Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Coeur fragmenté — Chapitre 10 · La vie rêvée...?
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Coeur fragmenté
Chapitre 10 · La vie rêvée...?
Après leur dernière rencontre avec Lucia, elles ne l'aperçurent plus que rarement les jours suivants, puis plus du tout.
Un mercredi de fin janvier, Emma se retrouva seule à un cours de traduction. Laure n'était pas dans le même groupe qu'elle -et elle lui manquait déjà-. Elle prit son mal en patience, et en profita pour travailler avec Théo. Il était toujours semblable à lui-même, mais cette fois, il lui avait annoncé une nouvelle qui lui avait fait sa journée. Elle était impatiente de tout raconter à Laure, qui devait la rejoindre quelques heures plus tard près du resto U. Quand elle arriva enfin, elles jetèrent un bref coup d'œil à la ronde et se tombèrent brièvement dans les bras.
— Mon cœur ! Tu vas jamais croire ce que je viens d'apprendre !
— Fais-moi rêver !
— Tout à l'heure, j'étais en traduc' avec Théo. Tu devineras jamais ce qu'il m'a appris ?
— Qu'il est secrètement amoureux de toi et que je vais devoir l'exécuter sans sommation ? Plaisanta Laure.
— Mais non, t'es bête ! Il m'a dit que Bastien lui avait dit que Lucia arrêtait la fac.
— Quoi ?
— T'as remarqué que ça fait plusieurs jours qu'on ne l'a pas vue ? On a dû la revoir deux ou trois fois après notre dernière... interaction avec elle. Mais depuis, on ne la voit plus.
— Maintenant que tu le dis...
— Tu te souviens la première fois que tu as joué la super-héroïne pour moi ? Tu te souviens de ce que tu lui as dit, à Lucia ?
— Euh... Non... Pas vraiment. J'ai dit pleins de trucs sans réfléchir, ce jour-là.
— Tu lui as hurlé dessus que tu allais l'envoyer dans l'hémisphère sud à coups de pied au cul, ou quelque chose dans le genre. Eh, bien, ça a dû la marquer, parce qu'il paraît qu'elle part en Argentine.
— T'es sérieuse ? Mais qu'est-ce qu'elle va foutre là-bas ? Demanda-t-elle, mi-amusée, mi-étonnée.
— Je sais pas exactement. Théo avait pas toutes les infos, mais apparemment, elle a décidé de se réorienter. Elle change complètement de branche, et elle part à l'étranger. A priori, elle quitte le pays le mois prochain. La fac va devenir un endroit plus calme pour toi et moi, fit-elle rêveuse.
— C'est dommage, si j'avais su, je l'aurai menacée de l'envoyer sur Mars. On n'est jamais trop prudentes. - Elles pouffèrent – Bon ! J'avais prévu un truc, juste comme ça, mais finalement, on va dire que c'est une occasion de célébrer cette heureuse nouvelle.
— Maintenant que tu le dis...
— Tu te souviens la première fois que tu as joué la super-héroïne pour moi ? Tu te souviens de ce que tu lui as dit, à Lucia ?
— Euh... Non... Pas vraiment. J'ai dit pleins de trucs sans réfléchir, ce jour-là.
— Tu lui as hurlé dessus que tu allais l'envoyer dans l'hémisphère sud à coups de pied au cul, ou quelque chose dans le genre. Eh, bien, ça a dû la marquer, parce qu'il paraît qu'elle part en Argentine.
— T'es sérieuse ? Mais qu'est-ce qu'elle va foutre là-bas ? Demanda-t-elle, mi-amusée, mi-étonnée.
— Je sais pas exactement. Théo avait pas toutes les infos, mais apparemment, elle a décidé de se réorienter. Elle change complètement de branche, et elle part à l'étranger. A priori, elle quitte le pays le mois prochain. La fac va devenir un endroit plus calme pour toi et moi, fit-elle rêveuse.
— C'est dommage, si j'avais su, je l'aurai menacée de l'envoyer sur Mars. On n'est jamais trop prudentes. - Elles pouffèrent – Bon ! J'avais prévu un truc, juste comme ça, mais finalement, on va dire que c'est une occasion de célébrer cette heureuse nouvelle.
Elle fouilla dans son sac, attrapa une petite pochette en papier de laquelle elle sortit deux billets.
— C'est quoi ? Demanda Emma.
— Samedi soir, toi et moi, on va voir Stanko en spectacle.
Stanko était ce jeune humoriste dont le spectacle qu'elles avaient regardé ensemble les avaient fait hurler de rire. Laure avait vu passer l'information comme quoi il viendrait se produire en ville pour son nouveau one man show , et avait acheté deux billets dans la foulée.
Emma était folle de joie. Elle lança ses bras autour du cou de sa chérie et l'embrassa fougueusement, sans se préoccuper de savoir s'il y avait quelqu'un à proximité ou non. Il n'y avait personne, de toute manière.
— Samedi soir, toi et moi, on va voir Stanko en spectacle.
Stanko était ce jeune humoriste dont le spectacle qu'elles avaient regardé ensemble les avaient fait hurler de rire. Laure avait vu passer l'information comme quoi il viendrait se produire en ville pour son nouveau one man show , et avait acheté deux billets dans la foulée.
Emma était folle de joie. Elle lança ses bras autour du cou de sa chérie et l'embrassa fougueusement, sans se préoccuper de savoir s'il y avait quelqu'un à proximité ou non. Il n'y avait personne, de toute manière.
La semaine s'écoula jusqu'au jour fatidique. Emma était toute excitée. Elle se sentait comme la première fois qu'elle avait accueillie Laure chez elle. Toute paniquée, à courir en tous sens, pour que tout soit parfait. Elle voulait être tout à fait prête pour sa soirée. Sentir bon, être bien habillée, être belle, aussi. – Enfin, autant qu'elle le pouvait. Elle ne se trouvait pas terrible, mais ça semblait convenir à Laure, sans qu'elle comprenne vraiment pourquoi, alors, ça la faisait se sentir un peu plus jolie.
La vieille voiture de Laure se gara en bas de chez elle vers 18h30. Elle l'accueillit à bras ouverts. Elles grignotèrent un petit repas tout en discutant de leurs attentes pour la soirée à venir. Elles avaient des bonnes places. Elles seraient dans les premiers rangs, au milieu. Les places parfaites. Elles quittèrent le studio peu après la fin de leur dîner. Il leur fallut un peu de temps pour trouver une place où se garer dans le quartier du théâtre où jouait l'humoriste. Comme elles avaient prévu large sur leur horaire, elles étaient loin d'être en retard. Elles firent la queue patiemment, se tenant par la main, puis entrèrent dans la salle et furent orientées vers leurs sièges, côte à côte.
L'humoriste qui se chargeait de la première partie ne fut pas loin de faire un bide, oscillant entre rires polis et rires gênés. Le supplice parut très long aux deux filles, mais certainement encore plus pour celui qui était sur scène. Quand Stanko apparut, l'ambiance se réchauffa nettement. Il fut accueilli dans un tonnerre d'applaudissement. Elles rirent comme des folles pendant près d'une heure et demi, mais le point d'orgue fut atteint vers le dernier tiers du spectacle, lorsque l'humoriste s'attaqua à un membre du public, comme le veut un peu la tradition dans ce domaine. Et hasard improbable, il porta son choix sur Laure.
Il la taquina en lui envoyant quelques piques bien senties qui déclenchèrent son hilarité tout autant que celle du public. Tout en riant, Emma se félicita qu'il ne l'ait pas choisie elle. Autant Laure était capable d'auto-dérision, autant quand il s'agissait de sa copine, elle ne tolérait pas le moindre écart. Elles auraient été bien avancées si elle s'était mise à insulter un humoriste, simplement parce qu'il faisait trop bien son métier.
— Comment tu t'appelles ? Demanda Stanko.
— Laure. Répondit-elle.
— Et tu es venue accompagnée, Laure ?
— Oui. Avec Emma. Elle l'indiqua de la main.
— Okay, super ! Et c'est qui, par rapport à toi ?
Elle hésita un instant, puis dit simplement :
— C'est mon amoureuse.
Il y eut quelques applaudissements, un « oh ! » attendri du comédien et Emma se recroquevilla sur son strapontin, rouge comme une tomate.
Il se tourna vers elle, et voyant son embarras, lui adressa quelques piques à elle également – Dieu merci, Laure ne réagit pas autrement qu'avec des rires sincères -, puis il conclut :
Il se tourna vers elle, et voyant son embarras, lui adressa quelques piques à elle également – Dieu merci, Laure ne réagit pas autrement qu'avec des rires sincères -, puis il conclut :
— En tout cas, vous êtes adorables ! On peut les applaudir bien fort.
Toute la salle s'exécuta, ce qui ne retira rien à la gêne que ressentait Emma. Laure en revanche, éprouva une certaine fierté.
Le spectacle se termina dans une ovation du public.
Sur le chemin du retour, elles riaient encore, en se remémorant les meilleures moments et principalement lorsqu'elles avaient été affichées devant tout le monde. Emma ne put s'empêcher de taquiner sa compagne :
Sur le chemin du retour, elles riaient encore, en se remémorant les meilleures moments et principalement lorsqu'elles avaient été affichées devant tout le monde. Emma ne put s'empêcher de taquiner sa compagne :
— T'es impossible, toi, quand même ! On passe notre temps à se montrer discrètes et toi tu dis qu'on est ensemble devant six cent personnes...
— Être discrètes, c'est une chose. Mais moi, je suis fière d'être avec toi. J'ai pas envie de me cacher non plus.
Emma lui répondit par un bisou humide sur la joue. Elle ne voulait pas trop la déconcentrer pendant qu'elle conduisait, quand même.
Arrivées à la porte indiquant « Van Loew », elle demanda :
— Tu restes, mon cœur ?
— Tu veux ?
— Non. Mais maintenant que t'es là...
— Eh ! Normalement, c'est moi qui fait de l'ironie bas de gamme, la réprimanda-t-elle en lui tapotant le nez du bout de l'index en riant.
— Parle moins et entre plus !
Une fois à l'intérieur, Laure s'abandonna sur le lit.
Emma fila à la salle de bains en annonçant :
— Je vais me mettre en tenue pour la nuit. Si tu t'ennuies en m'attendant, passe me voir, je suis à côté.
Elle jeta à Laure un regard brillant plein d'espoir et de sous-entendus. Elle se déshabilla, se contempla un instant dans le miroir. Elle regretta instantanément de s'être livrée à cet exercice. L'image qu'il lui renvoyait ne lui donnait pas grande raison de se réjouir : sa tignasse orange qui lui avait valu à peu près toutes les moqueries possibles et imaginables sans inspiration à base de carotte, sans âme, sorcière, malodorante et un milliard d'autres. Pas exactement le genre de choses qui aidait une adolescente mal dans sa peau à prendre confiance en elle. L'insulte la plus créative qu'elle avait reçue avait été « contrefaçon bancale de Mylène Farmer ». C'était tellement absurde qu'elle n'avait pas pu s'empêcher d'en rire. Mais si il n'y avait eu que ça ; sa peau palote parsemée de tâches de rousseur pourtant pas si nombreuses, mais tout de même visibles, comme si elle s'était « fait chier dessus à travers un tamis » avait dit une fois, avec la grande classe qui le caractérisait, le grand imbécile qui traînait avec Lucia – lui, il avait failli réussir à la faire pleurer, cette fois-là, ce sale type - ; ses frêles épaules et ses côtes légèrement saillantes qui lui donnaient cette carrure anguleuse et si peu féminine ; les deux cônes vaguement proéminents de sa poitrine aux extrémités roses pâle qu'elle trouvait trop petits pour avoir le moindre intérêt ; ses fesses qu'elle aurait voulues plus rebondies ; son autre flamme rougeoyante, celle qui brûlait d'un feu ardent chaque fois que Laure hantait ses pensées – Soit, presque en permanence, au final – cette flamme bouclée aux couleurs vives qui restait secrète pour tous et qui réclamait une attention qu'on ne lui donnait pas. Son amoureuse la trouverait-elle attirante ou repoussante ? Elle se détourna du miroir, dépitée. Bof... Elle ne se trouvait pas mieux que d'habitude, finalement. Pas étonnant que Laure ne se précipitât pas pour la rejoindre. Quand elle se voyait, elle se trouvait déjà bien chanceuse qu'elle lui témoigne tant d'attention. Qui elle était, après tout, pour en espérer davantage ? Elle n'avait définitivement pas beaucoup d'estime pour son physique, alors la plupart du temps, elle s'efforçait de ne pas y penser.
Elle se ressaisit soudain. Si sa chérie pouvait lire ses pensées en cet instant, elle en mourrait de rage, elle qui détestait tant quand elle se dénigrait. Et elle ne voulait pas la faire mourir de rage, même en pensée. Elle se brossa les dents, enfila son pyjama. Personne ne vint la rejoindre. Elle ressortit, se glissa dans le lit, et se rua tout de même sur son amoureuse. Elle voulait la remercier tacitement pour chaque fois où son regard se posait sur elle. Dès qu'elle était avec Laure, ses complexes s'envolaient. Elle la faisait se sentir un peu moins sans intérêt que quand elle se voyait à travers ses propres yeux. C'était une consolation non négligeable. Elle se disait, dans ses moments-là, que peut-être, seulement peut-être, elle n'était pas aussi fade et insipide qu'elle se l'imaginait. Elle lui dévora goulûment la bouche, la couvrit de petits bisous dans le cou, lui mordilla les lobes de l'oreille, se délectant des frissons qu'elle lui déclenchait. Alors que ses lèvres descendaient le long de son cou, vers la naissance de sa poitrine, sa main, elle, remonta petit à petit le long de sa cuisse. Ses expectations furent vite douchées lorsque sa partenaire se retourna soudain et mit fin à ce contact en lui prenant les mains pour la forcer à l'enlacer. Dans un long baiser d'une infinie douceur, elle murmura :
— Bonne nuit, ma p'tite puce. Je t'aime fort.
Elle se ressaisit soudain. Si sa chérie pouvait lire ses pensées en cet instant, elle en mourrait de rage, elle qui détestait tant quand elle se dénigrait. Et elle ne voulait pas la faire mourir de rage, même en pensée. Elle se brossa les dents, enfila son pyjama. Personne ne vint la rejoindre. Elle ressortit, se glissa dans le lit, et se rua tout de même sur son amoureuse. Elle voulait la remercier tacitement pour chaque fois où son regard se posait sur elle. Dès qu'elle était avec Laure, ses complexes s'envolaient. Elle la faisait se sentir un peu moins sans intérêt que quand elle se voyait à travers ses propres yeux. C'était une consolation non négligeable. Elle se disait, dans ses moments-là, que peut-être, seulement peut-être, elle n'était pas aussi fade et insipide qu'elle se l'imaginait. Elle lui dévora goulûment la bouche, la couvrit de petits bisous dans le cou, lui mordilla les lobes de l'oreille, se délectant des frissons qu'elle lui déclenchait. Alors que ses lèvres descendaient le long de son cou, vers la naissance de sa poitrine, sa main, elle, remonta petit à petit le long de sa cuisse. Ses expectations furent vite douchées lorsque sa partenaire se retourna soudain et mit fin à ce contact en lui prenant les mains pour la forcer à l'enlacer. Dans un long baiser d'une infinie douceur, elle murmura :
— Bonne nuit, ma p'tite puce. Je t'aime fort.
— Moi aussi, mon cœur. Moi aussi, répondit-elle dans un soupir qui peinait à masquer sa frustration.
Elle eut du mal à trouver le sommeil. Être avec Laure la comblait de bonheur, il n'y avait aucun doute à ce sujet, mais... Il y avait autre chose. Elle avait d'autres envies. Elle voulait aimer et être aimée totalement. Sans réserve. Pas simplement en paroles et en petites attentions. Son esprit aimait Laure. Son cœur aimait Laure. Mais son corps aussi aimait Laure. Et jusqu'à présent, celle-ci ne répondait pas particulièrement favorablement à ses avances. Elle ne lui en voulait pas, bien sûr. Si elle n'était pas prête, elle respecterait ça. Elle attendrait le temps qu'il faudrait. Mais une partie d'elle ressentait une impatience grandissante, comme si un déséquilibre se formait dans leur relation, et ça l'inquiétait un peu. Elle espérait que ça ne nuirait pas à leur couple, si ça devait se prolonger dans le temps.
Elle ne laissa toutefois pas ce léger souci la tourmenter. La routine de la vie étudiante reprit son cours et suffit à occuper son esprit. Quelques jours plus tard, alors que les deux filles traversaient le campus, elles aperçurent Lucia qui discutait avec un groupe de gens, dont « Le grand con », Bastien, et tout un tas de gens divers.
— Elle était pas censée être partie, celle-là ? grogna Laure.
Elles observèrent à distance. Elles étaient trop loin pour entendre les conversations, mais elles commençaient à comprendre ce qu'il se passait en observant les comportements. C'était le grand jour. Lucia était revenue une dernière fois pour faire ses adieux à ses amis et ses proches.
Elle ne laissa toutefois pas ce léger souci la tourmenter. La routine de la vie étudiante reprit son cours et suffit à occuper son esprit. Quelques jours plus tard, alors que les deux filles traversaient le campus, elles aperçurent Lucia qui discutait avec un groupe de gens, dont « Le grand con », Bastien, et tout un tas de gens divers.
— Elle était pas censée être partie, celle-là ? grogna Laure.
Elles observèrent à distance. Elles étaient trop loin pour entendre les conversations, mais elles commençaient à comprendre ce qu'il se passait en observant les comportements. C'était le grand jour. Lucia était revenue une dernière fois pour faire ses adieux à ses amis et ses proches.
Elles restèrent où elles étaient. Elles n'avaient pas particulièrement l'intention de lui souhaiter un bon voyage et un heureux séjour. Pourtant, elles furent involontairement amener à le faire. Alors qu'elles étaient restées sur place à papoter entre elles, en attendant que les adieux de leur ennemie soient terminés, elles s'étaient désintéressées du groupe qu'elles espionnaient. Elles ne virent pas que la scène qui se déroulait était arrivée à son terme. Lucia avait fini ses embrassades et se retirait d'un pas désinvolte. Sans y prêter attention, elle passa devant les deux filles qu'elle n'avait pas encore remarquées.
Elle ne prit conscience de leur présence qu'une fois à leur niveau. En les apercevant, elle soupira de dédain.
Elle ne prit conscience de leur présence qu'une fois à leur niveau. En les apercevant, elle soupira de dédain.
— En voilà deux qui vont pas me manquer !
Laure lui répondit avec un grand sourire :
— Tu tombes bien, je voulais justement te remercier du fond du cœur. - Lucia haussa un sourcil interrogateur – Partir si loin... C'est un beau cadeau que tu nous fais ! J'espère que ton grand cœur te poussera également à ne pas penser à nous et à ne pas nous envoyer de cartes postales à Noël. Et surtout, te sens pas obligée de revenir un jour.
Lucia secoua la tête avec mépris.
— T'auras vraiment été une connasse jusqu'au bout !
— T'auras vraiment été une connasse jusqu'au bout !
Contre toute attente, ce fut Emma qui intervint. Elle fit d'un ton moqueur :
— Oh non ! La vilaine Lucia a été méchante avec ma chérie d'amour. Elle va être toute malheureuse, maintenant. Heureusement que je suis là pour la consoler !
Et sur ce, elle lança ses bras autour de Laure et lui roula une pelle d'un autre monde, sous les yeux ébahis de leur adversaire, qui fit une horrible grimace de dégoût et cracha :
Et sur ce, elle lança ses bras autour de Laure et lui roula une pelle d'un autre monde, sous les yeux ébahis de leur adversaire, qui fit une horrible grimace de dégoût et cracha :
— Beuuurk ! Dégueulasse !
Elle tourna les talons et s'éclipsa à grands pas avec un air de vertu outragée, sous les rires hystériques des deux amoureuses.
— Tu deviens ingérable, toi, gloussa Laure.
— Tu m'as tout appris, répondit sa compagne.
— Le monstre échappe à tout contrôle !
Leur hilarité repartit de plus belle.
Le départ de Lucia marqua le début d'une période de sérénité sur le campus pour Laure et Emma. Il n'y avait plus personne pour les embêter, et les sbires de l'ennemie, ayant perdu leur « cheffe », étaient passés à autre chose et s'étaient complètement désintéressés des deux filles. Toutefois, suite à leur baiser provocateur, la rumeur comme quoi elles étaient en couple s'étaient un peu propagée. En vérité, la seule différence notable, c'était que parfois, elles tombaient sur un regard attendri posé sur elles. Beaucoup plus rarement, un regard réprobateur. Mais la grande majorité du campus n'étaient pas au courant, et la plupart de ceux qui l'étaient s'en fichaient complètement, et c'était pour le mieux.
Le seul véritable incident un peu hors du commun survint un jour qu' Emma était seule dans les couloirs d'un des bâtiments de l'université. Elle fut abordée par une fille qu'elle n'avait jamais vue auparavant. Elle était petite, trapue avec un visage ingrat et un anneau qui lui perçait la lèvre. Les trous dans les lobes de ses oreilles étaient si agrandis qu'Emma pensa sérieusement qu'elle aurait pu passer son poing à travers. Ça la dégoûtait franchement. Elle était une farouche partisane du «la liberté t'autorise à faire ce que tu veux, par contre elle m'autorise aussi à pas forcément trouver ça génial» : les excès de modifications corporels avaient tendance à la mettre extrêmement mal à l'aise. Les cheveux de l'inconnue étaient rasés sur les côtés, décolorés et aplatis sur le dessus.
Elle portait un jean large informe et un t-shirt trois fois trop long avec un design très évocateur : on y voyait le symbole du féminin – la croix surmontée d'un cercle-, et dans le cercle, le « A » majuscule du symbole de l'anarchie. En dessous, en lettres de sang était inscrit « Dykes Are Loaded». Emma qui aimait le raffinement et l'élégance était servie...
La drôle de petite punkette demanda aimablement :
— Excuse-moi, je peux te demander un truc ?
— Bien sûr, répondit Emma, toujours prête à se montrer serviable.
— C'est toi qui est avec cette meuf, Laure, c'est ça ?
Son amabilité fondit instantanément. S'il y avait bien une chose qu'elle haïssait plus que tout, c'était de parler de sa relation avec des inconnus. Ça ne regardait personne. Son sourire disparut. Son regard se durcit. Sa voix se refroidit.
— Pourquoi ?
— Vous êtes du genre relation ouverte, ou pas ?
Elle sentit sa colère monter. De quoi elle se mêlait, celle-là ?
— En quoi ça t'intéresse ?
— Bah... Je me disais... Si un soir, tu t'ennuies, moi, j'suis open. Et sans me vanter, je suis plutôt douée. Tiens, mon numéro, si tu veux m'appeler.
Elle lui tendit un bout de papier. Emma ne fit même pas mine de s'y intéresser. Elle était rouge de colère. Elle était complètement givrée celle-là ! Elle la toisa du regard le plus méprisant qu'elle put et lui lança :
— Tu l'as déjà vue, Laure ?
Elle répondit avec un air égrillard :
— Tu l'as déjà vue, Laure ?
Elle répondit avec un air égrillard :
— Ah, ça, ouais ! Elle est gaulée grave, ta meuf !
— Ouais ! Elle est... « gaulée grave, ma meuf »... comme tu dis si élégamment. Du coup, pose-toi la question : pourquoi je voudrais l'échanger contre une fille qui ressemble à une mauvaise imitation d'un mec ?
Et elle la planta là. Elle traversa le couloir à grandes enjambées, en tremblant de colère. Pendant un instant, elle réussit à comprendre ce que pouvait ressentir Laure lorsque son caractère impulsif prenait le dessus. Une fois la pression retombée, elle se sentit un peu coupable de s'être montrée si agressive. « Mauvaise imitation d'un mec »... Quand elle raconterait ça à Laure, ça la ferait rire, mais dans le fond, elle se reprocha d'avoir été méchante un peu gratuitement. Après tout, cette fille avait été trop directe, mais elle n'avait rien dit ou fait de véritablement malveillant.
Elle rejoignit Laure plus tard et lui relata son aventure. Elles parvinrent à prendre ça avec détachement, mais Laure assura que si cette fille se manifestait à nouveau en sa présence, elle saurait lui faire comprendre à sa manière qu'elles n'étaient pas exactement « du genre relation ouverte ». Une fois la tension de l'instant retombée, cet événement devint un sujet de plaisanterie récurrente entre elles.
Cela mis à part, l'année universitaire suivit son cours dans le calme. Emma n'avait plus fait qu'une seule tentative pour montrer son désir d'intimité amoureuse : le soir de la Saint-Valentin. Elles avaient passé une soirée mémorable en tête à tête dans un bon restaurant. En rentrant, Emma avait explicité ses envies au moyen de gestes et caresses, mais une nouvelle fois, Laure l'avait repoussée tout en gardant un contact tendre et affectueux. Une nouvelle fois, elle avait soupiré, mais elle n'avait pas insisté. Elle avait décidé que lorsque Laure se sentirait prête à passer à la vitesse supérieure, elle n'aurait qu'à lui faire savoir. Mais elle ne le fit pas. Emma tentait de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Après tout, tout le reste se passait à merveille.
Elle rejoignit Laure plus tard et lui relata son aventure. Elles parvinrent à prendre ça avec détachement, mais Laure assura que si cette fille se manifestait à nouveau en sa présence, elle saurait lui faire comprendre à sa manière qu'elles n'étaient pas exactement « du genre relation ouverte ». Une fois la tension de l'instant retombée, cet événement devint un sujet de plaisanterie récurrente entre elles.
Cela mis à part, l'année universitaire suivit son cours dans le calme. Emma n'avait plus fait qu'une seule tentative pour montrer son désir d'intimité amoureuse : le soir de la Saint-Valentin. Elles avaient passé une soirée mémorable en tête à tête dans un bon restaurant. En rentrant, Emma avait explicité ses envies au moyen de gestes et caresses, mais une nouvelle fois, Laure l'avait repoussée tout en gardant un contact tendre et affectueux. Une nouvelle fois, elle avait soupiré, mais elle n'avait pas insisté. Elle avait décidé que lorsque Laure se sentirait prête à passer à la vitesse supérieure, elle n'aurait qu'à lui faire savoir. Mais elle ne le fit pas. Emma tentait de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Après tout, tout le reste se passait à merveille.
Vers fin mars, Laure réalisa qu'elles allaient avoir une dizaine de jours de vacances autour de la mi-avril. Elle proposa alors une idée :
— Puce, ça te dirait qu'on passe les prochaines vacances chez mon père ?
— Oh, oui ! Ce serait trop bien ! Enfin... Si ton père est d'accord, bien sûr.
— Je lui demanderai ce soir.
Ainsi, le soir venu, chacune étant restée chez elle, Laure en profita pour téléphoner à son père.
— Allô ! Papa ?
— Bonsoir, ma chérie. Ça va ? Quoi de neuf ? Tout va bien ? Emma est pas là ?
— Tout va bien. Pas grand chose de nouveau, et Emma est chez elle ce soir. Dis, je t'appelle, parce que je voulais te demander quelque chose.
— Dis toujours, répondit Richard, méfiant.
.
— On aimerait passer les prochaines vacances à la maison. Ça te dérangerait ?
.
— On aimerait passer les prochaines vacances à la maison. Ça te dérangerait ?
— Non, pas du tout. De toute façon, je serai pas là. Je bosse au large pendant trois semaines à cette période. Vous arriverez et repartirez sans même me croiser, je le crains.
— Ah, c'est dommage.
— Je te le fais pas dire. J'avais pas tellement envie de te revoir, mais Emma, ça m'aurait fait plaisir.
— Ta baraque, tu vas la retrouver en pièces détachées.
Ils éclatèrent de rire.
— Avant de partir, je prépare la chambre d'amis ? Demanda Richard.- Laure fut prise au dépourvu. Elle n'avait pas anticipé cette question. Question qui n'était pas innocente du tout. C'était même la question piège par excellence. Au ton exagérément inquisiteur qu'avait pris Richard, elle avait très bien compris qu'il n'avait pas demandé ça uniquement pour des questions de logistique domestique. Si elle répondait « oui », elle prendrait son père pour un imbécile. Il allait faire du rangement et du ménage pour absolument aucune raison. Déjà ici, elles dormaient ensemble plus des trois quarts du temps, mais en vacances dans une maison entière pour elles toutes seules, la perspective de faire chambre à part semblait ridicule. D'un autre côté, si elle répondait « non », son père saurait. Elle ne savait pas trop comment il réagirait. Ça l'inquiétait. Elle aimait son père. Son père l'aimait. Il l'avait toujours soutenue. Mais cette fois, est-ce qu'il accepterait ? Elle ne répondit rien. Un long silence se fit. - Chérie ?
— Hein ?
— Je te demandais si je préparais la chambre d'amis.
Elle hésita encore un moment et dans un soupir, choisit la franchise.
— Non. Non, papa. C'est pas la peine.
Il poussa un long soupir sonore et s'exclama :
— Ah ! Ça y est ? Eh bin enfin ! C'est pas trop tôt !
Laure resta sans voix un instant.
— Tu... Tu sais que...
— Mais ma pauvre chérie, je le sais depuis que vous êtes descendues de la voiture, aux vacances de Noël.
— Sérieux ? T'es plus malin que moi, alors. Je le savais pas, moi, à ce moment-là.
— T'es pas bien observatrice, alors. Il suffisait de voir comment elle te bouffait des yeux. Bref. Ça fait combien de temps, finalement, vous deux ?
— Depuis janvier. - Elle ne savait comment amener ce qu'elle voulait demander à son père- Comment tu... Enfin.... Qu'est-ce que... Je veux dire... T'en penses quoi ?
Il chercha ses mots pendant quelques secondes, puis tenta de répondre.
— Tu sais, ma chérie... Les gens, je les entends souvent dire : « moi, si j'avais un enfant homosexuel, je l'accepterais facilement » et quand ils se retrouvent directement concernés, on s'aperçoit qu'ils l'acceptent pas toujours si bien que ça, au final. En ce qui me concerne...
Elle l'interrompit.
— Eh ! Je suis pas homo !
— Ah non ? Oh, pardon, ma chérie. Ton vieux père devient sénile. Excuse-moi, pendant une seconde, je sais pas ce qui m'a pris, j'ai cru que ton petit copain, ce beau garçon qui s'appelle Emma était une fille...
— C'est pas ce que... Oh, peu importe. Laisse tomber.
Elle venait de se rendre compte de l'absurdité de sa tentative de se défendre. C'était juste que... Elle ne s'était jamais vue comme homosexuelle. Simplement comme amoureuse d'Emma. En y réfléchissant, par la force des choses, ça devait sans doute revenir au même.
Richard reprit :
Richard reprit :
— Bref. Tout ça pour dire que quand on vous voit toutes les deux ensemble, il y a comme une évidence... Ça paraît aller de soi, bien plus que si tu m'en avais parlé avant de me mettre devant le fait accompli. Tu l'aimes ?
— Oh, mon dieu, oui ! Plus que tout au monde ! Répondit-elle avec ferveur.
— Hmm hmm... Fit son père, un peu déstabilisé par le fanatisme qu'elle avait mis dans sa voix. Et tu es heureuse ?
— Oui, dit-elle simplement.
— Et elle ?
— J'espère. Je fais de mon mieux pour qu'elle le soit.
— Alors, c'est bien. Fais en sorte que ça reste comme ça. J'ai la sensation que chacune, vous êtes une vraie protection pour l'autre. Et ça me rassure de te savoir... De vous savoir entre de bonnes mains. Mais je te préviens, si je vois qu'elle déconne, elle va m'entendre ! Cette fois, je me contenterai pas de ramasser les morceaux. - Réalisant trop tard qu'il avait implicitement abordé un sujet tabou, il poursuivit afin d'empêcher sa fille de rétorquer – Et fais pas la maline, toi non plus ! Parce que si je vois que c'est toi qui déconnes, tu vas m'entendre chanter ! Non, mais ! Conclut-il sur un ton volontairement plus léger, pour tenter de désamorcer par avance toute tentative de début de conflit à venir.
— Papa ?
— Hmm ?
— Je t'aime quand même encore un peu, toi aussi , tu sais !
— Moi aussi, ma chérie. Et je l'aime aussi, elle.
Une fois la conversation terminée, elle appela Emma dans la foulée.
— Allô, ma puce ?
— Salut mon cœur. Ça va ?
— Oui. Écoute. Je t'appelle pour trois raisons : la première, c'est que mon père est okay pour qu'on squatte la maison. La deuxième, c'est qu'il sait pour nous et que ça lui pose pas de problème, d'ailleurs, il t'adore, soit dit en passant. Et la troisième, c'est que j'aime entendre le son mélodieux de ta voix.
Elles échangèrent encore quelques mots doux, puis raccrochèrent.
Seule dans son lit, Emma s'interrogeait. Elle avait beau se trouver terriblement ordinaire physiquement et incapable de comprendre véritablement pourquoi quelqu'un voudrait s'intéresser à son corps, elle était toutefois persuadée que ce n'était pas la source des réticences de Laure. Elle se demanda si ça n'avait pas un lien quelconque avec cette petite partie d'elle qui était brisée. Elle réfléchit à comment faire pour réparer le morceau cassé de l'âme de celle qu'elle aimait, ou à défaut, tenter d'y contribuer. Ces vacances à venir lui ouvrait une nouvelle piste de réflexion. Elle cogita intensément tout en s'activant sur sa mèche rebelle.
Seule dans son lit, Emma s'interrogeait. Elle avait beau se trouver terriblement ordinaire physiquement et incapable de comprendre véritablement pourquoi quelqu'un voudrait s'intéresser à son corps, elle était toutefois persuadée que ce n'était pas la source des réticences de Laure. Elle se demanda si ça n'avait pas un lien quelconque avec cette petite partie d'elle qui était brisée. Elle réfléchit à comment faire pour réparer le morceau cassé de l'âme de celle qu'elle aimait, ou à défaut, tenter d'y contribuer. Ces vacances à venir lui ouvrait une nouvelle piste de réflexion. Elle cogita intensément tout en s'activant sur sa mèche rebelle.
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