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✦ Jane Does Amicalement Vôtre XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Amicalement Vôtre — Chapitre 1 · Le bon ami

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Jane Does
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Amicalement Vôtre

Chapitre 1 · Le bon ami

Un bruit léger vient de me tirer de mon sommeil. J'ouvre les paupières et c'est dans la chambre un désordre indescriptible. La soirée s'est éternisée et nous avons encore trop bu. Merde ! Romain n'a pas refermé la porte de notre chambre et le jour qui envahit notre piaule me découvre totalement à poil sur notre couche ravagée. Et c'est dingue, mais je sens peser sur moi un regard lourd. Entre mes cils partiellement dissociés, une silhouette furtive qui se retire soudain. Zut ! Il ne manquait plus que ça. C'est surement Benoit, le pote de mon mari qui dort à la maison.
Je grogne, pousse un soupir et tire sur moi le drap dans lequel mon homme est entortillé. Comme d'habitude, il ne pense qu'à lui. C'est une manie chez lui, de se rouler dans drap et couverture, me laissant trop souvent le cul nu. Je me tourne vers la porte et fais mine de dormir. Quelques secondes à peine s'écoulent et je vois pointer le museau du gaillard censé dormir dans la chambre d'ami. Il guigne un court instant, sa bouille me laisse entrevoir ses carreaux clairs, dirigés dans la direction de notre lit. En plus, ce saligaud joue les voyeurs ?
Il parait déçu de me retrouver ainsi couverte. Alors, sans se démonter, il traverse le court espace du rectangle du sas béant et disparait dans le couloir. La porte de la chambre mise à disposition du loustic grince un peu et le silence retombe sur la maisonnée. Foutue fiesta ! J'ai un peu le cerveau embrumé. Bon ! Nous avons éclusé quelques bouteilles. Sans vraie raison, juste comme ça, une soirée entre amis. Et quand je dis ami… seul celui qui vient de traverser le couloir était présent. Des retrouvailles entre lui et mon Romain. Ce type et mon mec ont des souvenirs de guerriers ensemble, dix-huit mois de service militaire pour être exact… ça marque les hommes.
Pourquoi est-ce que j'ai tout de suite flairé chez ce Benoit un truc comment dire ? Malsain. Ses regards trop appuyés dès que mon homme tournait le dos. Puis son insistance à faire boire mon Romain sans méfiance. Oui, des signes qui m'ont alerté, mais comme j'ai dû de mon côté, exagérer également sur la bibine et bien… je me sens un peu molle au réveil. Je tente de remettre mes idées en place. Est-ce que Romain et moi… avons fait crac-crac avant de nous endormir ? Ça devrait pourtant me laisser un souvenir, non ? Et puis, il y a cette nudité qui n'est souvent que la finalité d'une partie de jambes en l'air.
Parce que d'ordinaire, je dors avec une nuisette, justement parce que mon mari qui ronfle là en cet instant avec force boucan, a une fâcheuse tendance à me dépouiller de la literie. Bon ! En soi rien de dramatique, une relation sexuelle entre époux, même bourrés, ça n'a rien d'exceptionnel ou d'interdit. Mais la question que je me pose : L'autre là ! Est-ce qu'il a suivi depuis la chambre d'ami nos exploits possibles ? Et comme je ne suis pas spécialement en mesure de me souvenir de ceux-là, ça me perturbe. Les grognements de Romain m'empêchent du coup de penser sainement et de me rendormir également.
Alors ? Eh bien, je m'assois sur le bord du plumard et mes yeux fouillent le désordre ambiant. Ah ! Le chiffon sombre, roulé en boule qui git au milieu de la carrée… il ne peut s'agir que de mon déshabillé. Mes pieds reprennent contact avec le sol. Ça va ! Pas trop mouvant et je peux donc avancer vers mon vêtement. Une fois dans ma patte, encore faut-il que j'en retrouve le bon sens. L'étiquette… oui, c'est bien. J'enfile le tissu aérien et je me sens moins vulnérable. À quoi du reste ? L'alcool me rend idiote ? En tout cas pas plus intelligente que la normale, c'est certain. Cette fois, puisque j'ai une sorte de stabilité, je peux filer vers… le pipi-room.
Soulagement effectué, je gagne sans courir la cuisine. Un filtre dans la cafetière, le remplir d'une mouture brésilienne, gestes machinaux exécutés au radar et enfin, une délicate odeur de café qui flotte dans l'air. Je grimace un peu, jamais en temps ordinaire très à l'aise avant d'avoir bu une première tasse de « petit noir », je le suis d'autant moins ce matin, que je frise la gueule de bois. Ah ! Un soupir de plaisir qui glisse dans ma gorge. Chaud, mais excellent et ma cervelle se remet à ronronner. Alors ? Romain et moi cette nuit, est-ce que nous avons fait l'amour ? Rien à faire ! Ma mémoire s'obstine à me refuser une réponse.
J'avale à petites gorgées mon caoua, sans me presser, et un nouveau raclement sur le sol qui m'alerte. La bobine de notre invité s'encadre dans l'embrasure de la porte qui sépare cuisine et corridor menant aux chambres.
— Salut Sophie ! Tu as bien dormi ?
— Bonjour Benoit… ça va !
— Humm ! Ça sent bon de café et je crois bien que j'en ai fortement besoin, après nos excès de la soirée.
— Ouais ? Je t'en sers une grande tasse, alors ?
— Oh merci… ce n'est pas de refus.
Je me lève donc de mon siège et je lui prépare ce qu'il attend. Une fois de plus, je sens sur moi ses yeux salaces. Mince ! Je réalise d'un coup que si j'ai bien passé ma nuisette, celle-ci n'en demeure pas moins ultra transparente. Et… je n'ai pas de culotte, tout comme mes seins se balancent au gré de mes mouvements, libres sous le tissu diaphane. Il n'en perd pas une miette et je rougis en comprenant qu'il me mate. Lui me jette un regard et un sourire à peine voilé se fait jour sur ses lèvres. C'est là qu'il enfonce le clou.
— Tu es… superbe, Romain a beaucoup de chance.
—…
Je me rassois précipitamment, après avoir poussé sur la table devant lui son bol de café. Il s'adresse à moi de nouveau.
— Tu n'as pas de sucre, s'il te plait… je bois toujours mon premier jus sucré.
— Du sucre ? … ah oui, si, si bien sûr.
Et je suis dans l'obligation de me redresser pour aller fouiller sur une étagère d'un placard pour y dégoter ce qu'il me réclame. Foutue matière de fringue qui me colle au derrière et que je dois lisser de la main pour… remettre en place la vitrine. Mouvement qui doit encore plus marquer les contours de mon arrière-train. Et j'ai maintenant très chaud. Sur qu'il devine la séparation verticale qui fend en deux mon cul. Lorsque je me retourne, c'est bien à hauteur de ma chatte que vise le pote de mon homme. Il doit se rendre compte de la présence d'une choupette de poils qui fort heureusement en masque les grandes lèvres.
Benoit est comme fasciné, les mirettes littéralement scotchées sur mon entrejambe. Oh ! Il ne dit pas un mot, mais sa mimique faciale est si explicite. Un bout de langue rose passe du coup sur ses lèvres, pour les humecter et allez savoir pourquoi, ce simple mouvement, s'il m'interpelle, fait aussi monter chez moi une dose d'adrénaline imprévue. Mais non ! Je ne peux pas croire ça. C'est comme un coup de fouet, comme si des milliers de fourmis envahissaient tout mon corps. Je détourne les yeux, cherchant désespérément un prompt dérivatif, à ce qui m'arrive.
Alors, je plonge le nez dans mon bol et touille machinalement le breuvage noir. Lui fait de même de son côté, mais c'est plus normal puisqu'il s'agit de faire fondre le sucre qu'il y a immergé. Il me tarde de voir le museau de Romain se pointer dans ma cuisine. Mais rien, je suis seule face à ce danger que je pressens sans vraiment en mesurer le degré. Benoit ne se cache plus. Il joue au chat et à la souris. Pas besoin d'avoir fait l'ENA pour me rendre compte de qui est la proie dans ce jeu très bizarre. Je ne sais pas quoi dire, quoi faire et reste là, et ce foutu gaillard qui insiste lourdement.
Alors, j'engloutis d'un trait le contenu de mon petit déjeuner, puis me lève brusquement. Je dépose sur l'évier mon bol vide.
— Bon ! Je te laisse… je vais m'habiller. Si tu as besoin de quelque chose, tu te sers dans les placards.
— Oh… tu fuis, ma parole !
—… Quoi ?
— Allons ! Ne fais pas l'étonnée… tu as donc si peur de moi ?
— Mais non !
— Oh que si ! Mais je n'ai jamais fait de mal à une femme, tu sais.
— Ça suffit. J'aime Romain. Et entre amis… ces choses-là ne se font pas !
— Quelles choses ? Je dis simplement que tu me fuis ! T'ai-je seulement dit un mot désobligeant ?
—… je vais me laver à la salle de bain.
— C'est une invitation ?
— Hein ? Mais non…
Je réponds avec trop de force. Zut alors ! Et lui qui me regarde toujours d'un air très… lubrique. Son sourire ressemble à un rictus. J'ai l'impression toute bête que j'ai face à moi un prédateur qui s'apprête à bondir sur sa proie. Pourtant il est sagement assis, se contentant de suivre chacun de mes mouvements de moins en moins coordonnés. Il est temps que je sorte du champ de vision de ce loup que mon homme a fait entrer dans la bergerie. Et je tourne les talons. Trop vite surement puisque ça fait virevolter sur mes hanches le trop aérien tissu. Il en a déjà trop vu et il se rince sans doute l'œil une fois de plus.
C'est avec un drôle de soupir que je pousse la porte de la salle de bain. Relative protection contre… quoi ou qui en fait ? Contre ce Benoit, qui m'effraie ou tout simplement contre moi qui me pose déjà mille et une questions ? Ouf ! La porte repoussée, c'est enfin le silence loin des regards trop appuyés de ce type. Bon sang, pourquoi Romain a-t-il invité ce mec chez nous ? Appuyée des deux mains sur le lavabo, je scrute mon visage dans la glace. Mes traits sont un peu tirés, mon teint terne. Le résultat de trop de boisson picolée hier soir ? Je me vois moche, avec des cernes sous les yeux. Je reprends lentement un semblant de respiration plus régulière.
Puisque je suis là, autant en profiter. Le fin voile qui me couvre si mal file dans la panière de linge sale et me voilà sous le jet tiède bienfaisant de la douche. L'eau ! Elle me rassure autant qu'elle me lave. Je ne sais pas expliquer cette étrange alchimie, cet état spécial qu'engendrent toujours mes passages sous la pomme. Je frotte plus fort qu'à l'accoutumée, pour me nettoyer le corps des traces laissées par les quinquets de l'invité de Romain ? Et puis… pourquoi est-ce à cela que je songe en me lavant ? Il n'a rien de beau, en tout cas pas plus que mon mari, alors ? Elles sont dingues ces idées qui se mélangent dans ma tête.
Le pire, c'est qu'elles sont toujours là quand je sors de la cabine pour me frictionner l'épiderme à l'aide d'un drap de bain. Je finis par ma chevelure. Mes tifs mi-longs requièrent plus de temps, pour sécher. Nouée au-dessus de mes seins, la longue serviette me couvre aussi les jambes, jusqu'à mi-mollet. Il me faut regagner notre chambre pour aller à mon dressing et… j'entrouvre donc précautionneusement la porte qui donne dans le couloir. Trois ou quatre mètres à faire dans celui-ci. Je me fais l'effet d'une folle qui se cache chez elle. N'importe quoi ! Mais mon cœur bat trop vite dans ma poitrine alors que j'embrasse du regard le corridor.
Personne ! Je bondis comme un diable hors de sa boite pour me faufiler dans notre piaule. Et sur le lit, assis, Romain qui me regarde.
— Eh bien ? Qu'est-ce qui t'arrive, ma chérie ? Tu as un problème ?
— Ah, tu es réveillé ?
— Ben oui… mais toi mon cœur, qu'est-ce qui t'arrive ?
— Rien… rien ! Tout va bien.
— Tu es sûre ? J'ai eu l'impression que tu fuyais quelque chose… vraiment. Je vais faire comme toi… alors.
— Quoi ?
— Je vais me doucher. Benoit est déjà levé ?
— Il doit encore être à la cuisine. Je lui ai servi le petit déjeuner. Enfin, il y était il y encore quelques minutes…
— Ouais… alors, habille-toi avant de nous retrouver à la cuisine. Pas la peine de lui donner des idées… ou des regrets !
— Des regrets ?
— Oh ! Il est seul. Alors… nous voir heureux pourrait lui en donner.
Mince ! Je ne peux pas lui dire que son pote m'a donné à moi des frissons. Et je le rezieute quand il sort de la chambre. J'entends aussi le bruit de sa miction aux toilettes toutes proches. Quelle manie de ne jamais fermer aucune porte ! De plus, je dois aller aussi tirer celle de notre espace de nuit. Et ma main est tout juste sur la poignée que Benoit croise le couloir. Il discute un court instant avec Romain. Je me fiche totalement de ce qu'ils peuvent se raconter. Je me replie sur le dressing et m'abandonne au choix de mes vêtements. Je pose sur le lit défait culotte, soutien-gorge, et un pull fin. Puis j'hésite entre robe, jupe ou pantalon.
Allez ! Je me décide pour un pantalon noir, censé m'éviter les regards trop appuyés de l'invité de mon mari. Je coule mon buste dans le lainage et enfile donc ce flute qui me fait comme une seconde peau. De nouveau, je jette un coup d'œil sur la silhouette que la psyché me renvoie. Merde… ça fait ressortir mes fesses et le pull lui moule un peu trop ma poitrine. Pff ! Avec cet olibrius dans la maison, je ne sais plus vraiment comment me comporter. C'est dingue ça. Et je tergiverse quelques secondes avant de me décider à aller voir ce qui se passe autour de la table du petit déjeuner. Eux sont là à rigoler de je ne sais quoi. Rires vite interrompus par mon arrivée qui les calme tout à coup.
Et je me sens une intruse dans ma propre maison. Que faire ? Que dire pour couper court à une ambiance délétère qui risque fort de s'installer ? C'est Romain qui remet les pendules à l'heure.
— Benoit propose que nous allions déjeuner au restaurant à midi. Il reprendra la route demain matin… Tu en penses quoi ?
—…
Je les sens les deux suspendus à mes lèvres. Ils veulent entendre mon accord pour que je les accompagne ? Je ne sais pas trop sur quel pied danser. Et si les deux copains s'y rendaient sans moi ? Après tout, c'est plus l'ami de Romain que le mien et puis… si ça peut m'éviter d'être le cul entre deux chaises…
— Vous avez surement des choses à vous dire et pour une fois, je peux rester à la maison… j'ai du travail à finir et si Benoit passe une nouvelle nuit chez nous je dois préparer un repas pour ce soir. Vous avez certainement des tas de trucs à vous rappeler, des souvenirs à vous remémorer, loin des oreilles d'une épouse, non ?
— Oh… ma chérie ! Pour ce soir, nous commanderons des pizzas et puis… voilà tout.
— Ça m'a fait plaisir de t'inviter aussi Sophie ! Pour te remercier de ta gentillesse. Nous n'avons pas non plus des secrets si profonds que tu ne puisses les entendre.
— Tu vois Sophie… allons, je suis heureux de t'emmener aussi avec nous. Ne te fais pas prier s'il te plait.
—… !
Impossible donc de me défiler. Et Benoit se barre dans la chambre d'ami, puis à la douche et mon homme et moi sommes là, silencieux. Romain n'est pas forcément dupe, même s'il ne pose aucune question. Il y a dans sa manière de me scruter des quinquets un vrai doute. Il se relève de son siège, dépose sa vaisselle sale dans le lave-vaisselle et passe dans mon dos. Ses deux mains viennent se placer sur mes épaules. Il me masse doucement celles-ci, avec une infinie tendresse.
— Qu'est-ce qui ne va pas mon amour ? Parce que je suis sûr que quelque chose te chagrine. C'est Benoit ?
— Mais non ! Il n'y a rien du tout !
— Ouais ? Bon alors détends-toi… tu es toute nouée.
— Arrête bon sang… !
— Quoi ? Tu n'en as pas envie ?
— Pas maintenant… ton copain est là tout prêt…
— La belle affaire ! Il a déjà été surement amoureux aussi… il peut comprendre.
— Je te demande d'arrêter ça !
— Ça va ! Ça va ! Tu as avalé un clown ce matin ou quoi ? Ça ne te réussit pas de boire un verre de trop.
— Chut… nous n'allons pas nous disputer avec lui dans la maison !
— Lui… mais tu parles de mon meilleur ami là.
— Meilleur ami ? Comment se fait-il que tu ne m'en aies jamais vraiment parlé avant hier ?
— Oh ! Nous nous sommes perdus de vue et puis… je suis content de renouer des liens avec ma jeunesse… c'est toute celle-là qui me remonte en souvenirs heureux, tu sais. C'est un chic type.
—...! C'est ton ami, pas le mien, tu peux saisir la différence ?
— Pourquoi ? Tu ne l'aimes pas ? C'est ça.
—… !
Pas besoin d'en rajouter. Il a l'air si surpris et ses sourcils se froncent. Mais il n'envenime pas une situation déjà passablement compliquée. C'est vrai que je me pose des tas de questions. Et mon trouble, d'où vient-il ? De ce que ce gars m'a plus ou moins ouvertement dragué ? Qu'il m'a déshabillée des prunelles ? Voire pire qu'il m'a vue à poil grâce à l'inconséquence de mon homme qui ne tire jamais aucune porte ? Je ne tiens pas à lui raconter que je me sens… plus que troublée par ce bonhomme. Sans en plus que je sache de quoi il retourne exactement. Et les mains de Romain ne se sont pas arrêtées malgré tout.
Il insiste un peu en me caressant la nuque et j'ai des frémissements partout. Bon sang ! Je ne peux pas le laisser aller trop loin, sinon, il va finir par me chauffer pour de bon. Et… pas question de conclure avec un étranger susceptible de tout entendre. Ou de nous épier, ce qui me parait bien plus grave. Il ne me reste qu'à me redresser pour mettre fin à ce début de supplice que mon mari va m'infliger si j'attends plus longtemps pour le stopper dans son approche trop câline. Et dans ses yeux, je lis déjà en me retournant vers son visage, la pointe de brillance qui laisse présager de son début d'envie.
Je connais bien cette lueur lubrique qui voile ses mirettes. Et je devine que dans les miennes, les mêmes étoiles sont déjà à un stade avancé. Romain m'attrape par l'avant-bras et me tire contre lui. J'atterris donc sans dommage dans ses bras, alors que ses lèvres se frottent à ma bouche. Je ne sais pas dire non à son baiser. Nous nous roulons une pelle là, devant la porte-fenêtre de la cuisine et un grognement gêné se fait l'écho de l'approche de notre squatteur.
— Mmmm ! Pardon ! Je vous dérange, je m'en excuse.
— Mais non ! Tu sais Sophie est une merveilleuse petite femme. J'en suis fou amoureux et nous ne t'avons pas entendu revenir.
— Je… peut-être vaudrait-il mieux que j'aille m'installer dans un hôtel de la ville !
— Mais tu dis n'importe quoi… Allons, je suis heureux de t'avoir retrouvé et je crois que Sophie est contente de te connaitre.
Rien ne sort de ma gorge, mais je respire juste un peu plus vite, plus fort. L'autre plonge dans mes prunelles, et c'est bien mon âme qu'il met à nu, avec ce regard qui en dit terriblement long sur ce qu'il imagine. Dire que c'est mon homme qui le pousse à demeurer chez nous. Il ne voit donc pas que son « fameux » ami me transperce de ces yeux qui me touchent de loin ? Et puis, comment ne peut-il pas, mon Romain sentir que je suis aspirée dans cette drôle de spirale de laquelle je tiens à me tenir éloignée le plus possible ? C'est dingue ça. Plus je veux m'y soustraire, plus mon homme me ramène vers ce gaillard.
Il voudrait me pousser dans les bras de notre hôte qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Je suis prise d'un coup d'un énorme doute. Et si… ces deux-là étaient de connivence ? Si tout ceci était prévu de longue date ? Un scénario très élaboré pour me conduire à un truc pas net ? Je suis folle et me fais donc un film ? Un scénario impossible ? Mais dans mon cerveau en ébullition, j'échafaude des tas d'hypothèses dont aucune n'est satisfaisante, évidemment. Mais non ! Romain n'a jamais été doué pour mentir et pas plus pour programmer un canevas d'une telle perversité. Je débloque, c'est certain.
— oOo —
Inutile de dire que pour moi la soirée me rend nerveuse. Le restaurant est excellent, pourtant je suis sur mes gardes. J'évite de boire trop, repoussant avec véhémence cet engouement bizarre qui m'étreint, sentiment mitigé incohérent en fait envers ce type. Les deux mecs se sont assis côte à côte à une table de quatre et tout naturellement je leur fais face. Juste un peu décalée pour être en vis-à-vis de Romain. Mais j'ai le feu roulant des mirettes en vue plongeante des deux hommes et franchement, ça n'a rien de sympa pour moi qui suis sur la défensive. Un apéritif, un verre de rouge en dinant, c'est tout ce que je m'autorise, sous prétexte qu'il faut ramener la voiture. Une excuse aux allures de sincérité, mais qui masque en réalité ma peur de fléchir.
Oui ! En vérité, il m'arrive un truc impensable. Ce mec qui au demeurant a le sourire facile et la langue bien pendue, je veux me persuader qu'il m'est indifférent. Mais mon esprit lui, n'en fait qu'à sa tête et malgré tous les signaux de refus que je lui transmets, il s'acharne à me torturer. Je n'ai pas du tout envie de faire entrer ce gars dans mon existence, mais c'est bel et bien Romain qui sans s'en rendre compte me traîne inexorablement vers son ami. La conversation sur un ton badin n'a rien d'envoutante ou d'axée sur le sexe. Alors pourquoi est-ce que mon corps réagit de cette façon terriblement ambiguë ?
Les coups d'œil, les sourires qui me sont adressés, je les reçois directement comme des appels. Romain est aux anges, un diner avec son pote et les deux se racontent des histoires d'où tout naturellement je suis absente. J'en apprends davantage en un repas sur la jeunesse de celui qui partage ma vie que sur l'ensemble de nos années de vie commune. Arrive le dessert et Benoit tient absolument à nous offrir du champagne. Je suis coincée et vais devoir trinquer. Juste un fond, c'est tout ce que je désire, mais il ne respecte pas trop ce que je lui dis.
— Pas trop ! Je conduis.
— Oh, pour une fois, ma chérie…
— Romain… je tiens à garder mon permis de conduire.
— Ton mari a raison ! Pour une fois, tu peux faire une exception, non ? Tu ne veux donc pas trinquer à nos retrouvailles ?
— Là n'est pas la question… voyons. Je n'ai pas l'habitude de boire autant.
— Tu veux que je te dise… Sophie, quand je vous regarde toi et Romain, je vous admire. Et je suis presque jaloux de mon vieil ami… il a déniché la plus belle femme du monde. Une perle, sans défaut…
—… ?
L'autre là me flatte, ma parole ! Et si mon cerveau hurle : méfie-toi ! Mon corps lui ne se comporte pas normalement. C'est très bizarre. Je suis en totale contradiction entre ce que je pense et ce que tout mon être me renvoie comme sensations. Il y a cette pointe incroyable qui au fond de moi me fait vibrer, me perturbe bien plus que je ne veux le dire. Nous levons donc nos coupes et je ne peux échapper aux deux paires d'yeux qui s'enfoncent trop profondément dans mon âme. Ceux de Romain sont enfiévrés. Ils transpirent une envie latente depuis un moment déjà. Ceux de celui qui nous invite sont plus flous, mais pas moins dangereux.
Je me raisonne encore. Qu'est-ce qui se passe entre ces deux-là ? Entre nous trois aussi ? Pourquoi est-ce que ce type que je pense ne pas blairer me fait-il un pareil effet ? Mon ventre papillonne, il est en effervescence pour de bon. Zut ! Il me tarde de filer d'ici et de me mettre à l'abri le plus rapidement possible. Une manière de fuir encore ce qui me fait si peur ? Bien sûr, je ne peux que reconnaitre les signes avant-coureurs d'un besoin de faire l'amour. Et Romain qui me serre la main ne fait rien pour m'éloigner de cette nécessité qui n'est pas réalisable puisque nous devons encore garder pour la nuit ce Benoit. Et là… je sais bien que je me mens.
Je me mens parce que le malaise et mon désir subi de faire l'amour, ce n'est pas mon mari qui me les inspire. Je sens bien que j'ai d'un coup une attirance physique monstrueuse pour son ami. Et penser que je ne l'aime pas est un réflexe pour éloigner le danger que je sens poindre à l'horizon. Comment est-ce possible ? Il n'a rien d'un Appolon, rien d'un séducteur et cependant… mes réactions, mon trouble doivent se lire sur les traits de mon visage. Pourquoi mon homme ne m'arrache-t-il pas à ce qui devient une véritable torture ? Nous attendons les cafés… et Benoit va faire un saut aux toilettes.
Romain n'a plus d'yeux que pour moi dans ce face à face qui s'instaure suite au départ momentané de son invité.
— Tu vas bien, ma chérie… je te trouve bien pensive ce soir encore.
— Romain…
— Ma chérie… j'ai bougrement besoin de toi. Une vraie envie…
— Arrête avec ça. Ton ami couche à la maison et pas question de…
— Oh non ! Tu ne peux pas me faire ça. Il sait ce que c'est à mon avis, et je crois même que lui aussi de son côté… il en pince un peu pour toi.
— Tu deviens fou ? Tu t'entends parler là, Romain. Ça ne va pas de me raconter des trucs pareils ? Je suis ta femme, bon sang !
— Et tu le serais moins si…
— Si quoi ? Hein si quoi ? Oublie ça et vite. Je ne suis pas une salope, d'accord ?
— Mais qui te dit le contraire.
— Attends ! C'était prévu ce genre de plan ? Dis-moi la vérité ! Vous avez échafaudé un scénario de ce genre ?
— Prévu non Sophie, mais peut-être sous-entendu que si tu en avais envie… c'est vraiment un « bon ami ».
— Non ! « Un bon ami » ! Tu imagines ce que tu me racontes là ? Tu me vois faire ça… ? Franchement, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ta cervelle, je te le dis…
— On ne va pas en faire tout un plat. Nous sommes entre amis et tu es la maitresse du jeu. Je ne fais que te demander, je ne te force à rien. Après tout, nous sommes des adultes et un peu de fantaisie ne peut pas nuire, pour rompre une certaine routine qui s'installe fatalement au fil des années…
— Mais… tu me demandes de… faire ça avec ton pote, sous prétexte que tu t'ennuies avec moi, c'est bien ce que je dois comprendre ?
— Pas tout à fait ! Je dis juste que nous risquons de nous enliser dans une routine qui tue bien des couples. Et plutôt que d'aller voir ailleurs séparément… peut-être serait-il plus sage de le faire… ensemble. C'est un peu différent, je veux le croire.
—… ? Mais…
— Et malgré toutes tes dénégations, je sens bien que de ton côté… tu ne le vois pas tout à fait comme un ennemi. Je peux me tromper bien sûr, mais quelque part, au fond de toi, il te plait plus que tu ne veux le montrer. Et j'en suis ravi. Reste à te démontrer que franchir le pas n'est pas une montagne à gravir. Nous ne pourrions qu'en ressortir plus solides.
— Ouais… ou complètement déglingués ou au bord de la rupture. C'est un jeu dangereux auquel tu voudrais que nous nous adonnions… bon ! Ça suffit, j'en ai assez entendu et ton copain revient.
— Comme tu veux… mais il est à la maison pour toute la nuit… tu as donc tous loisirs pour réaliser notre fantasme.
— Notre ? De qui te moques-tu là ? C'est seulement le tien… ou le vôtre si vous avez manigancé cela ensemble…
Je la boucle, mais je bous à l'intérieur de moi. Benoit est là qui pose ses regards sur l'un et sur l'autre, interrogateurs surement. Il cherche à deviner la suite des évènements, parce qu'à n'en plus douter, ces deux loustics ont bel et bien mis sur pied ce plan pourrave. Aucun des hommes ne se fait de signe. Et nous avalons un petit noir qui met un point final à ce diner en trio. Benoit règle la note et nous rentrons, moi au volant, conduisant prudemment, avec la hantise de me faire arrêter par les gendarmes. Mais non ! Tout va pour le mieux. C'est un vrai ouf de soulagement de voir dans les phares les murs de notre demeure.
Dès notre entrée dans la maison, je me hâte de remercier notre hôte pour son invitation. Romain propose un pousse-café au salon.
— Un petit digestif pour finir en beauté ? Ça te dit Benoit ? J'ai une eau de vie de mirabelle dont tu vas me dire des nouvelles.
Je décide pour ma part que j'en ai assez vu pour la soirée.
— Bien messieurs, je vous laisse à votre pousse-café ! Je suis crevée et vais de ce pas me coucher… Bonne soirée à toi Benoit et encore un grand merci.
— Oh ! Ma chérie, tu ne nous accompagnes vraiment pas ?
— Non ! Je vais dormir… et je te rappelle de fermer la porte de notre chambre quand tu me rejoindras.
— Oui… oui bien sûr. Mais…
— Et bien bonne nuit à toi Sophie. Et demain, je rentre chez moi… merci pour cet agréable séjour.
Romain entraine son copain vers le salon alors que je me dirige vers la salle de bain. Un moment après, en robe de chambre d'une opacité peu glamour, je gagne notre chambre et lors de ma traversée du couloir, j'entends leurs voix qui résonnent dans la pièce où sans doute, ils boivent encore un peu d'alcool. Et je me glisse dans notre couche, sans chercher à savoir ce que ces deux là-bas peuvent bien se raconter. Je ne dors pas de suite, passablement énervée par la sortie. Dire que mon homme m'a pratiquement proposé une partie à trois. J'ai bien du mal à m'en remettre. Comment a-t-il pu oser ? Ce sont ses mots qui me trottent dans la caboche.
Il en résulte que certaines phrases restent imprimées dans ma cervelle. Et surtout celles que je ressasse là dans le noir qui m'entoure.
*« Et malgré toutes tes dénégations, je sens bien que de ton côté… tu ne le vois pas tout à fait comme un ennemi. Je peux me tromper bien sûr, mais quelque part, au fond de toi, il te plait plus que tu ne veux le montrer. Et j'en suis ravi. »
Pas possible qu'il ait pu songer à cela. À force de me triturer les méninges, voici que j'arrive à m'échauffer toute seule. Se peut-il que Romain ait raison ? Que je refuse une réalité flagrante ? Bon sang ! Ce type fout la merde dans notre ménage !
Dans mon existence de petite bourgeoise bien rangée, c'est un comble. J'ai chaud, je me sens… d'humeur plutôt polissonne. Oh ! Non, je ne vais pas aller les rejoindre pour faire l'amour. Je ne vais pas non plus attendre que mon petit mari rapplique pour me baiser. Tant que son invité est dans les parages, pas question de me laisser faire. Alors ? Eh bien, la bonne vieille méthode manuelle refait surface. Mes mains retroussent sous le drap le voile de ma chemise de nuit. Et évidemment qu'elles ne sont pas tout à fait inertes. Elles virevoltent sur ce qui va me donner un plaisir solitaire silencieux. Peu de personnes peuvent dire que ça ne leur arrive jamais.
Et je sais où caresser pour que mon corps exulte rapidement. Par contre, je dois reconnaitre que pour une fois, ça n'a rien d'exceptionnel. Il manque la petite pointe de folie, le sel qui rend le sexe plus ou moins agréable, plus ou moins profond également. Et l'essentiel est absent. Comme j'aimerais que nous ne soyons que lui et moi… qu'il me prenne sans délicatesse, presque violemment. Comme je soupire de ce vide qui malgré mon insistance à triturer mon clitoris, est là qui me fait me pincer les lèvres. Pas moyen de sortir cette jouissance que mon esprit réclame et que mon corps refuse.
De guerre lasse, je replace rageusement l'ourlet de mon vêtement de manière à cacher mon entrejambe et en me tournant sur le côté, j'enfonce ma tête dans mon oreiller. Je mords dans celui-ci en soupirant. J'ai beau fermer les paupières, essayer de calmer mes nerfs, rien n'y fait. Et je garde les yeux rivés sur les chiffres rouges projetés par le réveil sur le plafond. Je perds ainsi toute notion de ce qui m'entoure et nage sur des images pas spécialement pieuses. Et il me vient même à l'esprit que… celui qui me fait défaut là n'est pas forcément celui des deux que je veux croire. Mince ! Pourquoi est-ce plus fort que moi ? C'est bien le portrait de son foutu pote qui est là, gravé en filigrane sous mon front.
Je finis par m'enfoncer dans une étrange somnolence. Ni totalement endormie et plus vraiment éveillée. C'est le chuintement émis par la porte qui s'entrouvre qui me fait sursauter. Je suis un peu paumée. C'est Romain qui vient se coucher ? J'accroche les chiffres rouges au plafond : deux heures dix du matin ! Qu'est-ce que ces deux-là ont bien pu faire pour qu'ils aillent aussi tardivement se coucher ? Pff ! Je ne bronche pas, et il met un temps fou pour se défringuer, signe vraisemblablement qu'il a encore un peu trop bu. Le drap est tiré de son côté sans ménagement et le corps lourd qui s'enfonce dans le matelas vient immédiatement se coller au mien. Bien sûr, pas besoin d'un grand flair pour sentir qu'il empeste la goutte.
Je ne bouge toujours pas, et lui grogne un peu alors que l'une de ses grandes pattes encercle mon ventre. Je sais bien ce qu'il veut. Mais non pas question qu'il me tripote, d'une part parce que son pote est surement de l'autre côté de la cloison et puis… parce que je n'ai aucunement l'intention d'être embrassée pour m'enivrer à son haleine chargée. Je repousse fermement la main qui déjà traîne dangereusement dans les parages de mon pubis. Il insiste et cette fois, je lui mets clairement les points sur les « I ».
— Non ! Je n'en ai pas envie et puis… tu sais ce que je t'ai déjà dit.
— Oh… ma chérie… tu ne peux pas me laisser comme ça.
— Ben si… tu peux toujours jouer tout seul… on verra ça demain lorsque nous n'aurons plus ton invité dans la baraque.
— Salope… J'ai mal au ventre à force de bander…
— Eh bien… si en plus tu m'insultes… tu peux oublier encore plus et nous aurons à faire le point demain… dors, Romain. Boire un verre de trop ne te donne pas le droit de me traiter mal… c'est compris ?
— Mmm !
Nous chuchotons bien entendu et il se tourne sur le flanc. Quelques instants plus tard, le ronflement régulier qui me confirme bien son excès de boisson remplit l'espace privé de notre chambre conjugale. Je cherche aussi à plonger dans un sommeil qui visiblement ne veut pas de moi. Et… à force de tourner et virer dans la couche, je m'énerve et décide d'aller dormir sur le canapé, loin du moteur qui perturbe ma nuit. Sortie discrète du lieu où mon mari cuve gentiment son trop-plein de bibine et je croise en silence le corridor pour me rendre au salon. Tout est calme ici. Et je me pose les fesses sur un des deux fauteuils. Dans la lueur d'une loupiotte, je peux deviner le flacon de gnôle qui a pris cher, si j'en juge par le niveau du liquide bien bas. Impossible de fermer l'œil.
Alors ? Eh bien, je vais chercher un bouquin sur une étagère dont est remplie la bibliothèque. Un peu au hasard, je saisis un volume et lis la tranche : Trésors de la Poésie française. Un recueil des plus beaux poèmes depuis le Moyen-Age. Et je débute donc ma lecture par : la chanson de Roland… c'est un régal et les minutes s'amassent en heures, c'est donc avec Alfred de Vigny et un extrait de : « femme adultère » qu'une aube nouvelle se lève sur la ville. Coïncidence ou destin ? Pourquoi ce titre me ramène-t-il à cette demande indécente de Romain ? Ça me met un zeste mal à l'aise et je ne comprends pas très bien la finalité de toute cette mise en scène de mon homme ? Ne sommes-nous pas heureux tous les deux ?
Que veut-il de plus pour son bonheur ? Et puis zut ! C'est dans mon ciboulot que ça dérive maintenant. Et moi dans tout ceci ? Où est-ce que je dois me situer ? Je pense d'abord à lui, mais ai-je le droit d'imaginer une seule seconde que ce soit possible de… et dans ma caboche, c'est une fois encore une bataille qui se joue là. Une ligne se dessine entre le bien et le mal, entre la femme sage et la salope ? Du reste, n'est-ce pas le seul mot venu à l'esprit de mon poivrot de mari dès qu'il a saisi que je ne lui cèderais pas au lit ? Et si… s'il n'avait pas bu, s'il m'avait présenté son idée plus courtoisement, différemment quoi, est-ce que ça aurait changé la donne ? Parce que je l'avoue, au tréfonds de moi, je ne serais pas loin de succomber.
Ce Benoit qui dort dans la chambre proche de la nôtre, il y a quelque chose en lui qui m'attire. C'est cela qui me fait fichtrement peur. Et je dépose mon livre ouvert face à lire contre la table basse du salon. Avec le lever du jour, l'envie d'un bon café pour me remettre d'aplomb et me voici à la salle de bain pour m'emmitoufler dans ma robe de chambre toujours pas plus glamour. Vieux réflexe tendant à me protéger du regard de ce bonhomme qui surement ne va pas tarder à se lever pour rentrer chez lui. Le premier à débarquer dans la cuisine par l'odeur alléchée, c'est mon mari. À sa mine, je devine aisément que la gueule de bois n'est pas loin.
— Ah Sophie… mais tu es déjà debout ?
— Ben… un jour je t'enregistrerai pour que tu te rendes compte combien tu ronfles fort quand tu as picolé… j'avais l'impression d'être à Roissy.
— Tu n'exagères pas un peu, là ?
— À peine !
— Et Benoit ? Il n'est toujours pas levé ?
— Tu vois bien que non ! Je présume que tu as besoin d'un antalgique pour la migraine engendrée par l'alcool ?
— Ne sois pas sarcastique, voyons. Je suis content de l'avoir revu, cet ami de toujours.
— Et moi je le suis moins de tes paroles de cette nuit !
— Ah ? J'ai donc été désagréable ? C'est pour ça que tu t'es enfuie du lit ? Je t'ai dit quoi au juste ?
— Tu ne veux donc pas t'en souvenir ? C'est surement mieux comme ça, mais nous en reparlerons bientôt !
— Tu ne vas pas m'en vouloir, j'ai trop bu. Je n'ai pas été méchant au moins.
— Non ! Pas physiquement, mais pas sympa oralement…
— Je te prie de m'excuser alors. Ça avait trait à ma demande au cours du repas ?
—… ? Quoi ? Mais non ! C'est simplement que je n'ai pas voulu que tu me tripotes… il faut dire aussi que tu empestais la mirabelle. La bouteille est quasiment vide au salon.
— Rien d'étonnant alors que j'ai mal aux cheveux !
—…
Il saisit le verre d'eau que je lui tends et la gélule jaune et rouge qui en principe doit atténuer ses maux de tête. Et c'est l'instant que choisit notre hôte pour débarquer dans la carrée. Ses tifs en bataille, sa mine déconfite, pas plus frais que son ami, à le voir. L'étui du remède miracle est toujours sur la table et je vois bien qu'il lorgne dessus. Alors, je lui propose ce que mon Romain vient d'ingurgiter.
— Tu en veux un aussi ? Avant le café ?
— Hein… un cachet ? C'est pour la gueule de bois ?
— Pour les maux qui l'accompagnent souvent !
— D'accord, ce n'est pas de refus… pff ! C'est bon cette cochonnerie, mais elle laisse des traces, ta gnôle.
— Peut-être que bue en quantité raisonnable, c'est moins nocif, vous ne croyez pas vous deux ?
— Ouais… tu as bougrement raison, ma chérie…
— Bon… je rentre chez moi, mais nous nous reverrons souvent si…
— Ah oui ! Sophie… Benoit a visité deux maisons dans notre ville et il va en acheter une pour revenir vivre ici. Et… comme c'est ton job, il se proposait de faire appel à tes services pour restaurer celle sur laquelle s'arrêtera son choix ! Tu es partante pour t'occuper de son intérieur en le remettant à son gout ?
— Pourquoi pas ? Oui… oui, bien sûr !
Je parle sans trop réfléchir, histoire de dire quelque chose. Il est grand temps que ce gars s'éloigne un peu de notre nid. Il y a un truc indéfinissable qui me fait craindre le pire. Mais c'est vrai que je suis décoratrice d'intérieur et me demande pourquoi cette idée d'acheter pas très loin de chez nous lui est venue à l'esprit. Mais je garde cette réflexion pour moi. Il prend son café et deux tartines de pain grillé avec beurre et miel de sapin. Les deux larrons se sont remis de leurs migraines ? C'est surement le cas lorsque le type charge dans son coffre son sac de voyage. Les copains se serrent dans les bras et puis, hésitant, Benoit s'approche de moi.
— Eh bien… merci de ton accueil Sophie… dès que je suis fixé sur la maison de mes rêves, je vous fais signe. Et vous venez voir un peu ce que tu peux faire pour mon paradis, d'accord ?
— Ben… oui, oui bien sûr.
— Merci… tu es une chouette petite femme et je ne sais pas si ce loustic te mérite vraiment…
Il rit et Romain fait de même. Mais il me tient encore contre lui et sa bouche vient flirter avec mon visage. Il vise ma joue, mais ses lèvres sont trop proches de la commissure des miennes pour que ce soit « normal ». Mon mari suit la scène sans un mot, toujours souriant. Et je m'écarte le plus vite possible de cette étreinte que je sens par trop brulante. Merde ! Le feu est rallumé en moi, la petite étincelle est là, qui se mue en un brasier, au risque de me consumer trop longtemps. Qu'est-ce qui m'arrive, bon sang ? C'est le pire scénario de ma vie de femme. Ce gars… si je n'étais pas mariée… je crois bien que je me laisserais aller à…
— oOo —
À suivre…
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Photo de profil de SuzePhil
SuzePhil
6 juin 2024 à 07:54
Un régal. Très agréable à lire Merci. L’esprit torturé de Sophie va sans doute se libérer sous peu ... Mais ...avec ou sans son mari ? Triolisme ou infidélité... ? A suivre donc !
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Curiosi
5 juin 2024 à 08:40
Bonjour.

Très bien écrit. Je me suis reconnue dans votre récit.
Sauf que le 3e larron était une
'' larrone ".

Mme ML
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Exorium
5 juin 2024 à 05:51
Superbement écrit. On se faufile avec délectation dans les méandres de la fascination-répulsion éprouvée par l'héroïne. Et ce récit prend tout son temps. C'est un délice.
Soyez respectueux
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