Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Relation toxique — Chapitre 9 · Soins intensifs intempestifs (partie I)
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Relation toxique
Chapitre 9 · Soins intensifs intempestifs (partie I)
On dit que la vie est une histoire dont on ne sort pas vivant. Elle est remplie de joies, de peines, mais surtout d'un nombre incalculable de circonstances qui nous surprennent, souvent, à un moment où on s'y attendrait le moins. Il arrive aussi quelquefois que certains événements, le plus souvent malheureux, surviennent de façon si soudaine, si brutale, que l'on n'ose pas réaliser, du moins dans l'immédiat, tout l'impact qu'ils auront sur la suite des choses.
Pour d'autres, par contre, les mêmes événements peuvent être accueillis et considérés d'un tout autre angle, telle une chance ou une occasion inespérée qui se présente, comme une bénédiction venant du Ciel. Et la possibilité de donner un élan nouveau à un projet jusqu'alors suspendu aux aléas du temps.
Et lorsque le destin s'abat simultanément sur plusieurs personnes, la dynamique qui en résulte peut revêtir des allures tout à fait particulières pour ne pas dire dramatiques.
Le mauvais sort venait à nouveau de frapper Sophie et Alicia. Une vie heureuse et paisible pour un jeune couple d'amoureuses, l'excitante expectative reliée à des projets d'avenir dont l'arrivée d'un enfant, tout cela soudainement remis en question par la survenue d'un événement qui, en une fraction de seconde, avait chamboulé leurs vies.
Aux prises depuis la veille avec un lourd sentiment de culpabilité, Alicia se voyait maintenant confrontée à une troublante prise de conscience. Persuadée d'avoir échoué à la tâche, une conviction s'était ancrée en elle : elle avait abandonné Sophie. Mais pourquoi cette impression? Était-ce le stress relié à la situation qu'elle avait vécue la veille? Ses sentiments s'étaient-ils estompés à l'égard de son amoureuse de toujours? Sa période de formation passée en compagnie de Louise-Josée Fortin au Texas y était-elle pour quelque chose?
Pour d'autres, par contre, les mêmes événements peuvent être accueillis et considérés d'un tout autre angle, telle une chance ou une occasion inespérée qui se présente, comme une bénédiction venant du Ciel. Et la possibilité de donner un élan nouveau à un projet jusqu'alors suspendu aux aléas du temps.
Et lorsque le destin s'abat simultanément sur plusieurs personnes, la dynamique qui en résulte peut revêtir des allures tout à fait particulières pour ne pas dire dramatiques.
Le mauvais sort venait à nouveau de frapper Sophie et Alicia. Une vie heureuse et paisible pour un jeune couple d'amoureuses, l'excitante expectative reliée à des projets d'avenir dont l'arrivée d'un enfant, tout cela soudainement remis en question par la survenue d'un événement qui, en une fraction de seconde, avait chamboulé leurs vies.
Aux prises depuis la veille avec un lourd sentiment de culpabilité, Alicia se voyait maintenant confrontée à une troublante prise de conscience. Persuadée d'avoir échoué à la tâche, une conviction s'était ancrée en elle : elle avait abandonné Sophie. Mais pourquoi cette impression? Était-ce le stress relié à la situation qu'elle avait vécue la veille? Ses sentiments s'étaient-ils estompés à l'égard de son amoureuse de toujours? Sa période de formation passée en compagnie de Louise-Josée Fortin au Texas y était-elle pour quelque chose?
Rongée par ces idées qui dévoraient son cœur, Alicia cherchait désespérément une oreille à qui se confier. Mais vers qui se tourner? N'eût été le fait qu'elle se trouvait toujours à l'extérieur du pays, Catherine aurait probablement été la mieux placée pour recevoir les confidences de la femme éplorée, la jolie blonde étant, après Sophie, sa plus proche amie et, devant Sophie, sa première confidente sur l'oreiller. Catherine avait toujours, en effet, su judicieusement tour à tour conseiller Alicia et Sophie dans leur vie de couple. Étaler cependant ses états d'âme via internet semblait pour la femme, d'autre part, plutôt inapproprié. Bien sûr, Alicia avait pris contact avec l'infirmière le soir-même de l'accident, lui relatant les faits tout en évitant des propos alarmistes, mais elle avait alors préféré éviter d'aborder le sujet d'un point de vue strictement sentimental. Vers qui aller, alors? Vers Sonia LeBel sa mère, ou encore sa belle-mère Jasmine Durocher qui, tout comme sa fille, était elle-même psychologue? À exclure également. Alicia se trouvait trop honteuse pour annoncer qu'elle n'avait pas pu assurer face à la belle-fille de l'une ou la fille de l'autre.
En désespoir de cause, la femme en détresse se rappela cette singulière invitation qui lui avait été faite à Dallas quelques semaines auparavant :
En désespoir de cause, la femme en détresse se rappela cette singulière invitation qui lui avait été faite à Dallas quelques semaines auparavant :
- Ce que ta Sophie ne peut t'offrir, je peux, moi, te le donner. Et si jamais un jour elle ne peut plus t'offrir ce qu'elle te donne déjà, sache que je serai toujours là.
Aux yeux de la femme en désarroi, Louise-Josée Fortin demeurait, au final, l'unique personne devant laquelle elle pourrait éventuellement épancher son âme. Sophie, sa tendre moitié pour reprendre une expression consacrée, se trouvait déjà sous les soins de cette spécialiste hautement compétente dans son domaine, reconnue pour la rigueur de ses traitements et qui, de surcroît, avait même déjà participé à des protocoles de recherche, ce qui lui donnait entre autres accès à une multitude de médicaments dont certains en attente d'homologation par Santé Canada.
Essuyant quelques larmes, Alicia regagna sa chambre à coucher et ouvrit un tiroir d'où elle tira une petite boîte rouge jamais encore déballée que Louise-Josée lui avait remise la veille de leur retour au Québec, la femme s'étant contentée à l'époque de seulement lire le mot qui l'accompagnait :
- Porte-le le jour où tu penseras vraiment à moi.
Ayant retiré l'objet de son emballage, elle le porta à ses yeux en étouffant un sanglot, tenant dans sa main un plug anal plaqué argent sur la base duquel étaient gravés les mots ‘LOVE – LJF'.
Dix heures trente. De retour de la fourrière municipale où elle avait récupéré quelques articles de l'épave de la Corolla de Sophie, Alicia se présenta à l'unité des Soins intensifs de l'hôpital Honoré-Mercier. Malgré la tristesse du moment, l'ambiance régnant dans cette section du centre hospitalier lui rappela paradoxalement la petite plaisanterie qu'elle faisait souvent lorsqu'elle annonçait à ses patients de l'Urgence qu'elle les y envoyait :
Essuyant quelques larmes, Alicia regagna sa chambre à coucher et ouvrit un tiroir d'où elle tira une petite boîte rouge jamais encore déballée que Louise-Josée lui avait remise la veille de leur retour au Québec, la femme s'étant contentée à l'époque de seulement lire le mot qui l'accompagnait :
- Porte-le le jour où tu penseras vraiment à moi.
Ayant retiré l'objet de son emballage, elle le porta à ses yeux en étouffant un sanglot, tenant dans sa main un plug anal plaqué argent sur la base duquel étaient gravés les mots ‘LOVE – LJF'.
Dix heures trente. De retour de la fourrière municipale où elle avait récupéré quelques articles de l'épave de la Corolla de Sophie, Alicia se présenta à l'unité des Soins intensifs de l'hôpital Honoré-Mercier. Malgré la tristesse du moment, l'ambiance régnant dans cette section du centre hospitalier lui rappela paradoxalement la petite plaisanterie qu'elle faisait souvent lorsqu'elle annonçait à ses patients de l'Urgence qu'elle les y envoyait :
- C'est tout comme un restaurant McDonald : des alarmes sonores presque sans interruption, du personnel qui presse le pas devant vous, mais une organisation sans faille et des sourires irrésistibles. Et dites-vous que lorsque sonnera une alarme, généralement ce ne sera pas pour vous!
Derrière la porte close du cubicule 4, par contre, tout était relativement calme, presque serein. Seuls les discrets bips sonores dépeignant le rythme cardiaque de Sophie ainsi que le chuintement régulier du respirateur artificiel brisaient à intervalle régulier le silence régnant autour du lit.
Au-dessus de la tête de celle qui, malgré le collet cervical qu'elle portait toujours, présentait toutefois un visage, maintenant nettoyé, qui lui ressemblait un peu mieux que la veille, se tenait un imposant écran multipistes noir sur lequel différents graphiques défilaient lentement en parallèle de gauche à droite en ondulant tel un ballet multicolore.
Entourée de tous ces appareils disposés près d'elle, Sophie semblait reposer calmement, ses deux poumons se soulevant au rythme régulier que lui imposait, via son tube endotrachéal, le respirateur Servo, tout en évacuant maintenant à chaque souffle par le drain thoracique une infime quantité d'air qu'on voyait buller dans le système d'aspiration-drainage déposé sur le sol. De l'autre côté du lit, accroché au cadre de métal, un sac relié à la sonde urinaire recueillait un liquide citrin et limpide. Connecté au système mural d'aspiration intermittente, un tube naso-gastrique de calibre 16fr destiné à garder en tout temps l'estomac vide laissait cheminer dans son parcours un peu de bile verdâtre.
Suspendu à une tige à solutés à proximité du lit, un sac de transfusion laissait lentement échapper dans sa chambre compte-gouttes de visqueuses gouttes de sang cramoisies en direction d'une veine du bras droit. Une deuxième ligne intraveineuse, semblant vouloir faire contrepoids du côté gauche, laissait perfuser pour sa part un soluté salin. La canule artérielle radiale, dont le capteur était relié au moniteur, permettait une lecture numérique en temps réel de la tension artérielle à chaque battement de cœur.
L'infirmière au chevet de la patiente accidentée achevait de faire le relevé des signes vitaux : TA 105/65, rythme cardiaque 83 sinusal et régulier, saturation d'oxygène 97%, température 36,8 degrés Celsius. Elle griffonna ses notes sur son clipboard puis quitta l'endroit, laissant seules docteure Fortin ainsi qu'Alicia qui venait de faire son entrée dans l'enceinte exiguë. Les deux femmes se firent silencieusement une accolade discrète, puis, côte à côte, se tournèrent en direction de la femme polytraumatisée.
Derrière la porte close du cubicule 4, par contre, tout était relativement calme, presque serein. Seuls les discrets bips sonores dépeignant le rythme cardiaque de Sophie ainsi que le chuintement régulier du respirateur artificiel brisaient à intervalle régulier le silence régnant autour du lit.
Au-dessus de la tête de celle qui, malgré le collet cervical qu'elle portait toujours, présentait toutefois un visage, maintenant nettoyé, qui lui ressemblait un peu mieux que la veille, se tenait un imposant écran multipistes noir sur lequel différents graphiques défilaient lentement en parallèle de gauche à droite en ondulant tel un ballet multicolore.
Entourée de tous ces appareils disposés près d'elle, Sophie semblait reposer calmement, ses deux poumons se soulevant au rythme régulier que lui imposait, via son tube endotrachéal, le respirateur Servo, tout en évacuant maintenant à chaque souffle par le drain thoracique une infime quantité d'air qu'on voyait buller dans le système d'aspiration-drainage déposé sur le sol. De l'autre côté du lit, accroché au cadre de métal, un sac relié à la sonde urinaire recueillait un liquide citrin et limpide. Connecté au système mural d'aspiration intermittente, un tube naso-gastrique de calibre 16fr destiné à garder en tout temps l'estomac vide laissait cheminer dans son parcours un peu de bile verdâtre.
Suspendu à une tige à solutés à proximité du lit, un sac de transfusion laissait lentement échapper dans sa chambre compte-gouttes de visqueuses gouttes de sang cramoisies en direction d'une veine du bras droit. Une deuxième ligne intraveineuse, semblant vouloir faire contrepoids du côté gauche, laissait perfuser pour sa part un soluté salin. La canule artérielle radiale, dont le capteur était relié au moniteur, permettait une lecture numérique en temps réel de la tension artérielle à chaque battement de cœur.
L'infirmière au chevet de la patiente accidentée achevait de faire le relevé des signes vitaux : TA 105/65, rythme cardiaque 83 sinusal et régulier, saturation d'oxygène 97%, température 36,8 degrés Celsius. Elle griffonna ses notes sur son clipboard puis quitta l'endroit, laissant seules docteure Fortin ainsi qu'Alicia qui venait de faire son entrée dans l'enceinte exiguë. Les deux femmes se firent silencieusement une accolade discrète, puis, côte à côte, se tournèrent en direction de la femme polytraumatisée.
L'heure des bilans avait sonné.
- Comment elle va? demanda calmement Alicia après avoir déposé un bisou sur le front humide de Sophie.
- Elle est stable, pour l'instant, répondit l'intensiviste.
- Elle est stable, pour l'instant, répondit l'intensiviste.
Puis, s'étant tournée vers Alicia, la femme ajouta plus bas :
- Mais ça a frappé fort.
Ayant saisi les mains de sa collègue, l'urgentologue avala sèchement puis :
- Je t'en prie, Loulou, ne me fais pas de cachettes et dis-moi tout!
- Eh bien, commença l'autre, l'impact sur le volant a causé la fracture de deux côtes, occasionnant du coup le pneumothorax gauche que tu as su traiter à temps. Deuxièmement, les deux fémurs ont cédé, dont le gauche en trois fragments. Tout a heureusement pu être remis en place à l'aide de plaques et de vis.
- Et… sa colonne cervicale, s'enquit Alicia presque en hésitant, pourquoi porte-t-elle toujours son collet?
- C'est ici que c'est moins jojo, Ali : les radios ont démontré des lésions au niveau de deux vertèbres cervicales, la C3 et la C4. Le pronostic neurologique est très engagé. Sophie ne présente plus aucun signe de motricité périphérique. Elle risque de sortir d'ici tétraplégique en plus d'être dépendante d'un appareil de ventilation en permanence si son nerf phrénique a été atteint.
- Et… et le bébé? se risqua à demander la femme, un trémolo dans la voix.
- Eh bien, commença l'autre, l'impact sur le volant a causé la fracture de deux côtes, occasionnant du coup le pneumothorax gauche que tu as su traiter à temps. Deuxièmement, les deux fémurs ont cédé, dont le gauche en trois fragments. Tout a heureusement pu être remis en place à l'aide de plaques et de vis.
- Et… sa colonne cervicale, s'enquit Alicia presque en hésitant, pourquoi porte-t-elle toujours son collet?
- C'est ici que c'est moins jojo, Ali : les radios ont démontré des lésions au niveau de deux vertèbres cervicales, la C3 et la C4. Le pronostic neurologique est très engagé. Sophie ne présente plus aucun signe de motricité périphérique. Elle risque de sortir d'ici tétraplégique en plus d'être dépendante d'un appareil de ventilation en permanence si son nerf phrénique a été atteint.
- Et… et le bébé? se risqua à demander la femme, un trémolo dans la voix.
Cette fois, c'est Louise-Josée qui prit les mains d'Alicia dans les siennes. Son regard croisa celui de l'autre alors qu'elle hochait négativement la tête :
- Sois forte, ma belle, lui dit-elle d'abord. La violence de l'impact a fort probablement causé un décollement placentaire et l'expulsion du bouchon muqueux. L'hémorragie dont a été victime Sophie aura en grande partie été due à son avortement. La bonne nouvelle, c'est qu'aucune autre lésion intra-abdominale n'a été décelée. Le gynécologue est venu lui faire son curetage utérin dès la chirurgie orthopédique terminée. Mais, si cela peut te consoler, sache que l'étude des tissus en laboratoire a révélé une anomalie chromosomique chez le fœtus. L'enfant serait probablement venu au monde avec des difformités ou de graves carences fonctionnelles.
Avant même d'avoir le temps de réagir face à cette annonce dévastatrice, la femme durement éprouvée vit soudainement son attention attirée par le moniteur cardiaque, dont le rythme sonore venait rapidement de passer de 85 à 110 battements/minute.
- Que se passe-t-il? demanda-t-elle en se tournant vers l'appareil dont les signaux graphiques maintenant enchevêtrés semblaient s'affoler.
S'étant approchée de la jeune femme immobile dans son lit, Alicia constata à sa grande surprise la présence de larmes fraîchement formées qui s'écoulaient de la commissure de ses yeux clos vers les tempes pour se perdre dans l'entrave de son collet cervical.
- Tu... tu crois qu'elle comprend ce que l'on dit? questionna-t-elle l'intensiviste. Ces larmes, son rythme cardiaque, on dirait qu'elle entend tout!
- C'est possible. Elle est dans le coma depuis son arrivée mais semble quelquefois montrer des signes de réveil.
- Tu m'entends, Sophie? lui demanda alors fébrilement Alicia en lui saisissant la main. Serre ma main si tu m'entends. Je t'en prie, chérie, serre ma main si tu m'entends!
- C'est possible. Elle est dans le coma depuis son arrivée mais semble quelquefois montrer des signes de réveil.
- Tu m'entends, Sophie? lui demanda alors fébrilement Alicia en lui saisissant la main. Serre ma main si tu m'entends. Je t'en prie, chérie, serre ma main si tu m'entends!
Sophie ne répondit pas, ne manifestant aucun tonus musculaire.
- Ne t'en fais pas, ma biche, reprit la femme qui s'était agenouillée à sa tête avant d'éclater dans de nouveaux sanglots. Tu t'en sortiras, je te promets, je te promets! Je t'aime! Tu vas vite revenir sur pieds et on rentrera à la maison!
À nouveau, on vit sourdre deux nouvelles larmes qui roulèrent le long des tempes de la femme comateuse, alors qu'une alarme sonore retentissait au moniteur, témoin de la perturbation du rythme cardiaque de la patiente.
- Je compte lui faire passer une batterie de tests neurologiques dès cette semaine, dont une série d'électroencéphalogrammes (EEG), annonça Louise-Josée.
Elle s'approcha de celle qui, toujours à genoux près de sa bien-aimée, se perdait en sanglots.
- Laissons-la maintenant, conseilla doucement Louise-Josée en l'aidant à se relever. Pour le moment, ta copine a surtout besoin de repos.
Alicia se releva en acceptant l'étreinte qui lui était offerte. Un silence se fit, entrecoupé des discrets bips sonores de l'équipement médical mais surtout par de longs sanglots dont la complainte se perdait, étouffée, dans une épaule compatissante.
Ayant invité l'autre dans son bureau, Louise-Josée verrouilla derrière elle la porte. Sitôt seules, Alicia se confia de nouveau aux bras qui lui étaient offerts en exprimant dans de nouveaux pleurs son désarroi :
Ayant invité l'autre dans son bureau, Louise-Josée verrouilla derrière elle la porte. Sitôt seules, Alicia se confia de nouveau aux bras qui lui étaient offerts en exprimant dans de nouveaux pleurs son désarroi :
- Oh Loulou, je me sens si mal, si tu savais! J'ai tellement besoin de me confier à quelqu'un!
- Je sais, Ali, je sais. Ce n'est pas facile, ce qui vous arrive. On va faire de notre mieux.
- Je sais, Ali, je sais. Ce n'est pas facile, ce qui vous arrive. On va faire de notre mieux.
Le silence se fit. Un doux regard lia les deux lesbiennes dans un commun soupir pour se poser ensuite sur les lèvres l'une de l'autre. C'est sans hésitation aucune que la femme en émoi accepta le baiser qui lui fut proposé. Graduellement, l'étreinte prit de l'ampleur, jusqu'à devenir l'expression d'une passion renouvelée, les muqueuses chaudes et humides ne se séparant que pour rapidement se retrouver, se remémorant, comme dans un désir de rattraper le temps, de trop agréables moments passés.
Craignant de sembler vouloir abuser de la situation, Louise-Josée mit fin d'elle-même à ces gestes empreints de pure affection saphique. C'est alors qu'Alicia la surprit à son tour en lui faisant une proposition inattendue :
Craignant de sembler vouloir abuser de la situation, Louise-Josée mit fin d'elle-même à ces gestes empreints de pure affection saphique. C'est alors qu'Alicia la surprit à son tour en lui faisant une proposition inattendue :
- Glisse ta main ici, chuchota-t-elle à Louise en relevant sa jupe, exposant son tanga à des yeux interrogateurs.
Gardant toutefois une expression neutre devant cette singulière invitation, l'intensiviste obtempéra, descendant les mains sur des fesses lisses et soyeuses. Explorant ainsi la chaude féminité qui s'offrait à elle, ses doigts butèrent soudain sur un objet dur logé dans les confins de son intimité.
- Tu as finalement ouvert la boîte! constata-t-elle avec un sourire après avoir réajusté le slip de celle qui avait déposé la tête sur son épaule.
- Je l'ai fait ce matin. Je me suis rappelé ta promesse, Loulou. Tu m'avais dit que je pourrais compter sur toi si…
- Bien sûr, trésor. Je suis toujours là. Et je te rappelle que je t'avais aussi dit que je t'attendrais. Viens. Je t'invite au resto ce soir. Et une chambre nous attend à l'hôtel.
- Mais je n'ai pas envie d'une baise, voulut préciser Alicia. Juste… juste de me confier à toi, de me faire rassurer, comme seule une véritable amie peut le faire.
- Je t'aurais vraiment trouvée sans cœur de vouloir baiser ce soir alors que ta copine se trouve entre la vie et la mort! Là n'était pas mon idée, non plus. Je sais ce que tu ressens, chérie. J'ai vécu les mêmes choses, tu sais? Je te prendrai au sortir du travail.
- Je l'ai fait ce matin. Je me suis rappelé ta promesse, Loulou. Tu m'avais dit que je pourrais compter sur toi si…
- Bien sûr, trésor. Je suis toujours là. Et je te rappelle que je t'avais aussi dit que je t'attendrais. Viens. Je t'invite au resto ce soir. Et une chambre nous attend à l'hôtel.
- Mais je n'ai pas envie d'une baise, voulut préciser Alicia. Juste… juste de me confier à toi, de me faire rassurer, comme seule une véritable amie peut le faire.
- Je t'aurais vraiment trouvée sans cœur de vouloir baiser ce soir alors que ta copine se trouve entre la vie et la mort! Là n'était pas mon idée, non plus. Je sais ce que tu ressens, chérie. J'ai vécu les mêmes choses, tu sais? Je te prendrai au sortir du travail.
***
Attablées à la salle à manger du Sheraton, les deux filles partageaient, arrosé d'un vin proposé par la maison, un repas sobre mais succulent, les lumières tamisées et la musique discrète favorisant une intimité dans leurs échanges. Alicia en profita ainsi pour mettre à nu son âme devant sa collègue de travail en qui elle trouva une oreille attentive. Elle se reprocha entre autres de ne pas avoir suffisamment insisté auprès de Sophie pour que celle-ci s'abstienne de prendre le volant dans ces conditions routières dangereuses.
- C'est une adulte, voulut la rassurer l'autre. Elle savait qu'elle encourait des risques.
- Sophie a tendance à sous-estimer les dangers. C'est souvent moi qui dois la mettre en garde. Elle se comporte un peu comme une enfant à qui il faut constamment rappeler qu'il faut toujours regarder des deux côtés avant de traverser la rue.
- Sophie a tendance à sous-estimer les dangers. C'est souvent moi qui dois la mettre en garde. Elle se comporte un peu comme une enfant à qui il faut constamment rappeler qu'il faut toujours regarder des deux côtés avant de traverser la rue.
Elle laissa tomber son ustensile, sentant sa gorge serrer :
- J'aurais dû insister davantage. Je ne l'ai pas fait!
- Et tu as aussi l'impression de l'avoir laissée tomber, dans la salle de trauma? devina l'autre.
- Oui, tout à fait! répondit la femme dans un sanglot. C'était… c'était devenu au-dessus de mes forces! Oh, Loulou, je me sens tellement mal, tellement conne!
- Tu lui as sauvé la vie, Ali, précisa Louise-Josée. Tu n'as pas à te faire de tels reproches.
- Je la regarde, maintenant… Quelle sorte d'avenir allons-nous vivre dorénavant? fit l'autre en essuyant ses larmes.
- Crois-moi, voulut la rassurer l'intensiviste. Je ferai tout ce que je peux pour te la ramener dans la meilleure condition possible. Je sais combien tu l'aimes. Pour l'instant, souviens-toi que je peux combler ton besoin d'affection, te donner, en attendant, ce qu'elle ne peut t'offrir pour le moment.
- Et tu as aussi l'impression de l'avoir laissée tomber, dans la salle de trauma? devina l'autre.
- Oui, tout à fait! répondit la femme dans un sanglot. C'était… c'était devenu au-dessus de mes forces! Oh, Loulou, je me sens tellement mal, tellement conne!
- Tu lui as sauvé la vie, Ali, précisa Louise-Josée. Tu n'as pas à te faire de tels reproches.
- Je la regarde, maintenant… Quelle sorte d'avenir allons-nous vivre dorénavant? fit l'autre en essuyant ses larmes.
- Crois-moi, voulut la rassurer l'intensiviste. Je ferai tout ce que je peux pour te la ramener dans la meilleure condition possible. Je sais combien tu l'aimes. Pour l'instant, souviens-toi que je peux combler ton besoin d'affection, te donner, en attendant, ce qu'elle ne peut t'offrir pour le moment.
Louise-Josée caressa la joue mouillée d'Alicia avant de conclure :
- Alicia chérie, laisse-moi aussi m'occuper un peu de toi.
C'est dans la chambre d'hôtel que la soirée se termina. Libérée de ses tourments par les suaves paroles d'encouragement de Louise-Josée, Alicia avait finalement accepté le réconfortant massage érotique offert dans le moelleux lit Queen de sa confidente.
Louise-Josée était devenue la femme de la situation. Alicia lui avait confié non seulement Sophie, mais également la survie de son couple. Et en attendant de retrouver sa biche, elle pourrait maintenant librement aller vers celle qui saurait combler tous ses besoins en matière de sexualité, incluant ses fantasmes jusqu'alors inavoués. Aussi n'avait-elle plus aucune raison de se refuser à cette femme qui la convoitait depuis si longtemps, considérant ainsi qu'il s'agissait là d'une rétribution à bon escient.
Louise-Josée était devenue la femme de la situation. Alicia lui avait confié non seulement Sophie, mais également la survie de son couple. Et en attendant de retrouver sa biche, elle pourrait maintenant librement aller vers celle qui saurait combler tous ses besoins en matière de sexualité, incluant ses fantasmes jusqu'alors inavoués. Aussi n'avait-elle plus aucune raison de se refuser à cette femme qui la convoitait depuis si longtemps, considérant ainsi qu'il s'agissait là d'une rétribution à bon escient.
- Prends-moi, Loulou. Je sais que tu en brûles d'envie. Fais-toi plaisir et fais-moi plaisir également. Libère-moi de mon plug et fais-moi de nouveau goûter à ton piercing lingual.
Pour Louise-Josée, c'était le meilleur des deux mondes. Elle avait gagné la pleine confiance d'Alicia, ses charmes lui étaient maintenant acquis, et elle détenait le pouvoir de vie ou de mort sur le troisième élément de ce triangle maudit.
C'est une jeune femme consolée et repue d'amour qui trouva enfin le sommeil, blottie dans les bras de sa nouvelle amante en qui elle avait confié son avenir et sa protection.
Une semaine passa sans qu'aucun changement ne soit noté chez Sophie, sauf, nouvelle peu réjouissante, un premier EEG révélant une activité cérébrale fortement détériorée pour ne pas dire inexistante. Alertée par Alicia, Catherine mit abruptement fin à son séjour en Suisse et proposa même ses services à titre d'infirmière privée auprès de Sophie. C'est ainsi que, dorénavant, la jeune blonde allait œuvrer chaque jour exclusivement au chevet de la rouquine, couchant la nuit dans un petit lit de camp installé dans la chambre pour se remettre rapidement au boulot le lendemain, colligeant minutieusement signes vitaux et cliniques, assurant l'exécution des ordonnances consignées au dossier médical de la patiente et veillant affectueusement au confort de cette dernière en la mobilisant régulièrement, entre autres, afin d'éviter l'apparition de plaies de lit.
C'est une jeune femme consolée et repue d'amour qui trouva enfin le sommeil, blottie dans les bras de sa nouvelle amante en qui elle avait confié son avenir et sa protection.
Une semaine passa sans qu'aucun changement ne soit noté chez Sophie, sauf, nouvelle peu réjouissante, un premier EEG révélant une activité cérébrale fortement détériorée pour ne pas dire inexistante. Alertée par Alicia, Catherine mit abruptement fin à son séjour en Suisse et proposa même ses services à titre d'infirmière privée auprès de Sophie. C'est ainsi que, dorénavant, la jeune blonde allait œuvrer chaque jour exclusivement au chevet de la rouquine, couchant la nuit dans un petit lit de camp installé dans la chambre pour se remettre rapidement au boulot le lendemain, colligeant minutieusement signes vitaux et cliniques, assurant l'exécution des ordonnances consignées au dossier médical de la patiente et veillant affectueusement au confort de cette dernière en la mobilisant régulièrement, entre autres, afin d'éviter l'apparition de plaies de lit.
***
Ce matin-là, Catherine accueillait dans son cubicule l'inhalothérapeute Carl qui se présentait dans le cadre de sa tournée routinière de contrôle de l'état respiratoire de Sophie. Au lendemain du retrait, la veille, du drain thoracique de la patiente, l'homme retira d'une enveloppe quelques films radiographiques et les suspendit au négatoscope qu'il alluma aussitôt afin d'étudier les radios pulmonaires prises après la procédure. Il ne manqua pas de remarquer les yeux interrogateurs de Catherine qui semblait examiner les images avec énormément d'intérêt.
- Tu veux que je t'explique des choses? lui demanda gentiment le professionnel.
- Oh oui, Carl! dis-moi ce que tu vois?
- Eh bien, de prime abord, tout semble beau, commença l'autre. Tout ce que tu vois en noir, c'est de l'air. Tu vois du côté gauche, où il y avait le pneumothorax? On constate que le poumon a complètement repris sa place, et on voit maintenant très bien sa vascularisation blanchâtre qui s'étend sur la plage entière. Les bases sont bien ventilées et les apicales au sommet, où se trouvait le drain, vont bientôt terminer leur cicatrisation.
- Et… cette ligne-là, c'est quoi? demanda l'infirmière en désignant un mince trait pâle qui partait de la mâchoire pour s'arrêter, entre les poumons, au milieu de l'image affichée en noir et blanc.
- Celle-ci ou celle-là? voulut préciser Carl en désignant plutôt deux lignes blanches verticales apparaissant presque côte à côte au centre du cliché.
- Celle-là, demanda Catherine en désignant la plus courte des deux.
- Elle nous indique le positionnement exact de la sonde endotrachéale à l'intérieur des poumons. Le tube n'est pas visible aux rayons X, c'est pourquoi le fabricant y a intégré une petite ligne bleue radio-opaque qui fait toute sa longueur et qui seule sera visible à la radiographie. Tu peux donc voir que le tube descend dans la trachée et s'arrête à environ trois centimètres de la carène, l'endroit où prennent naissance les deux bronches souches droite et gauche.
- Oh, intéressant!
- Dans le cas de Sophie, on avait dû, suite à sa procédure d'intubation, retirer de 2 centimètres le tube car celui-ci risquait justement de buter contre la carène.
- C'est important, ça? demanda encore l'infirmière.
- C'est pourquoi on fait toujours un contrôle radiologique après avoir procédé à une intubation. Y a pas que le risque de se retrouver dans une bronche et de ne ventiler qu'un seul poumon : la carène est très chatouilleuse et une stimulation mécanique entraîne généralement un réflexe de toux assez violent, merci, blagua l'inhalo.
- Oh, excusez-moi! fit à son tour Catherine à la blague.
- Le réflexe carénal est un des derniers à disparaître au décès. Il est donc très résistant.
- Et c'est quoi la ligne à côté, qui descend plus bas?
- C'est la sonde naso-gastrique, le tube de Levin! On la voit descendre jusqu'à l'estomac dont elle épouse ensuite la forme.
- Oh oui, Carl! dis-moi ce que tu vois?
- Eh bien, de prime abord, tout semble beau, commença l'autre. Tout ce que tu vois en noir, c'est de l'air. Tu vois du côté gauche, où il y avait le pneumothorax? On constate que le poumon a complètement repris sa place, et on voit maintenant très bien sa vascularisation blanchâtre qui s'étend sur la plage entière. Les bases sont bien ventilées et les apicales au sommet, où se trouvait le drain, vont bientôt terminer leur cicatrisation.
- Et… cette ligne-là, c'est quoi? demanda l'infirmière en désignant un mince trait pâle qui partait de la mâchoire pour s'arrêter, entre les poumons, au milieu de l'image affichée en noir et blanc.
- Celle-ci ou celle-là? voulut préciser Carl en désignant plutôt deux lignes blanches verticales apparaissant presque côte à côte au centre du cliché.
- Celle-là, demanda Catherine en désignant la plus courte des deux.
- Elle nous indique le positionnement exact de la sonde endotrachéale à l'intérieur des poumons. Le tube n'est pas visible aux rayons X, c'est pourquoi le fabricant y a intégré une petite ligne bleue radio-opaque qui fait toute sa longueur et qui seule sera visible à la radiographie. Tu peux donc voir que le tube descend dans la trachée et s'arrête à environ trois centimètres de la carène, l'endroit où prennent naissance les deux bronches souches droite et gauche.
- Oh, intéressant!
- Dans le cas de Sophie, on avait dû, suite à sa procédure d'intubation, retirer de 2 centimètres le tube car celui-ci risquait justement de buter contre la carène.
- C'est important, ça? demanda encore l'infirmière.
- C'est pourquoi on fait toujours un contrôle radiologique après avoir procédé à une intubation. Y a pas que le risque de se retrouver dans une bronche et de ne ventiler qu'un seul poumon : la carène est très chatouilleuse et une stimulation mécanique entraîne généralement un réflexe de toux assez violent, merci, blagua l'inhalo.
- Oh, excusez-moi! fit à son tour Catherine à la blague.
- Le réflexe carénal est un des derniers à disparaître au décès. Il est donc très résistant.
- Et c'est quoi la ligne à côté, qui descend plus bas?
- C'est la sonde naso-gastrique, le tube de Levin! On la voit descendre jusqu'à l'estomac dont elle épouse ensuite la forme.
L'expression de nouveau soucieuse, la femme voulut s'enquérir de l'activité respiratoire de sa patiente.
- Elle reste totalement passive, Catherine, l'informa l'inhalo en consultant l'historique affiché sur l'écran du respirateur. Oh, attends un peu! Je vois qu'elle a déclenché à deux reprises un cycle respiratoire, mais je ne peux dire si c'était causé par un hoquet ou une véritable activité spontanée de sa part.
D'un professionnalisme exemplaire, Catherine profitait des moments libres qui s'offraient à elle dans le cadre de ses tâches pour explorer à fond tous les éléments lui permettant de saisir avec justesse l'état ainsi que l'évolution de sa patiente. Telle une souris fouineuse, elle épluchait tout ce qui lui passait entre les mains : notes au dossier, analyses de labo, résultats d'imagerie médicale, requêtes de toutes sortes… Même l'appareillage complexe qui équipait le cubicule où était soignée Sophie passa au peigne fin, sans oublier les réceptacles de déchets dont les bio-médicaux. D'un esprit très critique, elle confrontait avec perspicacité les infos recueillies à ses propres observations.
Son inspection initiale terminée, elle tira une troublante conclusion :
Son inspection initiale terminée, elle tira une troublante conclusion :
- Il se passe des choses étranges ici. Des choses vraiment, vraiment bizarres…
(À venir : Soins intensifs intempestifs (partie II))
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Commentaires ()
Il suffisait qu'elle patiente Alicia le temps pour Catherine de rentrer et elles auraient discuter.
Au lieu de ça elle s'est faite avoir.
Vraiment vite la suite. ;)
C'est pas possible Voilà que cette grosse pétasse dit de grosse connerie sur l'état de santé de Sophie à Alicia purée vivement que Catherine interviens ça peut vraiment plus durer cette mascarade je suis entrains de devenir fout si ça continue il va falloir m'enfermer dans un asile.
Oui comme tu dit heureusement que Catherine arrive en renfort car je serais dans l'histoire j'aurais déjà mis depuis un bon moment la tête du docteur Fortin au bout d'une pique car je ne supporte pas que l'on face du mâle ou que l'on raconte des connerie au tourterelle et bien sur à Catherine quand c'est elle qui est viser.
Heureusement que Catherine apparaît à présent dans le paysage...