L'arrangement (contes Bonobo 1)
Chapitre 1
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'arrangement (contes Bonobo 1) — Chapitre 1

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L'arrangement (contes Bonobo 1)

Chapitre 1

Contes Bonobo 1 L'arrangement
Un nouveau monde pour Julie
— Hâtez-vous de céder à la tentation, de peur qu'elle ne vous passe.
Giacomo Casanova, dans « Histoire de ma vie »
Les débuts sont toujours difficiles, et comme pour toute petite entreprise, il y a des moments de doute. Déjà, être épouse, mère de trois enfants et travailler comme psy en hôpital n'est pas chose aisée, mais, si en plus, j'ouvre un petit cabinet pour exercer un métier qui n'existe pas, je sens que je vais frôler l'inconscience et la déraison. Mais il est des moments dans notre vie, où il faut braver la raison et se frotter à l'irrationnel ! En fait, durant ces premières semaines, mon bilan, même mince, reste positif et prometteur. Mais vous allez vous demander pourquoi et comment une psychologue fonctionnaire, épouse et maman de choc va embarquer dans une telle galère. Excellente question ! Y répondre va me demander un réel effort de sincérité et nécessite de vous révéler quelques pans de ma vie de famille, et de femme qui, normalement, devraient rester dans le silence de l'intimité d'un couple.
Sauf que, pour expliquer la genèse de ce métier, je vous dois quelques révélations intimes
Née dans une famille de quatre enfants, en seconde position, très vite j'ai pensé davantage aux autres qu'à moi-même, de là provient à coup sûr ma vocation, mon côté Sœur Theresa, exaspérant pour beaucoup. Mais bon, c'est ma nature !
Petite fleur de province, j'ai reçu une éducation stricte sans être sévère et je n'ai aucune horrible histoire à raconter sur ma famille, ni père autoritaire ni mère indigne et aucun tonton dépravé. J'en suis navrée, mon cas romanesque est désespéré. Donc une enfance calme, douce, fluide, mais au cours très lent.
J'aurais dû avoir une vie aussi bien réglée que celle de ma sœur aînée et même de mes deux jeunes sœurs : des études correctes, mais pas trop brillantes, des métiers respectés pour une femme (BCBG au foyer, institutrice et infirmière), chacune un mari bien intégré dans la communauté locale et de beaux enfants encore sages.
Mais, il faut bien croire qu'une histoire fondatrice comme celle de la Grèce ne repose pas sur une terre aride. Pourtant, le destin, qui est « enfant de bohême » peut faire surgir un événement qui va « grossir » une mer jusqu'alors si paisible.
Tout est parti d'une histoire qui a « chamboulé » ma petite vie bien réglée. Et tout est venu de ce constat : « si j'appliquais à moi même, à ma famille, ma propre méthode, car je viens de vivre des événements que je dois à tout prix analyser, contextualiser, pour mieux me situer ici et maintenant ».
Je vais essayer de vous parler de ma propre vie et des jours où elle a quelque peu basculé. Pour conserver le ton de ces propos, je vais essayer de rester « clinique » et de regarder mon cas, celui de mon mari avec un recul professionnel.
Dans mon cas, jusqu'à cette aventure, je me pensai dotée d'une libido rêveuse, mais sage, sans être ni bégueule ni prude, j'étais une femme curieuse, mais non aventureuse (en exceptant mes folies « fauves)... oui, voilà comment je me serai le mieux définie ! Mais la nature a ceci de particulier qu'elle est instable, précaire et que tout peut évoluer selon le contexte. Et une femme, comme tout être, possède la merveilleuse capacité de s'adapter. C'est lié à l'Eros, et à cet instinct sublime de survie. Dans certaines situations, le cerveau n'interviendra plus et c'est un ensemble de réflexes primitifs qui va prendre le contrôle sur le corps et même l'esprit. Dans ces moments-là, il n'est plus question de morale ni encore moins de société, l'homme ou la femme redeviennent ces animaux instinctifs et primitifs.
Maintenant, je vais aborder le cas de Gilles (mon mari). Je dirais qu'il s'agit d'un hominidé assez évolué qui s'est efforcé de gérer une situation d'urgence, assez atypique. Sa femme (moi) qui doit de temps en temps effectuer des missions de psychologue pour l'armée en Afghanistan, d'abord, puis en Afrique désormais, ce qui entraîne des absences de trois à six mois selon le contexte. Gilles a plutôt mal vécu mon premier déplacement. A cette occasion, il s'est rendu compte de sa faiblesse et de son incapacité à résister aux tentations nombreuses dans son métier culturel et durant mon séjour en enfer, il m'a trompée régulièrement, avec beaucoup de remords. Aussi il m'a raconté, il y a peu de temps, le contexte actuel avec force détails et beaucoup de passion. On a joué tous les deux à un jeu dangereux : le patient et la thérapeute
Paroles de Gilles...
— Pourtant, tout va bien ma vie est globalement belle !
Un boulot valorisant, une épouse intelligente et jolie, des enfants qui réussissent en études : bref, je suis une vraie pub pour Eurodisney ou le club Med !
Mon boulot me donne une bonne image ; en effet je dirige un centre d'art, pour le compte de la Ville de Saint Paumain, donc je suis un fonctionnaire particulier, qui, sans être très riche, est perçu comme branché et hors de la vulgate administrative. Je suis donc un quinquagénaire tout à fait respectable.
Mon adorable épouse est psychologue, jusque-là tout est cohérent, mais si on ajoute qu'elle « travaille » souvent pour l'armée, le tableau devient plus « abstrait ». Car dans mon milieu, travailler pour l'armée ou la police reste une faute de goût manifeste et cachée.
Notre vie est ainsi faite depuis notre mariage, même nos amis les plus proches ont du mal à comprendre l'alchimie de notre couple, mais pourquoi tout expliquer ?
Sa spécialité lui a permis de faire de nombreuses missions pour l'armée, car elle excelle dans la thérapie du stress post-traumatique, cette compétence rare l'a amené à partir parfois pour suivre les cahots du monde, de l'Afghanistan au Tchad et au Liban, puis en Côte d'Ivoire et au Mali. Dans ce dernier pays, elle a déjà fait deux séjours assez courts (3 semaines, un mois) et voilà qu'un ordre d'y repartir lui est parvenu. Le drame se déroulera donc d'ici trois semaines et cette fois-ci pour au moins trois mois, en raison d'une intensité récente du conflit et d'une pénurie chronique de psychologues militaires, l'armée veut ainsi prévenir plutôt que d'essayer de recoller des morceaux de plus en plus petits et éclatés.
Arrivé à ce niveau d'explications, je dois avouer certaines différences qui appartiennent au noyau dur du couple. Sexuellement, dit-il avec honnêteté, je ne suis qu'un homme, voire peut-être plus (je veux dire que mes exigences sont assez denses).
Ma douce, face à mes besoins récurrents et à mes nombreux fantasmes érotiques, me surnomme, à la fois par amour et par dérision, « son grand Bonobo ».
Contrairement à ma lubricité, ma douce Julie est une vraie petite innocente, qui malgré son joli petit corps fait pour l'amour, ignore en apparence toute libido complexe et toute pensée sexuelle décalée.
En amour, je choisis tout : moment, lieu, position et sa seule liberté semble de refuser telle ou telle chose ou de me faire quitter une position pour une autre. Quand rarement, elle prend l'initiative d'une branlette ou d'une fellation, j'ouvre d'énormes yeux ronds et je profite béat de cette rupture dans l'espace-temps de mon règne érotique !
Soyons clairs, Julie n'est pas une soumise, et son attitude ne résulte en rien d‘une docilité profonde ! Simplement, je pense que cette répartition des rôles lui convient. Elle s'évite de jouer une pièce qui n'est pas écrite pour elle et par là de mentir, d'abord à elle et ensuite à moi.
Pour autant, ce n'est pas une sainte-nitouche, dès que le bon bouton a été pressé, elle reçoit et donne de l'amour avec fougue et son corps souple et musclé sait emprunter les routes parfois sinueuses du plaisir.”
Paroles de Julie ...
Gilles a besoin de trouver du sens à ses infidélités, de comprendre quels sont les ressorts de son comportement (avec pour exemple le précédent départ de son épouse chéri).
J'ai commencé à lui expliquer qu'il avait souffert d'une forme de jalousie très complexe. Lui qui ne s'est jamais considéré comme jaloux, bien que je sois une femme qui a réussi, mais qui, sans être d'une beauté époustouflante possède un physique attrayant pour qui sait le déceler malgré la fatigue de son métier et la blouse qu'elle arbore du matin au soir. Son « eros » avait besoin de contrôle, et le fait que son épouse, sa “chose”, sa partenaire sexuelle ne soit plus à sa portée a fait imploser sa bulle d'équilibre intime. En réaction, il a réagi en mâle inquiet, il s'est fait “prédateur” pour se rassurer. Il a dû se dire une première chose : cela ne remets pas en cause son attachement pour moi, mais c'est plutôt un réflexe assez archaïque : une sorte de complexe de Pygmalion.
Je lui ai expliqué les ressorts de cette pensée : sa nature, son allure et son métier expriment chez Gilles un besoin de brillance, être, sinon le héros, mais au moins le démiurge qui sera au centre de l'action : il a une âme de metteur en scène ! Savoir sa Julie, vestale et disciple de son culte, hors de sa portée a été insupportable. Non seulement, elle n'est plus à son service moral et sexuel, mais en plus un autre “mâle” peut en profiter... quelle frustration !
Tu as réagi, mon chéri, en surhomme Nietzschéen, en voulant prouver que ton pouvoir était toujours réel, et que tu conserves comme un dieu moderne la direction de ton monde.
Une race d'aventuriers qui a du mal à subsister et à trouver des valeurs dans ce monde si égalisé, où on demande aux hommes de se mettre au niveau des femmes, visiblement ce monde n'est pas tout à fait le tien. Ta révolte est compréhensible à défaut d'être adaptée. A toi d'évaluer la situation et d'apporter des corrections.
Maintenant ce qu'il faudrait pour éviter de revivre cette situation ce serait de reprendre le contrôle, de redevenir acteur de ta vie. Et alors à ces conditions là, tu n'auras plus besoin de partir en chasse. Alors à toi de savoir comment retrouver ce fameux contrôle. Il y a plusieurs pistes : soit nous faisons dans la technique et investissons pour « Skype » ou autre système, soit nous nous fixons des heures où on se caresse ensemble à distance, ou encore tu peux m'offrir un superbe godemichet, car maintenant il y en a que tu peux activer par Internet.
L'homme se doit de décider, de ressentir des expériences, et d'avoir l'impression d'agir sur le cours de sa vie, ne serait-ce que pour échapper à cette société pleine d'automatismes des actes et de la pensée. L'esclavage n'est plus, et l'homme avait soi-disant prononcé la mort de Dieu. Mais il reste des blocages : son statut, sa morale, il doit trouver sa part de liberté dans ce dédale d'obligations.
Donc à toi de voir, mais il faut que tu trouves un substitut à ta frustration !
En fait, une seule chose l'obsède : comment se passer de moi durant trois mois ? Triste pensée d'un bonobo au moment du sevrage.
Puis il y eut une période de deux semaines où il ne m'en a plus parlé. Gilles est revenu me parler, professionnellement, je veux dire. Ce jour-là, j'ai réalisé à quel point il avait bien compris la notion de “substitut”. Je me suis contenté d'écouter la suite de cette histoire.
— Tu sais, après notre dernière discussion, les jours ont passé, et mes noires pensées, sans s'évanouir, se sont dissipées dans une hyper-activité qui profite à mon travail et à mon tennis. Enfin tu me connais.
C'est dans mon club de tennis que j'ai fait une rencontre étonnante.
Il s'appelle Marc, un type sympa, très souriant, de taille moyenne, blondinet, assez costaud et trapu et qui s'est révélé avoir un super coup droit !
C'est Jacques un toubib qui travaille à l'Hôpital militaire et qui te connaît, qui me l'a présenté en disant « tiens Gilles, je te présente Marc qui bosse avec moi, il me bat à plate couture et il te donnera du fil à retordre ! ». C'était vrai, j'ai vraiment eu du mal à contenir son furieux coup droit et il a fallu que je sorte les vieilles ficelles pour arriver à le battre sur le fil.
On a rejoué le lendemain et le week-end suivant.
C'est autour du bar, en sirotant un verre, après l'effort, que je lui ai posé la question fatale qui a tout entraîné...
— Bon je parle tout le temps de moi, et toi qu'est-ce que tu fais dans la vie Marc ?
— Je suis infirmier en bloc opératoire, je travaille dans l'équipe de Jacques.
— Et ça te plaît ?
— Oui, ce qui me plaît surtout c'est ce que je vais faire dans deux semaines... je pars au Mali !
Là, mon cerveau a bizarrement réagi: je voyais l'image de Marc se mélanger à la tienne et cette surimpression m'a troublé.
— euh, ça va tu te sens bien Gilles ?
Je me suis vite repris en essayant d'analyser ce qui venait de se produire.
— Ce qui m'a surpris, c'est que ma femme y part aussi !
— Oui, je sais parce que Jacques m'avait dit que tu étais le mari de Madame Bonnali.
Il a pris un air beaucoup plus sérieux pour me dire :
— Remarque, je te comprends, moi aussi ça m'embête de laisser ma petite femme ici.
— Ah, dis- je par politesse, tu es mariée ?
— Oui avec une fille vraiment super (il fouilla dans son sac et sortit une photo de son portefeuille et me la présenta)
C'est une jolie blonde de 28-30 ans au sourire lumineux, elle l'embrasse sur la joue sur une plage. En maillot noir, elle est très sexy. Puis pour être équitable, son œil se porta sur Marc en slip de bain, il était bien musclé et son slip cache mal la forme d'un sexe plus qu'honorable bien qu'au repos dans le maillot.
Cette vision sur la plage lui a amené l'idée la plus folle de sa vie amoureuse, jusqu'ici bien remplie et principalement par moi.
— Oui alors comme ça tu es inquiet de la laisser aussi longtemps seule, dans ce monde plein de danger. C'est marrant, parce que j'avais le même sentiment pour ma femme au Mali. J'ai peut-être une idée !
— De quoi s'agit-il ?
— Non, non, c'est trop tôt, je dois juste réfléchir à des détails, mais c'est promis, je t'en reparle !
— Comme tu veux?
— Tu veux bien me donner ton numéro de portable?
il me le donne et il allait partir...
— Euh, dis-moi, comment tu la trouves ma Julie ?
— Tu veux la vérité ?
— Oui, bien sûr ! Vas-y !
— Eh bien, je suis tout à fait d'accord avec son surnom à l'hosto : bonne au lit !
— Ben mes salauds, et comment vous le savez ?
— Non, Gilles, c'est juste une connerie de jeu de mots, mais franchement elle est vachement bien pour... euh.
— Pour son âge ?
— Oui !
J'ai pris un peu de temps, environ trois jours pour que ces idées décantent aussi bien d'ailleurs chez Marc que chez moi. Besoin de retourner un peu cette idée fulgurante qui m'a traversé l'esprit : comment résoudre l'éloignement, si ce n'est en échangeant nos adultères. Et enfin, une fois assumées et consenties, les adultères se transforment en échange !
C'est cette idée qui se fixe dans mon esprit : oui, il n'y a aucune tromperie, rien de coupable et mon idée devient une transaction, comme un échange de maisons à travers le monde pour les vacances. Cette fois-ci, ce sera un échange de conjoints entre quatre adultes, libres, raisonnables, modernes et consentants.”
J'ai rappelé Marc. Il m'a « rassuré » en m'avouant qu'il avait eu les mêmes coupables pensées. L'idée lui apparaissait aussi de plus en plus réaliste. Mais nous avions peu de temps pour y faire adhérer nos deux beautés.
Pour ma part, ce fut très difficile, te connaissant, Julie, avec ton peu d'appétence, j'ai eu du mal à t'exprimer mon idée. Donc voilà pourquoi je t'en parle ici, sur ton terrain, en te disant que j'ais réfléchi à notre éloignement et qu'une solution se présente.
Puis, il m'a chuchoté la suite, comme parfois les histoires salaces qu'il me raconte après l'amour ; de temps à autre, en l'écoutant j'ai ouvert de grands yeux et je suis intervenue.
— Quoi c'est pas une blague ? Marc Barrois... ah oui le petit blond qui bosse avec Jacques... c'est vrai qu'il est pas mal... mais tu te rends compte il a quinze ans de moins que moi !
Incroyable, ce n'est pas l'idée d'un autre homme qui te fait peur, mais c'est la différence d'âge. Ah, les femmes !
Et sa femme, oui une jeunette blonde pour mon bonobo... remarque c'est vrai, je savais que tu ne tiendrais pas trois mois... alors quitte à en avoir une autre, autant que je le sache, c'est ça l'idée ?... Comme tu dis si bien, ce n'est que du sexe, pas de sentiment... moi, tu sais je ne suis pas obligé de faire pareil, tu connais ma libido de tortue tranquille... Quoi, tu te sentirais coupable si je ne me donnais pas à son mari... sois franc, c'est plutôt lui qui serait le dindon de la farce, si je refusais de finir au bout de sa queue tandis que mon mousquetaire embroche sa jolie femelle ?... Oui, avoue j'ai intérêt à être accueillante sinon je déséquilibre votre libre échange, c'est bien ça ?
Puis plus rien. Jusqu'au lendemain, à la fin du petit-déjeuner où je lui demande, sur un ton très anodin.
— On les voit quand ?
— Qui ?
— Ceux de ta proposition...
— Oui eux, je ne sais pas, on n'y a pas réfléchi...
— On, donc tu t'es mis d'accord avec ce Marc... les sournois !
— Tu veux les rencontrer ?
— Oui il faudra bien, non... pour ce que tu... vous envisagez !
— Mais tu es sûr ?
— C'est ton idée, mais on peut en reparler. Pour la morale, c'est se tromper l'un l'autre, mais visiblement, ça ne te gêne pas ?
— Mon cœur, il ne s'agit pas de morale, juste d'être bien tous les deux. De ne pas souffrir de notre séparation. Il n'y a ni morale ni sentiment, c'est purement du sexe !
— J'aime le « purement », mais je comprends ton idée, vu comme ça, c'est un échange de services, le contrôle de nos désirs ! Tu le vois comme ça ?
— Oui, je vois ça comme un arrangement entre adultes consentants qui ont des désirs, mais aussi un besoin de stabilité. Je n'ai aucune envie de courir la femelle n'importe où et de te mentir ! Là, tout est clair et fait en toute intelligence : Marc me remplace et Anne te remplacera ! (il l'appelle déjà Anne)
— Alors ?
— Quoi ?
— Je répète, on se voit quand ?
— Toi, quand tu as une idée !
— Là, c'est toi, alors à toi de jouer !
— Restau ou à la maison ?
— C'est ton jeu, débrouille-toi !
On en était resté là... avec Marc ils se sont rappelés.
De son côté (Marc), les explications avaient été plus laborieuses et Anne, plus jeune, avait eu du mal à admettre ce type de demande et à séparer sexe et amour ! Après de longues et délicates discussions, elle avait commencé à accepter d'envisager cette solution de « mari de substitution ».
L'important était de lui faire accepter le principe d'une rencontre. Elle a accepté l'idée d'un rendez-vous dans un lieu public, un restaurant par exemple.
Il reste peu de temps, et les deux hommes conviennent d'un repas le soir dans un petit restaurant italien très calme.
La saveur des « saltimbocca », la chaleur du Chianti, la gentillesse du couple de tenanciers, tout cela concoure à la bonne ambiance de cette rencontre.
Anne est détendue et apprécie ma conversation de femme plus expérimentée qui déployait son charme plutôt vers elle que vers Marc qu'elle a vite senti entièrement conquis.
Je lui ai même fait l'article et en lui racontant les qualités et les moindres défauts de mon Gilles... Anne décrit à son tour les avantages et les travers de Marc.
Toutes les deux, sommes de rire en comparant les petits défauts de nos mecs. Une vraie complicité est née entre nous deux, et les deux hommes ravis échangent des clins d'œil.
Le départ approche et tout s'est accéléré, les achats de dernière minute, la presse des démarches à effectuer avant une mission périlleuse, cette dernière période est pleine de tensions. Ce sont les deux conjoints restants qui ont l'idée d'une soirée tous les quatre.
Deux jours avant le départ, Julie et Gilles sonnent à la porte de Anne et Marc.
Ils boivent beaucoup, parlent de tout, de rien, il y a de la musique, ils dansent, se serrent, en variant les danses et les couples. Marc fut le premier à embrasser, et ce fut Julie en face. Sur le canapé, Gilles laisse sa main glisser sur la cuisse d'Anne. Ils n'ont pas un mot à dire, Marc conduit Julie dans leur chambre, suivi de près par Anne qui tire Gilles. Tous se déshabillent sans toujours mot dire, puis ils se glissent en sous-vêtement tous les quatre sous la couette du grand lit. Quelqu'un éteint la lumière, et les mains des uns et des autres se croisent partant à la découverte de nouvelles îles de bonheur. De temps en temps, il y a des bosses, puis la couette s'écarte pour qu'un corps en chevauche un autre puis deux ombres se penchent sur un entrejambe commun, des petits cris résonnent, parfois des halètements plus inquiétants sortent de la couette rythmant quelques furieuses ruades !
Marc m'avoue avoir découvert un nouvel univers de sensations où tout est déroutant, ne sachant qui vous caresse et, vous-même, ignorant quelle peau vous êtes en train de toucher: on croit reconnaître un pli familier et non, ce n'est pas celui d'une femme, on croit connaître la courbure d'une fesse, mais soudain le globe est moins plein et vous doutez, étrange pays où les corps perdent leur identité et où seules les sensations l'emportent. Des gémissements, de petits cris, quelques râles donnent une ambiance érotique qui ne fait que vous stimuler pour repartir à l'assaut de la chair.
La nuit n'est pas remplie de sommeil, mais ces quatre corps font fusion, dans un même élan amoureux, créant comme une vraie bulle de plaisir. Même séparés maintenant, ces corps, désormais deux à deux, pourront retrouver des moments de cette nuit unique, quelques-uns des bruits et des odeurs de cette fusion amoureuse.
La dernière journée a été calamiteuse et les deux couples encore emplis par cette fête des sens. Julie a du mal à répondre aux tâches si quotidiennes, mais la journée a vite passé et le soir, le dernier soir avec les enfants, à rire un peu nerveusement, à répondre à toutes leurs questions sur la mission et sur ce pays si lointain et si étrange.
— Alors tu seras toujours en uniforme ?
— Dehors, je serai discrètement en civil, et sinon je porterai une blouse blanche !
— Et tu auras un fusil ?
— Non, je suis là bas pour soigner, pas pour tuer !
— Et tu feras quoi quand tu ne travailles pas ?
...
Gilles pensait intérieurement à la petite chambre que lui avait décrite Julie et au petit bureau avec le portable qui permettait d'être relié au monde par Internet. Celui-ci avait suggéré à Marc d'être particulièrement assidu. Marc a souri et pris un air entendu pour dire: "j'aurais pas besoin de me forcer !"
L'avion est à l'heure sur le tarmac de la base militaire, et les deux couples ont du mal à se séparer, les enfants sont à l'école et ils ne verront pas Marc prendre délicatement Julie par la main et l'entraîner vers l'avion qui les amène à Paris où ils prendront celui pour Bamako !
J'ai décidé de ne pas trop laisser Anne à ses pensées tristes et je la suis chez elle, comme pour bien marquer mon territoire ; comme Marc avec la main de Julie !
Son joli petit corps m'émoustille. Pour preuve : nos ébats dans le lit, sont suivis d'autres à la douche, puis comme elle m'offre de boire un café et tandis qu'elle cherche le sucre dans un placard du haut de la cuisine, je trousse sa jupe et lui caresse les fesses que je savais nues, rondes et encore chaudes; je lui refais l'amour debout pour bien lui affirmer l'effet que ses rondeurs font sur moi. Ca y est j'aie mes entrées et dans son esprit, je suis son homme pour les trois mois à venir. Important de ne pas la laisser gamberger ; maintenant ce serait ridicule de me fermer sa porte et son corps !”
Ce diablotin de Gilles a donc trouvé seul comment remplir le vide et son idée du “substitut” est des plus valables. L'histoire aurait pu en rester là !
Mais Gilles a toujours du mal avec sa conscience: déjà être infidèle par nature, mais en plus avoir ainsi « échangé » sa douce épouse comme une jolie petite « marchandise » appréciée par un autre mâle, son esprit n'était pas totalement en repos !
Moi, pour ma part, j'avoue être surprise de ne pas avoir de scrupule et j'ai joué complètement le jeu inventé par Gilles. Je suis restée son épouse, sa fidèle épouse. J'ai eu même connu le délice de m'offrir à un autre pour lui, comme si nous étions un couple libertin.
La théorie de l'âme sœur peut remonter à Socrate raconté par Platon et l'histoire de cette moitié que nous recherchons toute notre vie durant. Cette moitié de nous est partie intégrale et à ce titre, rien ne pourra l'en détacher... du moins, c'est ce que croit chaque homme qui, bien qu'infidèle, croit que rien ne pourra arriver à leur mariage, car pour lui ce n'est qu'une pulsion qui ne se compare en rien à l'être profondément aimé. C'est là, souvent, où réside le danger. Mais dans ce cas, mon Gilles, c'est autre chose, tu as réussi ce dont rêve la majorité des hommes : que ta femme ne soit pas jalouse d'une autre, et que, pour signe d'équilibre et d'harmonie, elle accepte, contre sa nature, un rapport avec un autre homme !
Tout va bien, Gilles, tu es une sorte de magicien, profite de cette conjonction unique des astres, et surtout, chers mâles, jouissez de vos deux femmes avec délectation, car croyez bien qu'elles aussi jouissent de leurs deux hommes ! Carpe diem.
Attention il ne s'agit d'une simple incitation à la jouissance débridée, mais de savoir se satisfaire des dons du moment et de réussir à intégrer ces bonheurs dans une vie sereine. Le message est de ne pas tout renverser, mais d'adapter son vécu à des expériences mesurées de bonheur. Donc, cher Gilles, si tout notre petit monde est d'accord, savourons ce nouvel équilibre sans scrupules ni remords.
Car Horace ne parle pas dans ses odes uniquement de jouissance, mais il s'agit d'un hédonisme d'ascèse, ce qui signifie de passer sans heurts d'un équilibre à un autre en découvrant de nouvelles sensations, mais en gardant l'esprit et en conservant un souci de modération et de respect des êtres et des choses qui nous entourent. C'est tout sauf la débauche !
Son sourire m'a rassurée sur ma force de conviction, émoussée par le fait que je sois moi même dans l'œil du cyclone.
Marc quant à lui, doit voir des images où se confondent des fesses voluptueuses, les miennes j'espère, moi sa maîtresse désormais officielle, mais il voit également celles d'Anne, jeunes, fermes, provocantes qui tressaillent sous les coups de langue de Gilles. Ce sont ces deux visions confondues qui doivent lui procurer cette érection inopportune, mais indiscutable !
Tandis que l'avion se pose sur la piste de Bamako, je pense à nos conjoints réciproques qui font petit-déjeuner nos enfants, chacun de leur côté. La routine se réinstalle et avec elle ses automatismes. Le boulot: rechercher les gamins chez la dame qui allait les garder après l'école, passer un courriel à maman, car là-bas vers l'Est, elle va bientôt dîner. Parler de tout et de rien, faire des allusions imperceptibles: "tu n'as pas trop froid la nuit ? Ta couette te réchauffe bien ?"... Julie réponds sur le même registre, faussement inquiète !
Après j'imagine que pour les deux « baby sitters », les rencontres sont toujours compliquées et seul le week-end ou à l'occasion d'une soirée de-ci de-là, ils peuvent enfin libérer leurs sens, et qu'Anne prend un vrai plaisir à mettre la fine et longue de queue de Gilles, loin au fond de sa bouche, sans faire la grimace au passage du gland comme elle a la fâcheuse habitude de faire pour l'appendice de son mari, et que Gilles se délecte en dévorant la peau de cette jeune mère qui lui est tombée sous la dent, prête à rôtir par ses soins les plus libidineux !
A peine arrivés, l'ambiance est donnée, le camp est en alerte rouge, on court tous pour gagner les casernements. C'est notre troisième séjour, mais le plus étonnant c'est ce stress qui vous prend toujours à la gorge. Il va nous falloir beaucoup « décompenser », n'est-ce pas Marc ?
Good morning Bamako !
P. S A tous mes clients désormais, j'essaye de donner des références littéraires ou artistiques. Dans mon cas, le livre serait « les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos, pour la découverte sensuelle et les jeux dangereux entre les êtres. Car, même en cas d'arrangement, comme pour moi, des dangers demeurent !
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MAZ814967
1 novembre 2022 à 10:31
Je l'ai relu....j,adore le début de cette histoire
Il me tarde la suite, mon imagination bouillonne... un peu comme le film "ALIBI.COM" je vois une entreprise d'adultère réciproque consenti pour couples avec Julie , mais quel rôle pour Gilles....ou pas, Marc....ou pas
Vite...svp
Mais seul l'auteur...
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MAZ814967
31 octobre 2022 à 21:56
L art est difficile, la critique est aisée
Beau chapitre de présentation...
Mais quel peut être ce nouveau métier ?
Et si Gilles a trop joué avait perdu...car des situations difficiles peuvent rapprocher les gens...Julie et Marc . Car ce jeu avec des sentiments n est plus le même
Mais seul l auteur...
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Davidorab
Davidorab
31 octobre 2022 à 21:19
Situation de départ plutôt originale et plaisamment exposée. Évolution à suivre...
Soyez respectueux
Répondre

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