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✦ Jonas789 L'âge de jouir XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

L'âge de jouir — Chapitre 4 · Je me suis peut-être trop avancée...

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Jonas789
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L'âge de jouir

Chapitre 4 · Je me suis peut-être trop avancée...

Je me suis peut-être un peu trop avancée...
Clotilde se redressait continuellement sur sa chaise, craignant qu'on la remarque autant qu'on l'ignore.
Le bar de La pointe du couchant se coulait dans une ambiance accueillante. Le long du comptoir argenté où se reflétait la déformation des spots du fond de la salle, la serveuse distribuait une demi-douzaine de cocktails différents à une allure remarquable, récupérant aussi bien les paiements que les compliments conviviaux ou évocateurs. L'heure n'était pas très avancée, et quelques habitués avaient pris leur place aux quatre coins de la salle, tandis que quelques nouvelles têtes commençaient à se manifester. On discutait, en s'échangeant bons mots et éclats de rire, comme un homme racontait une anecdote du chantier naval. En fond sonore défilait l'harmonica de Piano Man de Billy Joël.
Seule passagère d'une table à cinq chaises, Clotilde aurait voulu rejoindre cette douce euphorie de fin de journée, afin d'alléger son esprit, et priait secrètement qu'on l'aborde, mais se disait en même temps que son agitation serait suspecte. Woman, what are you doing here ? se dit-elle, en paraphrasant la chanson qui s'achevait. D'une autre femme que Judith, Clotilde aurait écarté la proposition et serait passée à autre chose ; mais, pour l'avoir connue depuis des années (et avoir été l'une des premières à apprendre sa bisexualité), elle était sérieuse, et, plus qu'une vague promesse d'un couple d'amies, lui posait un véritable défi pour mieux se connaître.
Sur le coup, Clotilde avait eu une vision très claire de la situation. Elle n'avait pas de problème de sociabilité, les filles comme les garçons lui parlaient facilement, et elle n'avait jamais eu trop de problèmes pour rencontrer de nouvelles amies. Cependant, au fur et à mesure, le doute s'immisçait dans son plan. Après tout, ses expériences avec les filles étaient plutôt limitées. En plus d'être ivre, elle avait choisi les filles presque au hasard, parmi celles qui se trouvaient autour, sans leur demander vraiment. Ensuite, ça n'avait pas duré très longtemps, et un œil était presque rivé sur le mec qu'elle avait dans le viseur. Seul, celui-ci était une figure claire dans sa tête à ce moment-là. Ça avait duré quelques secondes avant qu'elle ne revienne en terrain connu, et elle ne s'était jamais préoccupée de la fille (qui, le plus souvent, planait autant qu'elle).
Cette lacune lui revenait aujourd'hui en plein cœur. Non qu'elle craignît de recroiser une de ces filles (elles en rigolaient plus qu'autre chose), mais qu'à présent, ce passif ne lui servirait à rien. Comment séduire une fille sobre ?
Quelle fille me plairait si j'étais lesbienne ? Quelle fille devient facilement mon amie ?
Elle sentit que ce n'est pas la bonne voie pour amorcer le problème, et se dit que ce qui plaît aux mecs et les attire n'est pas non plus ce qui plairait aux filles. Du moins, pas totalement, et pas sur ce plan.
Les garçons...
Elle ne pouvait pas dire qu'ils lui facilitaient la tâche. Qu'ils soient ou non de son âge, plusieurs avaient attiré son attention. Un peu plus grands qu'elle, les cheveux bruns et blonds, les bras légèrement dessinés, trois d'entre eux, assis à différents endroits, l'ignoraient pour l'instant, mais ils brillaient fortement sur son radar, au point qu'ils pourraient éclipser les échos d'une fille intéressante, si jamais elle venait à apparaître...
Pour peu qu'ils soient motivés, ils finiraient même par la séduire. Loin d'accepter tout le monde, Clotilde aimait les rencontres d'un soir, suite aux aventures qui avaient développé chez elle le goût du sexe, et consolidé une confiance en soi qui ne demandait qu'à s'affirmer. L'idée d'être abordée par une personne à l'esprit un peu plus rusé que les autres, qui pensait à lui, mais aussi à elle, pour ne pas la prendre pour une imbécile, chauffait son âme. De plus, toujours plus impétueuse (certaines auraient dit casse-cou, voire inconsciente) que ses amies (au début du moins), elle avait assez tôt ignoré le principe de l'homme abordant la fille, pour vaincre sa timidité, et faire comprendre aux garçons qu'il n'y avait pas que les grandes blondes ou les Latines dans la vie.
Cette attitude lui avait parfois valu la réputation de fille facile, mais au-delà, elle échappait à celui de la potiche ou de la coincée, qui l'insupportaient tout autant, si ce n'est plus. Les mecs qui l'abordaient avec leurs gros sabots repartaient les bourses pleines, mais elle savait se montrer bien plus efficace avec ceux dont elle faisait ses amants, qui le lui rendaient bien. De plus, les premières fois (ainsi que les confidences de ses amies) lui avaient enseigné la difficulté de trouver de bons partenaires. Il fallait jouer presque au hasard, autant que trouver le plus d'occasions. Et, de fait, elle avait appris à ne laisser aucune opportunité de côté.
De fait, Clotilde se demanda jusqu'à quand chercher une partenaire, et si même elle en trouverait une aujourd'hui. Si elle ne trouvait personne, elle pourrait toujours choisir parmi les hommes présents. A la fin de la soirée ? Les gars, j'ai trouvé personne, vous avez une chance ! Et imagine la gueule de ceux qui restent à la fermeture... Elle manqua de se mordre avec sa propre ironie. Toujours était-il que, quoi qu'elle pense, elle ne trouverait personne en restant dans son coin.
Une fille un peu plus âgée qu'elle et vêtue d'une veste brune sirotait du vin blanc sur le comptoir. Ses yeux vagabondaient entre les lumières du mur du fond ; ses mains s'ornaient d'un chapelet entier de bagues de couleurs fortes, et ses cheveux légèrement ondulés châtains foncés remuaient alors qu'elle reposait son verre en regardant la foule autour d'elle. Un visage fin, des yeux bruns, des lèvres un peu plongeantes et des joues arrondies. Clotilde la regarda d'un œil. Veste haute, chemisier moulant, mais pas trop, jupe courte évasée, bottines à talons bas... Elle a du style. Ça me plaît. Clotilde se leva en un geste discret. Vêtue elle-même d'un pull fin, d'une jupe crayon et de doc Martens, elle entra dans le champ de vision de la jeune femme avec un sourire mesuré. Celle-ci le lui rendit et lui tendit son verre pour briser la glace.
— Jolies bagues, dit Clotilde, quels sens ont-elles ?
— Oh, dit-elle en les égrenant l'une après l'autre, il y a un cadeau, un souvenir, une belle couleur, un héritage... J'ai dix doigts, et j'ai toujours eu un gros penchant pour ce qui brille...
Un bon point, elle aime parler. Clotilde l'écouta poliment, répondant en demandant des précisions sur des détails, évoquant ses propres bijoux entre temps, et l'idée de faire grimper la situation lui vint peu à peu. Les gestes ! Judith, Alya, elles m'ont toutes parlé de gestes. Si elle fait les mêmes choses que moi quand je parle avec un mec, ça devrait être bon signe.
La conversation s'allongea alors que la nuit s'étendait dehors. Elle s'appelait Jeanne, et vivait à (xxx) depuis quelques années, dans une colocation avec des amis. Une fille agréable et bonne vivante, aimant les banquets, les week-ends entre amis, travailler au grand air avec des gens...
Alors qu'elles partageaient plaisanteries et anecdotes sur les soirées chez les uns et les autres, Clotilde vit ses mains s'attarder dans ses cheveux, son visage pleinement tourné vers elle quand elle boit, son sourire léger lorsqu'elle reprend une de ses répliques pour en demander un détail...
C'est bon signe ? Clotilde se prit à se demander si elle ne faisait pas des films. Cela pouvait juste être des marques de bonne humeur. Elle ne devait pas se précipiter et évoqua l'un des derniers festivals passés avec Judith et Léna à se tailler un chemin dans une foule de gens qui s'était trompée de scènes. Jeanne approuva par expérience, avant qu'une sonnerie ne l'interpelle. Un portable à clapet sortit de sa poche.
— Je vais devoir y aller, dit-elle dans un regard désolé, on a un problème à la maison avec l'électricité.
— Dommage, fit Clotilde, interloquée, mais rebondissant pour ne pas laisser voir, on pourrait se revoir ? Je te file mon numéro !
— Bien sûr ! Je n'ai pas une semaine trop chargée. Envoie-moi un message quand tu veux, et je te répondrais quand je pourrais ! Bonne fin de soirée !
L'exaltation de Clotilde à ses paroles s'amplifia lorsque Jeanne saisit son bras gauche et déposa un baiser sur sa joue. Sans savoir comment, la jeune femme se retint de sursauter, malgré son habitude quasi instinctive.
Elle resta silencieuse, fixant distraitement la bière rousse qui perdait ses bulles. C'était tellement bon et beau ! Elle qui avait bataillé au début de sa vie amoureuse et sexuelle pour être remarquée à sa juste valeur, retrouvait une partie de cette atmosphère dans ce moment passé avec une personne dont elle ne savait pas ce qu'elle ferait par la suite. La simple pensée lui donna l'impression qu'elle était vieille ; mais au-delà, elle remarqua que quelque chose se retrouvait dans toutes les rencontres et les relations qu'elle tissait, quand bien même certaines ne duraient qu'une nuit, voire quelques heures. Une forme d'exaltation, de puissance qui fortifiait et accroissait son estime de soi et ses capacités. Elle ne savait pas comment Jeanne avait perçu cette discussion (de l'idée que Clotilde s'en était faite, elle semblait avoir saisi ses intentions, mais ce n'était pas sûr), mais au bout du compte, elle se déclarerait, d'une manière ou d'une autre.
Peu importe sa réponse, elle irait au bout de sa pensée, car ce qu'elle avait fait ne pouvait pas se priver de suite. Cette rencontre lui avait ôté les doutes qu'elle pouvait avoir. Elle ne savait pas si elle était bisexuelle (le passage à l'acte serait une autre histoire, mais alors, elle aurait ses amies pour l'aider), mais ce genre de défi lui donnait une pêche, telle qu'elle se sentait presque l'envie d'en aborder une autre.
Un rapide regard lui apprit qu'aucune autre ne semblait cadrer avec ses attentes, dans le sens où toutes les filles présentes étaient déjà en bonne compagnie. Peu importe, elle termina son verre et quitta le bar, se délectant intérieurement des quelques regards la suivant dans la foulée.
L'air léger de la nuit chauffa ses pensées, plus qu'elle ne les refroidit. Elle pensa aller dans une boîte toute proche, où elle trouverait aussi bien une personne attrayante, qu'une bagarre en fin de soirée. Plusieurs bonnes adresses étaient toujours ouvertes, et elle y trouverait sûrement bon accueil, et quelqu'un pour la raccompagner chez elle...
Cependant, le joli visage de Jeanne lui restait en tête, et ses pensées les plus chaudes, qui se bousculaient de plus en plus, prenaient pied face à ce qu'elle pensait pour les autres. La queue d'un de ses amants, les bras vigoureux d'un danseur aperçu en boîte... Tout s'éclipsait, face à la poitrine de Jeanne qui se moulait dans son chemisier, son sourire avant qu'elle ne parte, ses mains fuselées autour du verre, ou se posant sur elle au dernier moment... Une excitation silencieuse baignait ses yeux dans les larmes... Elle respira à pleins poumons pour tenter de se reprendre, et un sourire épuisé se dressa sur ses lèvres, à mi-chemin entre la fille ayant fait une bêtise suffisamment grosse pour en être fière, et la découverte d'un potin sur une amie proche.
Sa poitrine faisant des hauts et des bas, Clotilde sentit que ses pensées alimentaient la chaleur dans son bas-ventre. Un signe que la soirée était bien trop avancée pour elle.
Et tant pis ! Je rentre ! Ou alors, je vais me jeter sur le premier venu...
Cependant, l’attrait des rues désertes la poussa dans l'entrée d'une cour d'immeuble, ou elle se cala contre un mur de brique. Relevant sa jupe crayon, elle chercha sa fente de ses deux doigts, poussant un cri étouffé quand ils y glissèrent tout d'un coup. Donnant un rythme rapide sans les y emmener totalement, la jeune femme repensa à sa belle rencontre, revoyant chacun de ses mouvements et s'imaginant lui présenter sa bouche au moment où elle atterrissait sur sa joue, et lui donner un sourire. Elle s'imagina lui prendre les mains pour l'emmener sur ses hanches, puis l'emmener hors du bar, puis trouver un recoin sombre...
Sous les tremblements, ses doigts prirent en précipitation, et elle sentit la mouille se répartir sur ses cuisses en traits irréguliers. Elle pinça ses lèvres pour s'empêcher de crier, mais se rejeta en arrière, ce qui lui fit heurter violemment le mur. Le reste du cri se mêla à une douleur vive. Au lieu de l'arrêter, cela redoubla l'ardeur de sa main, et le pouce se rua sur son bouton de rose, ressortant sur le haut de son sexe...
Sans se soucier de se faire entendre, elle gémit de nouveau, appréciant la chaleur qui dissipait son trouble. Ses genoux fléchirent, tout d'abord insensiblement, puis lâchèrent tout d'un coup, dans un soulagement qui amplifia ses gestes. Le souffle saccadé dans un gémissement répétitif, Clotilde laissa tout d'un coup échapper un cri sifflant, plus proche de la douleur qu'autre chose, ce qui la rattrapa tout de suite. Elle s'arrêta d'un coup, en portant sa main trempée à sa bouche. Crachant le goût légèrement salé par réflexe, elle scruta les environs éclairés, craignant d'avoir réveillé ce qui dormait dans les ombres tout autour.
Son ventre se gonflait et se dégonflait sur un rythme déclinant proportionnellement inverse à son cœur, qui semblait ne plus savoir où se mettre. Elle se releva, en battant sa jupe pour y enlever la poussière, avant de rejoindre la rue à grand renfort de regards aux alentours. Néanmoins, la pensée qu'on ait pu la voir, en partie, ou qu'elle ait été observée depuis le début exalta une partie d'elle-même, autant que la pensée qu'elle pourrait, dès lors, aimer « l'ensemble de l'espèce humaine »...
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