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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Hier encore — Chapitre 2 · Juste un bisou !

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Jane Does
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Hier encore

Chapitre 2 · Juste un bisou !

Depuis cette rencontre aux détours des étals de notre marché local, le prénom de ce Marc revient régulièrement dans les conversations entre Pierre et moi. Une sorte de blues de cette partie de sa jeunesse inconnue de moi qui revient le hanter. J'ai oublié depuis longtemps ce mot qui m'a pourtant frappé lors de l'apéritif pris chez le troisième larron, Maxime. Sur le moment, je l'ai assimilé à une péripétie due au travail de mon chéri. Un avocat côtoie forcément des délinquants et le mot « prison » ne saurait être étranger ou absent du vocabulaire des conseils. Mais là, par inadvertance sans doute, il ressort de la bouche de mon mari.
Et il semble indiquer que le fameux Marc a fait lui aussi un séjour plus ou moins long derrière les barreaux d'une prison, pas forcément française, du reste. Je ne me formalise pas plus que cela, mais je suis curieuse de nature, quelle femme ne l'est pas ? Alors je questionne plus directement mon homme.
— Attends Pierre, tu viens bien de me dire que ton ami, ce Marc avec qui nous avons bu un verre a fait de la prison ?
— Mais… je croyais que tu avais entendu le récit de son aventure en Asie.
— Oh non ! Tu sais, je n'écoutais pas vraiment et puis… je n'étais pas fatalement intéressée. Cet homme est ton copain, pas le mien… alors, redis-moi donc ce qui lui est arrivé…
— Un peu une histoire de fous. Il avait des amis qui ont fait un braquage et il a servi de chauffeur. L'affaire a mal tourné. Résultat, ils se sont tous fait pincer et il a écopé de huit ans d'enfermement. Ce sont ses dires, moi, je n'ai jamais rien su de cela à l'époque. Il avait une femme qui s'est empressée de divorcer et à sa sortie, il y a quelques mois, il a décidé de rentrer chez nous.
— Tu ne trouves pas normal que sa femme soit partie ? Tu te rends compte… je ne sais pas ce que je ferais, si tu jouais à cela aussi…
— Je ne suis pas un délinquant et ne le serai sûrement jamais. Alors, la question ne se pose même pas, ma chérie. Et puis… c'est son affaire, sa vie ! Il a payé sa dette à la société et il a sûrement le droit à une seconde chance. Après tout, on ne sait pas de quoi demain sera fait.
— Tout de même…
— Il n'a pas de casier en France, même si cette histoire de prison ne lui est pas trop favorable. Ce n'est pas un mauvais bougre, enfin je me dis que c'était un type bien… à ce propos, je l'ai invité à venir passer un week-end à la maison.
— Quand ? Tu pourrais m'avertir quand tu lances des invitations comme celle-là !
— Il doit appeler quand il sera disponible ou libre… il a trouvé un travail de chauffeur livreur et me parait rangé maintenant. Il habite dans la maison de ses parents dont il a hérité au décès de sa maman.
— Ah ! D'accord ! Donc, il est installé au village ?
— Oui… il a un toit, du boulot, de quoi refaire sa vie, non ? Il a donc droit au bénéfice du doute et puis, un ami reste un ami, tu le sais bien. Pour moi, c'est sacré l'amitié.
— Tu me l'as déjà seriné ta chanson… Mais je fais confiance à ton jugement, tu le connais mieux que moi. Je trouve seulement qu'il a une manière assez… je ne sais comment expliquer que ses yeux m'ont fait l'effet de me déshabiller. C'est même toi qui l'as toi aussi souligné, non ?
— Ben… tu es une jolie femme et je peux concevoir qu'on puisse loucher sur… tout ce que tu présentes comme avantages.
— Quoi ?
— Regarde-toi dans un miroir ma belle… une poitrine magnifique, un visage d'ange, et puis… tu parais tellement… femelle.
— Ça ne va pas ? Tu me décris comme une pute là ? Pire une salope de la pire espèce, c'est du propre de parler de moi de cette façon !
— Tu n'y es pas du tout ! Je suis très fier d'être ton mari… je t'assure.
— Et ça ne te dérange pas que tes potes en général et celui-là en particulier appesantissent leurs regards sur mes formes ? Tu es… un peu pervers non ?
— Quel homme n'est pas fier de savoir que sa femme est bandante ? Qui ? Dis-moi, qui mon cœur ?
— Pff ! C'est dingue ça… et tu comptes le garder tout un week-end ici ?
— Pourquoi pas ? Ça te gêne tellement ?
— Je ne sais pas. Gêné n'est sûrement pas le bon verbe, non, c'est autre chose. J'ai comme un pressentiment. Un truc qui ne tourne pas tout à fait rond dans ma caboche.
— … ? Explique-moi cela gentiment ?
— Il n'y a rien à dire. C'est un peu flou, voilé, mais on dirait que ça te fait bander de savoir qu'un de tes amis louche sur moi avec des quinquets de vieux vicieux.
— Tu ne risques pas grand-chose. Mais c'est sûrement vrai, je crois que ça décuple mon besoin, mon envie de toi. Tu sais, c'est un fantasme très répandu chez les mâles d'imaginer leur femme… avec un autre.
— Quoi ? Ne me dis pas que tu fantasmes sur ce genre de plan ? Pas toi ! Je te donne tout ce que tu demandes… mais là, c'est impensable que tu puisses rêver d'un trio…
— Nous avons traversé la vie sans trop d'orages ma belle, et de temps en temps, il faut savoir se remettre en question. Tu n'as jamais, vraiment jamais imaginé les bras d'un autre homme ? Soit honnête, je suis prêt à tout entendre, Martine.
— … ? Comment peux-tu seulement penser à cela ? Ça suffit, on ne va pas passer le réveillon là-dessus… non, non et non, c'est tout. Il n'y a plus rien d'autre à discuter sur ce sujet.
Il se ferme comme une huitre. Une déception franche qui affecte son sourire trop présent. Mais je ne saisis pas vraiment le sens de ce qui à mes yeux ne doit qu'être, ne peut qu'être une plaisanterie. Il passe la moitié du reste de la journée dans son atelier à bricoler je ne sais quoi. Lorsqu'il me rejoint en début de soirée, apparemment, ses traits ne se sont toujours pas déridés. Je dois donc faire le pas de la réconciliation, et je le prends par les sentiments. Si je puis dire, parce que je sais comment l'amadouer sans un mot, avec juste quelques gestes rassurants et terriblement ciblés. Une arme féminine à coup sûr qui a fait depuis des siècles ses preuves, à n'en pas douter.
Ça fonctionne si bien que notre diner est de nouveau en retard. Pierre est comblé et je dois dire que je suis assez satisfaite de ce rabibochage, de cette entente délicieusement trop parfaite. J'ai bien joui sous ses coups de boutoir et il a pris un plaisir que je me garde de juger. Notre face à face pour le repas du soir est donc ponctué de petits sourires, de câlineries en tout genre et preuve que tout est revenu à la normale, nous restons tous deux aussi nus que pendant nos ébats. Je me méfie cependant de mes élans de tendresse qui sont capables parfois de me faire oublier la plus élémentaire des prudences. Chacune de mes paroles se doit d'être bien pensée, pesée avant de sortir de ma gorge… on ne sait jamais !
— oOo —
Statu quo durant quelques jours. Notre intimité se poursuit avec les mêmes centres d'intérêt et j'ose dire que nous passons bien des moments câlins que beaucoup nous envieraient. Je suis à cent lieues de penser à son ami Marc, alors que je reprends mes esprits en fin de combat. Un corps à corps épique où il n'y a ni vainqueur ni vaincu, seulement deux êtres qui s'aiment et viennent encore de se le démontrer. Pierre est allongé sur le canapé et je lui apporte une bouteille d'eau minérale lorsque son téléphone dérange l'ordre établi des choses. Il attrape d'une main le verre de flotte que je lui tends et de l'autre son appareil.
— Allo !
— …
— Ah ! Je n'avais pas reconnu ta voix… comment tu vas, Marc… ?
S'engage donc un dialogue dont je ne perçois que les paroles de l'interlocuteur proche de moi. Mais à ses mots, ses réponses, je devine de suite un problème. L'appel dure quelques minutes et le visage soucieux de mon mari se tourne vers moi.
— C'était Marc…
— Oui ? Qu'est-ce qu'il avait de si urgent à te dire pour appeler à onze heures du soir ?
— Il est dans la galère… la maison de sa mère a brulé…
— Brulé ? Mince alors !
— Pas entièrement ! Seulement dans la cuisine, tout est cramé. Il y a aussi l'odeur de fumée insupportable et le courant électrique est coupé également… il ne sait plus trop quoi faire.
— … il t'appelait pourquoi donc ?
— Ben… il cherche un toit pour une ou deux nuits… le temps que tout rentre dans l'ordre.
— Tu lui as proposé de venir ici ? C'est ça ?
— Non ! J'avais surtout besoin de ton aval avant tout.
— Tu ferais quoi toi, dans un pareil cas ? Si c'était nous, nous serions heureux de voir un ami nous dépanner, non ?
— Je n'ai pas osé, il me semble que tu n'as guère d'estime pour lui…
— Il y a des moments dans l'existence où il faut mettre de côté les différends et les appréhensions. Rappelle-le et s'il n'a trouvé personne, invite-le ! Tu ne peux pas dire qu'il est ton ami et le laisser dans la panade. Si ce n'est que pour un laps de temps relativement court… notre chambre d'ami est là pour ce genre de dépannage.
— Tu es certaine que c'est bien ce que tu veux ?
— Allons Pierre… je comprends la situation, alors n'hésite pas.
— D'accord ! Tu es… une belle personne.
—…
Immédiatement, il reprend son appareil et entreprend de rappeler son copain. Je file dans la salle de bain pour passer un déshabillé ainsi qu'une robe de chambre. Si ce Marc arrive autant que je sois présentable. À mon retour, mon mari me raconte un peu ce qui vient d'être dit et il me confirme donc que son pote va débouler dans quelques minutes. De toute façon, il n'y a même pas de question à se poser. L'entraide dans ce cas de figure est une obligation. Et puis je suis encore dans un monde de merveilles, suite à notre partie de jambes en l'air plutôt réussie, je ne songe à rien d'autre. Il me faut aller faire le lit de la chambre chargée d'accueillir notre hôte.
Je termine tout juste lorsque le bruit d'une voiture me fait tressaillir. Cette fois, il est tout près. Pierre va lui ouvrir et je les entends qui discutent dans l'entrée. Des pas dans le couloir, ceux de ce Marc et de Pierre qui me rejoignent dans la piaule dont le lit est opérationnel depuis cinq minutes.
— Bonsoir Martine.
— Bonsoir Marc ! Ça va ? La maison à part la cuisine, pas d'autres dégâts ?
— Non ! Je crois que c'est la friteuse qui a débordé et elle a enflammé le plan de travail en bois. Une chance que j'ai senti la fumée. Par précaution, j'ai coupé le courant, mais l'odeur de brulé est insupportable. Je ne voudrais pas vous déranger Pierre et vous… C'est sympa de me recevoir comme ça, un peu à l'arrache. Oui… c'est très gentil.
— Je suppose que si ça nous était arrivé, vous auriez fait de même.
— … peut-être… En tout cas, je suis touché par votre geste à tous les deux.
— Allons, Marc… les amis, c'est dans de pareils moments qu'ils doivent répondre présents, mon vieux. Tu ne crois pas ?
— Tu as raison Pierre, mais je n'ai pas pour habitude de m'imposer chez les autres, tu sais !
— C'est bon. Nous sommes entre nous et de toute manière, il était prévu que nous t'invitions, il me semble. Ça se fait un peu plus brutalement, voilà tout. L'affaire est close.
— Merci… je… je dois puer la fumée aussi ! Je peux prendre une douche, s'il vous plait ?
— Vous avez ici une salle de bain personnelle… faite comme chez vous… Marc. Dans le placard là, vous avez des serviettes et des draps de bain… servez-vous. Nous sommes au salon ! Pierre va vous indiquer le chemin, je vous attends devant la télé.
Je plante les deux hommes dans la carré et leurs voix me parviennent atténuées depuis la chambre. Pierre me retrouve et nous restons assis l'un à côté de l'autre sur le canapé, à regarder la fin d'une émission incompréhensible puisque nous n'avons pas vu le début. Pas grave ! Mon cerveau est en stand-by et mon homme me tient la main gentiment. Il me jette de fréquents coups d'œil, voulant sûrement s'assurer que je vais bien. Drôle de situation. Je me crispe un peu plus encore quand le bonhomme nous rejoint. Il est en pantalon de toile et polo à manche courte. Vêtements légèrement froissés, sortis d'un sac avec lequel il est arrivé certainement.
— Ça fait du bien de se sentir net et propre… Encore une fois merci à vous deux…
— C'est bon Marc. On peut boire un verre ! Tu as envie de quoi ?
— Je ne sais pas trop ! Cette histoire de feu m'a secoué plus que je ne saurais le dire. Tu boirais quoi toi tout seul, ou avec Martine ?
— J'ai ouvert un bon vin rouge pour le diner… un verre d'un bon cru ? Un Aloxe-Corton de derrière les fagots ?
— Tu ne te refuses rien… une très bonne « côte de Beaune » ce vin-là, non ?
— Connaisseur, je vois. Allez… c'est dit, on s'en goute un verre. Toi aussi Martine, tu trinques avec nous ?
— Ben, pourquoi pas ! Soyons fous…
Et mon homme quitte le salon. Les verres qui s'entrechoquent dans la salle à manger, puis il farfouille à la recherche de je ne sais quoi, dans la cuisine… un plateau sans doute pour porter son précieux fardeau. Pendant ce temps-là, Marc qui a pris place dans un fauteuil face au divan, me scrute sans manières. Une chance que j'ai eu la présence d'esprit de me camoufler dans une robe de chambre « tue l'amour ». Il ne dit rien, mais ses quinquets parlent pour lui. Le vin est là et il a le mérite de détourner pour un temps l'attention de notre invité. Pierre est comme un gosse, heureux. Je bois rapidement mon verre, avant de déclarer aux deux gaillards qui sont lancés dans leurs souvenirs.
— Bon… Je suis lasse, c'est l'heure pour moi d'aller me coucher. Je vous laisse à ces moments dans lesquels je n'ai pas vraiment ma place… Bonne nuit, Marc, à tout à l'heure mon cœur…
— C'est moi qui vous fais fuir Martine ?
— Non ! Non, je vous assure, je suis vannée… mais mon mari est là pour vous rappeler le bon vieux temps, non ?
— Oui… c'est vrai que c'est un retour aux sources, un flash-back sur nos jeunes années, celles de l'insouciance.
Pierre se lève, m'attire contre lui dans un mouvement machinal. Il m'embrasse furtivement sur la bouche. Une façon comme une autre de faire valoir son droit de cuissage permanent à cet ami revenu de je ne sais où ? Cette interprétation de ce baiser est la mienne, pas une certitude, mais j'ai un gros doute. Bien entendu, ce Marc se sent donc obligé de se relever également et il hésite en se dandinant d'un pied sur l'autre. Je ne fais rien pour l'arranger. Il opte en fin de compte pour une poignée de main. Sa patte est chaude, moite, pas très agréable. Là encore, j'extrapole sûrement sur ce qui n'est qu'un salut amical.
Je me dirige vers notre chambre et les voix reprennent de plus belle, dans le salon, filtrées cependant par la distance et les cloisons qui séparent les pièces de notre maison. Ce type me fait une drôle d'impression. Un je ne sais quoi qui me met mal à l'aise, un signal dans mon crâne qui se met bizarrement à clignoter. Bon… demain, il rentre chez lui, s'occupera de sa cuisine et tout rentrera dans l'ordre. Oui ? Eh bien pas sûr que ma caboche ou mon cerveau enregistre cette information. Un passage aux toilettes, à la salle de bain pour mettre au propre ce qui a servi avant l'arrivée de Marc, un brossage de mes quenottes et je me coule dans deux draps frais.
Le sommeil, pourquoi ne veut-il pas de moi ce soir ? Je suis énervée pour une raison inconnue. Et les minutes défilent sur le cadran du réveil digital qui me nargue. Des pas feutrés dans le corridor, la porte de la chambre d'ami qui grince sur ses gonds, celle de notre chambre à coucher, qui elle, livre passage à Pierre. Il se dévêt silencieusement dans la salle de bain, et me rejoint dans notre couche. Immobile, je l'écoute respirer simplement. Il cherche comme tous les soirs sa position favorite pour dormir, se ravise et pose une main sur ma hanche. C'est juste un effleurement passager, une sorte de caresse furtive. Je ne fais plus un geste, je sais qu'il guette mon souffle, pour savoir si celui-ci s'accélère. Il essaie de deviner si je dors ou non !
Ses doigts restent collés au tissu qui couvre le bas de mes reins. Je les sens qui tremblent un peu, et il les fait se déplacer. Pas sur un long trajet, non ! Quelques centimètres qui leur permettent de passer sous l'étoffe de toute façon déjà trop remontée sur ma peau. Le dos de la patte suit les lignes de mon derrière, longe le sillon qui les fend en deux et il approche son corps du mien. Ce qui se frotte désormais contre mon cul, ce ne sont plus ses phalanges, mais bien son vit bandé. Le corps de Pierre épouse le mien d'une manière subtile et il m'est impossible de feindre plus longtemps de dormir.
— Arrête, Pierre !
— Ah ! Je savais que tu ne dormais pas, ma chérie… j'ai sacrément envie de te faire l'amour.
— Arrête ça tout de suite. Dans la chambre d'à côté il y a ton pote et je suis certaine qu'il épie le moindre bruit en provenance de notre chambre.
— Quoi ? On s'en fout qu'il sache que nous faisons l'amour ! Ne me dis pas que ça te gêne à ce point.
— Moi, je ne m'en fous pas comme tu dis. Non ! Arrête, je te dis !
— Mais… je vais en faire quoi de ma trique, moi ? Je n'ai pas envie de dormir sur la béquille toute la nuit, bon sang…
— Et bien… récupère cette main qui traine sur mon cul et sers-t'en pour te soulager… ne compte pas sur moi pour faire quoi que ce soit avec quelqu'un dans la maison.
— Mon amour, il sait sûrement ce que c'est que la vie de couple… et puis… zut, tu ne vas pas me punir de le dépanner.
— Non ! Mais bon sang, nous avons déjà fait ça avant qu'il arrive… c'est lui qui te donne des idées pareilles ?
— On ne va pas se mentir, hein, Martine. J'avoue que le fait qu'il puisse écouter, entendre, ça me file un coup de chaud.
— Ben, pas à moi… alors, laisse-moi dormir.
— S'il te plait… sois sympa…
— Quoi ? Dis aussi que je te refuse souvent de faire l'amour, pendant que tu y es…
— Non ! Mais bon sang… branle-moi, au moins si tu ne veux pas baiser…
— Baiser… ? Tu dépasses les bornes là, Pierre. Un mot de plus et je vais dormir sur le canapé…
— Pff… tu es dure avec moi, ma chérie…
— Pas la peine de prendre une petite voix malheureuse, je ne ferai rien avec ce Marc dans la chambre à côté.
— Comme tu veux. Je n'ai pas l'intention de te forcer non plus… bonne nuit donc.
— C'est ça ! Bonne nuit Pierre.
Je me mords les lèvres pour ne pas soupirer. Bien sûr que ce saligaud m'a mis le feu au ventre, mais pas question de céder à ses petits caprices. L'autre, parce que je suis persuadée qu'il nous écoute, en sera pour ses frais. Du coup, mon ventre se venge en m'envoyant des signaux d'une violence incroyable. J'en mouille abondamment, sans que ne soit sollicité ma chatte ou mon clitoris. Heureusement que Pierre n'insiste pas quelques secondes supplémentaires, parce que je crois bien que je suis prête à abandonner. Je coince mon bras entre mes deux cuisses et le serre très fortement sans plus bouger. Je suis soudain bercée par les mouvements cadencés du poignet de mon mari.
Il se resigne finalement à adopter la solution que je viens de lui indiquer. Ce qui décidément rend encore plus insupportable cette envie lancinante qui me tord les entrailles. Mâchoires fermées à m'en faire mal aux dents, je laisse passer l'orage. Sa voix dans un filet, un murmure qui me vrille les oreilles pour une demande insolite.
— Martine… ma chérie, je peux venir sur toi ?
— Sur moi ? Comment ça venir sur moi ?
— Je veux dire cracher entre tes fesses ! Je te promets de ne pas aller plus loin qu'éjaculer sur ton cul…
— … ! Fais comme tu veux… mais tu essuies après !
— Oh… oh, oui, oui, d'accord, c'est promis, mon cœur…
C'est ultra rapide. Mon accord juste enregistré, que déjà une giclée de sperme vient inonder le bas de mon dos. Ça coule dans la raie de mes fesses et sans doute que les draps vont demain, être bon à changer. Je ne dis rien et fidèle à sa parole, à l'aide d'un mouchoir jetable, Pierre fait le ménage en essuyant la cochonnerie qu'il vient de cracher sur moi. Ce qui en soi ne fait qu'attiser le feu qui me dévore. Mais je ne veux pas revenir sur ma parole et il est sûrement trop tard, puisqu'il vient de déverser son trop-plein d'envie et qu'il va avoir besoin d'un long temps de pause pour recharger ses batteries. Je reste avec mon désir et quelques regrets de surcroit. Cette fois, nous dormons blottis l'un dans les bras de l'autre.
— oOo —
Le jour se lève sur un ciel bleu de toute beauté. Le petit déjeuner est habituellement un moment de détente, et pourtant je suis dans mes petits souliers. Dès que Pierre tourne la tête ou bouge, notre visiteur en profite pour me fixer d'une manière que je juge déplacée. Mais là aussi, qui sait si ce n'est pas mon esprit qui force le trait ? Je la boucle donc. Et voici que pour couronner le tout, le téléphone professionnel de mon mari se met à grelotter dans la poche de sa veste. Il marque un temps d'arrêt et récupère l'engin plutôt pénible. Il décroche et à sa tête je comprends qu'il y a un hic.
— Allo ! Julien ? Mais je suis chez moi là !
— …
Les yeux de Pierre viennent se poser sur moi, et il y a dans ceux-ci une sorte de fatalité qui me montre que quelque chose ne tourne pas rond. Il discute quelques instants avec celui que grâce au prénom, j'ai identifié comme étant un autre avocat. La patate chaude me tombe dessus dès qu'il raccroche.
— C'est Julien… il est, enfin était de permanence, commis d'office. Et il a un empêchement. Il me propose de prendre son tour et il me remplacera le week-end prochain. Trois petits voleurs à la tire vont passer devant le juge…
— Tu… tu vas te rendre au palais ? Me laisser toute seule ?
— Ben… je n'ai pas trop le choix ! C'est un peu mon boulot aussi. Et avant d'aller au palais, je dois assister les trois voleurs lors de leur interrogatoire au commissariat… Ma journée s'annonce plutôt mal embouchée…
— Mais…
— Martine ! Ce n'est pas la première fois que ça arrive… bon sang ! Ce sont les aléas du métier. Tu connais les risques.
Quoi répliquer à cela, sinon qu'il a bougrement raison ? C'est surtout la présence de son ami Marc qui me perturbe plus que je ne le voudrais. Il ne s'en rend pas compte et va se préparer, nous plantant là, l'autre et moi. Le type n'a pas non plus trop saisi la situation. Ce n'est que lorsqu'il voit mon homme revenir de la salle de bain, enfiler sa veste et prendre les clés de sa voiture qu'il réalise que celui-ci va sortir.
— Tu pars Pierre ?
— Désolé mon vieux, mais… le devoir m'appelle. Si tu as besoin de quoi que ce soit, Martine est là. Et puis… fais comme chez toi. Martine, je te confie mon ami…
Il dit ces mots avec une sorte de soupir. Mince alors ! Bien entendu que l'autre doit jubiler. Zut alors. Incapable de réagir, je regarde mon avocat de mari qui quitte la maison. Marc lui est toujours assis devant son café et ses deux tranches de pain grillées. Il se tait, mais ses mirettes restent accrochées au moindre de mes mouvements.
— Ça lui arrive souvent à Pierre de vous abandonner de la sorte ?
— Il ne m'abandonne pas, il va seulement travailler.
— Un samedi matin ?
— Ben oui ! Le bâtonnier gère le planning des avocats commis d'office, c'est une obligation. Normalement, ce n'est pas son tour, mais son collègue Julien semble avoir un problème, lui aussi…
— Le feu dans sa cuisine peut-être ?
— … Hein ?
Le gars vient de faire une référence très nette à sa présence ici. Pourquoi ? Mystère ! Il a le regard plus dur cette fois et je suis plutôt inquiète.
— Vous… je peux te tutoyer ?
— Pardon ?
— Je peux te dire tu ? Je sens bien que tu ne m'aimes pas beaucoup. Pour quel motif ? Tu veux bien me dire ce que je t'ai fait pour mériter cela ?
— Mais… je ne crois pas…
— Allons ! Ne me raconte pas de salade. C'est parce que j'ai fait de la prison ? Ou parce que je suis chez toi ? Ça te dérange vraiment ? Tu es une jolie femme et ça fait des années que je n'ai pas côtoyé une belle dame… je me contente de femmes qui me prêtent une heure de leur temps pour un peu de monnaie.
— Pourquoi me dites-vous tout cela ? Je ne pige pas du tout.
— Parce que plus je te regarde et plus je me dis que tu es bandante. Pierre est un homme verni. Il a une sacrée chance de t'avoir dans son lit. Il en est conscient au moins ?
— Mais…
— Oh ! Ne fais pas la sainte-nitouche. Cette nuit… j'ai surpris quelques bribes de votre conversation. Il voulait et toi pas, n'est-ce pas ?
— Ça ne vous concerne pas ce qui se passe entre Pierre et moi ! C'est notre couple.
— Mais bien sûr. Il est sympa avec moi, et toi, on dirait que ça te défrise quelque part. Tu as peur de quoi ? Les années de prison que je me suis tapées ne veulent pas dire que j'étais coupable à cent pour cent. Tu vois, je suis aussi une victime dans cette affaire. Au départ, je ne savais pas que les autres allaient faire un braquage. Ce n'est que lorsqu'ils sont sortis de la voiture, cagoulés et armés que j'ai saisi.
— Pourquoi vous me dites tout cela ?
— Pour que tu saches… je ne suis pas un méchant, pas un bandit. Juste un pauvre type embarqué dans une sale histoire, bien involontairement. Et bien sûr que j'aurais pu les planter et me barrer avec la bagnole. Mais ils m'auraient retrouvé et réglé mon compte. Ces gars-là, ce n'étaient pas des enfants de chœur. J'ai assumé, j'ai payé et je ne dois plus rien à la société. J'ai tout perdu dans cette affaire. Ma femme, ma maison, mon bonheur et ma liberté.
— Je… je suis désolée…
— Alors Pierre est le premier depuis que je suis revenu qui me tend la main. Lui me connait mieux que personne.
— Je ne comprends toujours pas pourquoi vous me racontez ça !
— Pour que tu n'ailles pas t'imaginer que je vais te sauter dessus, te sauter tout court sûrement. J'avoue que si tu n'étais pas la femme de mon pote… j'aurais tenté ma chance. Nous avons lui et moi passé un sacré moment à discuter et il est raide dingue de toi. Je veux que tu te mettes bien dans ta petite tête que je ne ferai rien, parce que justement Pierre est intouchable. Un ami comme lui… c'est irremplaçable. Alors, dis-moi… pourquoi tu ne m'aimes pas ?
— Mais… je… je n'ai jamais dit que je ne vous aimais pas…
— Ouais… ? Il t'a déjà parlé de son rêve, ton homme ?
— Son rêve ? Qu'est-ce que vous entendez par là ? Quel rêve ?
— Il a sûrement bien trop peur de te froisser. Tu es une vraie bourgeoise dans toute sa splendeur… Parle-lui… écoute-le surtout. Parce que tu vois, si moi j'avais écouté mon épouse… je n'aurais peut-être pas fait la plus grosse connerie de ma vie.
— Quoi ? Je…
— Oui… elle ne voulait pas que je traine avec ces types… et elle avait bougrement raison.
— Et Pierre… qu'est-ce qu'il veut, qu'est-ce qu'il vous a raconté ?
— Ça ma belle, c'est à lui de te le dire. Je ne peux que te conseiller de lui faire confiance et d'entendre ses désirs. Je ne te dis pas de les partager, mais bien d'au moins en discuter avec lui. Voilà, c'est tout. Et pour te rassurer… je vais aller chez mon agent d'assurance et ce soir vous pourrez vous retrouver tous les deux, pour lui accorder ce que tu lui as refusé à cause de ma présence hier soir… d'accord ?
Il me fait un clin d'œil et je dois être rouge comme un coquelicot. Ce type nous a bel et bien épié ou espionné. Mais je suis abasourdie par cette drôle de révélation. Qu'est-ce que ces deux loustics ont pu se raconter lors de leur échange au salon, après que je me sois couchée ? Impossible de le savoir. C'est très vrai que je le vois maintenant sous un autre angle. Je ne suis pas très fière de mon jugement. Difficile de savoir quoi faire de ma carcasse alors que lui s'amuse de me voir perplexe. Il veut me rasséréner.
— Bon ! Martine… on efface tout et on remet les compteurs à zéro ?
— À zéro ? Comment ça… ?
— Ben… on se fait un bisou et on oublie ce qui vient de se dire là, ça te convient ?
— … ?
— Allez, viens là… pour un bisou, je précise…
Il quitte sa chaise et s'approche de moi. Mon cœur bat dans ma poitrine, alors qu'il encercle mes épaules et que sa bouche vient s'écraser sur ma joue. Instinctivement, je lui rends sa bise et il me repousse en gardant ses mains serrées sur le haut de mes bras.
— Tu es foutrement belle… et c'est vrai que c'est simple de bander pour toi… je l'envie pour de bon ce sacré Pierre. Dommage…
— …
Le reste de sa phrase se meurt sur ses lèvres sans que j'en saisisse la teneur. Ce dont je suis certaine cependant à cet instant, c'est bien que je suis remuée et tremblante. Nos deux regards se croisent et il y a une flamme brulante dans les yeux de cet homme. Quelque chose qui me dit qu'il est sincère et que c'est avec ses tripes qu'il vient de me parler. Sans ambages, sans ambiguïté et ça me crispe le ventre, presque autant que lorsque mon époux me serre contre lui. Zut alors ! Qu'est-ce qui se passe en moi pour que mon cerveau prenne un tel virage ? Il n'y a pas d'amour évidemment dans mes quinquets qui flirtent un peu trop avec ceux de Marc. Non ! Juste un appel des sens inimaginable. La soudaineté avec laquelle ça me tombe dessus a de quoi me surprendre.
— oOo —
À suivre...
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