant toucher au décolleté de Léa.
Amadou lui tapa immédiatement sur les doigts.
— Touche pas à ma gonzesse. C’est chasse gardée tant je l’ai pas encore fait monter sur mon pic.
Ses potes s’éclaffèrent pendant que Léa rougit jusqu’aux oreilles. Elle se rendait compte que d’avoir détaché quelques boutons de son chemisier en attendant Amédée pouvait donner une mauvaise impression, et elle se reboutonna immédiatement.
Quant aux camarades d’Amadou, ils lui faisaient des high-fives. C’était leur chef, et sa parole était d’évangile. Il était déjà bien plus brillant qu’eux scolairement — il n’avait même pas redoublé — et était bien plus charismatique. En fait Léa reconnaissait Amadou facilement, mais ne pouvait pas en dire autant de ses potes ; elle savait qu’ils s’appelaient Ibrahim, Karim, Moussafa, Souleymane, Mamadou et Mbia, mais elle aurait bien incapable de se souvenir du visage qui allait avec le nom. Ils étaient toujours au fond de la classe, bruyant et souvent extrêmement ordurier. Pas vraiment le genre de personne qui l’intéressait. Et puis, même si elle aurait refusé de le reconnaître, elle avait un peu de mal à différencier le visage des noirs.
— Il faut immortaliser ce moment, décréta Amadou en sortant son téléphone, mettez-vous à côté de moi. » Et tenant toujours Léa d’une main il se prit en selfie avec sa copine et ses potes.
Léa regarda la photo ; on ne pouvait imaginer couple plus dissemblable:
Amadou était vêtu d'un t-shirt avec un logo des Rolling-Stones et d'un jogging rouge vif. Il avait le crâne rasé, et tournait la tête vers Léa en sortant une langue maousse prête à l’embrasser, imitant le logo de son t-shirt.
Ses amis derrière lui et sur les côtés étaient habillés de manière encore plus décontractée. Et la plupart faisaient des signes obscènes. Deux faisait des doigts d’honneur vers le cul de Léa, un autre enfonçait son index dans un cercle fait de son autre main. D’autres se prenant pour Michael Jackson se tenaient l’entrejambe.
Léa à l’opposée, était habillée en lycéenne modèle. Son chemisier était en tissu fin, mais pas assez pour entrevoir son soutien-gorge. Sa chevelure longue, mais soignée, lui descendait jusqu’aux épaules. Sa jupe mi-longue claire et aux motifs sophistiqués laissait voir ses jambes fines.
Si on lui avait demandé ce qui la différenciait des autres dans ce groupe, Léa aurait répondu que sa timidité tranchait avec la gaîté des autres. C’était vrai, les membres du groupe se montraient joyeux, quoique dépravés tandis qu’elle avait les yeux baissés et les joues rouges. Mais ce qu’elle pensait vraiment est qu’avec sa chevelure blonde et sa peau blanche elle avait l’air d’une proie à la merci de prédateurs bestiaux.
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