Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Xanths — Chapitre 4
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Xanths
Chapitre 4
Septima
Romane nous a appris à écrire. Dans l’Autre Monde, seuls les citoyens en détiennent le savoir. Je me demande ce que pourrait en penser mon maître. De toute façon je n’en ai rien à faire, j’espère que ce chacal est mort.
Par où commencer ? Par mon arrivée dans Xanths ? A quoi bon ? Malgré tout le mal que je peux en penser, je n’ai véritablement trouvé un sens à mon existence que lorsque je l’ai rencontré ; certes, pas la première fois. Ni la seconde d’ailleurs. J’ai mis de longues années à m’en rendre compte, mais cette femme a probablement sauvé ma vie, symboliquement autant que physiquement (si ce n’est plus). Comment a-t-elle appelé ces signes déjà ? Je crois que ce sont des parenthèses. Bah, je vais lui demander. Oui, ce sont bien des parenthèses. Oh et puis elle m’a encore pris la tête, c’est toujours pareil : pourquoi est-ce qu’elle cherche toujours à jouer le rôle du chef? Quand nous nous sommes rencontrées, elle arrivait à peine à survivre deux jours de suite sans se faire capturer, alors que j’avais presque un an d’expérience. J’ai autant de légitimité qu’elle ! Non, j’en ai plus qu’elle : je survis mieux qu’elle, j’ai plus d’expérience, je suis plus forte, plus rapide. Mais j’ignore pourquoi, il se dégage de sa personne une impression de… Je ne sais pas, de puissance ? de force ?
Déjà pourquoi passait-elle tout son temps à moitié nue ? Lorsque nous nous sommes rencontrées la première fois, elle était à un cheveu de se faire engrosser par les ogres qui peuplent la garde. Bon d’accord, le sang du premier ogre ayant été versé, elle avait hésité avant d’attaquer le second. Joli coup du sort, je l’admets. Mais après, elle s’est tout de même faite rattraper par le deuxième ; et en plus il lui a fait boire une eau spéciale, celle tirée des fontaines d’attraction, ou une source, je sais plus. Elle a écarté les cuisses bien volontairement après. En y repensant, cela me fait rire : à l’époque, je l’avais sauvé uniquement pour espérer l’échanger à une autre patrouille, contre ma liberté ; ça aurait été une de moins à conquérir. Pourtant, les deux ogres m’avaient à peine proposé une seconde chance, m’offrant une seconde possibilité d’échapper à Xanthos. Etant parvenue à sentir le traquenard, j’avais refusé.
Une fois Romane sortie de son long sommeil, je l’avais chassé. A l’époque, je pensais être en mesure de me débrouiller seule. Je n’en suis plus tout à fait sûre aujourd’hui. La deuxième fois, cette idiote m’avait volé mon sort. Le sort que je cherchais depuis près de trois mois : l’arc-en-ciel. Il permet de réaliser n’importe quel vœu. A l’époque, je pensais être en mesure de rentrer dans l’Ancien Monde ; j’avais mis très longtemps à me renseigner sur son pouvoir et son emplacement. C’était un petit faune qui me l’avait indiqué : il avait essayé de m’empoisonner avec des herbes bizarres qu’il avait mélangé à mes préparations.
J’étais parvenu à lui échapper, et j’étais revenue plus forte encore. Après l’avoir capturé, il m’avait indiqué ce que je voulais : un moyen de quitter ce monde, la horde de gobelins ayant été omis de son récit. En fin d’après-midi, armée de divers sort (soin, force et armure), je m’étais enfoncée dans les cavernes qu’il m’avait indiqué, me servant de mon expérience dans les mines de l’Ancien Monde pour mémoriser les tunnels que j’avais emprunté. A peine entré dans les galeries, des rires et des attroupements m’étaient parvenu depuis un endroit en particulier, que je mis du temps à localiser.
Dans le noir, quelque chose m’a attrapé par surprise, avant de me mordre le cou : c’était grand, bien plus grand que moi, et bien plus imposant. J’ai entendu comme un bruit d’aile, puis c’est parti. Je n’ai même pas eu le temps de réagir, mentalement comme physiquement : en un battement d’aile, la créature était arrivée et repartie. Le sang ne coulant pas de ma plaie, j’ai continué mon chemin.
Et c’est à ce moment-là que je suis tombée sur Romane pour la deuxième fois. Je l’ai à peine reconnu, sauvagement montée par le chef du groupe, et abusée par quatre autres gobelins. Je n’ai pas eu le temps de réagir : elle avait le sort dans la main, et l’a utilisé. Je me souviens l’avoir entendu pleurer, et hurler de plaisir presque en même temps, pendant que les gobelins se sont partagé son corps : je me suis dit qu’elle était perdue, et je suis sortie de la salle. J’étais en colère : pour la deuxième fois, cette femme m’avait empêché de revenir dans mon monde ; elle avait utilisé mon sort, le mien ! J’ai trouvé ça injuste, et cela m’a rendu folle de rage.
Mais plusieurs hommes étaient en train d’abuser d’elle. Je me suis alors remémoré l’Ancien Monde, et prise de rage, je suis rentré dans la salle, et j’ai repoussé tous les gobelins, ramassant Romane sur mon dos. Puis je suis sortie de la grotte. Ma cachette était située à plusieurs kilomètres alors j’ai décidé de nous faire un abri pour passer la nuit, sachant pertinemment qu’elle n’y survivrait probablement pas. J’ai utilisé un sort de mirage au fond d’une crevasse pour la laisser se reposer, et après avoir allumé un feu, je l’ai nettoyé, la vidant de la semence que les gobelins avaient relâchée dans son ventre et sur sa poitrine. J’ai attendu que son ventre grossisse, mais malgré toute mon attention, je me suis endormie, ayant passé les deux derniers jours éveillés.
***
***
***
Romane
A moitié ravagée par les coups de burins des gobelins et leur semence brûlante, j’étais presque tombé dans les vapes. Quelque chose clochait : depuis qu’un d’eux m’avait mordu, j’avais l’impression d’assister à mes coït au ralentit : le plaisir en était décuplé, mais en échange je me retrouvai incapable de bouger le moindre muscle. Ils se succédèrent pendant des heures ; du moins j’en eu l’impression. Et puis au bout d’un moment, tout s’arrêta. Les gobelins disparurent de mon champ de vision, les uns après les autres, et quelqu’un me plaça sur son épaule. La position était affreuse, et me procura un mal de ventre abominable ; mais je ne parvenais pas à bouger. Ce devait sûrement être la garde, qui me ramènerait bientôt à Xanthos. De toute façon j’étais fichue.
Ma vision se brouilla, mes oreilles bourdonnaient, et les gardes lavèrent mon corps. En me réveillant le lendemain matin, allongée à même le sol rocailleux des montagnes, je me rendis compte que mon esprit tournait encore légèrement plus lentement que d’habitude. Il faisait beau, le soleil se tenait haut dans le ciel. Je parvenais difficilement à bouger. J’entendis quelque chose craquer sur ma droite : en me retournant, je reconnus la jeune femme blonde qui m’avait sauvé la vie deux semaines plus tôt ; elle marchait dans ma direction, le sourire au visage. C’était elle ! J’avais mal au dos, les blessures de ma chute pour échapper aux harpies devaient s’être ouvertes. Ce n’était donc pas la garde, qui m’avait capturé ? C’était elle ? Pour la deuxième fois elle m’avait sauvé la vie, et pour quelqu’un qui cherchait à l’impressionner d’une manière ou d’une autre, dans l’optique de s’allier à elle, je me sentais mal.
Elle ne me jeta même pas un coup d’œil : toute souriante, la jeune femme s’assit à ma droite et ferma les yeux, s’endormant d’un seul coup. J’eus un flash : je me mis subitement à palper mon ventre ; je ne m’étais pas faite engrosser. Comment était-ce possible ? Tous les gobelins m’étaient pourtant passés dessus. Alors pourquoi ? De toute façon, je ne parvenais pas à réfléchir : mon cerveau était embrumé, sûrement à cause d’une forme de venin lié au gobelin qui m’avait mordu. Je ressentis une grande douleur à mon bras : c’était celui sur lequel j’étais tombé dans ma chute, en échappant des harpies. La femme l’avait enroulé de lianes. Pourtant, il ne m’avait causé aucune douleur dans la grotte. Comment était-ce possible ? Je décidai d’explorer les environ ; ce que je n’eus pas le temps de faire.
A peine levée je trébuchai, encore sonnée par le venin. La jeune femme dû entendre le bruit, puisqu’elle me sauta à la gorge, couteau à la main. C’était la deuxième fois depuis mon arrivée à Xanths, ça commençait à bien faire.
— Stop ! criais-je. C’est moi, je suis tombée, c’est tout. Désolée de t’avoir réveillée.
Elle relâcha ma gorge, l’air complètement estomaquée. Septima est une très belle femme : blonde aux yeux bleus, elle a un nez fin et se coiffe souvent les cheveux avec de grandes tresses. Ses coiffures dénotent toujours, et sont éclatantes de beauté, je dois le reconnaître. Son petit nez, plissé par la stupéfaction et l’énervement, la rendait craquante, à ce moment-là. Son sourire avait disparue : pourquoi avait-elle réagi de manière aussi appuyée ? Après tout elle m’avait vu en arrivant à l’instant… Elle recula, abasourdie :
— Comment… Sorcière ! Comment avez-vous fait ? Vous devriez être morte ! Votre ventre…
Elle semblait aussi perturbée que moi. Zvolk m’avait pourtant assuré qu’il m’était impossible de survivre à une décharge animale dans mon ventre sans l’aide de la garde : la graine aurait dû gonfler et me détruire de l’intérieur. Or, il n’en était rien, mon ventre semblait aussi plat que d’habitude, voire même légèrement plus maigre, dû au contexte de survie. Je ne me l’expliquais pas, j’aurais bien été en peine de lui expliquer à elle. Elle serra son couteau fort dans sa main, et au bout de quelques instants, une lueur vint éclairer son visage :
— Le sort ! Vous l’avez utilisé ? J’étais venu le chercher exprès.
Elle m’adressa un coup de poing en plein visage, folle de rage. Malgré son gabarit, légèrement inférieur au mien, elle m’avait projeté au sol. Ses réactions disproportionnées et son inclinaison à me frapper commençait à m’agacer fortement : même si je n’avais jamais été du genre à me battre, j’étais à deux-doigts de lui rentrer dedans.
— Hé ! hurlais-je. Tu es folle? Je te préviens, si tu me touches encore une fois je…
— Le sort ! m’interrompit-elle. Le sort arc-en-ciel ! Il permet de réaliser tous les vœux. J’aurais pu rentrer dans mon monde. Et au lieu de ça, il vous a juste sauvé la vie… Pour quel souhait l’avez-vous utilisé ?
— Le sort ! m’interrompit-elle. Le sort arc-en-ciel ! Il permet de réaliser tous les vœux. J’aurais pu rentrer dans mon monde. Et au lieu de ça, il vous a juste sauvé la vie… Pour quel souhait l’avez-vous utilisé ?
J’eus un mouvement de recul. Je me sentais nulle d’avoir été sauvée encore une fois, par la même personne. Zvolk m’avait sauvé deux fois, elle également, à l’époque c’était déjà beaucoup trop. Il était temps que j’apprenne de mes erreurs et que je devienne autonome, même dans ce contexte. Ainsi il m’était impossible de lui en vouloir, malgré toutes les horreurs qu’elle m’avait lancées au visage. Au final, elle a bon fond, et je sais aujourd’hui qu’elle avait été véritablement touchée par cet échec, presque totalement désespérée.
— Je… Oui. Enfin, je suppose. J’avais juste en tête de ne pas tomber enceinte ; j’y ai pensé très fort, le sort a disparu… Je pensais qu’il avait disparu. C’est ma faute, je suis désolée.
— Il aurait pu être bien mieux utilisé que ça. Dans deux jours vous tomberez de nouveau sur une autre créature, et elle vous tuera comme ces gobelins ont manqué de le faire.
— Il aurait pu être bien mieux utilisé que ça. Dans deux jours vous tomberez de nouveau sur une autre créature, et elle vous tuera comme ces gobelins ont manqué de le faire.
Si seulement je pouvais transplanter ma conscience actuelle dans mon corps de l’époque, je l’aurais frappé violemment au visage. Le pire, c’est qu’elle s’est à peine adoucie avec les années. Réflexion faite je ne pouvais pas spécialement lui en vouloir : l’endroit nous a tous changé, nous poussant aux pires extrémités. Elle avait vécu l’enfer, et je le découvrais à peine. Mais en ce temps-là, j’étais nouvelle, je n’avais aucune idée de comment survivre, donc je m’étais tu. Au moins, j’étais toujours vivante, bien portante à l’exception de quelques blessures, et j’étais même parvenue à la retrouver. Il ne nous restait plus qu’à retrouver Zvolk. Elle reprit son monologue :
— Félicitation. Je n’ai plus qu’à tout recommencer maintenant.
— Il faut retrouver Zvolk, fis-je. Il saura peut-être quelle attitude adopter. Peut-être même où trouver une autre sphère arc-en-ciel.
— Qui ça ? L’ogre bleu ?
— Il faut retrouver Zvolk, fis-je. Il saura peut-être quelle attitude adopter. Peut-être même où trouver une autre sphère arc-en-ciel.
— Qui ça ? L’ogre bleu ?
Après avoir rencontré ces foutus gobelins, j’avais bien retenu la différence : les Hobgobelins sont plus grand, moins stupide, et de couleur grise, voire bleu ; les gobelins sont verts. La jeune femme commença à ramasser ses affaires, les rangeant dans un petit sac qu’elle se plaça en bandoulière.
— C’est un Hobgobelin, rectifiais-je. Pas un ogre. Il m’attend à l’endroit où la garde m’avait débusqué.
— Peu importe, c’est un homme : il n’est pas digne de confiance.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Zvolk ne m’a jamais menti, il m’a même sauvé la vie.
— Peu importe, c’est un homme : il n’est pas digne de confiance.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Zvolk ne m’a jamais menti, il m’a même sauvé la vie.
Evidemment, j’avais omis la fois où il m’avait expliqué comment annuler les effets secondaires des plantes : celle dont je m’étais servie avait continué d’émettre bien après qu’il lui ait uriné dessus. Mais ce type de détail n’aurait pas servi mon argumentation, mieux valait le laisser de côté, et attendre d’être avec Zvolk pour en parler. Seule à seul.
— Il n’a jamais cherché à abuser de vous ? me demanda-t-elle.
— Non.
— De toute façon la question ne se pose pas. Je ne lui fais pas confiance, et vous devriez en faire autant. Les gobelins ne vous ont pas servi de leçon ? Je vais retourner dans ma cachette, le mirage derrière lequel vous étiez caché est situé un peu plus loin. Vous voulez que nous fassions route ensemble ? Très bien, mais uniquement pour ce trajet. Après, nos chemins se sépareront, et il n’y aura plus jamais de nous, compris ?
— Non.
— De toute façon la question ne se pose pas. Je ne lui fais pas confiance, et vous devriez en faire autant. Les gobelins ne vous ont pas servi de leçon ? Je vais retourner dans ma cachette, le mirage derrière lequel vous étiez caché est situé un peu plus loin. Vous voulez que nous fassions route ensemble ? Très bien, mais uniquement pour ce trajet. Après, nos chemins se sépareront, et il n’y aura plus jamais de nous, compris ?
Je souriais. Après tout, je parviendrais peut-être à la convaincre de rester à mes côtés. Ce ne serait pas une opération facile, ni même enviable, mais je n’avais rien à perdre.
— Marché conclu.
***
Nous marchâmes en direction du sud. Sonnée par la harpie, je ne m’étais pas rendue compte à quel point la distance sur laquelle elle m’avait transporté était grande. J’espérais juste que Zvolk m’attende, et qu’il ne perde pas patience. Au total, nous avions marché sur trois jours. Le matin, avant même que le soleil se lève, nous cherchions une crevasse ou une grotte pour nous abriter et nous cacher, le biome s’y prêtant. Là, nous nous échangions les tours de garde sans trop nous adresser la parole. Tard dans la nuit, nous prenions la route, marchant jusqu’au petit matin.
Le premier soir, après s’être reposé la journée entière, caché par le mirage, nous nous étions mises en route dès le coucher du soleil, éclairé par un croissant de lune. Tard dans la nuit, nous étions tombées sur une source d’eau, perdue entre deux versants de montagnes. Pour la deuxième fois depuis que je l’avais rencontré, la jeune femme s’était mise à sourire ; ce qui malheureusement ne dura que quelques secondes. Elle proposa une halte, et j’acceptai. La jeune femme déposa sa sacoche, et commença à retirer son espèce de protection en cuir : elle était composée de plusieurs plaques de cuir d’une vingtaine de centimètres de long, reliées entre elles par des lianes, qui protégeaient son ventre, l’enroulant comme une ceinture. En dessous, elle portait grande peau de bête qui la couvrait des épaules jusqu’à mi-cuisse, laissant seulement le dessous de son bras droit découvert.
Elle se déshabilla très rapidement, sans aucune pudeur vis-à-vis de moi. Elle conserva juste un petit couteau en pierre taillée, attaché à une liane autour de son ventre. Son sexe était entièrement épilé. Elle était très belle : petite blonde, sûrement avec un bonnet B. Ses seins étaient plus petits que les miens, mais soulignaient magnifiquement sa silhouette. Je mis également très peu de temps à retirer la peau couvrant mes fesses : elle était de bien moindre qualité que les siennes, qui plus est ma poitrine n’était pas couverte ; cela me permis de prendre conscience que ma toison avait disparue corps et bien, arrachée par mon coït avec la harpie. Seules quelques touffes de poils çà et là étaient encore présentes : le résultat n’était pas beau à voir, j’aurais peut-être dû suivre les conseils de Zvolk.
Je m’enfonçai dans l’eau : elle était fraiche. Cette fois, je regardai où mettre les pieds, me rappelant ma dernière expérience. La blonde semblait s’en foutre, elle resta sur la berge, se lavant juste ce qu’il fallait, la pointe de ses seins durcie par la fraicheur de l’eau. Je commençai par quelques allers-retours, ce qui sembla l’étonner.
— Vous savez nager ? me demanda-t-elle.
La question me surprit : aujourd’hui, tout le monde semblait plus ou moins savoir nager après tout. Mais autre chose commençai à me courir sur le haricot :
— Je t’en prie, tutoies-moi.
— Quoi ?
— Quoi ?
Je n’avais aucune idée de l’endroit où elle avait grandi, mais cette remarque me déstabilisa complètement, si bien que j’eus du mal à lui expliquer :
— Au lieu de dire vous… Dis « tu ». Pas la peine de prendre des pincettes.
— Je ne comprends rien à ce que vous dites.
— Je ne comprends rien à ce que vous dites.
J’étais pourtant claire non ?
— Ne m’adresse pas de marque de respect, ne te prends pas la tête. Je ne sais pas moi… Parle-moi comme si j’étais une amie. Au point où on en est…
— Mais vous n’êtes pas mon amie…
— Oh et puis va te faire foutre !
— Mais vous n’êtes pas mon amie…
— Oh et puis va te faire foutre !
Non mais pour qui elle se prenait ? Je ne me sentis pas blessée par ses paroles, mais par le ton qu’elle avait employé : il était descriptif, comme si elle avait juste établi un constat. Force était de constater qu’elle n’avait pas tort, on ne s’était fréquentée que quelques heures, mais… Un long silence s’abattit. Je retentai ma chance :
— Bien sûr que je sais nager, pas toi ?
— Je n’ai pas eu la chance de naître maîtresse. Tu… Tu sais nager, mais tu ne sais ni coudre, ni fabriquer de cuir. C’est à peine si tes lambeaux tiennent sur tes hanches.
— Je n’ai pas eu la chance de naître maîtresse. Tu… Tu sais nager, mais tu ne sais ni coudre, ni fabriquer de cuir. C’est à peine si tes lambeaux tiennent sur tes hanches.
Elle me fit rire :
— Je ne suis pas née maîtresse, mais tu n’as pas tort. D’où est-ce que tu viens exactement ?
— De Capoue. Mon maître s’appelle Oenomaüs, il est commerçant. Il m’a racheté aux mines lorsque j’étais enfant. Et vous ? Je veux dire, et toi ?
— De Capoue. Mon maître s’appelle Oenomaüs, il est commerçant. Il m’a racheté aux mines lorsque j’étais enfant. Et vous ? Je veux dire, et toi ?
Capoue ? Capoue ? Où est-ce que j’en avais déjà entendu parler ? Ce nom me disait quelque chose.
— Je viens de France. De Paris pour être plus exact ?
— De Pâris ? Comme le troyen Pâris ?
— De Pâris ? Comme le troyen Pâris ?
Son visage s’était illuminé, et sa remarque illumina le mien : Capoue se situe en Italie, si ma mémoire est bonne, c’était à cet endroit que la révolte de Spartacus contre la République Romaine était née. J’avais adorée la série. Mais alors… Non… Non, ça n’était pas possible… Est-ce que ?
— Dis-moi, est-ce que tu connais un certain Spartacus ?
— Bien sûr, il gagne tous les combats de gladiateurs en ce moment, il est vraiment en vogue. Mon maître s’est fait une fortune en pariant sur ses victoires.
— Bien sûr, il gagne tous les combats de gladiateurs en ce moment, il est vraiment en vogue. Mon maître s’est fait une fortune en pariant sur ses victoires.
La nouvelle me tomba sur la tête aussi violement qu’une enclume : je venais de comprendre. Pourquoi cette jeune femme me vouvoyait, pourquoi elle était incapable de nager mais disposait d’un savoir-faire impressionnant. Pourquoi elle n’était pas née maîtresse. Elle avait été esclave, au premier siècle avant la naissance de Jésus, en pleine République Romaine. Tout était clair, mais toujours incompréhensible. J’appris bien plus tard que la magie de Xanths permettait de traduire toutes les langues, nous permettant de nous comprendre malgré des millénaires de différence ; et il en était de même pour les humanoïdes : hobgobelin, harpies, tous étaient en mesure de se comprendre. Restait à savoir comment Nathanaël voyageait à travers le temps et les dimensions…
Au final, je finis par me placer au centre de la source :
— Allez, ramène-toi.
La jeune femme me regarda d’un air suspicieux, avant de me répondre :
— Je n’ai plus pied à mi-chemin.
— Je sais, répondis-je. Mais je vais t’apprendre. Allez ! Si j’avais voulu te tuer, j’aurais déjà pu le faire pendant ton sommeil, fais-moi un peu confiance.
— Je sais, répondis-je. Mais je vais t’apprendre. Allez ! Si j’avais voulu te tuer, j’aurais déjà pu le faire pendant ton sommeil, fais-moi un peu confiance.
Elle s’avança, très lentement, faisant bien attention aux endroits où elle mettait les pieds.
— N’importe quoi.
Sa réponse me fit rire. Au bout de quelques instants, elle franchit le pas, se débattant maladroitement dans l’eau, alors que j’essayais désespérément de la stabiliser.
— Comment tu t’appelles ?
— Septima.
— Ok Septima. Moi c’est Romane. Surtout, n’aies pas peur de te retrouver la tête sous l’eau, il suffit juste de ne pas respirer lorsque c’est le cas.
— Septima.
— Ok Septima. Moi c’est Romane. Surtout, n’aies pas peur de te retrouver la tête sous l’eau, il suffit juste de ne pas respirer lorsque c’est le cas.
***
— T’es pas cool, Heichkâ. T’aurais pas dû faire ça. Tu sais que ce monde est pourri. Tu joues au jeu de Nathanaël.
Zvolk épluche une sorte de pomme avec son couteau, qu’il a retrouvé. Romane l’avait laissé tomber lorsqu’elle s’était fait capturer par la harpie. Il espère qu’elle est saine est sauve, de tout son petit cœur bleu. Il discute avec un faune, qu’il vient de recroiser en haut de la falaise.
— Ah non ! Tu ne vas quand même pas commencer à me faire la morale ? Si tu ne veux pas te servir de ce qu’on t’offre c’est ton problème, moi je ne tiens pas à mourir avant d’avoir pu assurer ma descendance. Ah, ça non ! C’est hors de question. Déjà que mon peuple est en voie de disparition : tu ne sais pas ce que c’est toi, d’être en voie de disparition. Ton peuple s’éclate à faire des chasses dès que les gardes pointent le bout de leur nez, et tu viendrais me faire la leçon ? Ah ça non alors !
Zvolk souffle. Son compagnon parle beaucoup trop pour lui.
— Mais t’as failli crever, non ? Si tu t’étais pas échappé, elle aurait pu te laisser sécher dans sa cachette.
— Mais je t’assure mon bon Zvolk, c’était totalement prévu. Je l’ai envoyé dans LA caverne. En fait je ne sais même pas si elle contient un sort arc-en-ciel, je l’ai juste baratiné pour pouvoir sauver ma peau. Mais remarque, vu ce qui s’y cache, ça ne m’étonnerait pas le moins du monde. Oh et puis après tout c’est bien fait pour elle ! Elle m’a torturé, tu entends ! Torturé ! Et pas joviale le moins du monde, même pas souriante, une vraie peste. Heureusement qu’elle était mignonne, parce que…
— Mais je t’assure mon bon Zvolk, c’était totalement prévu. Je l’ai envoyé dans LA caverne. En fait je ne sais même pas si elle contient un sort arc-en-ciel, je l’ai juste baratiné pour pouvoir sauver ma peau. Mais remarque, vu ce qui s’y cache, ça ne m’étonnerait pas le moins du monde. Oh et puis après tout c’est bien fait pour elle ! Elle m’a torturé, tu entends ! Torturé ! Et pas joviale le moins du monde, même pas souriante, une vraie peste. Heureusement qu’elle était mignonne, parce que…
Zvolk tique : il habite Xanths depuis déjà un petit moment, il sait que des dangers mortels, voire pire pour les femmes, peuvent se terrer à chaque coin de jungle. Alors il doute : pourvu que Romane n’y soit pas passée ; il y a peu de chance de toute façon. Mais sa curiosité est piquée :
— Qu’est-ce qu’y a la bas ? Y a pas que des gobelins ?
Heichkâ se met à rire, et manque de s’étouffer. Mais lui aussi a peur. Il a tellement peur qu’il n’ose même pas prononcer le nom de la créature en question. Zvolk s’en étonne, aurait-il perdu sa langue ?
— Un truc un peu plus dangereux.
***
Romane
Finalement, nous trouvâmes un abri pour nous loger une partie du jour. Septima et moi nous étions mises d’accord, comme par miracle : nous reprendrions la marche en fin d’après-midi, jusque tard dans la nuit. Nous nous étions lavé, j’avais rasé les trois poils restant de ma toison, et Septima était parvenue à rester émergée quelques secondes. En retour, elle m’avait montré quelques astuces pour dépecer les animaux : elle était parvenue à trouver en moins d’une heure un petit terrier, duquel elle avait débusqué la même bête que j’avais mis toute une nuit à attraper. Elle était bien meilleure que moi sur ce point. En fait, tout aurait bien pu se dérouler si elle ne m’avait pas jeté le résultat de son travail au visage. Au moins, je pus enfin couvrir ma poitrine. Même si mon ventre et mes épaules restaient découverts, au moins je me sentirais moins exposée, et plus protégée.
Non sans s’être pris la tête une dernière fois, nous nous sommes donc couchées dans le creux d’une falaise, en en cachant l’entrée avec un buisson arraché à quelques mètres. Elle avait pris le premier tour de garde. Je tombai de fatigue, malheureusement le sommeil ne venait pas : je repensais à ce monde, à Nathanaël, et surtout aux milliers, peut-être aux millions de femmes qui, comme moi, comme Septima, s’étaient retrouvées malgré elle dans cet enfer. Nathanaël devrait être puni.
Au bout de quelques minutes, Septima commença à piquer du nez. Cela me fit doucement rire : elle qui jouait les aventurières expérimentées, elle avait du mal à tenir son tour de garde. Ça n’était pas grave : j’allais prendre le premier tour et la réveillerais plus tard. Il fallait que je trouve un moyen pour que nous nous unissions. Bien sûr, elle avait un caractère de cochon, et elle ne se privait pas de me contrer chaque fois qu’elle le pouvait. Mais elle avait bon cœur. Enfin, il me semblait.
Au bout de plusieurs minutes, elle se releva. Elle se défit de sa sacoche, et enleva son couteau de sa ceinture avant de partir, tout simplement. Dans ma tête, je la trouvai gonflée : elle devait sûrement chercher à répondre à ses besoins naturels, mais elle aurait quand même pu me prévenir ; après tout, c’était censé être son tour de garde. Cela me mit en rogne, je lui en voulais d’être autant une tête de mule, de n’en faire qu’à sa tête. Elle mit longtemps à revenir : lorsqu’elle entra de nouveau dans la grotte, un joli sourire illuminait son visage.
« Eh bien, on se fait plaisir à ce que je voie… ».
Elle remit sa sacoche et son couteau à leur place, et s’endormit sur le coup : ses respirations étaient régulières, la tête penchée contre le mur ; elle dormait. Elle devait m’avoir vu veiller, et s’était laissée allée. J’en fus énervée toute la nuit.
***
— Mais toutes les nuits tu me fais le coup ! On s’est posée trois fois, et trois fois le soir tu t’es éclipsée discrétos pour aller faire je ne sais pas quoi en pleine nature. Tu sais, si tu veux te toucher, je m’en fous perso, mais préviens moi quand tu pars. Et s’il te plait, prend ton couteau ou ta sacoche, j’aimerai bien que tu restes en vie.
Elle parlait en même temps que moi, hurlant sûrement aussi fort. Même avec le sort de souvenir je n’arrive pas à bien comprendre ce qu’elle avait dit en même temps. Les trois jours passés à ses côtés avaient été ponctué par les mêmes scènes : tout était un prétexte pour se confronter ; ça me fatiguait. On était pratiquement arrivées, et mon plan pour la garder à mes côtés avait été un échec complet.
— Tu racontes n’importe quoi. Et arrête de vouloir me donner des conseils alors que tu serais morte dix fois sans moi ou ton foutu ogre bleu ; je n’ai pas de leçon à recevoir de ta part.
— Septima ! C’est un hobgobelin, pas un putain d’ogre !
— Mais peu m’importe, de toute façon il finira par te trahir. Crois-moi, terre toi dans un trou et n’en sors pas, sinon tu finiras par te faire capturer.
— Septima ! C’est un hobgobelin, pas un putain d’ogre !
— Mais peu m’importe, de toute façon il finira par te trahir. Crois-moi, terre toi dans un trou et n’en sors pas, sinon tu finiras par te faire capturer.
Elle a le don de m’exaspérer lorsqu’elle fait plus sèche et méchante que ce qu’elle n’est vraiment. Là elle y était parvenue. Nous étions parvenu à l’endroit où elle avait construit sa cachette : un simple trou dans le sol, un kilomètre au nord de l’endroit où je m’étais faite secouée par l’ogre de la garde. Le soleil commençait doucement à disparaître derrière l’horizon : nous avions forcé la dernière journée, en faisant bien attention aux chemins parcouru, en prenant bien soin d’esquiver toutes les bestioles possibles.
— Tu es sûre de ne pas vouloir nous rejoindre ? fis-je. On est beaucoup plus efficace à deux, imagine juste ce que ce serait à trois…
— Je t’ai déjà dit non. Je ne fais pas confiance à ton ogre bleu. Et tu ferais mieux d’en faire autant.
— Je t’ai déjà dit non. Je ne fais pas confiance à ton ogre bleu. Et tu ferais mieux d’en faire autant.
Je ne voulais pas m’énerver. Le soleil se couchait, il faisait beau ; et même si j’étais complètement épuisée par les trois derniers jours, je ne voulais pas la contrarier encore une fois. Ni même me contrarier une nouvelle fois : la situation, ces adieux ne s’y prêtaient pas.
— Prends soin de toi, Septima. Je t’en prie, fais attention à toi.
Je la pris dans mes bras, mais ne réagit pas. Elle semblait surprise, et dubitative. Mince ! Moi qui ne voulais pas la froisser… Lui adressant un dernier sourire, je lui tournai le dos et commençai à dévaler la falaise.
— Prends soin de toi, toi aussi.
Je me retournai, la saluant une dernière fois en souriant, et poursuivit ma route. Mon objectif avait été un échec, il était grand temps de retrouver Zvolk et de préparer la suite des évènements. Au final, cette escapade aurait été bénéfique : aux côtés de Septima, j’avais appris à faire du cuir, à enlever correctement la peau des animaux, et même à utiliser les sorts. Lorsque j’arrivai à l’endroit du mirage, je me rendis compte que le renfoncement dans la roche avait disparu, remplacé par une paroi de falaise : le mirage était actif. Mais je n’eus pas le temps de le traverser : Zvolk fonça sur moi, en me prenant dans les bras, pleurant de joie. La situation me fis rire ; mais ce fut surtout un rire gêné, étant donné que le sexe de Zvolk tapait le long de mes jambes, et que sa tête était profondément enfouie entre mes deux seins. Mais moi aussi, j’étais contente de le revoir. Un petit être sorti du mirage, haut comme cinq pommes. Il avait la bouche bâillonnée.
— Romane ! C’est toi ? Oui c’est toi ! Quand j’ai vu la harpie t’embarquer, j’ai eu peur. Mais t’es résistante, une des plus résistantes des vagabondes que je connaisse !
Il se recula.
— Oui enfin, sans l’aide de Septima je serais morte depuis longtemps. Mais moi aussi ça me fais plaisir de te voir.
Il fronça les sourcils :
— Septima ? C’est qui ça ?
— Une vagabonde blonde qui m’a sauvé de la garde il y a plus de deux semaines. Après on s’est croisée dans les grottes que j’ai emprunté pour échapper aux harpies, on a fait route ensemble après.
— Une vagabonde blonde qui m’a sauvé de la garde il y a plus de deux semaines. Après on s’est croisée dans les grottes que j’ai emprunté pour échapper aux harpies, on a fait route ensemble après.
Un frisson me parcourut l’échine : Zvolk avait écarquillé les yeux. La nuit était tombée, et l’on n’y voyait presque plus rien : le croissant de lune était à peine visible dans le ciel, et il fallait forcer sur sa vue pour parvenir à distinguer le moindre détail. Pourtant, je parvins distinctement à détailler les yeux écarquillés du hobgobelin. Et j’y parviens toujours, aujourd’hui, lorsque les cauchemars me prennent.
— Elle cherchait pas une sphère arc-en-ciel ?
— Euh, si… Mais comment t’es au courant de ça ?
— Euh, si… Mais comment t’es au courant de ça ?
Le petit être commença à gesticuler, pointant le bout de liane qui lui bâillonnait la bouche. La situation commençait doucement, mais sérieusement à m’angoisser.
— Dis-moi qu’elle est juste derrière toi, et qu’elle arrive.
— Mais non, je l’ai laissé dans sa cachette, elle ne voulait pas venir avec moi. Dis-moi ce qui se passe Zvolk.
— Est-ce qu’elle a agi bizarrement ? Réponds-moi !
— Mais non, je l’ai laissé dans sa cachette, elle ne voulait pas venir avec moi. Dis-moi ce qui se passe Zvolk.
— Est-ce qu’elle a agi bizarrement ? Réponds-moi !
J’aurais bien voulu écrire quelque chose comme : « et la lumière fut », mais c’était tout le contraire. En l’espace d’un millième de seconde, mon cerveau entra en ébullition, des frissons me déchirèrent l’échine, remontant le long de ma colonne vertébrale en m’électrisant la base du cerveau. J’avais un mauvais, un très mauvais pressentiment. En même temps, la bouche grande ouverte, j’étais incapable de placer un mot. Oui, évidemment que Septima avait agi bizarrement. Moi qui pensait qu’elle faisait mine de ne rien comprendre : elle ne comprenait vraiment rien. Où partait-elle alors, la nuit ?
Je déglutis, attrapai le couteau de Zvolk directement à sa ceinture, et me mis à courir du mieux que je pus, retraçant à l’envers le chemin emprunté quelques minutes plus tôt ; cette fois en courant à en perdre haleine.
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Commentaires ()
moi j'ai une idées sur ce quelle a captée mais bon je peux me trompé
je serai tenté de dire vite vite une suite
Vivement la suite pour découvrir ce que c'est