Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le prof de français — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le prof de français
Chapitre 1
— Monsieur Saunier...?
Je détache mes yeux de l'écran de mon téléphone. Une jeune femme est en train de m'observer.
Son visage me dit quelque chose, mais je mets bien quelques longueurs secondes avant de comprendre que c'est l'une de mes anciennes élèves.
Son visage me dit quelque chose, mais je mets bien quelques longueurs secondes avant de comprendre que c'est l'une de mes anciennes élèves.
— Oh... Maëlys...?
La petite brune acquiesce. Elle semble un peu gênée, comme moi, mais elle s'approche.
— Vous... vous allez bien ? Enfin... Ça fait longtemps...
Ça fait très exactement cinq ans. Je l'avais eue comme élève en seconde. Maintenant, elle doit avoir la vingtaine passée. Mais elle n'a pas tant changé. À peu de chose près, elle a toujours les yeux aussi bleus, les cheveux ondulés et ce petit nez en trompette très mignon.
— Ça fait longtemps, oui, j'admets. Eh bien écoute, je suis toujours professeur au lycée. Je vais être muté, ceci dit.
— Vous quittez Curry ?
— Je quitte Curry, oui.
— Vous quittez Curry ?
— Je quitte Curry, oui.
Marie Curry, le bahut dans lequel je l'ai eue comme étudiante.
Elle me fixe un peu étonnée. Mais je n'ai pas envie de lui en dire plus.
Elle me fixe un peu étonnée. Mais je n'ai pas envie de lui en dire plus.
— Et toi ? Que fais-tu, maintenant ?
— Je suis en licence de lettres modernes.
— Je suis en licence de lettres modernes.
Oh...?
— Ah oui...?
— Oui.
— Oui.
Elle se met à rougir. On dirait qu'elle cherche ses mots.
— J'aimerais devenir prof.
— Prof...? Je répète. De quoi ?
— De français, dit-elle avec évidence. Comme vous.
— Prof...? Je répète. De quoi ?
— De français, dit-elle avec évidence. Comme vous.
Je ne suis pas bien surpris. Maëlys n'était pas mauvaise élève. Au contraire. Elle était discrète et sérieuse.
— Ça ou institutrice. J'hésite encore.
— Je ne peux que t'encourager à poursuivre ces projets, je ricane. Étant donné que l'un d'eux est le plus beau métier du monde.
— Je ne peux que t'encourager à poursuivre ces projets, je ricane. Étant donné que l'un d'eux est le plus beau métier du monde.
Elle ne dit rien et me regarde encore. Une mèche ondulée vient cacher son visage. Elle la récupère et la glisse derrière son oreille.
— Oui !
Elle n'argumente pas plus, mais le ton jovial qu'elle emploie et le sourire radieux qui l'accompagne sont sincèrement touchants.
— Je suis content pour toi, dis-je en m'apprêtant à clore la conversation. J'espère que tu réaliseras ce que tu souhaites. Tu es une jeune fille brillante. Je ne me fais pas de soucis pour toi.
— Monsieur Saunier...?
— Monsieur Saunier...?
Elle a posé sa main sur mon bras. Son geste me déstabilise un peu. Mais je la laisse faire. Ça m'intrigue.
— Heu... Pardon de vous demander ça, mais... Ça vous dirait d'aller boire un verre...?
— Un verre ?
— Un verre ?
Je la fixe avec deux grands yeux ronds, et elle semble lire dans mes pensées parce qu'elle met ses mains devant elle comme pour nous intimer une certaine distance.
— Heu, ce n'est pas un date, hein ? C'est juste comme ça, pour discuter...
Elle me fait rire, avec son côté maladroit. Je laisse aller un sourire, mais je ne dis rien. J'avoue ne pas savoir que répondre.
— Enfin, vous êtes peut-être occupé, complète-t-elle. Ou attendu...
Est-ce que je vais y aller ? Ce n'était pas prévu. Mais bon... ai-je autre chose de ''prévu'' ? À part penser à mon avocat et cette foutue instance de divorce toutes les dix secondes ?
— Je suis libre ce soir, j'affirme.
— Super, alors... Ça veut dire que vous êtes d'accord ?
— Je suis d'accord.
— Super, alors... Ça veut dire que vous êtes d'accord ?
— Je suis d'accord.
Elle sourit encore. Ses yeux pétillent.
— Venez, je connais un endroit sympa.
Elle se met en route, marche devant moi d'un pas décidé. Hésitant, je la suis. Elle me guide jusqu'à un petit bar, calé dans une ruelle calme et peu passante. La nuit commence à décliner alors qu'on rentre dans l'établissement.
Elle choisit une table à l'écart et on s'y installe. Quand le serveur arrive, elle commande une bière. Je mise sur la même chose.
Elle choisit une table à l'écart et on s'y installe. Quand le serveur arrive, elle commande une bière. Je mise sur la même chose.
— Je t'avoue que c'est la première fois que je me retrouve à boire un verre avec une ancienne élève.
Elle se marre. Elle éclate de rire, même. Un rire rayonnant, tout discret, presque interdit, presque enfantin.
— Quoi...? Je murmure.
— Ça se voit, justifie-t-elle. Vous avez l'air super gêné.
— Ça se voit, justifie-t-elle. Vous avez l'air super gêné.
Sa phrase a le don de m'embarrasser encore plus, et je me sens rougir.
Ce n’est pas vrai... Bonjour la timidité...
Ce n’est pas vrai... Bonjour la timidité...
— Oui, ben... Tu en as l'habitude, toi, peut-être ?
Elle baisse les yeux et hausse les épaules. Sa grosse écharpe en laine tressaille.
— Non. Je ne l'ai jamais fait, non plus.
On garde le silence et ce silence nous pousse à laisser tomber un petit rire.
— Bon, j'enchaîne pour passer à autre chose. Comment en es-tu arrivée à vouloir être prof ? Tu avais pourtant un avenir radieux devant toi.
Elle laisse tomber un ''rhôôô !'' presque outré.
— Vous dites des bêtises, me sermonne-t-elle.
— Des bêtises ? Ah oui ?
— Des bêtises ? Ah oui ?
Elle me jette un regard curieux, puis baisse les yeux. Cette fois, c'est elle qui rougit.
— En fait, j'ai toujours adoré le français, donc ça allait de soi. J'avais envie de continuer après le lycée, même si j'avoue...
Elle marque une pause. Elle semble hésiter à dire la suite.
— Oui...?
— Les profs que j'ai eus après vous n'étaient pas aussi... passionnés. Et passionnants.
— Les profs que j'ai eus après vous n'étaient pas aussi... passionnés. Et passionnants.
Ça me touche. Je ne doute pas que Maëlys m'apprécie en tant qu'enseignant, puisqu'elle m'a quand même proposé de boire un verre, mais entendre ce genre de mots est toujours satisfaisant.
— C'est... très gentil. Mais c'est facile d'enseigner à des élèves aussi agréables que toi.
Voilà qu'on se sourit comme deux débiles. On se perd dans un petit sans fond de compliments...
— Tu as du potentiel, Maëlys. Je n'en ai jamais douté, je rajoute. Je suis content que tu aies pu trouver ta voix. D'autant plus si c'est grâce au français.
J'aime mon métier. Et passer le flambeau à d'anciens élèves est simplement... génial.
— C'est gentil, balbutie-t-elle. Et vous ? Vous partez dans un autre bahut ?
— Oui, c'est ça. Je pars dans le sud, à 400 kilomètres.
— Oui, c'est ça. Je pars dans le sud, à 400 kilomètres.
Elle écarquille les yeux.
— Ah oui, ça fait loin. Vous n'êtes pas trop déçu ?
— Non, c'est un choix.
— Oh.
— Non, c'est un choix.
— Oh.
Ses grandes billes bleues m'observent. Elle a du mal à saisir. Je me sens obligé de lui expliquer.
— Je divorce. On se sépare avec ma femme, donc je pars vivre ailleurs.
Ses petites mains viennent cacher son visage.
— J'en suis désolée, Monsieur Saunier.
— C'est gentil. Mais il ne faut pas. C'est comme ça.
— Je ne voulais pas vous embarrasser avec mes questions.
— Tu ne m'embarrasses pas. Ça ne me gêne pas de t'en parler.
— C'est gentil. Mais il ne faut pas. C'est comme ça.
— Je ne voulais pas vous embarrasser avec mes questions.
— Tu ne m'embarrasses pas. Ça ne me gêne pas de t'en parler.
Je suis plus distant. Je le sais, car instinctivement, j'ai croisé les bras à la poitrine.
— Non, mais n'est pas non plus évident.
Elle semble décrypter ce que je ressens. Elle pose même sa main sur la mienne pour me rassurer.
Ça fait bizarre. De se faire rassurer par une gamine de l'âge de ma fille.
Le serveur nous apporte notre bière. On trinque, on boit et on continue à discuter pendant plusieurs heures.
Ça fait bizarre. De se faire rassurer par une gamine de l'âge de ma fille.
Le serveur nous apporte notre bière. On trinque, on boit et on continue à discuter pendant plusieurs heures.
Il est 22h30, quand on sort du bar. Il fait froid, et le givre a même commencé à recouvrir la surface des pavés, au sol.
De la buée s'échappe de nos lèvres.
De la buée s'échappe de nos lèvres.
— C'était une soirée sympa, Monsieur Saunier.
C'était super cool, même. C'est drôle de découvrir ses élèves différemment. Je veux dire, non pas en tant qu'étudiant, mais en tant que personne.
Et Maëlys est... vraiment drôle, intéressante, cultivée... Oui, c'était un bon moment.
Et Maëlys est... vraiment drôle, intéressante, cultivée... Oui, c'était un bon moment.
— J'ai trouvé aussi. Je suis content que tu m'aies rencardé.
Elle roule des yeux décontenancés sur moi.
— Ce n'était pas un rencard, Monsieur Saunier !
Elle est trop gênée. Et moi, je me marre.
— Je te taquine, Maëlys.
Elle sourit. Elle est mimi, à moitié cachée dans son écharpe.
— Tu veux que je te ramène ? Je lui propose. Je suis garé à côté.
— Oh, mais non. Je vais marcher. Ne vous inquiétez pas.
— Oh, mais non. Je vais marcher. Ne vous inquiétez pas.
Je l'observe sans rire. Elle est très sérieuse.
— Tu habites vers où ?
— Vers la place de la mairie.
— C'est à trente minutes à pied. Tu le sais ?
— Vers la place de la mairie.
— C'est à trente minutes à pied. Tu le sais ?
Elle hausse les épaules.
— Allez. Je te ramène.
— Bon, bon.
— Bon, bon.
Elle me suit en râlant.
— Que je n'étais pas obligé de faire ça pour elle.
Qu'elle ne voulait pas me déranger.
Qu'elle avait déjà fait ce chemin dix mille fois.
Et blablabla.”
Pour la faire taire, je l'attrape par la manche et la tire vers moi. Le sol est lisse et donc très glissant. Elle essaie de battre des ailes pour retrouver son équilibre, mais elle n'y arrive pas vraiment.
Qu'elle avait déjà fait ce chemin dix mille fois.
Et blablabla.”
Pour la faire taire, je l'attrape par la manche et la tire vers moi. Le sol est lisse et donc très glissant. Elle essaie de battre des ailes pour retrouver son équilibre, mais elle n'y arrive pas vraiment.
— Monsieur S...!
Elle finit par s'agripper à moi, alors que, hilare, j'essuie les larmes de rire qui dévalent mes joues.
— Ça vous fait rire ?!
Elle a l'air en colère, mais une fille comme elle ne l'est jamais réellement.
— Un peu, oui.
Elle lève les yeux au ciel.
Elle est toujours accrochée à moi. On est collé l'un à l'autre, en fait, et elle doit relever la tête pour me regarder. Tout comme je dois baisser les yeux. On ne dit rien, mais j'entends nos respirations emballées.
Est-ce parce qu'on vient de chahuter ?
Maëlys finit par s'écarter de moi (tout en me maintenant le bras pour ne pas tomber). Son visage est complètement rouge.
Elle est gênée. Je lâche un gloussement en la voyant, avant d'appuyer sur ma clef. Ma voiture, à côté de nous, s'illumine.
Elle est toujours accrochée à moi. On est collé l'un à l'autre, en fait, et elle doit relever la tête pour me regarder. Tout comme je dois baisser les yeux. On ne dit rien, mais j'entends nos respirations emballées.
Est-ce parce qu'on vient de chahuter ?
Maëlys finit par s'écarter de moi (tout en me maintenant le bras pour ne pas tomber). Son visage est complètement rouge.
Elle est gênée. Je lâche un gloussement en la voyant, avant d'appuyer sur ma clef. Ma voiture, à côté de nous, s'illumine.
— Oh... On était déjà arrivés, constate-t-elle.
— Je t'en prie, installe-toi.
— Je t'en prie, installe-toi.
On prend place dans la caisse, et je lui fais taper son adresse sur le GPS.
— Merci, me dit-elle alors que je quitte ma place.
— Hum ? De quoi ?
— De me ramener. C'est très gentil.
— Hum ? De quoi ?
— De me ramener. C'est très gentil.
Je souris. Je ne dis rien.
— Même si ça fait bizarre de monter dans la voiture de mon prof de français.
— Ah oui ? Bizarre comment ?
— Je ne sais pas.
— Ah oui ? Bizarre comment ?
— Je ne sais pas.
Elle se tait et observe par la vitre. Moi, je me concentre sur ma conduite. Le sol est glissant, les pneus sont froids. Ce n’est pas le moment d'être distrait. On arrive chez elle cinq minutes plus tard. Elle habite dans un tout petit immeuble, à la lisière d'une grande place située juste à la sortie de la ville. Je me gare sur le parking de la mairie. Tout est très calme. Et sombre.
— Et voilà. On y est.
Maëlys me fixe, mais ne dit rien. Je comprends qu'elle a encore envie de parler. Ça ne me dérange pas, alors je coupe le moteur.
— Merci pour cette soirée, me dit-elle avec hésitation.
— Merci à toi, ma grande.
— Merci à toi, ma grande.
Elle relève les yeux sur moi. Elle semble tout intimidée.
J'ai l'impression qu'elle se tend, même.
J'ai l'impression qu'elle se tend, même.
— Est-ce que ça va...?
Elle acquiesce et lâche un ''huhum''. Elle n'arrive pas à parler, mais je vois sa main bouger. Elle vient se poser sur la mienne, sur ma cuisse.
Son contact m'étonne, mais est si agréable que je laisse filer la surprise. J'écoute ses doigts passer sur le dos de ma main en fermant les yeux. Puis je l'attrape, la serre entre les miens. Elle est minuscule. Et délicate.
Je la porte à mes lèvres pour l'embrasser tendrement.
Maëlys se laisse faire, dégage sa main, et la plaque à ma joue pour me tirer vers elle.
Elle, c'est moi, qu'elle embrasse.
Son contact m'étonne, mais est si agréable que je laisse filer la surprise. J'écoute ses doigts passer sur le dos de ma main en fermant les yeux. Puis je l'attrape, la serre entre les miens. Elle est minuscule. Et délicate.
Je la porte à mes lèvres pour l'embrasser tendrement.
Maëlys se laisse faire, dégage sa main, et la plaque à ma joue pour me tirer vers elle.
Elle, c'est moi, qu'elle embrasse.
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Commentaires ()
Pas vraiment de surprise mais bravo pour l'atmosphère.
Quelle sera la suite audacieuse comme les timides savent en proposer après leur lâcher-prise?
Sinon très sympa et hâte de lire la suite.. svp à écrire avec le correcteur d'orthographe!
Quant à l’orthographe "Curry", elle est tout à fait volontaire : un clin d’œil épicé à l’intensité de la scène… et une façon d'emprunter un nom sans l'entacher par un récit qu'elle n'aurait peut-être pas apprécié... mais ça, vous l’aviez sûrement deviné avec vos vastes connaissances. 😉
Merci pour votre lecture attentive !
C’est beau, c’est doux, c’est envoûtant.
Hâte d’en découvrir davantage.
Merci pour ce délicieux moment.