14 janvier.
Mon petit mari chéri,
Vingt-et-une heures de vol. La purge ! Mais enfin, je suis arrivée. Me voici, pour un an au moins, et peut-être davantage, à Nouméa. En attendant que je me sois trouvé un logement qui me convienne, ma société, pleine d'égards à mon endroit, m'a réservé une chambre dans un coquet petit hôtel à l'écart de la ville. Le premier contact avec mes nouveaux collègues a été excellent. Deux hommes et trois femmes avec lesquels il me semble, pour autant que je puisse déjà en juger, je devrais bien m'entendre. Le bureau qu'on m'a alloué est lumineux et donne sur un parc aux arbres gigantesques. Des oiseaux au plumage coloré y chantent en permanence. Bref, je devrais très vite m'acclimater et trouver mes marques.
Depuis quinze ans qu'on est mariés, c'est la première fois qu'on se quitte, tous les deux. Qu'on se quitte vraiment. Pour des mois. Parce que, vu le prix et la durée du voyage, hors de question d'imaginer qu'on pourra s'organiser, de-ci de-là, des petits week-ends en amoureux. Peut-être arriverons-nous à nous voir une fois ou deux au cours de l'année. Et encore ! C'est pas gagné. Il faut en prendre notre parti : c'est pour la bonne cause. Il y a une promotion à la clef. Et qui en vaut la peine.
Je suis très heureuse que nous ayons pu parler, comme nous l'avons fait, à cœur ouvert, la veille de mon départ. Nous avons en effet, toi comme moi, une libido extrêmement exigeante et nous sommes bien incapables, l'un comme l'autre, de nous astreindre, dans ce domaine, à une abstinence absolue. D'autant qu'à trente-cinq ans nous sommes en pleine force de l'âge. Alors autant regarder les choses en face : tu auras des aventures et j'aurai des aventures. Jouer hypocritement à nous les dissimuler ne nous ressemblerait pas. Non. Jouons pleinement franc jeu. Disons-nous tout de nos activités sexuelles pendant tout ce temps que nous serons séparés. Nous nous en trouverons bien. Sur toutes sortes de plans. Et pour toutes sortes de raisons. Sur lesquelles il ne me semble pas nécessaire de revenir.
* * *
Et donc, je me lance. Dès hier soir, dès mon arrivée à l'hôtel, il y a eu, dans la chambre voisine, une partie de jambes en l'air tonitruante. Soupirs enamourés. Sommier qui grince. Et petite madame qui couine en y mettant tout son cœur. Le monsieur aussi s'est manifesté, ce qui, reconnais-le, est assez rare. En règle générale, quand on entend un couple s'ébattre, c'est la femme qui donne de la voix, l'homme restant beaucoup plus discret. Il y a, bien sûr, parfois des exceptions. Là, c'en était une. Et de taille. Ce rugissement, t'aurais entendu ça ! Un cri de triomphe. Le cri de triomphe du mâle qui répand sa semence jusqu'aux tréfonds de sa femelle. Le lion qui possède sa lionne. Qui la féconde. Bon Dieu, comme ça m'a remuée ! Toute secouée.
Et mon imagination s'est élancée au triple galop. Le chauffeur de taxi qui m'avait amenée de l'aéroport à l'hôtel était un type du cru. Super bien bâti. Tout en muscles. Viril à souhait. Le genre de mec dont tu ne peux pas t'empêcher d'avoir envie de faire un tour. Je m'en étais régalé les yeux tout au long du trajet. Et c'est tout naturellement à lui, au souvenir de lui, que j'ai eu recours, gode à l'appui, pour m'offrir une chevauchée fantastique de derrière les fagots.
Il m'a baisée en rêve. Enfilée. Montée. À quatre pattes sur le lit. Démontée. Deux fois. Trois fois. Quatre. Je sais plus. J'étais folle de désir. J'en avais jamais assez. Et lui, il remontait infatigablement à l'assaut. De temps à autre, de l'autre côté de la cloison, il y avait des rires. Je les entendais, en arrière-fond. « Ben dis donc, ça y va là-dedans ! Elle en est, la fille ! » Oh, oui que j'en étais ! Oui. Je le proclamais, mon plaisir. Je le hurlais.
Au matin, c'est le bruit de la douche, dans la chambre voisine, qui m'a réveillée. Je me suis, moi aussi, préparée. Et j'ai attendu. J'ai attendu qu'ils sortent pour ouvrir ma porte. J'avais trop envie de voir à quoi il pouvait bien ressembler, cet étalon qui avait fait feuler sa femelle et qui avait rugi. J'en ai été pour mes frais : c'est une femme seule, d'une quarantaine d'années, qui a surgi sur le palier. On s'est dit un rapide bonjour, elle a esquissé un sourire et on est descendues déjeuner. L'une derrière l'autre. On s'est installées à deux tables voisines. Et je me suis interrogée. Est-ce qu'il était en train de finir de se préparer ? Est-ce qu'il allait faire à son tour son apparition ? Ou bien est-ce qu'il s'était éclipsé dès l'aube sans que je l'aie entendu ?
Je n'y ai pas tenu.
‒ Il ne déjeune pas, votre mari ?
Elle a suspendu en l'air la tartine dans laquelle elle allait mordre à belles dents, a froncé les sourcils.
‒ Mon mari ?
J'ai battu en retraite.
‒ Je suis peut-être indiscrète.
Elle a haussé les épaules.
‒ Ce n'est pas mon mari.
Et précisé.
‒ Ni mon compagnon non plus.
Je me suis excusée.
‒ Je suis désolée.
‒ Oh, il y a vraiment pas de quoi !
Et donc, en fait, c'est juste quelqu'un qui vient la sauter. Qui lui rend service. Ce qui m'ouvre d'intéressantes perspectives. Quand il y en a pour une, il peut aussi y en avoir pour deux. Affaire à suivre. Je sens que je vais passer une excellente journée à rêver autour de tout ça.
Cela étant, il faut que je te laisse. Que j'aille travailler. Arriver en retard le tout premier jour serait vraiment du plus mauvais effet.
Je t'aime, mon petit mari. Je t'embrasse.
ÉLODIE
* * *
15 janvier.
Mon Élodie d'amour,
Eh, ben dis donc, tu attaques fort ! Et j'avoue que ce récit de ta première nuit, que j'ai relu plusieurs fois, ne m'a pas laissé indifférent. Je t'imaginais en pleine action et j'ai accompagné ton plaisir d'une main impatiente qui m'a très vite amené à conclure.
Cela étant, il me paraît clair que tu vas te faire une orgie des mâles vigoureux et bien montés de là-bas. Profites-en bien ! Éclate-toi ! On n'a qu'une vie.
En ce qui me concerne, moi, au boulot on me plaint. « Mon pauvre ! Tout seul ! Un an ! Comment tu vas faire ? » Quand on explicite, on me demande comment je vais m'en sortir pour la cuisine, les courses, le ménage et tutti quanti. Comme si nous n'avions pas, tous les deux, toujours partagé les tâches ménagères ! Mais en réalité, la question que la plupart de mes charmantes collègues se posent en arrière-fond, c'est : "Comment il va se débrouiller sur le plan sexuel ? » Et, sans vouloir faire mon prétentieux, je crois qu'il y en a deux ou trois qui seraient bien aises de me dépanner de ce côté-là.
Sarah, ma petite stagiaire de deuxième année de BTS, n'a pas, comme tu le sais, sa langue dans sa poche. À un point qui m'étonnera toujours. Et elle n'y est pas allée par quatre chemins.
‒ Vous avez un plan B ?
‒ Un plan B ? Pour ?
‒ Ben, vu que vous avez plus votre femme sous la main.
J'avais pas de plan B, non !
Elle trouvait ça manifestement inconséquent.
‒ Faut prévoir. Faut toujours prévoir. Sinon on a vite fait de se retrouver le bec dans l'eau.
Elle a précisé.
‒ Moi, j'ai toujours deux fers au feu. Toujours. Comme ça, s'il y a un des deux avec qui ça finit, il me reste toujours l'autre.
Elle a fait pivoter son siège pour me faire directement face.
‒ Ça vous choque ?
Ça me choquait pas, non, mais…
Elle ne m'a pas laissé terminer.
‒ En tout cas, les deux que j'ai en ce moment, ils se complètent super bien, ça, on peut pas dire.
Elle a marqué un long temps d'arrêt.
‒ Avec Alexis, ce qu'est super, c'est qu'il est toujours opérationnel. Tu peux le solliciter tant que tu veux, il répond toujours présent. Et toujours bien dur. En béton il l'a, t'as l'impression. Et puis alors épaisse, mais épaisse ! Ce sont les mieux, celles-là. Elles t'écartèlent. Elles te remplissent. Tu les sens super bien.
Le parfait naturel avec lequel elle parle de tout, vraiment de tout, même des sujets les plus intimes, est absolument sidérant.
Elle a poursuivi.
‒ Hugo, lui, c'est autre chose. De complètement différent. Non, parce qu'il en a une toute petite, mais alors là vraiment toute petite. À ce point-là, c'en est attendrissant. Très. Par contre, c'est vrai que, quand tu l'as dedans, tu sens pas grand-chose. Pour pas dire rien du tout. D'un autre côté, ça a ses avantages : si tu le prends dans ta bouche, au moins tu t'étouffes pas avec. Tu peux vraiment en profiter. Parce qu'il y en a d'autres des fois… Et puis ce qu'il y a aussi, c'est qu'il peut te venir derrière sans te faire mal. Et ça, j'apprécie. J'apprécie vraiment…
Elle a voulu se remettre au travail. S'est ravisée.
‒ Ils sont complémentaires, finalement, tous les deux. Alexis, il a un petit côté macho qu'est pas pour me déplaire. Il prend les choses en mains. Il s'impose. Alors qu'Hugo, il a toujours l'air de s'excuser de quelque chose. Je sais bien de quoi en fait. De pas être correctement pourvu. Il se sent insuffisant. Si bien que je prends le pas dessus. Que j'en fais ce que je veux. Tout ce que je veux.
Elle a fait claquer sa langue.
‒ Et ça, ça t'a un petit côté jouissif…
Elle s'est remise face à son ordinateur. A tapé sur le clavier pendant trois à quatre minutes. S'est à nouveau arrêtée.
‒ Vous voulez que je vous prépare le terrain ?
‒ Pour ?
‒ Ben, pour lever une nana, tiens ! Une de la boîte. C'est pas ça qui manque !
‒ Je…
‒ Vous allez quand même pas rester comme ça tout seul pendant un an ! C'est pas bon. Ni pour la santé ni pour le moral. Mais si, allez ! Je vais vous trouver ça. Parce qu'on cause, entre nanas, figurez-vous, à la machine à café ! Alors suffit que je mette le sujet sur vous pour voir comment ça réagit. Ce serait bien le bout du monde qu'il y en ait pas une qui vous trouve à son goût. Et comme vendredi prochain on fête le départ à la retraite du comptable, qu'il a voulu faire ça en grand, que ça va danser, vous n'aurez plus qu'à vous avancer à découvert, à lui faire du rentre-dedans et ce sera dans la poche. À condition qu'elle vous plaise, évidemment ! Bon, mais allez, je m'en occupe…
Et elle l'a fait. Sans tarder. L'après-midi même, j'ai eu droit à un rapport circonstancié.
‒ Je vais pas entrer dans les détails, ce serait trop long, mais il y en a deux avec qui ça pourrait vraiment le faire. D'abord, la Véronique Duport. Mais elle, je vous la conseille vraiment pas. C'est un piège, cette nana. Et elle cherche à se caser. Si bien que le jour où vous en aurez assez, que vous voudrez mettre un terme, vous aurez toutes les peines du monde à vous désengluer. Vanessa Guibert, par contre, c'est une autre paire de manche. Déjà, elle est pas mal foutue. Et puis on sent qu'elle est en manque. Son mari la satisfait pas. Elle l'a pas vraiment dit, mais elle l'a laissé entendre. Et elle vous a manifestement à la bonne. Alors moi, à votre place, je foncerais…
Ah, elle est pleine de sollicitude à mon égard, ma petite stagiaire, non ? Et Vanessa Guibert est effectivement très séduisante. Elle aurait donc des vues sur moi ? Affaire à suivre.
Je t'embrasse, mon Élodie. Je t'aime.
ARNAUD
Commentaires ()
Quoi qu'il en soit, il en sortira forcément transformé.
Vivement le 30 juillet
Dis donc, après tes voisines, t'es encore entouré de femmes qui ne pensent qu'à ça ?
:)
Bien sympathique ce début d'histoire à deux mains.
Mille mercis pour ce moment.