Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lettres à Arthus — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Lettres à Arthus
Chapitre 2
Monsieur Arthus
Chemin des Arpents
59000 Lille
Chemin des Arpents
59000 Lille
Mende, ce 1er octobre
Monsieur,
Ce matin m'a trouvée en petite santé. Je garde le lit, ce jour. Aussi, j'étais à mon premier café, adossée contre les oreillers et m'apprêtant de répondre aux lettres de retard avec une lassitude immense, lorsque mon mari vint, sur la pointe de ses pieds, m'apporter le courrier du jour, dans un sourire que je crus d'abord devoir aux seules tendresse et compassion que je lui connais si bien.
Mais votre A., au dos de la seconde enveloppe, me sauta aux yeux comme une raison plus douce encore à ce sourire sur son visage ; car en plus de sa tendresse, cette enveloppe s'en venait me dire la vôtre...
Le pauvre chéri, voici bientôt trois semaines qu'il envoyait un ami des siens regarder chaque matin sous la pierre, celle à la forme d'un cœur...
Le pauvre chéri, voici bientôt trois semaines qu'il envoyait un ami des siens regarder chaque matin sous la pierre, celle à la forme d'un cœur...
Il faut bien vous l'avouer, je ne le cèlerai pas plus longtemps : je lui ai parlé de vous ; et je lui ai conté notre tableau, dans ce jardin...
Il importait pour moi de pouvoir vous en assurer avant que d'aller plus avant ensemble, et ce sera chose faite dès la fin de cette phrase, comme vous le pourrez lire, Monsieur ; car notre correspondance reçoit son agrément, sans réserve aucune, sinon la chasteté de votre entreprise.
Lors, la chose m'est plus heureuse encore, que vous ayez retenu mon nom, tandis que je me suis empressée de délaisser mes autres lettres pour dévorer la vôtre, et ne pas attendre davantage pour vous faire cette réponse.
Il importait pour moi de pouvoir vous en assurer avant que d'aller plus avant ensemble, et ce sera chose faite dès la fin de cette phrase, comme vous le pourrez lire, Monsieur ; car notre correspondance reçoit son agrément, sans réserve aucune, sinon la chasteté de votre entreprise.
Lors, la chose m'est plus heureuse encore, que vous ayez retenu mon nom, tandis que je me suis empressée de délaisser mes autres lettres pour dévorer la vôtre, et ne pas attendre davantage pour vous faire cette réponse.
Je rends grâces au Ciel, qu'un esprit tant subtil
Ait offert à mon nom cette petite place,
Et croyez bien, Monsieur, que pas un jour ne passe
Que je ne me demande : Arthus te souvient-il ?
Ait offert à mon nom cette petite place,
Et croyez bien, Monsieur, que pas un jour ne passe
Que je ne me demande : Arthus te souvient-il ?
S'il est vrai que je craignais quelque peu votre lettre en effet, cette crainte était toute mêlée avec mon empressement, et la douceur du souvenir me tient en si grand délice, que sa réception me fut tout autant joyeuse que j'ai aussi de joie à vous écrire.
Avez-vous su que notre mariée n'a pas tenu quinze jours avant que de rompre ses noces...? Peut-être vous l'apprendrai-je, à vous que je sais depuis être parent du marié... C'est à votre seule désaffection pour les mondanités que vous devez le fait d'avoir été par lui reconnu, sans nul doute possible, lorsque je lui demandai après vous.
Or donc, puisque je partageais déjà ce désamour avant de vous connaître, permettez que je ne vous rejoigne pas sur les raisons de vous avoir, selon vous, aperçu sur ce banc.
Or donc, puisque je partageais déjà ce désamour avant de vous connaître, permettez que je ne vous rejoigne pas sur les raisons de vous avoir, selon vous, aperçu sur ce banc.
Vous invoquez pour vous, Monsieur, Dame la Chance :
Ne soyez pas fâché si pour moi, j'aime mieux
La vouloir innocente, et croire qu'en ces lieux
Je dus votre rencontre à quelque Providence.
Vous la nommez aussi, de ce ton qui me touche,
Et dites au hasard qu'il est le bienvenu :
Est-il coupable aussi de l'avoir retenu,
Cet élan qui poussait vos lèvres vers ma bouche ?
Ne soyez pas fâché si pour moi, j'aime mieux
La vouloir innocente, et croire qu'en ces lieux
Je dus votre rencontre à quelque Providence.
Vous la nommez aussi, de ce ton qui me touche,
Et dites au hasard qu'il est le bienvenu :
Est-il coupable aussi de l'avoir retenu,
Cet élan qui poussait vos lèvres vers ma bouche ?
Vous savez désormais que l'anneau à mon doigt, s'il vous en a dévié, permet cependant vos lettres et les miennes. Mais mon âme est emplie de crainte, car si ce jeune Amour vous donne mes mots d'une main, de l'autre il me défend que mon corps vous soit donné avec eux, ni que ce soit ma voix qui vous les dise, ces mots...
C'est en ami que je vous ai dépeint, et c'est en amie que mon mari a consenti à me laisser vous écrire... Pourtant, ce dont vous m'avez parlé, ces paroles de vous, devant ce bassin, Dieu qu'elles m'ont donné de désir !
C'est en ami que je vous ai dépeint, et c'est en amie que mon mari a consenti à me laisser vous écrire... Pourtant, ce dont vous m'avez parlé, ces paroles de vous, devant ce bassin, Dieu qu'elles m'ont donné de désir !
Vous entendre vouloir me faire ces choses-là, à moi, ces choses de gens normalement unis en mariage, vous que je ne connaissais pas l'heure précédente... Comme mon émoi a-t-il dû se voir sur ma peau ! Votre âge s'adressant de la sorte au mien, quel plaisir ! Et quelle gêne, cependant...
Ma gratitude est tout acquise à cette Renommée de marbre, qui, vous savez, de haut, nous toisait depuis le chemin, sur son socle. Elle fut pour beaucoup dans mon abandon à l'écoute de ma pudeur, lorsque je me dégageai de l'aimable étreinte de vos lèvres à mon cou.
Ma gratitude est tout acquise à cette Renommée de marbre, qui, vous savez, de haut, nous toisait depuis le chemin, sur son socle. Elle fut pour beaucoup dans mon abandon à l'écoute de ma pudeur, lorsque je me dégageai de l'aimable étreinte de vos lèvres à mon cou.
Néanmoins, au risque de vous paraître légère ou frivole, il me faut pourtant vous confesser la cause de mon retrait soudain.
En scrutant de tous bords, par-delà les massifs,
Pour voir si vous deviez ma réserve soudaine
A quelque autre évadé de la noce mondaine,
Vos yeux, qui jusque-là se faisaient intrusifs,
Laissèrent l'odorat en laissant mon corsage.
Or, il s'en est fallu, Monsieur, de point beaucoup
Que le Désir nous fît un fort dangereux coup,
Si vous eussiez senti le parfum de mon âge.
Car au vrai, votre nez, qui quittait mes appâts,
Ne dut point mon sursaut à nulle âme indiscrète,
Mais au fait du parfum de ma source secrète,
Que, si je la sentis, vous ne humâtes pas.
Pour voir si vous deviez ma réserve soudaine
A quelque autre évadé de la noce mondaine,
Vos yeux, qui jusque-là se faisaient intrusifs,
Laissèrent l'odorat en laissant mon corsage.
Or, il s'en est fallu, Monsieur, de point beaucoup
Que le Désir nous fît un fort dangereux coup,
Si vous eussiez senti le parfum de mon âge.
Car au vrai, votre nez, qui quittait mes appâts,
Ne dut point mon sursaut à nulle âme indiscrète,
Mais au fait du parfum de ma source secrète,
Que, si je la sentis, vous ne humâtes pas.
Oui, vous me faites un effet irrépressible, un effet que je ne saurais souffrir davantage, si je ne trouvais quelque expédient pour satisfaire à l'envie qu'il laisse croître en moi, chaque fois que je songe à ce que vous m'avez dit cet après-midi-là... Mes draps m'en sont témoins qu'il faut changer fort plus souvent qu'à l'ordinaire.
Et j'ai beau me passer toujours cette envie - de la façon que vous savez sans doute -, pourtant cela revient sans cesse, me détournant à toute heure de mes activités, à la simple pensée d'être ainsi privée du bonheur de vous adorer comme le voudrait celle qui se sent continûment depuis cet instant, Monsieur,
Et j'ai beau me passer toujours cette envie - de la façon que vous savez sans doute -, pourtant cela revient sans cesse, me détournant à toute heure de mes activités, à la simple pensée d'être ainsi privée du bonheur de vous adorer comme le voudrait celle qui se sent continûment depuis cet instant, Monsieur,
Votre plus humble et plus affectionnée servante.
Azilis
PS : On donne l'Orphée de Glück à Pierrevaux, à la fin de ce mois : y serez-vous ?
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Commentaires ()
Qui est-il? Et où cela va t-il nous mener, nous, lectrices et lecteurs d’ici et la, attires par l’intrigue, que nous sommes comme une phalène vers la flamme d’une bougie?
Cette histoire continue de détonner et d'étonner. Bravo pour ce petit coin de poésie si surprenant !
Merci
Ce cher Arthus a beaucoup de chance.
Continuez ainsi, je suis votre histoire