Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Un (un ?) jour sans fin — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Un (un ?) jour sans fin
Chapitre 3
– Oh, les cons ! Astrée ! On a oublié de regarder les résultats du Loto, hier soir. Et des matchs. De tout, quoi.
C'est brutalement, avec ces mots-là, qu'Alberto me réveille le matin.
– Tout ça pour du cul… Oh non, c'est vraiment trop con.
– Oh, ça va, tu te répètes, Alberto. C'est pas grave. De toute façon, moi, j'étais pas encore à l'aise avec ces techniques de mémorisation de chiffres avec des syllabes. C'est pas plus mal. Comme ça, quand les quarante-huit heures vont recommencer, on sera vraiment bien entraînés et sûrs de notre coup.
– Imagine si ça ne recommençait pas ? Et si on aurait pu devenir multimillionnaires aussi facilement et qu'on avait raté notre chance ? Et si on vivait une espèce de bug temporaire de l'espace-temps ? Après tout, au début, c'était vingt-quatre heures, ensuite c'est devenu quarante-huit heures, va savoir comment ça va se passer ensuite…
– Ouais… Sauf qu'on a aucune prise là-dessus, et si il faut, on a juste pété un câble, alors calme-toi. On verra bien.
Alberto s'irrite mais il est bien obligé d'accepter la situation. Alors, on continue à entraîner notre mémoire avec des astuces de prodiges de la mémorisation rapide sur Internet. Le lendemain, ça ne recommence pas. Alberto fait une crise d'angoisse. Et devinez quoi, en plein milieu de la journée, on se retrouve à la case départ. Mardi 12 novembre, 10h15. Encore une fois. Tiens, tiens. Est-ce que ça s'allonge toujours ? D'abord, un jour qui recommence. Ensuite deux jours. Puis, deux jours et demi...
Je ne suis pas matheuse, oh que non, si ce n'est un peu de calcul mental pour rendre la monnaie au comptoir. Mais, j'ai toujours aimé résoudre les suites logiques. C'était la mode sur Facebook, il y a dix ans. Puis, il y en a toujours dans les tests de QI que j'aime bien faire sur Internet, de temps en temps, même s'ils sont bidons. Je mets ma main à couper que la prochaine fois, ça recommencera à deux jours et trois quart, puis qu'à chaque fois, il faudra ajouter la moitié de ce qu'on aura ajouté précédemment.
Ainsi, si c'est comme cette histoire qu'on nous racontait à l'école, de coureur de l'antiquité qui parcourt à chaque fois la moitié de ce qu'il avait parcouru avant, sans jamais atteindre son but tout en s'en rapprochant constamment, ça veut dire qu'on se rapprochera de plus en plus de trois sans jamais l'atteindre. C'est-à-dire que, finalement, quand les moitiés ajoutées deviendront si petites qu'on ne pourra plus les percevoir, on retournera au 12 novembre, 10h15, pratiquement tous les trois jours.
Le truc, c'est que nos corps reviennent à leur état de base à chaque fois. Je l'ai constaté en me piquant avec une aiguille. Mon doigt est revenu comme avant dès qu'on est revenu au point de retour. Cela voudrait dire qu'on ne vieillira plus jamais, qu'on serait bloqués dans une boucle tendant vers trois jours ad vitam eternam ?! Je ne suis pas sûre d'avoir envie de ça. L'éternité. C'est trop vertigineux. Je me lasserai et alors ce sera une torture infinie. Ça fait froid dans le dos…
J'essaie de ne plus trop y penser. Cette fois, le soir venu, Alberto et moi sommes prêts. Nous nous sommes réparti les tâches : il s'occupe des tickets de loterie et moi, des paris sportifs. On passe au bureau de tabac le plus proche, puis à d'autres, dispersés dans le quartier. À chaque fois, on joue plusieurs grilles différentes, de plusieurs jeux différents, pour des gains petits et grands. Si on est bloqués sur près de trois jours pour toujours, on ne pourra jamais encaisser les gros gains, alors, on a besoin de gagner des petites sommes pour pouvoir retirer directement l'argent dans les bureaux de tabac. Les gros gains, c'est pour le cas où ça s'arrêterait de recommencer tout le temps, et puis, pour vérifier à coup sûr qu'on est pas fous. Impossible de réussir par hasard, sur les gros gains. Si on les rafle tous, c'est qu'on est bien, d'une façon ou d'une autre, en train de voyager dans le temps, de revivre sans cesse un même avenir bien déterminé.
Je suis nerveuse, mes mains tremblent légèrement en remplissant les formulaires de paris sportifs, mais Alberto reste étonnamment calme, concentré.
De retour chez nous, on prépare un dîner simple, pour rester légers et attentifs. Puis, les résultats tombent les uns après les autres. Nous nous installons sur le canapé, face à la télévision. Après les matchs et les tirages du loto, mon coeur bat à tout rompre. Je compare nos formulaires aux résultats des jeux. À côté, Alberto fait de même. Enfin, on regarde le fameux tirage, symbolique, du loto.
Quand le dernier numéro tombe, Alberto s'exclame :
— Astrée, on a le jackpot ! Tu te rends compte ? C'est plusieurs millions d'euros.
Je ris, avec euphorie et nervosité, les yeux rivés, sur mon smartphone, sur des publications en ligne de résultats de rencontre sportives. J'ajoute :
– On a aussi gagné des paris sportifs de dingues, en prédisant exactement qui marquerait, à quel moment dans la partie, et le score de chaque équipe à la fin…
Je sens une vague d'adrénaline me traverser. Je vérifie avec lui : c'est bien ça. Et surtout, c'est irréfutable. Nous n'aurions jamais pu prédire tous ces événements par hasard.
— Ça veut dire que tout est vrai, Alberto. Tout est réel ! Nous ne sommes pas fous !
On saute dans les bras l'un de l'autre en s'exclaffant, soulagés à cet instant, focalisés sur les bénéfices matériels, plutôt que sur les vertiges philosophiques de l'éternité promise.
– Qu'est-ce qu'on va faire avec cet argent et ce temps libre, mon chéri ? Tu te rends compte qu'on aura plus jamais besoin de travailler ?
– Après, en trois jours, on ira pas bien loin… Pas de vacances dans les îles…
– Tu sais que je n'aime pas voyager de toute façon. On va pouvoir juste prendre du temps pour s'éclater, chez nous, dans notre petite ville qu'on aime.
– … Pour l'éternité ?
– Oh, ça va, ça se répète et en même temps, ça n'arrête pas de changer. On ne sait pas vraiment comment ça va se passer alors n'y pensons pas.
– Ouais… Ça fait déjà plus de sept jours qu'on est dans cette boucle. D'abord une journée, sa répétition, deux jours, deux jours et demi et là, nous sommes au soir du « jour un » du cycle… Ça passe tellement vite et lentement à la fois. Je…
Je suis fatiguée de réfléchir. Je ne le laisse pas finir sa phrase. Je l'embrasse. J'ai encore envie de lui. Les boucles, cette pression, ce chamboulement, ça agit fort sur ma libido. Ou alors, peut-être que comme je retrouve mon ancien corps à chaque recommencement, peut-être que ce sont des envies physiologiques déterminées qui se répètent, encore et encore ?
Lui aussi a envie de moi. Lui aussi vit ce recommencement. Je songe : si nous avons ces mêmes envies pour l'éternité car nos corps n'évoluent pas, alors ce sera une éternité de plaisir, et je ne vois pas comment nous pourrions nous en lasser, si nous retrouvons cette fraîcheur constamment.
– Mon chéri… Je veux qu'on en profite. Cette fois, je te veux sans capote dans mon vagin. Et, je veux te sentir en moi, je veux te sentir gonfler et éjaculer…
Je me penche sur Alberto, l'étreins et glisse ma tête sur son épaule, puis mes lèvres près de son oreille droite et lui murmure sensuellement :
– Viens… Baise-moi, Alberto…
Cette fois-ci, il saisit l'occasion spontanée. Il a bien appris. Il se penche sur moi en m'embrassant puis je me retrouve allongée sur le canapé alors qu'il tombe sur moi, me caressant tout le corps puis passant une main dans ma culotte alors qu'il m'embrasse dans le cou et sur la poitrine. Il libère mes seins de mon haut, commence à me sucer les mamelons et avec sa main dans ma culotte, atteint mon clito et le masturbe doucement.
– Oh oui, Alberto… comme ça… Ah !
Je gémis sous ses caresses, ses baisers, ses succions sur mes mamelons et sa main sur mon sexe. Puis, j'en veux plus. J'ai faim de passer à l'étape supérieure. Je suis brûlante de désir. Un désir brut. Je veux sa bite en moi.
– Alberto… Ah… Arrête de me faire languir… Viens… Je veux que tu me pénètres.
Il enlève son pantalon. Ça m'excite beaucoup de le voir retirer ses vêtements. Je commence à sentir ma mouille me tremper entre les cuisses. Il enlève son calecon, libérant son sexe, encore plus gonflé et dur que la dernière fois… Non, décidément, nos envies évoluent bien…
Je retire tout. Complètement nue sur le canapé, j'écarte les jambes et me tiens prête. Allez, viens ! Baise-moi, Alberto ! Prends-moi ! Viens en moi !
Il me fixe dans les yeux et masturbe son sexe devant moi. Il sait que j'aime le voir se toucher. Ensuite, il se déshabille complètement et s'allonge sur moi. Il va me prendre en missionnaire. On continue à s'embrasser. On continue à se caresser.
– Allez ! Viens ! Baise-moi ! Baise-moi, Alberto !
Alors, il me pénètre doucement puis rapidement. Je lui griffe les fesses avec mes doigts. Je le prends avec mes jambes pour me cramponner, pour le retenir en moi. On se déplace un peu. Cette fois, il se relève, je m'adosse au canapé, gardant les jambes bien écartées, les retenant ainsi en tenant mes chevilles en l'air. Il s'enfonce plus profondément en moi. Il devient plus fougeux. Il grogne, haletant. Il me bouscule. Je m'enfonce un plus plus dans le canapé quand il vient me pénétrer, puis je le sens vraiment fort. Là, il me baise. Il me baise avec passion et un peu d'une brutalité qui me fait complètement décoller. Je crie mon plaisir puis je sens l'orgasme monter alors que le sien monte aussi. Ses jets chauds viennent au fond de mon vagin. J'adore tellement ça que je jouis juste après. On se blottit l'un contre l'autre mais on ne s'endort pas, cette fois. On est trop excités. Alors, on passe une nuit complète à ne pas pouvoir dormir. Après le sexe, on regarde une émission de téléréalité nulle sur Netflix. On rigole bien. On est heureux.
Tard dans la nuit, on s'endort et finalement ce n'est qu'en milieu d'après-midi qu'on réalise qu'on est au jour suivant. On se levre brusquement, et on court vérifier nos gains à un bureau de tabac. Qu'elle n'est pas notre surprise quand on se voit opposer une fin de non-recevoir par le buraliste :
– Désolé, messieurs-dames ! Pas de jeux d'argent, aujourd'hui. On ne vend pas de grilles de paris, ni loterie, et on ne scanne aucun ticket gagnant. Il semblerait qu'il y ait eu une fraude massive. Hier soir, ça a commencé avec les paris sur Internet. Tout le monde est devenu médium. C'était n'importe quoi. On pense qu'il y a eu une faille de sécurité et que des hackers ont trafiqué le système informatique qui enregistre les paris, pour que leurs paris correspondent à postériori aux résultats exacts obtenus au tirage. Du coup, comme tout passe par Internet maintenant, ils ont tout bloqué. C'est ce qu'on m'a expliqué par e-mail. Par conséquent, je ne pourrais pas encaisser vos gains ni enregistrer de nouveaux paris avant que la police des fraudes ne débloque la situation.
Abasourdie, je demande :
– Comment ça ? Ça concerne combien de paris, exactement ? Et c'est partout ?
– Oh, ça ! Pas qu'un peu et, assurément, partout, apparemment ! Moi, je pense que les hackers ont dû tout balancer en public sur Internet. Ils se sont sûrement pris pour des héros de la redistribution, façon Casa de Papel, voyez. Des gens un peu partout ont sauté sur l'occasion. Sauf que vous pensez bien que les organismes qui prennent les paris n'allaient pas laisser passer ça. Des milliers de grilles qui ont le gros lot de la loterie, par exemple, vous imaginez bien que c'est trop gros pour être vrai !
Ça, pour sûr, on peut bien se l'imaginer… Et, la conclusion est évidente. Si d'autres personnes ont fait comme nous, c'est que nous ne sommes pas les seuls à vivre cette expérience de boucle temporelle…
On se met alors à marcher dehors et à faire des recherches sur Internet. C'est là que ce que nous découvrons nous fait tomber des nues. Il y a, là, un influenceur qui raconte vivre ce que nous vivons nous-mêmes. Ici, une vidéo Youtube qui témoigne du sujet. Ailleurs, un groupe sur les réseaux sociaux, fraîchement créé, recréé certainement à chaque réinitialisation, qui réunit des individus un peu partout dans le monde qui vivent la même expérience que nous. Alors, non seulement tout cela nous arrive vraiment, mais en plus, nous ne sommes pas seuls…
– Alberto ? On fait quoi ?
– Je… Je ne sais pas. Je suppose qu'on devrait entrer en contact avec ces gens.
– Je ne peux pas y croire. Non, je ne peux pas y croire ! Ça veut dire quoi ? On serait dans la matrice depuis le début ? Est-ce que l'on vient de se réveiller ? On est dans Matrix ?
– Astrée…Je ne sais pas. Je ne sais plus…
Alberto était mon rempart de raison. Ça me fait mal de l'entendre abandonner comme ça. C'est dur à supporter. Mais, il faut avancer. Alors, on va contacter ces gens ? Qu'est-ce qu'on va apprendre ? Je ne suis pas sûre d'avoir envie de le savoir. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de renoncer à la folie. C'était beaucoup plus confortable, finalement. J'aurais été folle, alors je n'aurais pas dû tout remettre en question.
– Astrée… On n'a pas le choix… On ne va pas juste rester comme ça, jusqu'à ce que ça recommence. On doit essayer. On doit entrer en contact avec eux.
– D'accord… Allons-y…
– Tout ça pour du cul… Oh non, c'est vraiment trop con.
– Oh, ça va, tu te répètes, Alberto. C'est pas grave. De toute façon, moi, j'étais pas encore à l'aise avec ces techniques de mémorisation de chiffres avec des syllabes. C'est pas plus mal. Comme ça, quand les quarante-huit heures vont recommencer, on sera vraiment bien entraînés et sûrs de notre coup.
– Imagine si ça ne recommençait pas ? Et si on aurait pu devenir multimillionnaires aussi facilement et qu'on avait raté notre chance ? Et si on vivait une espèce de bug temporaire de l'espace-temps ? Après tout, au début, c'était vingt-quatre heures, ensuite c'est devenu quarante-huit heures, va savoir comment ça va se passer ensuite…
– Ouais… Sauf qu'on a aucune prise là-dessus, et si il faut, on a juste pété un câble, alors calme-toi. On verra bien.
Alberto s'irrite mais il est bien obligé d'accepter la situation. Alors, on continue à entraîner notre mémoire avec des astuces de prodiges de la mémorisation rapide sur Internet. Le lendemain, ça ne recommence pas. Alberto fait une crise d'angoisse. Et devinez quoi, en plein milieu de la journée, on se retrouve à la case départ. Mardi 12 novembre, 10h15. Encore une fois. Tiens, tiens. Est-ce que ça s'allonge toujours ? D'abord, un jour qui recommence. Ensuite deux jours. Puis, deux jours et demi...
Je ne suis pas matheuse, oh que non, si ce n'est un peu de calcul mental pour rendre la monnaie au comptoir. Mais, j'ai toujours aimé résoudre les suites logiques. C'était la mode sur Facebook, il y a dix ans. Puis, il y en a toujours dans les tests de QI que j'aime bien faire sur Internet, de temps en temps, même s'ils sont bidons. Je mets ma main à couper que la prochaine fois, ça recommencera à deux jours et trois quart, puis qu'à chaque fois, il faudra ajouter la moitié de ce qu'on aura ajouté précédemment.
Ainsi, si c'est comme cette histoire qu'on nous racontait à l'école, de coureur de l'antiquité qui parcourt à chaque fois la moitié de ce qu'il avait parcouru avant, sans jamais atteindre son but tout en s'en rapprochant constamment, ça veut dire qu'on se rapprochera de plus en plus de trois sans jamais l'atteindre. C'est-à-dire que, finalement, quand les moitiés ajoutées deviendront si petites qu'on ne pourra plus les percevoir, on retournera au 12 novembre, 10h15, pratiquement tous les trois jours.
Le truc, c'est que nos corps reviennent à leur état de base à chaque fois. Je l'ai constaté en me piquant avec une aiguille. Mon doigt est revenu comme avant dès qu'on est revenu au point de retour. Cela voudrait dire qu'on ne vieillira plus jamais, qu'on serait bloqués dans une boucle tendant vers trois jours ad vitam eternam ?! Je ne suis pas sûre d'avoir envie de ça. L'éternité. C'est trop vertigineux. Je me lasserai et alors ce sera une torture infinie. Ça fait froid dans le dos…
J'essaie de ne plus trop y penser. Cette fois, le soir venu, Alberto et moi sommes prêts. Nous nous sommes réparti les tâches : il s'occupe des tickets de loterie et moi, des paris sportifs. On passe au bureau de tabac le plus proche, puis à d'autres, dispersés dans le quartier. À chaque fois, on joue plusieurs grilles différentes, de plusieurs jeux différents, pour des gains petits et grands. Si on est bloqués sur près de trois jours pour toujours, on ne pourra jamais encaisser les gros gains, alors, on a besoin de gagner des petites sommes pour pouvoir retirer directement l'argent dans les bureaux de tabac. Les gros gains, c'est pour le cas où ça s'arrêterait de recommencer tout le temps, et puis, pour vérifier à coup sûr qu'on est pas fous. Impossible de réussir par hasard, sur les gros gains. Si on les rafle tous, c'est qu'on est bien, d'une façon ou d'une autre, en train de voyager dans le temps, de revivre sans cesse un même avenir bien déterminé.
Je suis nerveuse, mes mains tremblent légèrement en remplissant les formulaires de paris sportifs, mais Alberto reste étonnamment calme, concentré.
De retour chez nous, on prépare un dîner simple, pour rester légers et attentifs. Puis, les résultats tombent les uns après les autres. Nous nous installons sur le canapé, face à la télévision. Après les matchs et les tirages du loto, mon coeur bat à tout rompre. Je compare nos formulaires aux résultats des jeux. À côté, Alberto fait de même. Enfin, on regarde le fameux tirage, symbolique, du loto.
Quand le dernier numéro tombe, Alberto s'exclame :
— Astrée, on a le jackpot ! Tu te rends compte ? C'est plusieurs millions d'euros.
Je ris, avec euphorie et nervosité, les yeux rivés, sur mon smartphone, sur des publications en ligne de résultats de rencontre sportives. J'ajoute :
– On a aussi gagné des paris sportifs de dingues, en prédisant exactement qui marquerait, à quel moment dans la partie, et le score de chaque équipe à la fin…
Je sens une vague d'adrénaline me traverser. Je vérifie avec lui : c'est bien ça. Et surtout, c'est irréfutable. Nous n'aurions jamais pu prédire tous ces événements par hasard.
— Ça veut dire que tout est vrai, Alberto. Tout est réel ! Nous ne sommes pas fous !
On saute dans les bras l'un de l'autre en s'exclaffant, soulagés à cet instant, focalisés sur les bénéfices matériels, plutôt que sur les vertiges philosophiques de l'éternité promise.
– Qu'est-ce qu'on va faire avec cet argent et ce temps libre, mon chéri ? Tu te rends compte qu'on aura plus jamais besoin de travailler ?
– Après, en trois jours, on ira pas bien loin… Pas de vacances dans les îles…
– Tu sais que je n'aime pas voyager de toute façon. On va pouvoir juste prendre du temps pour s'éclater, chez nous, dans notre petite ville qu'on aime.
– … Pour l'éternité ?
– Oh, ça va, ça se répète et en même temps, ça n'arrête pas de changer. On ne sait pas vraiment comment ça va se passer alors n'y pensons pas.
– Ouais… Ça fait déjà plus de sept jours qu'on est dans cette boucle. D'abord une journée, sa répétition, deux jours, deux jours et demi et là, nous sommes au soir du « jour un » du cycle… Ça passe tellement vite et lentement à la fois. Je…
Je suis fatiguée de réfléchir. Je ne le laisse pas finir sa phrase. Je l'embrasse. J'ai encore envie de lui. Les boucles, cette pression, ce chamboulement, ça agit fort sur ma libido. Ou alors, peut-être que comme je retrouve mon ancien corps à chaque recommencement, peut-être que ce sont des envies physiologiques déterminées qui se répètent, encore et encore ?
Lui aussi a envie de moi. Lui aussi vit ce recommencement. Je songe : si nous avons ces mêmes envies pour l'éternité car nos corps n'évoluent pas, alors ce sera une éternité de plaisir, et je ne vois pas comment nous pourrions nous en lasser, si nous retrouvons cette fraîcheur constamment.
– Mon chéri… Je veux qu'on en profite. Cette fois, je te veux sans capote dans mon vagin. Et, je veux te sentir en moi, je veux te sentir gonfler et éjaculer…
Je me penche sur Alberto, l'étreins et glisse ma tête sur son épaule, puis mes lèvres près de son oreille droite et lui murmure sensuellement :
– Viens… Baise-moi, Alberto…
Cette fois-ci, il saisit l'occasion spontanée. Il a bien appris. Il se penche sur moi en m'embrassant puis je me retrouve allongée sur le canapé alors qu'il tombe sur moi, me caressant tout le corps puis passant une main dans ma culotte alors qu'il m'embrasse dans le cou et sur la poitrine. Il libère mes seins de mon haut, commence à me sucer les mamelons et avec sa main dans ma culotte, atteint mon clito et le masturbe doucement.
– Oh oui, Alberto… comme ça… Ah !
Je gémis sous ses caresses, ses baisers, ses succions sur mes mamelons et sa main sur mon sexe. Puis, j'en veux plus. J'ai faim de passer à l'étape supérieure. Je suis brûlante de désir. Un désir brut. Je veux sa bite en moi.
– Alberto… Ah… Arrête de me faire languir… Viens… Je veux que tu me pénètres.
Il enlève son pantalon. Ça m'excite beaucoup de le voir retirer ses vêtements. Je commence à sentir ma mouille me tremper entre les cuisses. Il enlève son calecon, libérant son sexe, encore plus gonflé et dur que la dernière fois… Non, décidément, nos envies évoluent bien…
Je retire tout. Complètement nue sur le canapé, j'écarte les jambes et me tiens prête. Allez, viens ! Baise-moi, Alberto ! Prends-moi ! Viens en moi !
Il me fixe dans les yeux et masturbe son sexe devant moi. Il sait que j'aime le voir se toucher. Ensuite, il se déshabille complètement et s'allonge sur moi. Il va me prendre en missionnaire. On continue à s'embrasser. On continue à se caresser.
– Allez ! Viens ! Baise-moi ! Baise-moi, Alberto !
Alors, il me pénètre doucement puis rapidement. Je lui griffe les fesses avec mes doigts. Je le prends avec mes jambes pour me cramponner, pour le retenir en moi. On se déplace un peu. Cette fois, il se relève, je m'adosse au canapé, gardant les jambes bien écartées, les retenant ainsi en tenant mes chevilles en l'air. Il s'enfonce plus profondément en moi. Il devient plus fougeux. Il grogne, haletant. Il me bouscule. Je m'enfonce un plus plus dans le canapé quand il vient me pénétrer, puis je le sens vraiment fort. Là, il me baise. Il me baise avec passion et un peu d'une brutalité qui me fait complètement décoller. Je crie mon plaisir puis je sens l'orgasme monter alors que le sien monte aussi. Ses jets chauds viennent au fond de mon vagin. J'adore tellement ça que je jouis juste après. On se blottit l'un contre l'autre mais on ne s'endort pas, cette fois. On est trop excités. Alors, on passe une nuit complète à ne pas pouvoir dormir. Après le sexe, on regarde une émission de téléréalité nulle sur Netflix. On rigole bien. On est heureux.
Tard dans la nuit, on s'endort et finalement ce n'est qu'en milieu d'après-midi qu'on réalise qu'on est au jour suivant. On se levre brusquement, et on court vérifier nos gains à un bureau de tabac. Qu'elle n'est pas notre surprise quand on se voit opposer une fin de non-recevoir par le buraliste :
– Désolé, messieurs-dames ! Pas de jeux d'argent, aujourd'hui. On ne vend pas de grilles de paris, ni loterie, et on ne scanne aucun ticket gagnant. Il semblerait qu'il y ait eu une fraude massive. Hier soir, ça a commencé avec les paris sur Internet. Tout le monde est devenu médium. C'était n'importe quoi. On pense qu'il y a eu une faille de sécurité et que des hackers ont trafiqué le système informatique qui enregistre les paris, pour que leurs paris correspondent à postériori aux résultats exacts obtenus au tirage. Du coup, comme tout passe par Internet maintenant, ils ont tout bloqué. C'est ce qu'on m'a expliqué par e-mail. Par conséquent, je ne pourrais pas encaisser vos gains ni enregistrer de nouveaux paris avant que la police des fraudes ne débloque la situation.
Abasourdie, je demande :
– Comment ça ? Ça concerne combien de paris, exactement ? Et c'est partout ?
– Oh, ça ! Pas qu'un peu et, assurément, partout, apparemment ! Moi, je pense que les hackers ont dû tout balancer en public sur Internet. Ils se sont sûrement pris pour des héros de la redistribution, façon Casa de Papel, voyez. Des gens un peu partout ont sauté sur l'occasion. Sauf que vous pensez bien que les organismes qui prennent les paris n'allaient pas laisser passer ça. Des milliers de grilles qui ont le gros lot de la loterie, par exemple, vous imaginez bien que c'est trop gros pour être vrai !
Ça, pour sûr, on peut bien se l'imaginer… Et, la conclusion est évidente. Si d'autres personnes ont fait comme nous, c'est que nous ne sommes pas les seuls à vivre cette expérience de boucle temporelle…
On se met alors à marcher dehors et à faire des recherches sur Internet. C'est là que ce que nous découvrons nous fait tomber des nues. Il y a, là, un influenceur qui raconte vivre ce que nous vivons nous-mêmes. Ici, une vidéo Youtube qui témoigne du sujet. Ailleurs, un groupe sur les réseaux sociaux, fraîchement créé, recréé certainement à chaque réinitialisation, qui réunit des individus un peu partout dans le monde qui vivent la même expérience que nous. Alors, non seulement tout cela nous arrive vraiment, mais en plus, nous ne sommes pas seuls…
– Alberto ? On fait quoi ?
– Je… Je ne sais pas. Je suppose qu'on devrait entrer en contact avec ces gens.
– Je ne peux pas y croire. Non, je ne peux pas y croire ! Ça veut dire quoi ? On serait dans la matrice depuis le début ? Est-ce que l'on vient de se réveiller ? On est dans Matrix ?
– Astrée…Je ne sais pas. Je ne sais plus…
Alberto était mon rempart de raison. Ça me fait mal de l'entendre abandonner comme ça. C'est dur à supporter. Mais, il faut avancer. Alors, on va contacter ces gens ? Qu'est-ce qu'on va apprendre ? Je ne suis pas sûre d'avoir envie de le savoir. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de renoncer à la folie. C'était beaucoup plus confortable, finalement. J'aurais été folle, alors je n'aurais pas dû tout remettre en question.
– Astrée… On n'a pas le choix… On ne va pas juste rester comme ça, jusqu'à ce que ça recommence. On doit essayer. On doit entrer en contact avec eux.
– D'accord… Allons-y…
><><><
Il s'appelle Ludo. Et, tout repose sur lui pour entrer dans ce qui semble être un groupe de « voyageurs du temps ». Je n'avais encore jamais envisagé qu'il y aurait d'autres personnes comme nous et à vrai dire, je suis particulièrement curieuse. Est-ce qu'ils se sont simplement organisés plus vite que nous, ou est-e qu'on serait « nouveaux » dans la boucle ? Et, pourquoi serions-nous de plus en plus nombreux. Comment la boucle pourrait-elle bien se propager ?
Tant d'interrogations restent encore en suspens, et tant d'expériences restent à vivre, dans notre nouvelle réalité.
Notre maison brûle et nous regardons ailleurs… Si vous n'avez rien à dire et que vous voulez le faire savoir, postez cette phrase en commentaire ! Merci de m'avoir lue ! Si vous êtes, verbe à la deuxième personne du pluriel, cliquez sur « J'aime ». Ça se trouve juste en dessous de ce paragraphe, à gauche. Si vous préférez le bouton de droite, dites-moi en commentaire ce qui vous a plu (ou pas) !
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Commentaires ()
Eh bien je vois ça haha. Super :) .
@Docsevere un braquage c'est dangereux, il faut le temps de se procurer les armes, et il faut trouver le bon endroit à braquer... mais voler tout simplement, après avoir bien observé un endroit et les habitudes des gens qui se trouvent au lieu du vol, pourquoi pas... Mais, je pense que les habitudes, quand on a passé sa vie à suivre les règles, peuvent avoir la vie dure, même en cas de bouleversement, justement car ça permet de garder des repères pour ne pas devenir fou... D'où des actions relativement sages. Mais c'est discutable :) !
Bravo astral pour cette magnifique idée
J'avoue que je suis un fan dun jour sans fin et donc bien sûr que ton texte me plaît
Tu as vu je commente pas que tes histoires sombres
@iznogoud
Oui bon je vais me calmer avec Azimov. Je crois que j’ai trouvé mon maitre… Un très grand merci à toi pour la précision des infos. Je pense que je vais avoir un peu de difficulté à le retrouver, mais je vais essayer quand même.. Encore une fois mille merci.
Là… J’ai la honte un peu…. Je me targue régulièrement d’être un grand fan d’Azimov et je ne me souviens pas du tout de cette nouvelle. Ou alors je l’ai oubliée. Tu serais vraiment une crème si tu voulais bien m’en donner le titre, que je répare cet impair.
Merci d’avance.
A loint of paw (Cache-cash) 1957.
Disponible en version française dans la collection "présence du futur" numéro 113.
Asimov Histoire mystérieuse, volume un, 1982.
(Je précise que la nouvelle fait un peu moins de trois pages, elle fut écrite pour pouvoir placer le gag..) 😉
La conclusion du bon docteur fut la suivante :
- Et si vous vous figurez que je vais m’excuser pour cette histoire, c’est que vous me connaissez bien mal.
J’estime que le calembour est la forme la plus noble de l’esprit. Voilà…
Asimov (le Bon Docteur) avait écrit une nouvelle temporelle pour le plaisir de placer un petit quelque chose.
Un voleur braque une banque puis s'enfuit dans une machine de son invention pour réapparaitre juste au-delà du délai de prescription.
Arrêté, il est jugé, l'accusation soutenant que le voleur n'a pas eu à souffrir la durée réelle (physiologique) de temps durant laquelle il aurait tremblé de l'angoisse d'être pris.
Le juge l'acquitte néanmoins avec cette sentence :
"Le Temps suspend son vol."...
Bonne nuit. 😌
Moi je me disais pourquoi ne pas faire plutôt des braquages que de jouer ?
Si la boucle ne dure qu'une journée c'est clair, tu n'as pas le temps de profiter de ton fric, c'est frustrant.
Et si ça durait moins d'une journée, quelques heures, une heure ? De quoi devenir fou en fait...
Bein tiens... Un peu plus, quand même 😏...
C’est toujours aussi agréable à lire. Avec du mystère en effet. J’avais pensé à la suite de Fibonaci pour le rythme de la boucle, avec une spirale temporelle au final, mais…
Je remarque que les otages de la boucle ont tous (ou presque) pensé à parier. La maison brûle quoi…
J'aime beaucoup ton commentaire tout en questionnement @Iznogood, je préserve le mystère mais ne t'inquiète pas, les réponses arriveront progressivement :P ...Merci beaucoup pour cette attention passionnée que tu portes à ce texte ! C'est vraiment très motivant pour poursuivre l'écriture. À bientôt !