Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Et ma cervelle barbotait joyeusement dans le houblon — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Et ma cervelle barbotait joyeusement dans le houblon
Chapitre 1
Je n'avais qu'une poignée d'heures de sommeil dans le nez. Encore. Foutues insomnies. Mon palais était irrité et me chauffait à tel point que je fus incapable de respirer une fois sur deux. J'avais l'impression de respirer à travers une serviette imbibée d'eau brûlante. C'était comme se noyer avec de l'air. La pire des morts. Les nausées remplaçaient souvent la faim quand je me levais trop tôt. J'ai donc sauté le petit-déjeuner et n'ayant rien de prévu aujourd'hui, je décidais de sortir faire un tour un simple mug de café dans l'estomac.
Je pris à droite en sortant de la résidence, marchais jusqu'au premier carrefour de l'avenue et m'engageais dans la rue de gauche à l'intersection. C'était une interminable côte. Je dus m'y prendre à deux fois pour en avaler tout le bitume. J'atteignis finalement le sommet comme un chien sous canicule et traînais lentement le pas jusqu'au parc où il me plaisait d'aller m'asseoir pour y lire un livre. J'étais avec Ron Bante ce jour-là. Ça faisait plusieurs semaines que l'on tuait le temps ensemble. Il avait toujours une bonne histoire sous le coude et avec lui les journées défilaient aussi vite que les pages de mes livres. Un chouette type en somme.
Je pris à droite en sortant de la résidence, marchais jusqu'au premier carrefour de l'avenue et m'engageais dans la rue de gauche à l'intersection. C'était une interminable côte. Je dus m'y prendre à deux fois pour en avaler tout le bitume. J'atteignis finalement le sommet comme un chien sous canicule et traînais lentement le pas jusqu'au parc où il me plaisait d'aller m'asseoir pour y lire un livre. J'étais avec Ron Bante ce jour-là. Ça faisait plusieurs semaines que l'on tuait le temps ensemble. Il avait toujours une bonne histoire sous le coude et avec lui les journées défilaient aussi vite que les pages de mes livres. Un chouette type en somme.
Je passais toute la journée sur le banc, à lire et à écrire les bêtises qui me passaient par la tête. Mais aujourd'hui était l'une de ces journées sans. Le banc était placé sous un arbre dans un petit chemin à l'écart des autres. Il était recouvert de fientes séchées et il m'en a fallu de peu pour faire partir du décor quand je vis une merde de piaf s'écraser à quelques centimètres de ma chaussure. Ça restait un coin tranquille et avec peu de passage. Anodin en soit. Mais ça me correspondait bien. Mon estomac me rappelait alors que je n'avais qu'un paquet de cigarillos bon marché pour seul repas depuis ce matin. Je ne me sentais pas de cuisiner. Ça faisait plus d'un mois que ça durait. Mes journées se partageaient la plupart du temps entre jeûner ou me gaver une fois par jour en mangeant pour deux, histoire de tenir le temps qu'il faut. La flemme n'est autre que la petite sœur de la fatigue. Et comme souvent elle me fit les yeux doux, ce qui influença grandement mon choix d'aller tromper la faim avec quelques verres sur la capitale.
Le bus pour la gare n'était qu'à une rue d'ici. C'était plus rapide que de rentrer prendre la voiture à la résidence pour m'y rendre. Cinq arrêts plus tard, je titubai sur les pavés de la grande place qui faisait la communication entre les lignes de bus et la gare. J'essayais tant bien que mal de me frayer un chemin dans la marée humaine qui la noircissait comme du pétrole à la surface de l'eau. Il me fallut un peu plus de trois minutes pour en venir à bout, acheter un ticket et sauter dans le premier train direction la ville lumière.
Le bus pour la gare n'était qu'à une rue d'ici. C'était plus rapide que de rentrer prendre la voiture à la résidence pour m'y rendre. Cinq arrêts plus tard, je titubai sur les pavés de la grande place qui faisait la communication entre les lignes de bus et la gare. J'essayais tant bien que mal de me frayer un chemin dans la marée humaine qui la noircissait comme du pétrole à la surface de l'eau. Il me fallut un peu plus de trois minutes pour en venir à bout, acheter un ticket et sauter dans le premier train direction la ville lumière.
Les transports ici faisaient office de nouvelle cour des miracles. Même le progrès allait à reculons quand on était pauvre. Il s'y passait toujours quelque chose. C'était parfois marrant, parfois triste, souvent violent, mais dans tous les cas, la tranquillité y était un concept fumeux. Je descendis machinalement au même arrêt que d'habitude et arpentais maintenant les rues animées de la capitale. Il faisait déjà nuit. J'errais sans vraiment savoir où j'allais dans le carnage sensoriel propre aux grandes villes. Klaxons, pisse, sonnettes de vélos, poubelles, hurlements et moteurs en tout genre m'avaient violé les sens depuis tellement longtemps que j'eus fini par m'y faire, comme tout le monde. Pas le choix. Je n'avais pas les moyens d'aller chercher de l'herbe plus verte ailleurs et n'étais pas vraiment certain d'en avoir envie. Ça avait beau être de l'auto mutilation à ce stade, le confort nous le rendait bien. Et c'était toujours mieux que rien. Souffrir, mais confortablement, l'équilibre était respecté.
Je marchais souvent la tête presque à la verticale pour regarder les nuages, ce qui me valait de belles chutes et n'aidait en rien à soulager mes douleurs chroniques à la nuque. Mais quand le ciel était orphelin, mon regard se balançait comme il était en train de le faire entre le sol et le corps des femmes qui le croisait. Mollets, cuisses, hanches, entrejambes, bas-ventre, ventres, culs, seins. Tout y passait, sauf le visage. J'étais bien trop lâche pour monter jusque-là.
Ma lâcheté me conduisit jusque dans le quartier rouge. Il faisait bon d'être lâche, pensai-je. Je me retrouvais au beau milieu d'une large ruelle pavée et noyée dans la luxure des commerces pour adultes. Les néons multicolores de chaque enseigne me transperçaient les yeux à m'en cramer le cerveau. Ça faisait un mal de chien. La musique des clubs de strip-tease m'appelait comme le chant des Sirènes et mes jambes se mirent comme à bouger toutes seules. Même les énormes bouchons dégueulasses de cire naturelle qui gisaient dans mes oreilles crades ne pouvaient empêcher l'inévitable. J'allais donc de Charybde en Scylla, d'un magasin de sex-shop à un club de strip-tease en passant par un cinéma porno. Le club de strip-tease fut sans trop de suspens mon point de chute.
Je m'échouais au comptoir pour y commander une bière et profitais de l'attente pour lorgner les danseuses. Elles se relayaient comme les mannequins d'un défilé de mode, les vêtements en moins. Styliste ou pervers, nous n'étions pas si différents. Deux espèces hypocrites qui partageaient la même finalité commune et égoïste, celle du plaisir des yeux et des fantasmes les plus désinhibés dont hommes comme femmes en étaient le carburant.
Ma lâcheté me conduisit jusque dans le quartier rouge. Il faisait bon d'être lâche, pensai-je. Je me retrouvais au beau milieu d'une large ruelle pavée et noyée dans la luxure des commerces pour adultes. Les néons multicolores de chaque enseigne me transperçaient les yeux à m'en cramer le cerveau. Ça faisait un mal de chien. La musique des clubs de strip-tease m'appelait comme le chant des Sirènes et mes jambes se mirent comme à bouger toutes seules. Même les énormes bouchons dégueulasses de cire naturelle qui gisaient dans mes oreilles crades ne pouvaient empêcher l'inévitable. J'allais donc de Charybde en Scylla, d'un magasin de sex-shop à un club de strip-tease en passant par un cinéma porno. Le club de strip-tease fut sans trop de suspens mon point de chute.
Je m'échouais au comptoir pour y commander une bière et profitais de l'attente pour lorgner les danseuses. Elles se relayaient comme les mannequins d'un défilé de mode, les vêtements en moins. Styliste ou pervers, nous n'étions pas si différents. Deux espèces hypocrites qui partageaient la même finalité commune et égoïste, celle du plaisir des yeux et des fantasmes les plus désinhibés dont hommes comme femmes en étaient le carburant.
J'entamais ma troisième pinte quand la danseuse suivante fut annoncée. Chaque bière que je commandais allait de pair avec la chevelure de la danseuse qui faisait son show. Une brune, une rousse et maintenant une blonde. Elle répondait au nom de scène Vivi. Un vrai nom de pute pensai-je, et dont j'imaginais le corps aussi dégueulasse que le taudis où elle se tortillait pour les quelques malheureux billets qui arrondissaient sûrement ses fins de mois. J'appris plus tard que Vivi était le diminutif de son vrai prénom. Mon sang ne fit qu'un tour à son arrivée sur scène. J'eus abandonné depuis si longtemps l'idée de pouvoir un jour la recroiser qu'imaginer la voir ici sur cette scène retournait de la pure folie. Mais je n'étais pas fou, et encore moins bourré. Du moins pas encore. Elle était bel et bien là.
Vivi fut ma professeur de Latin au collège, et accessoirement de Grecque ancienne quand elle n'enseignait pas le Français à d'autres classes. Elle faisait la quarantaine tout juste éclose. Elle n'avait pas changé. Elle et sa taille de guêpe aux larges hanches ; ses énormes mamelles naturelles et laiteuses éclaboussées par de petits grains de beauté qui mimaient les taches de rousseurs ; sa peau maculée d'un blanc aussi pâle que le tableau qu'elle avait l'habitude de noircir avec ses cours ; sa bouche pulpeuse qui lui donnait de faux airs de bouche à pipes ; son cul ni trop plat ni trop bombé dont les pantalons de soie qu'elle portait et desquels je fus longtemps jaloux venaient se glisser bien au chaud dans sa raie, ses longues jambes aux cuisses charnues et toujours perchées sur des escarpins, dont elle avait aujourd'hui troqué le raffinement pour la vulgarité caractérielle d'échasses en plastique fluorescent.
Vivi fut ma professeur de Latin au collège, et accessoirement de Grecque ancienne quand elle n'enseignait pas le Français à d'autres classes. Elle faisait la quarantaine tout juste éclose. Elle n'avait pas changé. Elle et sa taille de guêpe aux larges hanches ; ses énormes mamelles naturelles et laiteuses éclaboussées par de petits grains de beauté qui mimaient les taches de rousseurs ; sa peau maculée d'un blanc aussi pâle que le tableau qu'elle avait l'habitude de noircir avec ses cours ; sa bouche pulpeuse qui lui donnait de faux airs de bouche à pipes ; son cul ni trop plat ni trop bombé dont les pantalons de soie qu'elle portait et desquels je fus longtemps jaloux venaient se glisser bien au chaud dans sa raie, ses longues jambes aux cuisses charnues et toujours perchées sur des escarpins, dont elle avait aujourd'hui troqué le raffinement pour la vulgarité caractérielle d'échasses en plastique fluorescent.
Toute mon adolescence, je me l'étais imaginée entièrement nue devant moi. Peu importait l'endroit où nous étions et les vêtements qu'elle portait. Les salles de classe comme les couloirs de l'école s'étaient transformées en terrain de jeu pour mon imagination abrutie par le porno. Mais mon lit restait néanmoins le plus confortable pour en tirer tout un potentiel.
Ce soir, j'étais verni. Elle était entièrement nue. Pour de vrai. Elle ne portait qu'un bout de tissu en satin blanc brillant en guise de collier et une paire d'énormes talons à lanières qui lui jambonnait la chair des chevilles jusqu'aux genoux. Elle coiffait toujours ses cheveux comme à l'époque. Un chignon duquel pendouillait le long de sa pommette gauche une longue mèche bouclée et rebelle.
Ce soir, j'étais verni. Elle était entièrement nue. Pour de vrai. Elle ne portait qu'un bout de tissu en satin blanc brillant en guise de collier et une paire d'énormes talons à lanières qui lui jambonnait la chair des chevilles jusqu'aux genoux. Elle coiffait toujours ses cheveux comme à l'époque. Un chignon duquel pendouillait le long de sa pommette gauche une longue mèche bouclée et rebelle.
Parfois sa coiffure ressemblait juste à une énorme méduse dorée qui dansait au-dessus de son crâne à chacun des pas qui composaient sa foulée pleine d'assurance. Je pouvais même entendre sa voix résonner dans son regard. Toujours aussi ferme. Mais toute cette supercherie de la femme cultivée indépendante et qui suinte la confiance en soi n'avait d'emprise que sur les crétins qui ne la regardaient pas avec mes yeux. Ça n'était qu'une eau savonneuse qui lui glissait sur le corps au moindre doute. Mais c'est la société qui voulait ça. Les muscles forts régnaient en maître. Ceux des bites saillantes et galvanisées par les femmes comme Vivi. En voilà une bien belle pensée aussi naïve qu'hypocrite.
Je m'approchais finalement de la scène et m'enfonçais dans un des fauteuils en cuir vissés à quelques centimètres du bord. Elle devait être à deux légers mètres de moi quand nos regards s'emboîtèrent l'un dans l'autre pour la première fois depuis quatorze ans. Ses énormes billes vertes dans mes flaques bleues. Je n'avais pas la moindre idée si elle m'eut reconnu. Elle ne laissait rien transparaître. Elle s'adossait à la barre de pole-dance en cambrant excessivement son bas-ventre vers l'avant, comme une invitation à venir lui drainer le con au goulot. Puis elle glissait doucement le long du support métallique. La chair pulpeuse de ses fesses vint doucement s'aplatir sur le vernis noir brillant de la scène. Ses cuisses étaient presque à l'horizontale. Nous nous regardâmes tout le long sans dévier le regard, comme deux prédateurs prêts à se sauter à la gorge. Elle avait un petit monticule de poils pubiens blonds et parfaitement sculpté qui surplombait son con bien en évidence. Je sortis un billet et le collai sur sa chatte. Les lèvres gluantes de sa vulve transpercèrent le papier noirci par la mouille et vinrent déposer un baiser gras, doux et chaud sur le bout de mes doigts.
Elle sourit et me fit signe d'approcher pour que je puisse l'entendre me dire de rester après la fermeture une fois son service clos. J'étais maintenant enfoncé dans le cuir de mon siège et la regardai danser. Je venais d'en prendre plein la gueule. J'avais maintenant vu défiler sous mon nez les couleurs de cheveux de toutes les danseuses pour autant de bières quand moi et les quelques clients qui restaient fûmes tous mis à la porte par le patron lui-même.
Je n'étais pas bourré, mais mon cerveau barbotait joyeusement dans le houblon comme dans du formol. J'allumais un cigarillo et attendis Vivi un peu à l'écart. Elle arrivait une quinzaine de minutes après, une cigarette froissée et tachée de pourpre à ses lèvres. Je craquais une autre allumette en bon gentleman et nous fumâmes dans le silence. Elle avait toujours ce bon vieux style décontracté aux influences rétro. Un jean serré à la taille par une ceinture à l'énorme boucle en forme d'anneau et dont les chevilles bouffantes dissimulaient timidement ses chevilles, une veste de biker en cuir pourpre style crop top et une chemise blanche au très large col déboutonné jusqu'à la naissance de son décolleté.
— Le monde est pas si vaste que ça finalement, fis-je entre deux bouffées.
J'eus droit à son sourire pour la deuxième fois ce soir. C'était PRESQUE aussi satisfaisant que tout le reste. Elle fixait le sol une main posée dans le creux du coude opposé. Elle savait bel et bien qui j'étais. La gêne s'était dissipée et avait laissé place à la légèreté de la nuit. Nous comprîmes que le monde que nous avions connu et celui dans lequel nous étions ce soir étaient différents. Je n'étais plus son élève et elle n'était plus ma professeur. Nous étions de simples adultes. Deux, simples adultes qui se laissaient traîner par la vie comme un cadavre à l'arrière d'une voiture.
Nous discutâmes une petite partie de la nuit de tout et de rien. Nos familles, nos parcours et même notre passé commun. J'en profitais alors pour lui confesser toutes les saletés qui m'avaient encrassé l'esprit du temps où j'étais son élève. Elle ne fut pas plus choquée que ça et sa non réaction ne me surprit pas davantage. Sûrement à cause de sa reconversion professionnelle.
Nous discutâmes une petite partie de la nuit de tout et de rien. Nos familles, nos parcours et même notre passé commun. J'en profitais alors pour lui confesser toutes les saletés qui m'avaient encrassé l'esprit du temps où j'étais son élève. Elle ne fut pas plus choquée que ça et sa non réaction ne me surprit pas davantage. Sûrement à cause de sa reconversion professionnelle.
Il était presque quatre heures du matin. Elle comme moi n'étions pas plus en forme que l'épave carbonisée sur laquelle nous nous étions adossés pour tromper la fatigue.
— J'habite deux rues plus loin, tu veux venir ? demanda-t-elle
— Je me sens pas très bien et n'ai rien mangé de la journée.
— Je te ferais un truc à manger si tu veux.
— Une prochaine fois peut-être.
— Tu reviendras me voir alors ?
— C'est fort probable.
— Je me sens pas très bien et n'ai rien mangé de la journée.
— Je te ferais un truc à manger si tu veux.
— Une prochaine fois peut-être.
— Tu reviendras me voir alors ?
— C'est fort probable.
Je regardais sa silhouette s'éloigner jusqu'à l'angle de la rue. Mon cœur dansait en rythme avec sa foulée. Puis elle disparut. Je trouvais sans trop de difficulté un noctilien en contrebas du quartier Rouge. Nous n'étions que deux sans compter le chauffeur. Moi, et un clochard venu bercer sa misère au chaud le temps d'une balade nocturne. Le terminus se trouvait à un pâté de maisons de chez moi. Le soleil allait bientôt terminer sa nuit et j'allais vainement tenter de commencer la mienne. Le fantasme d'une vie m'avait tendu les bras, et j'étais toujours en compagnie de Bante.
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