Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Véro avant Jacques — Chapitre 1 · la jeunesse de Véro
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Véro avant Jacques
Chapitre 1 · la jeunesse de Véro
Cette histoire est à lire juste avant ou juste après "Jacques avant Véro".
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Véro était née et a vécu toute sa jeunesse dans un village de Bretagne, dernier enfant d'une famille qui trop souvent cherchait le dernier billet restant avant le 20 du mois.
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Véro était née et a vécu toute sa jeunesse dans un village de Bretagne, dernier enfant d'une famille qui trop souvent cherchait le dernier billet restant avant le 20 du mois.
Petite et mince, à la limite de la maigreur jusqu'à ses 14 ans, elle a toujours eu ce joli minois qui attirait les regards, encadré alors par deux longues nattes. Elle était réservée, voire timide, rêveuse, mais éprise de justice, discrète, se plaçant toujours au dernier rang dans les photos de groupe. Elle avait des amis, elle était sociable, mais restait souvent en retrait, silencieuse et faussement distante.
En grandissant, elle prenait pourtant conscience de ses atouts, de son joli visage avec ses yeux pers, de ses petits seins aux mamelons sensibles et réactifs, de son corps pouvant plaire à tout homme qui appréciait les petits modèles. Pour autant, elle ne s'imaginait nullement en femme fatale, très éloignée de ce qu'elle découvrait dans les rares magazines de mode disponibles à la papeterie du village ou à travers le look assumé de filles un peu plus âgées présentées comme les pinups du coin.
Véro ne se maquilla – légèrement - que très tard et avec l'autorisation de sa mère, alors que nombre de ses amies d'école ne parlaient que de garçons, de qui flirtait avec qui ou qui avait embrassé qui. Véro restait le plus souvent dans ses rêveries. Ces discussions ne l'intéressaient que très peu.
Elle offrit cependant sa virginité l'été de ses 18 ans à un godelureau, un vacancier un peu plus âgé qu'elle, brusque, certes déjà dépucelé, mais guère expérimenté. Plus intéressé par sa propre jouissance que par le partage, il ne prit guère le temps de la caresser, de l'embrasser, d'humidifier sa chatte en la doigtant ou en la léchant, d'exciter son clitoris, de faire croître son plaisir, de la pénétrer avec douceur et de la conduire à l'orgasme.
Ce fut plutôt un évènement douloureux quelques minutes, un peu de sang sur sa culotte blanche, avant l'éjaculation rapide du garçon. Véro regretta rapidement cette offrande et continua plutôt chaque semaine à pratiquer les plaisirs solitaires découverts à ses 16 ans, sur les conseils d'une copine plus délurée.
L'année suivante, et sans avoir connu d'autre homme en fait, elle suivait une famille de Parisiens pour s'occuper de leurs enfants. Un premier emploi faiblement rémunéré, mais qui lui permettait d'envisager de devenir infirmière (la profession idéalisée par les filles de cette époque, comme celle d'institutrice).
Entrée en formation, elle découvrit certes un métier de passion, mais aussi l'envers du décor. Des médecins, potentats locaux, forts de leur pouvoir et de leur aura, qui puisaient allègrement (et sans beaucoup de considération) dans le cheptel constitué par ce groupe de jeunes filles célibataires. Des infirmières un peu plus anciennes qui détournaient le regard, ravies de n'être plus ciblées en premier, mais toujours attentives à la possibilité de réaliser un « beau mariage ».
Des attouchements pour contrôler la tenue portée sous la blouse blanche aux propos graveleux et salaces de carabins, des nuits de garde où certains oubliaient toute retenue à la découverte de la fellation (c'était la première fois pour une Véro pétrifiée et figée), dans le coin d'un bureau obscur, à genoux en signe de soumission, guidée par une voix autoritaire qui commandait de lécher, d'utiliser sa langue tantôt sur les bourses tantôt sur le méat, tantôt sur le gland ou tantôt sur la verge, de poursuivre comme une fillette dégustant son sucre d'orge, puis de tout engloutir, le rythme imposé en appuyant fortement sur sa nuque et le jet envoyé sans retenue dans sa bouche, sans même savoir si elle était d'accord et si elle en avait envie. Le tout ponctué d'un :
— Tu aimes ça, non ? Tu seras bien dans le service avec nous !
Puis ce fameux soir où, plus préoccupé par les seins et le cul de Véro que par son activité professionnelle du moment, un interne commit une faute grave aux conséquences mortelles. Ordre fut donné à tous de cacher la vérité, et Véro préféra démissionner à quelques semaines de l'examen final.
Elle se retrouvait ainsi sans formation, dans sa banlieue de l'est parisien, logée temporairement chez son frère. Heureusement, elle trouva assez rapidement un emploi d'opératrice vacataire dans l'industrie pharmaceutique. Pas flamboyant, mais mieux que rien quand on est faiblement diplômée. C'est aussi à cette période qu'elle rencontra un groupe de jeunes habitant le même quartier. Du même âge, plutôt baba cool, ce groupe de copains et de copines ne pensait qu'à s'offrir une virée en 4L au mois d'août dans le Larzac ou à Leucate, camping sous la tente. Aucun réel engagement politique de Véro, juste l'envie de s'intégrer à la bande, avec ses robes ou ses jupes longues à fleurs, ses tops portés sans soutien-gorge, ses larges chapeaux de paille et ses sabots.
Des soirées de vacances où alternaient joints (rares pour Véro), bière et alcool fort, la libération sexuelle d'avant SIDA et les rapports non protégés, l'absence de contraintes familiales ou de volonté d'en fonder une, les flirts et les amourettes sans lendemain et jugées sans conséquence. Mais pour Véro, toujours pudique, jamais de trucs compliqués. Du très classique : un homme et une femme, toujours à l'abri du regard des autres, dans l'intimité. Des caresses ou une masturbation mutuelle en préliminaire, parfois suivies d'une courte fellation ou d'un début de cunnilingus, puis des positions courantes, les classiques missionnaire et andromaque, jusqu'à la jouissance du garçon. Ils ne furent en fait pas si nombreux à profiter de son corps, encore moins à la conduire à l'extase. Peut-être attendait-elle trop de ses partenaires ?
Pourtant, une contraception mal maîtrisée un soir d'été et le diagnostic : Véro est enceinte. Ce n'était pas encore la mode de « elle a fait un bébé toute seule ». Sans homme à ses côtés, sans travail sérieux, sans possibilité de véritable soutien familial, il ne restait que la solution de l'avortement, acte qu'elle portera toujours comme une blessure intime.
Véro est juste remise psychologiquement de cette épreuve que sa sœur aînée perd son mari dans un accident du travail. Celle-ci se retrouve veuve avec trois enfants et appelle à l'aide. Véro abandonne la vie parisienne et retourne dans une grande ville de Bretagne, pour se rapprocher de sa sœur.
Elle espère y trouver du travail facilement, comme en région parisienne. Mais le chômage de masse explose alors. Échec des recherches, fonte des économies et fin des Assédic. Il faut réagir.
Elle espère y trouver du travail facilement, comme en région parisienne. Mais le chômage de masse explose alors. Échec des recherches, fonte des économies et fin des Assédic. Il faut réagir.
C'est ainsi que Véro découvre une annonce dans le canard local, où un bar de nuit recrute des hôtesses, même débutantes est-il précisé. Véro ne sait pas trop ce que recouvre ce terme, mais décide de s'y rendre. Le Texas est situé entre les voies de triage du chemin de fer et la prison pour femmes. Certainement pas le quartier le plus glamour de la ville.
Elle s'y rend ce mardi à seize heures, comme indiqué sur l'annonce. Elle s'apprête pour faire excellente impression à son potentiel employeur : cheveux soigneusement bouclés tombant sur les épaules, robe rouge cintrée descendant juste au-dessus des genoux, bas plumetis noirs et escarpins, vaporisation de son parfum préféré : Joy (le flacon est presque vide et elle ne pourra peut-être pas le renouveler de sitôt). C'est l'hiver et elle se couvre d'un blouson en fourrure de lapin crème très seyant.
Avant de sonner, Véro jette un œil à la carte affichée sur la porte. Elle constate qu'il s'agit d'un club privé, que le prix des boissons est élevé, que le bar est ouvert de 17h à 1h du matin sauf le week-end et que l'entrée est interdite au moins de 18 ans.
Dès la première sonnerie, la porte s'ouvre et un homme d'une quarantaine d'années la fait entrer. Une vaste pièce, un bar prenant tout le mur du fond et une piste de danse au centre, éclairée par des spots multicolores. Au bar, deux filles, manifestement plus âgées que Véro, discutent avec animation pas particulièrement gênées par la sono déjà en marche.
Sur les deux autres côtés, plusieurs cloisons d'environ deux mètres délimitent une succession de boxes avec deux banquettes en skaï rouge autour d'une table rectangulaire. Des petits rideaux tombant à mi-hauteur, ouverts à ce moment, permettent de rendre plus intimes chacun des boxes.
— Bonjour monsieur, je viens pour l'annonce.
— Bien. Tu t'appelles comment ?
— Véronique T... mais tout le monde m'appelle Véro.
— Tu connais le job ? Tu sais ce qu'est une hôtesse ?
— En fait, pas trop. C'est un peu comme barmaid, mais le soir, dans un club privé ?
— C'est l'idée, mais en un peu plus compliqué. Enlève déjà ton manteau et viens t'asseoir.
— Bien. Tu t'appelles comment ?
— Véronique T... mais tout le monde m'appelle Véro.
— Tu connais le job ? Tu sais ce qu'est une hôtesse ?
— En fait, pas trop. C'est un peu comme barmaid, mais le soir, dans un club privé ?
— C'est l'idée, mais en un peu plus compliqué. Enlève déjà ton manteau et viens t'asseoir.
Véro ôte son blouson et le patron en profite pour juger d'un œil professionnel la silhouette de la candidate. Ils s'installent dans l'un des boxes, face à face.
— Voilà. L'idée ici, c'est de rendre le client qui entre heureux. Je suppose que tu as regardé les tarifs à l'entrée ? Il ne vient pas ici comme à la brasserie de la Gare pour prendre juste un pot. Il attend qu'on s'intéresse à lui, qu'on lui tienne compagnie, qu'on soit à l'écoute de ce qu'il a envie de raconter, qu'on lui porte une réelle attention, qu'on s'occupe de lui, quoi ! Et pour cela, c'est simple : l'inciter à consommer le plus possible. Plus il dépense, plus je gagne d'argent et plus tes primes seront élevées.
— Pourquoi ? Ce n'est pas un emploi salarié ?
— Si bien sûr. Mais au taux légal minimum, pour bénéficier de la couverture sociale et de la retraite. Mais celles qui bossent bien doublent ou triplent leur salaire, sans difficulté. Le même principe que les VRP. Des questions ?
— Je ne sais pas trop si j'en suis vraiment capable.
— Bien, tu es mignonne et crois-moi, les clients se feront un plaisir de te payer un verre, mais uniquement au bar, ou une bouteille, et là tu peux les installer dans un box. Après, c'est à toi de jouer pour que ça se prolonge et que le champagne coule à flots.
— Si vous le dites ! Je veux bien essayer. D'ailleurs je n'ai pas d'autre solution dans l'immédiat.
— Rassure-toi, c'est le cas de toutes celles qui viennent ici. Mais l'ambiance entre les filles est bonne.
— Et si un client n'est pas correct ?
— Ça, c'est mon boulot. D'abord, on filtre les entrées, ça limite le risque. Et si un des clients fout le bordel, je le vire séance tenante. Mais c'est très rare.
— D'accord. On fait comment alors ?
— Je t'attends donc demain à 16h45, pour débuter ta période d'essai. On règlera la partie administrative quand ce sera calme. Habille-toi comme aujourd'hui par exemple et tu verras que tout ira bien.
— Pourquoi ? Ce n'est pas un emploi salarié ?
— Si bien sûr. Mais au taux légal minimum, pour bénéficier de la couverture sociale et de la retraite. Mais celles qui bossent bien doublent ou triplent leur salaire, sans difficulté. Le même principe que les VRP. Des questions ?
— Je ne sais pas trop si j'en suis vraiment capable.
— Bien, tu es mignonne et crois-moi, les clients se feront un plaisir de te payer un verre, mais uniquement au bar, ou une bouteille, et là tu peux les installer dans un box. Après, c'est à toi de jouer pour que ça se prolonge et que le champagne coule à flots.
— Si vous le dites ! Je veux bien essayer. D'ailleurs je n'ai pas d'autre solution dans l'immédiat.
— Rassure-toi, c'est le cas de toutes celles qui viennent ici. Mais l'ambiance entre les filles est bonne.
— Et si un client n'est pas correct ?
— Ça, c'est mon boulot. D'abord, on filtre les entrées, ça limite le risque. Et si un des clients fout le bordel, je le vire séance tenante. Mais c'est très rare.
— D'accord. On fait comment alors ?
— Je t'attends donc demain à 16h45, pour débuter ta période d'essai. On règlera la partie administrative quand ce sera calme. Habille-toi comme aujourd'hui par exemple et tu verras que tout ira bien.
Véro salue les deux filles, le patron et sort. Elle est toujours perplexe sur son choix. Elle y pense toute la soirée et une partie de la nuit. Le lendemain midi, elle récupère son courrier. Encore des factures, des traites à payer. Elle ira donc travailler au Texas.
Elle découvre ainsi la clientèle de l'établissement. Plutôt populaire, avec des petits employés ou des fonctionnaires qui viennent oublier durant quelques heures leurs soucis professionnels ou sentimentaux, des contremaîtres, des cheminots ou des matons qui s'offrent leur sortie mensuelle entre copains, des soldats qui fêtent leur prochaine libération, des supporters du club de foot pro de la ville qui célèbrent une victoire ou tentent d'oublier une défaite. Et le lot traditionnel de cocus en mal de confidences ou de vengeance et de célibataires incapables de rencontres plus classiques qui trouvent là l'occasion d'approcher une jolie femme sans trop d'effort.
Véro, cependant, au grand amusement de ses collègues (qui ainsi ne craignaient pas la concurrence), éprouve quelques difficultés à dépasser le rôle de simple fille de salle. Elle passe ses deux premières journées à servir au bar, à nettoyer les verres sales et à éviter autant qu'elle le peut les tapes, les caresses, les tâtonnements et les insinuations salaces de certains clients. Tout juste accepte-t-elle une coupe au bar, presque en pleine lumière.
Ce jeudi, peu de temps avant la fermeture, le patron la prend à part :
— Véro, qu'est-ce que tu as fait hier et ce soir ?
— J'ai servi ces messieurs, ai-je fait quelque chose de mal ?
— Tu n'as pas fait quelque chose de mal, tu n'as rien fait du tout.
— J'ai servi ces messieurs, ai-je fait quelque chose de mal ?
— Tu n'as pas fait quelque chose de mal, tu n'as rien fait du tout.
Véro est confuse. Le patron soupire et s'approche de son oreille pour se faire entendre, malgré la musique de fond et le brouhaha ambiant.
— Tu n'as pas compris ce que je t'ai expliqué mardi ? D'accord. Permets-moi d'être plus explicite. Le Texas est un bar avec des hôtesses. Les clients ne paient pas des boissons médiocres à un prix élevé pour le plaisir. Ils paient pour recevoir une attention particulière de la part de celle qui les sert. Les filles ne s'éloignent pas quand elles sentent une main sur leur cul, ou des yeux rivés sur leurs décolletés. Des filles qui peuvent les faire bander et plus encore, pour qu'ils consomment encore plus. Tu vois ?
— Je... Je... Je ne m'en rendais pas compte - je pensais que les autres filles, je pensais qu'elles......
— Non, ce sont tes collègues et tu devras agir comme elles ou bien partir. Et ailleurs, tu verras vite que le salaire d'une serveuse normale n'est pas du tout celui que je peux te verser ici. Là, en deux jours, tu as à peine gagné de quoi t'acheter un steak ! Si tu commençais à être plus amicale ?
— Je... Je... Je ne m'en rendais pas compte - je pensais que les autres filles, je pensais qu'elles......
— Non, ce sont tes collègues et tu devras agir comme elles ou bien partir. Et ailleurs, tu verras vite que le salaire d'une serveuse normale n'est pas du tout celui que je peux te verser ici. Là, en deux jours, tu as à peine gagné de quoi t'acheter un steak ! Si tu commençais à être plus amicale ?
Véro réfléchit, se souvenant de son impérieux besoin d'argent, ses économies disparues, son retard de loyer... se rappelant aussi que ce n'était pas son éducation, sa morale, sa vision de la vie.
— Pas ce genre de fille olé olé, voilà ce que tu penses ? Pourtant, ce sont des filles qui ont des bouches à nourrir, un loyer et des factures à payer. Dans une ville où la vie est chère et qui ne s'attarde guère sur ceux qui tombent au bord de la route. C'est juste un travail, chérie – un travail sans aucun sentiment. Juste un travail.
Véro n'avait toujours pas parlé. Son patron soupira.
— Écoute. Tu as l'air d'une gentille fille un peu paumée. Je ne vais pas te mettre dehors. Je te garde encore une semaine, mais, et c'est la condition, tu vas suivre Yasmine, l'observer, comprendre comment elle s'y prend, comment elle garde un client heureux d'être entré ici et lui fait acheter toujours plus de notre champagne. Ensuite, à toi de le mettre en pratique. Pour ta gouverne, Yasmine est mariée et mère de famille. Tu n'es nullement obligée de faire comme elle si ça te dérange, mais tu devras te situer quelque part entre ce que tu fais maintenant et ce qu'elle fait. D'accord ?
Réticente, mais piégée, Véro acquiesça.
(À suivre)
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