Hurlements
Chapitre 1
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✦ Monsieur Sylvestre Hurlements XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Hurlements — Chapitre 1

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Monsieur Sylvestre
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Hurlements

Chapitre 1

La Lune Rouge.
La forêt s'étendait à perte de vue, tapissée d'ombres épaisses que même les étoiles n'osaient percer. Le vent s'y engouffrait avec un sifflement sauvage, semblable à une plainte ancienne qui semblait ne jamais s'éteindre. On racontait, dans les villages environnants, qu'aucun chasseur n'osait s'y aventurer la nuit. On disait que les bois étaient hantés par des créatures plus anciennes que les hommes, des monstres qui n'avaient besoin ni de feu ni d'armes pour régner sur leurs terres. Des monstres assoiffés de sang et de chair humaine.
Ce soir-là, la lune se levait de teinte d'un rouge sang, ronde, opulente comme un œil gigantesque suspendu au-dessus du monde. Sous son éclat funeste, deux silhouettes se mouvaient entre les troncs, rapides et silencieuses. Leurs pas ne faisaient aucun bruit sur le tapis de feuilles mortes, leurs respirations n'étaient que murmure. Ils allaient ensemble, inséparables.
Éliane, grande et élancée, ses cheveux noirs tombant en cascade sur ses épaules pâles, avait des yeux d'ambre qui brillaient comme deux flammes sauvages. Sa peau, d'ordinaire si douce, était parcourue de frissons à mesure que la lune montait dans le ciel. À ses côtés marchait Adrien, large d'épaules, la mâchoire dure et le regard brûlant. Leur démarche trahissait une puissance contenue, un instinct meurtrier et implacable sur le point de se libérer. Ils se tenaient par la main, leurs doigts serrés l'un contre l'autre comme si ce contact était la seule chose qui leur permettait de garder une part d'humanité.
— La lune est parfaite ce soir, murmura Éliane d'une voix caressante.
— Oui… parfaite pour chasser, répondit Adrien en approchant ses lèvres de son oreille.
Un frisson de désir la parcourut. Chez eux, l'amour et la chasse étaient liés, inséparables. La faim de chair et la faim de l'autre se mêlaient dans un vertige enivrant.
Ils s'arrêtèrent au bord d'une clairière. La lune rouge baignait l'herbe d'une lumière écarlate. Au loin, des rires résonnaient : des jeunes gens, probablement venus d'un des villages voisins, qui avaient choisi la forêt comme refuge pour boire, chanter et s'aimer loin des regards. Ils n'avaient pas conscience du danger. Éliane échangea un sourire complice avec Adrien.
— Tu entends ? dit-elle.
— Oui. Ils sont nombreux… mais nous avons faim.
— Toujours.
Leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser brûlant. Elle mordit sa lèvre inférieure, arrachant une perle de sang que sa langue recueillit aussitôt. Adrien grogna de plaisir, ses bras se resserrant autour de sa taille. Leurs cœurs battaient à l'unisson, rapides, fébriles, au rythme de la chasse à venir. Puis, ils levèrent la tête ensemble, et la transformation commença.
Leurs os craquèrent, leurs muscles se tordirent sous leur peau. Les doigts s'allongèrent, terminés par des griffes noires. Des crocs jaillirent de leurs mâchoires, étincelants dans la lueur lunaire. Leurs visages se distordirent, leurs yeux s'embrasèrent d'une lumière bestiale. Le hurlement qu'ils poussèrent fit trembler la forêt entière : un cri d'amour et de mort. Dans la clairière, le groupe de jeunes sursauta. Ils étaient cinq, une bouteille passant de main en main, leurs voix chantant à tue-tête pour couvrir la peur diffuse que leur inspirait déjà la forêt. Mais le hurlement brisa cette insouciance comme un coup de couteau.
— C'était quoi ça ? s'écria l'un d'eux, un garçon blond qui serrait une lampe torche.
— Un loup, répondit une fille en riant nerveusement. T'as jamais entendu un loup ?
— Non… ça sonnait pas comme un loup, répliqua le blond. C'était… trop… humain.
Un silence pesant s'installa. Puis, dans l'ombre, deux paires d'yeux apparurent. Adrien bondit le premier, jaillissant des ténèbres comme une masse d'ombre et de muscles. Le blond n'eut pas le temps de crier : sa gorge fut tranchée d'un coup de griffes, et le sang jaillit en une fontaine chaude qui éclaboussa l'herbe. Les autres hurlaient, paralysés d'horreur. Éliane surgit à son tour, son corps gracile recouvert de fourrure sombre, ses crocs dégoulinant de salive. Elle attrapa une fille par les cheveux et lui planta ses crocs dans la nuque, arrachant un morceau de chair qu'elle mastiqua avec un soupir de plaisir. Adrien, les babines ensanglantées, leva la tête vers sa compagne et grogna tendrement.
— Magnifique, ma louve…
— Toi aussi, mon amour…
Ils échangèrent un regard ardent au-dessus des cadavres. Puis ils se lancèrent à nouveau, impitoyables. Le troisième, un garçon brun, tenta de courir. Il s'enfonça dans les bois, les branches griffant son visage. Mais derrière lui, les pas lourds d'Adrien résonnaient, implacables. Une griffe traversa son dos, lui brisant la colonne. Il tomba à genoux, hurlant de douleur. Adrien approcha, posa sa main griffue sur sa tête et l'arracha d'un geste sec. Le sang éclaboussa les troncs, et le corps décapité s'effondra. Pendant ce temps, Éliane s'occupait des deux survivantes. L'une priait, les mains jointes, tremblant de tous ses membres. L'autre, figée par la panique, n'arrivait pas à bouger. Éliane s'approcha lentement, caressant la joue de la première de ses doigts sanglants.
— Shhh… ça ne sera pas long, chuchota-t-elle d'une voix douce.
Elle enfonça ses crocs dans la gorge de la jeune femme, et la vie s'échappa en gargouillis. Le sang dégoulina sur sa poitrine nue, chaude rivière écarlate. Adrien la rejoignit, attrapant la dernière par la taille. D'un coup de mâchoire, il lui dévora le visage. Et puis, le silence revint. Les cinq corps gisaient au sol, éparpillés, démembrés. L'herbe était devenue un tapis rougeâtre, imbibé de sang. Leurs souffles haletants emplissaient l'air, lourds et rythmés.
Éliane se jeta alors dans les bras d'Adrien, leurs bouches se retrouvant, se mélangeant au goût du sang. Ils s'embrassèrent avec une sauvagerie dévorante, leurs langues glissant sur le fer sucré du massacre. Leurs corps s'étaient toujours nourris l'un de l'autre, mais dans ces instants, c'était plus que de l'amour : c'était une fusion, une extase carnivore. Adrien passa sa main griffue dans les cheveux de sa compagne, la tirant légèrement en arrière pour plonger son regard dans le sien.
— Tu es à moi, murmura-t-il.
— Et toi à moi, répondit-elle, ses yeux brillants d'un éclat presque tendre.
Ils s'effondrèrent dans l'herbe maculée de sang, s'enlaçant au milieu des cadavres. Leurs baisers étaient féroces, leurs étreintes passionnées. L'odeur métallique du sang les enveloppait comme un parfum capiteux, la chaleur des corps encore tièdes les excitait davantage. Adrien pénétra le sexe d'Éliane d'un coup sec, lui arrachant un hurlement guttural de louve. Puis elle attrapa son partenaire en le mordant au niveau d'une oreille pendant qu'il la besognait avec rudesse. Il finissait par exploser en elle tandis qu'elle le mordillait à la gorge. La lune rouge les surveillait, complice, dans le ciel.
Lorsqu'ils se redressèrent enfin, leurs corps étaient encore frémissants d'extase. Ils contemplèrent leur œuvre : la clairière transformée en abattoir, la nature saturée de silence après la tempête. Les oiseaux s'étaient tus, les insectes eux-mêmes semblaient s'être évanouis. Éliane se lécha les lèvres, encore tachées de rouge.
— Ils étaient délicieux, dit-elle en souriant.
— Oui… mais ce n'est qu'un début.
Adrien passa un bras autour de ses épaules. Ils quittèrent la clairière main dans la main, comme un jeune couple rentrant d'une soirée romantique. Mais derrière eux, la forêt conservait l'empreinte de leur passage : le massacre, les chairs déchirées, la preuve qu'aucune prière ne pourrait sauver quiconque qui croisait leur chemin macabre.
Ils étaient amants. Ils étaient à la fois bêtes et à la fois humains. Ils étaient les rois de la nuit. Et ce n'était que le commencement. Ils étaient des lycans. Des lycans avides de sang et de chair fraîche.
Le Pacte des Ombres.
La nuit s'était effacée depuis longtemps lorsque les premières lueurs pâles du matin percèrent les arbres. La forêt, lavée de ses échos sanglants, semblait reprendre son souffle, mais les traces du massacre demeuraient : des membres épars, des flaques séchées, des corbeaux déjà penchés sur les restes. Éliane et Adrien marchaient côte à côte, nus, leurs corps encore tachés de sang. La transformation avait quitté leurs chairs, et il ne restait plus que deux silhouettes humaines, jeunes, belles, presque innocentes. Leurs mains s'étaient retrouvées aussitôt que leurs griffes avaient disparu, comme si l'un sans l'autre n'existait pas.
Ils atteignirent une petite cabane enfouie au cœur de la forêt, bâtisse de pierre et de bois recouverte de mousse. Une fumée grise s'élevait paresseusement de la cheminée. C'était leur refuge, leur sanctuaire, un lieu qui ne figurait sur aucune carte. Adrien poussa la porte grinçante, laissant Éliane entrer la première. Elle s'enveloppa dans une couverture en laine sombre, ses cheveux collant encore à sa nuque à cause du sang séché. Il alluma un feu, et la chaleur emplit bientôt la pièce.
— Ils ne comprendront jamais, souffla Éliane en fixant les flammes.
— Qui donc ? demanda Adrien, s'asseyant derrière elle, ses bras l'enlaçant.
— Les hommes. Ils pensent que nous sommes des monstres. Mais ils ne voient pas… ils ne sentent pas ce que nous partageons.
Adrien embrassa doucement son épaule, goûtant le sel de sa peau.
— C'est parce qu'ils ont peur, murmura-t-il. Peur de ce qu'ils ne peuvent contrôler.
Un silence tomba. Seuls crépitaient le feu et leurs respirations apaisées. Puis, Éliane ferma les yeux et laissa remonter en elle les souvenirs. Elle revoyait ce soir maudit, des années plus tôt. Elle n'était qu'une jeune femme alors, fille d'un marchand du village de Montfaucon. Son destin semblait tracé : mariage arrangé, vie d'obéissance, enfantement. Mais elle rêvait de liberté, de nuits folles et de passions interdites. C'est lors d'une de ses fugues nocturnes qu'elle l'avait rencontré : Adrien, le fils d'un chasseur, au regard intense, à la voix grave. Il vivait déjà à l'écart, solitaire, farouche. Leur première rencontre s'était faite dans les bois, sous une lune claire. Ils s'étaient parlé à voix basse, comme deux complices partageant un secret. Puis, très vite, ils s'étaient aimés.
Mais cette même nuit, la forêt avait grondé d'une rumeur terrible. Un hurlement monstrueux avait déchiré le silence. Ils avaient couru ensemble, main dans la main, mais la bête les avait rattrapés. Un loup immense, plus grand qu'aucun animal connu, aux yeux de braise. Il les avait encerclés, les avait mordus. Pas pour les tuer, mais pour les marquer. Leurs corps brûlaient, leur sang se tordait dans leurs veines, et dans la douleur, ils avaient hurlé… ensemble. Au matin, ils n'étaient plus les mêmes, partiellement humains et autre chose. Adrien l'avait prise dans ses bras alors que la malédiction les dévorait de l'intérieur. Et ce fut dans cette étreinte qu'ils comprirent : ils étaient liés pour toujours. Amants et fauves, damnés et bénis à la fois.
De retour au présent, Adrien caressait ses cheveux, ses doigts glissant comme une promesse.
— Je ne regrette rien, dit-elle dans un souffle. Même cette morsure. Même cette vie. Tant que je t'ai.
— Moi non plus, mon amour. Je préfèrerais brûler mille fois sous le soleil plutôt que de vivre un seul jour sans toi.
Leurs lèvres se rencontrèrent, lentes, sensuelles. Ce n'était plus la sauvagerie de la nuit, mais une tendresse farouche, celle de deux âmes qui n'avaient plus rien à perdre. Mais bientôt, la faim se rappela à eux. Elle revenait toujours, comme une marée impossible à repousser. La chair des cinq jeunes n'avait été qu'un festin passager.
— Nous devons repartir, souffla Adrien.
— Oui… et cette fois, il faudra plus.
Un éclat sombre brilla dans leurs yeux.
Au village de Montfaucon, la rumeur se répandait déjà. Les disparus de la veille inquiétaient les familles. Le père du blond, un fermier robuste, parlait à voix haute sur la place publique :
— Ils ont dû s'égarer, mais il y avait des hurlements cette nuit ! Quelque chose rôde dans la forêt.
Le curé prit la parole, levant un crucifix.
— Ce sont des démons. La lune rouge est signe de malédiction. Nous devons prier, et brûler des torches aux lisières pour éloigner le mal.
Mais dans la foule, un autre homme serrait les poings : un ancien soldat, revenu estropié des guerres, qui avait entendu les histoires anciennes.
— Ce ne sont pas des loups, déclara-t-il d'une voix sombre. Ce sont des loups-garous. Des damnés. Et ils ne s'arrêteront pas.
Les villageois frissonnèrent de terreur.
La nuit suivante, Éliane et Adrien observaient le village depuis une colline boisée. Leurs yeux perçaient l'obscurité comme des lanternes.
— Ils s'organisent, dit Éliane avec un sourire ironique. Des torches, des prières…
— Des jouets, grogna Adrien. Ils croient pouvoir lutter contre nous.
Éliane posa sa main sur la sienne.
— Alors montrons-leur.
Ils descendirent ensemble, glissant comme deux ombres dans les champs. Leur approche était silencieuse, calculée. Ils savaient que les humains craignaient surtout ce qu'ils ne voyaient pas. La première maison fut une ferme isolée. Une femme dormait auprès de ses enfants, son mari absent. Éliane força la porte d'un geste, et la femme se réveilla en hurlant. Adrien se jeta sur elle, la réduisant au silence d'un coup de crocs. Le sang éclaboussa le berceau. Les enfants pleuraient, leurs cris déchirants emplissant la pièce. Éliane s'approcha, ses griffes caressant les draps.
— Petits agneaux… soupira-t-elle.
Elle les égorgea rapidement, d'un geste sec, et but le sang encore chaud. Adrien la rejoignit, leurs regards se croisant au-dessus des corps.
— Tu es divine, murmura-t-il.
— Toi aussi, mon loup.
Ils s'embrassèrent, encore une fois, dans cette chambre devenue tombeau. Puis ils sortirent, le feu aux lèvres. Ils incendièrent la ferme avant de disparaître à travers les champs, laissant les flammes et les hurlements avertir le village. Lorsque les cloches sonnèrent, les villageois se rassemblèrent avec leurs armes : fourches, haches, quelques arquebuses rouillées. Le curé criait des prières, le soldat donnait des ordres. Mais leurs cœurs tremblaient, car déjà la nuit résonnait des hurlements des deux amants.
Adrien et Éliane tournoyaient autour du village comme deux prédateurs encerclant leur proie. Leurs corps puissants filaient entre les ombres, leurs yeux brillant dans le noir. Les torches semblaient dérisoires face à leur présence. Ils frappèrent d'abord les sentinelles. Un jeune homme posté près d'une grange vit deux yeux luisants s'approcher, et avant qu'il puisse crier, sa gorge fut arrachée. Un autre disparut dans les ténèbres, traîné par quelque chose de trop rapide pour être vus. Puis ils attaquèrent de front.
Adrien sauta au milieu d'un groupe armé, ses griffes éventrant deux hommes d'un seul mouvement. Le sang éclaboussa les flammes des torches, éteignant certaines. Éliane surgit derrière, ses crocs dévorant la gorge du curé qui n'avait même pas fini son signe de croix. Le village se transforma en enfer. Les cris, les flammes, le fracas des corps contre la terre. Les arquebuses tirèrent, mais les balles se perdirent, ou ricochèrent sur leur peau tendue par la malédiction. Chaque balle manquée coûtait une vie.
Adrien et Éliane se retrouvaient toujours au milieu du carnage, leurs yeux se cherchant, leurs baisers se volant dans l'intervalle entre deux meurtres. Ils riaient, s'embrassaient, s'entaillaient parfois pour goûter le sang de l'autre, plus enivrant que tout festin humain. Leur amour n'avait jamais été aussi éclatant que dans ce bain de sang.
À l'aube, Montfaucon n'était plus qu'un amas de cendres et de cadavres. Les survivants avaient fui dans les bois, et les corbeaux s'abattaient déjà sur les ruines. Au sommet d'une colline, Éliane et Adrien contemplaient leur œuvre. Le soleil naissant peignait le ciel de couleurs rosées. Ils s'enlaçaient, couverts de sang séché et de cendres, mais leurs sourires étaient purs, presque tendres.
— Nous sommes libres, dit Éliane en posant sa tête contre la poitrine d'Adrien.
— Oui. Libres et éternels. Tant que la lune nous appelle.
Ils levèrent ensemble les yeux vers l'astre pâle qui s'effaçait lentement. Et dans le silence revenu, ils se jurèrent de ne jamais cesser d'aimer, de chasser, de tuer. Car pour eux, l'un n'existait pas sans l'autre.
Les Cœurs Armés.
Les ruines de Montfaucon fumaient encore lorsque deux silhouettes apparurent sur la route menant au village détruit. Le soleil était haut, les corbeaux croassaient autour des cadavres, et l'air empestait la mort. Ils marchaient côte à côte, comme s'ils avaient parcouru le monde entier ensemble, et peut-être était-ce le cas. Ils étaient mandés par le Seigneur et Baron de Montfaucon.
La femme, Isolde, portait une longue tunique sombre ajustée, des bottes de cuir usées, et un arc gigantesque en travers du dos. Ses cheveux roux flamboyaient au soleil, et ses yeux verts scrutaient chaque détail avec une précision de prédatrice. Son compagnon, Samuel, était grand, le visage buriné, une barbe naissante couvrant sa mâchoire carrée. À sa ceinture pendait une épée à lame d'argent, et sur son épaule un mousquet modifié. Ils s'arrêtèrent au milieu de la place du village, observant les corps carbonisés, les maisons réduites en cendres.
— Ils sont passés par ici, dit Samuel d'une voix grave. Deux d'entre eux. Peut-être plus.
— Non… répondit Isolde, agenouillée près d'un cadavre. Deux seulement. Homme et femme. Je vois leurs traces. Ils chassaient ensemble.
Elle releva les yeux vers lui.
— Comme nous.
Un silence pesa. Samuel lui tendit la main pour l'aider à se relever. Lorsqu'elle la prit, ses doigts restèrent quelques secondes de trop dans les siens. Elle pressa doucement sa paume, et il serra en retour. Dans ce geste silencieux, il y avait toute leur histoire. Car eux aussi avaient un passé marqué par le sang.
Isolde était née dans une famille de chasseurs, élevée dans la haine des bêtes nocturnes. Ses parents avaient péri dans une attaque semblable à celle de Montfaucon. Elle avait survécu par miracle, et juré de consacrer sa vie à la traque des lycans. Samuel, lui, n'avait pas grandi dans cette tradition. Il était soldat, vétéran des guerres, brisé par les atrocités humaines. Mais un soir, sa troupe entière avait été massacrée par une meute. Seul lui avait survécu, trouvé ensanglanté au milieu des siens. C'est Isolde qui l'avait recueilli, pansé, et peu à peu transformé en chasseur.
Au fil des années, ils s'étaient aimés. D'abord timidement, comme deux âmes brisées cherchant refuge. Puis farouchement, comme deux guerriers qui savent que chaque nuit peut être la dernière. Leur amour n'était pas moins brûlant que celui des lycans qu'ils poursuivaient, mais il se nourrissait de discipline et de dévouement. À Montfaucon, ils commencèrent leur travail. Ils inspectèrent les traces : empreintes massives, griffes ayant labouré la pierre, sang coagulé sur les murs. Isolde se pencha sur une empreinte fraîche.
— Ils sont partis vers le nord, dit-elle. La forêt de la Louve.
— Ils ne sont pas loin, confirma Samuel.
Ils échangèrent un regard. Un feu brillait dans leurs yeux.
— Ce sera dangereux, murmura-t-il.
— Tout l'est, répondit-elle. Mais nous sommes ensemble.
Elle effleura sa joue, et il posa un baiser sur sa main. Dans les cendres de Montfaucon, au milieu des cadavres, ils s'accordèrent un instant d'humanité. Cette nuit-là, Éliane et Adrien festoyaient encore. Dans leur cabane, des ossements s'entassaient dans un coin, et le sang maculait les murs. Ils riaient, buvaient du vin volé, et s'embrassaient à perdre haleine.
— Ils n'ont aucune chance contre nous, souffla Éliane en riant, allongée contre son amant.
— Non. Ils ne sont que des brebis effrayées, répondit Adrien.
Mais au fond, une inquiétude vibrait en lui. Il connaissait les rumeurs : certains humains consacraient leur vie à la chasse. Certains savaient manier l'argent, dresser des pièges, invoquer des bénédictions. Il se redressa, observant la lune qui commençait à se lever.
— Nous ne sommes pas seuls, dit-il gravement. Quelque chose approche.
Éliane sourit, posant sa main sur son torse.
— Alors, nous chasserons encore. Ensemble.
Dans la forêt de la Louve, Isolde et Samuel avançaient à pas feutrés. Ils connaissaient les signes : odeurs fauves, branches brisées, silences étranges. Ils ne parlaient presque pas, communiquant d'un regard, d'un geste.
Soudain, Samuel s'arrêta.
— Là, murmura-t-il.
Entre les arbres, des empreintes profondes, récentes. Et une odeur métallique, forte, presque insoutenable : le sang. Ils préparèrent leurs armes. Isolde banda son arc, y ajustant une flèche d'argent. Samuel arma son mousquet. Puis ils avancèrent, leurs cœurs battant à l'unisson. Leur amour, ce soir-là, était une arme autant qu'un lien.
La rencontre eut lieu au bord d'une rivière. Adrien et Éliane se baignaient nus, leurs rires résonnant comme des échos sauvages. Leurs corps s'étreignaient dans l'eau sombre, leurs baisers brûlants défiant la nuit. Mais soudain, une flèche siffla. Elle frôla l'épaule d'Adrien et alla se ficher dans un tronc. Un hurlement jaillit de sa gorge. Il se redressa, ses muscles déjà se tordant. Éliane fit de même, leurs corps se métamorphosant à une vitesse terrifiante. Isolde et Samuel sortirent de l'ombre, armes levées.
— Lycans ! cria Samuel.
Éliane éclata de rire, ses crocs scintillant.
— Des chasseurs… enfin !
Le combat éclata. Adrien bondit sur Samuel, ses griffes luisant. L'épée d'argent siffla et para une attaque, les étincelles jaillissant. Samuel lutta de toutes ses forces, chaque coup résonnant comme un tonnerre. Isolde faisait face à Éliane. Ses flèches sifflaient, chacune visant le cœur ou la gorge. Éliane esquivait, rapide comme l'éclair, ses yeux brûlants fixés sur la chasseresse. Entre deux assauts, les regards des deux couples se croisèrent. Adrien et Éliane, unis dans la sauvagerie. Samuel et Isolde, unis dans la discipline. Deux amours, deux miroirs déformés.
Le combat dura de longues minutes, féroce, haletant. Les griffes lacéraient, les lames tranchaient, le sang coulait. À un moment, Isolde fut projetée contre un rocher, son épaule ensanglantée. Samuel accourut, posant une main sur elle.
— Isolde !
— Je vais bien, souffle-t-elle, ses yeux brillants. Tue-la. Pour nous.
Il hocha la tête et se releva, le mousquet en main. Éliane, voyant cela, ricana.
— Comme c'est… romantique. Vous croyez être comme nous. Mais vous n'êtes que des insectes.
Elle bondit, ses crocs ouverts. Mais la flèche d'Isolde siffla dans l'air et se planta dans son flanc. La lycane hurla, tombant à genoux. Adrien rugit, fou de rage, et d'un geste projeta Samuel contre un arbre. Mais déjà la lune appelait, et il sentait sa force vaciller sous l'argent. Alors il ramassa Éliane dans ses bras et s'enfuit dans les bois, son hurlement résonnant comme une promesse de vengeance. Isolde, blessée mais debout, s'appuya contre Samuel. Il l'entoura de ses bras, essuyant le sang sur son visage.
— Tu as failli mourir, murmura-t-il, la voix tremblante.
— Mais je ne mourrai pas, dit-elle avec un sourire faible. Pas tant que je t'ai.
Il l'embrassa, là, au milieu de la rivière encore teintée de sang. Leur amour venait de survivre à sa première épreuve. Mais la guerre des amants ne faisait que commencer.
Les Serments de Sang.
La nuit s'était apaisée, mais la forêt portait encore l'écho du combat. Adrien courait, ses muscles en feu, portant Éliane dans ses bras. Sa fourrure ruisselait de sang, ses yeux brillaient d'une rage contenue. Derrière lui, les traces de leurs pas creusaient la terre, comme les cicatrices d'une fuite honteuse. Éliane gémissait, sa poitrine soulevée par une respiration douloureuse. La flèche d'argent plantée dans son flanc fumait encore, la brûlure rongeant sa chair.
— Tiens bon, ma louve, souffla Adrien, sa voix vibrante de désespoir. Je ne te laisserai pas.
— Adrien… murmura-t-elle, ses yeux mi-clos. Ne les laisse pas nous séparer… jamais…
Il la serra plus fort, ses griffes tremblant. Ils atteignirent la cabane, et Adrien la déposa sur le sol. Il arracha la flèche avec un grognement, et Éliane hurla, son corps se cambrant sous la douleur. La plaie se mit à saigner abondamment, noire et visqueuse. Adrien pressa ses mains contre la blessure, son front collé au sien.
— Reste avec moi. Tu es ma vie, Éliane. Sans toi, je ne suis rien.
Elle le fixa, ses yeux brillants de fièvre, et un sourire se dessina sur ses lèvres.
— Tu m'as juré… à la première morsure. Nous sommes unis pour l'éternité. Ni l'argent, ni les flammes ne briseront ce lien.
Adrien l'embrassa, goûtant son sang amer. Leurs lèvres se mêlèrent dans une étreinte désespérée, un baiser qui tenait plus de la prière que du désir. Quand il se redressa, ses yeux étaient devenus deux braises incandescentes.
— Ils ont osé… dit-il, la voix basse, grondante. Ils paieront. Je te le jure, mon amour.
Éliane hocha faiblement la tête.
— Oui… ensemble. Toujours.
À quelques lieues de là, dans une grotte dissimulée par des rochers, Samuel pansait l'épaule d'Isolde. Elle avait refusé de se reposer tant que lui-même n'avait pas nettoyé sa propre plaie — une griffure profonde sur le flanc. Mais finalement, elle s'était laissée faire, assise sur une pierre, son visage pâle illuminé par la lueur des torches. Samuel pressa un tissu imbibé de vin sur la blessure, et Isolde grimaça, serrant les dents.
— Tu es trop dure avec toi-même, dit-il doucement. Même les plus grands chasseurs saignent.
— Ce n'est pas la douleur qui me ronge, répondit-elle, son regard fixé sur le vide. C'est leur force. Nous les avons affrontés… et nous n'avons fait que survivre.
Il s'agenouilla devant elle, prenant son visage entre ses mains calleuses.
— Nous les avons blessés, Isolde. C'est plus que la plupart des hommes n'ont jamais accompli. Et nous le referons. Jusqu'à ce qu'ils tombent.
Elle plongea ses yeux verts dans les siens. Une lueur passa dans son regard, mélange de détermination et d'amour.
— Dis-moi que tu resteras avec moi. Jusqu'au bout. Même si la fin nous attend au détour de cette guerre.
— Toujours, répondit-il sans hésiter.
Il posa ses lèvres sur les siennes, et le temps sembla s'arrêter. Le goût du sang et de la fumée se mêla à leur baiser, mais dans cet instant, rien n'existait hormis eux. Lorsqu'ils se séparèrent, Isolde posa son front contre le sien.
— Alors nous devons être plus forts. Plus rusés.
— Et plus unis, ajouta Samuel.
Ils jurèrent ensemble, dans cette grotte obscure, de ne jamais laisser la peur ou la mort les séparer. Leur amour serait leur arme, leur rempart contre l'horreur. Pendant des jours, chaque couple se prépara. Dans la cabane, Adrien et Éliane pansèrent leurs blessures à leur manière : par la rage, le sang, et des chasses nocturnes encore plus sauvages. Adrien ramenait des proies humaines qu'ils dévoraient ensemble, partageant les entrailles et s'enivrant de sang comme d'un vin sacré. Chaque repas était une communion, chaque hurlement une promesse de vengeance.
— Nous devons devenir plus que des bêtes, disait Adrien, ses yeux flamboyants. Nous devons devenir la terreur elle-même.
— Oui, répondit Éliane, sa main caressant sa joue. Nous leur montrerons que l'amour des loups est éternel, et qu'aucune lame d'argent ne peut l'éteindre.
Leurs corps s'unissaient dans des étreintes furieuses, leurs griffes marquant la peau de l'autre, leurs morsures dessinant des cicatrices qui devenaient autant de serments. Ils se nourrissaient de leur passion autant que de leur faim. Dans la grotte, Isolde et Samuel affûtaient leurs armes. Lames d'argent polies jusqu'à briller comme la lune, flèches renforcées, pièges forgés à partir de chaînes bénites.
Samuel s'entraînait sans relâche, balayant l'air de son épée dans des arcs puissants. Isolde, à ses côtés, décochait flèche après flèche, chacune atteignant son but avec une précision mortelle. Parfois, ils s'arrêtaient, épuisés, et se prenaient dans les bras. Ils se rappelaient pourquoi ils se battaient : pas seulement pour les villages détruits, pas seulement pour les innocents massacrés, mais pour eux-mêmes. Pour leur avenir ensemble, dans un monde où plus aucune bête ne viendrait troubler leur paix.
— Quand tout cela sera fini, murmura Samuel un soir, alors qu'ils contemplaient les étoiles, nous partirons. Loin des guerres, loin des ombres. Une maison au bord de la mer, peut-être.
— Une maison avec un jardin, répondit Isolde, un sourire doux aux lèvres. Et des enfants qui n'auront jamais peur de la lune.
— Oui… nos enfants.
Il l'embrassa, et leurs rêves se mêlèrent au silence de la nuit. Mais les rêves, comme les serments, étaient faits pour être brisés. Un matin, alors que Samuel taillait une nouvelle pointe d'argent, un hurlement résonna au loin. Ce n'était pas un hurlement ordinaire : c'était un appel, sauvage et clair, qui fit vibrer la forêt entière. Isolde se leva d'un bond, son arc déjà dans la main.
— Ils nous cherchent.
— Non, dit Samuel, son visage sombre. Ils nous appellent pour nous défier.
Ils échangèrent un regard, et tous deux comprirent : l'heure approchait. Dans leur cabane, Adrien et Éliane s'étaient relevés. Leur force revenue, leurs plaies refermées, ils hurlaient à la lune, leurs voix se mêlant dans une harmonie monstrueuse. Adrien prit Éliane par la main, et leurs regards se lièrent.
— Ce soir, dit-il, nous marquerons leur chair de nos griffes.
— Ce soir, répondit-elle, ils comprendront que l'amour est plus fort que leur argent.
Ils s'embrassèrent longuement, leurs corps frémissant sous l'appel de la lune rouge. Et quelque part, au cœur de la forêt, Samuel et Isolde répondaient silencieusement à ce serment par le leur : un baiser, une étreinte, et la certitude que leur amour tiendrait jusqu'à la fin, même au milieu des flammes.
Ainsi s'ouvrait une nouvelle nuit. Deux couples, deux amours. Deux serments de sang, prêts à s'affronter jusqu'à la mort. La forêt retenait son souffle, car bientôt, les cœurs armés et les cœurs sauvages se briseraient dans une danse de lames et de griffes. Et seule la lune déciderait qui survivrait à l'étreinte finale et qui nourrirait les corbeaux.
La Danse des Deux Amours.
La lune s'éleva, immense et blanche, comme une torche suspendue au-dessus de la forêt. Le silence s'abattit, étouffant jusqu'au souffle du vent. Les arbres semblaient se pencher, témoins muets de ce qui allait advenir. Deux couples s'avançaient, chacun d'un côté de la clairière.
D'un côté, Adrien et Éliane, leurs corps déjà frémissant sous l'appel de la transformation. Leurs mains entrelacées, leurs yeux flamboyants, ils étaient l'image même de la passion sauvage. Chaque souffle qu'ils échangeaient nourrissait leur rage et leur faim. De l'autre, Samuel et Isolde, armés jusqu'aux dents. Leurs lames brillaient d'un éclat d'argent, leurs arcs bandés vibraient comme des promesses mortelles. Ils s'étaient pris par la main avant d'entrer dans la clairière, et leur amour se lisait dans la tension de leurs regards. Deux couples. Deux amours. Deux serments. Et un seul destin.
Adrien fut le premier à hurler. Sa voix monstrueuse fit trembler la terre, et son corps se déforma dans une cascade de craquements. Ses muscles gonflèrent, sa peau se couvrit de fourrure, ses crocs jaillirent. Éliane l'imita, ses yeux devenant deux lueurs d'ambre, ses griffes luisant comme des couteaux. Samuel serra son épée d'argent.
— Souviens-toi, dit-il à Isolde. Pas de peur. Pas de pitié. Souviens-toi du berceau ensanglanté.
— Seulement toi et moi, répondit-elle, ses lèvres effleurant les siennes.
Ils s'embrassèrent une dernière fois avant de lever leurs armes. Et la bataille commença. Adrien bondit sur Samuel avec la force d'un ouragan. L'épée siffla et s'enfonça dans sa cuisse, arrachant un hurlement de rage. Mais le lycan répliqua d'un coup de griffe qui projeta le chasseur à terre. Samuel roula, se redressant à la force de ses bras, son souffle haletant. Isolde décocha une flèche qui transperça l'épaule d'Éliane. La lycane poussa un cri strident, arrachant la flèche d'un geste, le sang noir giclant. Elle se précipita sur la chasseresse, ses griffes labourant l'air.
Le bois résonnait de coups, de grognements, de cris étouffés. La lune baignait la clairière d'une lumière spectrale. Adrien plaqua Samuel contre un arbre, ses crocs à un souffle de sa gorge. Mais Samuel planta son poignard d'argent dans le flanc du monstre. Adrien rugit, reculant, ses yeux brûlants d'une haine inextinguible.
— Tu ne peux pas nous tuer ! gronda-t-il. Notre amour est éternel !
Samuel cracha du sang, mais son regard resta ferme.
— Alors il mourra avec vous et vous rejoindra en Enfer.
De l'autre côté, Éliane et Isolde s'affrontaient avec une férocité égale. La chasseresse esquivait les assauts, ses flèches se plantant dans la chair de la bête, mais Éliane avançait toujours, implacable. Enfin, elle la saisit par le bras et la projeta au sol. Elle posa sa patte griffue sur sa poitrine, prête à lui arracher le cœur.
— Tu crois connaître l'amour ? siffla Éliane, ses crocs luisant. Le nôtre brûle plus fort que le vôtre.
Mais une balle claqua. Samuel, malgré ses blessures, avait tiré. La balle d'argent traversa le dos d'Éliane et ressortit par sa poitrine. La lycane poussa un hurlement atroce, ses yeux cherchant Adrien.
— Adrien !
Il bondit vers elle, fou de rage, ses griffes balayant l'air, mais Isolde, encore au sol, leva son arc et décocha une flèche en plein cœur. Éliane s'effondra dans les bras d'Adrien, son corps se convulsant, ses yeux d'ambre s'éteignant peu à peu.
— Non… Éliane ! cria Adrien, sa voix résonnant comme une plainte animale.
Il la serra contre lui, son museau frottant son visage ensanglanté. Elle leva faiblement la main vers lui, ses griffes effleurant sa joue.
— Toujours… ensemble… murmura-t-elle, avant que la vie ne quitte ses lèvres.
Adrien hurla à la lune, un cri de douleur et de rage qui glaça le sang des chasseurs. Fou, il se jeta sur Samuel et Isolde, ses coups redoublant de violence. Samuel para de justesse, son épée sifflant dans la nuit. Mais Adrien était devenu un torrent de fureur, ses griffes labourant le sol, ses crocs claquant comme des pièges. Isolde décocha une autre flèche, qui se planta dans son œil gauche. Adrien hurla, son sang noir jaillissant. Samuel profita de l'ouverture et planta son épée jusqu'à la garde dans son torse.
Le lycan chancela, mais il attrapa Samuel et l'écrasa contre le sol, sa gueule se refermant sur son bras. Un craquement sinistre résonna. Samuel hurla, lâchant son arme. Isolde courut vers eux, son couteau d'argent en main. Elle grimpa sur le dos du monstre, enfonçant la lame dans sa nuque. Adrien rugit, se débattit, ses griffes déchirant le sol et les arbres.
— Meurs, Démon et rejoins ta coureuse de remparts ! cria-t-elle, enfonçant la lame plus profondément.
Adrien s'effondra enfin, son souffle rauque, son regard tourné vers le ciel. Ses yeux se posèrent une dernière fois sur le corps d'Éliane.
— Toujours… ensemble… balbutia-t-il, avant de s'écrouler, inerte.
Le silence tomba sur la clairière. Isolde glissa de son dos, haletante, ses mains tremblantes. Samuel, blessé mais vivant, se redressa difficilement. Ils se retrouvèrent, leurs corps meurtris, leurs visages tachés de sang. Ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassant avec une intensité déchirante.
— Nous avons survécu, murmura Isolde.
— Grâce à toi, répondit Samuel, ses lèvres collées aux siennes.
Autour d'eux, les corps des lycans gisaient, encore fumants là où l'argent les consumait de l'intérieur. Leur amour sauvage s'était éteint dans un dernier cri, laissant place au silence glacé. Samuel et Isolde levèrent les yeux vers la lune.
— Nous avons gagné, dit-elle.
— Non… corrigea-t-il. Nous avons seulement survécu.
Ils se serrèrent l'un contre l'autre, conscients que leur amour était désormais forgé dans le sang et les cendres. Et la lune, témoin muet de ce duel d'amants, continua de briller, indifférente à ceux qui s'étaient aimés, et à ceux qui venaient de mourir.
Le Serment des Héritiers.
La clairière était redevenue silencieuse. Les corps des lycans gisaient encore, fumants, consumés par l'argent et la mort. L'odeur de chair brûlée flottait dans l'air, mais la forêt, peu à peu, reprenait son souffle, comme soulagée. Samuel et Isolde, épuisés, se tenaient encore dans les bras l'un de l'autre. Leurs corps étaient meurtris, leurs vêtements déchirés, mais leurs cœurs battaient à l'unisson. La mort rôdait autour d'eux, et pourtant, jamais la vie ne leur avait paru plus précieuse.
Ils quittèrent la clairière main dans la main, marchant lentement jusqu'à la grotte qui leur avait servi de refuge. La torche vacillait sur les parois de pierre, illuminant leurs visages fatigués. Isolde s'assit, retirant ses gants tachés de sang. Samuel s'agenouilla devant elle, prenant ses mains dans les siennes.
— C'est fini, murmura-t-il.
— Non, répondit-elle doucement. Rien n'est jamais fini. Les bêtes reviendront toujours.
Un silence tomba, mais leurs regards disaient plus que leurs mots. Samuel posa son front contre celui d'Isolde.
— Alors il faut que quelqu'un reste pour se battre. Pas seulement nous. Nos enfants… nos héritiers.
Le cœur d'Isolde se serra, mais une chaleur douce l'envahit. Elle passa ses doigts sur le visage de Samuel, caressant ses cicatrices comme on effleure une relique sacrée.
— Oui… un enfant, dit-elle. Le fruit de notre amour. Qu'il hérite de notre force, de notre serment.
Samuel l'embrassa. Un baiser long, profond, qui effaçait la douleur de la nuit et faisait naître une promesse nouvelle. Leurs lèvres se retrouvèrent encore, leurs mains glissant sur leurs corps fatigués, mais avides de se sentir vivants. La grotte se remplit de murmures, de soupirs. Leur union, cette nuit-là, n'était pas seulement passionnelle : elle était sacrée. Chaque geste, chaque étreinte devenait une offrande au futur qu'ils espéraient bâtir. Dans le tumulte de leurs caresses, Samuel souffla contre ses lèvres :
— Ce que nous faisons, ce n'est pas seulement l'amour. C'est l'avenir.
— Oui, répondit Isolde, haletante. Notre enfant portera notre héritage. Il deviendra chasseur à son tour. De père en fils, de mère en fille. La lignée ne mourra pas.
Et tandis qu'ils s'unissaient, le monde extérieur s'effaçait. Plus de hurlements, plus de sang. Seulement deux êtres liés par une passion farouche, transformant leurs blessures en semence de vie. Les amants s'embrassèrent avec passion, encore grisés par la victoire du combat. Samuel pénètra le sexe fertile emplit de désir de sa compagne. Avec tendresse, il s'appliqua à lui faire l'amour en douceur. Isolde répondait par des gémissements et ce cessait d'embrasser son partenaire. Ils atteignirent l'extase ensemble en symbiose. La semence du chasseur cherchait le terreau pour garantir sa lignée et le trouva.
L'aube finit par poindre. Les premières lueurs traversèrent l'entrée de la grotte, caressant leurs corps nus allongés l'un contre l'autre. Samuel passa son bras autour d'Isolde, la serrant contre lui. Elle posa sa main sur son ventre, un sourire rêveur aux lèvres.
— Tu crois qu'il nous entend déjà ? demanda-t-elle en fermant les yeux.
— Oui, répondit Samuel, l'embrassant dans les cheveux. Et il saura, dès sa naissance, que ses parents se sont aimés assez fort pour défier la mort elle-même.
Un silence tendre s'installa. La forêt, à nouveau paisible, chantait doucement. Samuel leva les yeux vers la lumière et murmura :
— Alors qu'il en soit ainsi. Que notre amour vive à travers lui. Qu'il devienne le chasseur dont le monde aura besoin.
Isolde hocha la tête, les yeux mi-clos.
— Ou la chasseuse. Et qu'il sache toujours que tout commence par l'amour. Même dans les ténèbres.
Ils s'endormirent, bercés par l'aube et leurs serments. Et dans le ventre d'Isolde, imperceptible mais déjà présent, un souffle de vie venait de naître — la promesse d'une lignée nouvelle. Une lignée de chasseurs, forgée dans le sang, dans la douleur, mais surtout dans l'amour. Ils quittèrent le domaine de Montfaucon, chargés de la rétribution promise par le seigneur. Et en guise de remerciement, ils reçurent deux épées en argent massif en provenance du Vatican et bénies par le Saint Père.
La Lignée des Chasseurs.
La lune s'était levée, rouge comme une blessure, au-dessus des pins noirs. Dans l'ombre, un hurlement déchira la nuit, plus profond, plus terrible que ceux qu'Isolde avait jamais entendus. Samuel, à ses côtés, resserra sa main sur la garde de son épée d'argent.
— Il est là, dit-il. Le dernier. Le plus féroce.
— Alors ce soir, nous l'achèverons.
Derrière eux, deux silhouettes s'avancèrent. Une jeune femme aux yeux clairs, son arc déjà bandé, et un garçon à l'épée neuve, le regard aussi déterminé qu'effrayé.
— Père, dit la fille en posant une main sur l'épaule de Samuel. Nous sommes prêts.
— Et nous sommes avec vous, ajouta son compagnon, sa voix vibrante de courage.
Isolde posa les yeux sur eux, et son cœur se gonfla de fierté. Leur fille Camille était devenue chasseuse, comme ils l'avaient espéré, et elle avait trouvé à ses côtés un allié, un amour, Arthur qui partageait leur fardeau. Un craquement de branches fit taire leurs pensées. Du cœur de la forêt surgit la bête. Il était immense, bien plus grand qu'Adrien ne l'avait jamais été. Ses muscles roulaient sous une fourrure sombre comme la nuit, ses yeux rouges flamboyaient d'une rage ancestrale. Ce n'était pas seulement un lycan : c'était un seigneur des loups, un monstre forgé par les siècles.
— Tuez-les tous, gronda-t-il d'une voix gutturale. Et je dévorerai vos cœurs.
Le combat éclata comme l'orage. Samuel chargea, son épée d'argent traçant un arc lumineux. Le monstre para d'un revers, projetant des éclats de terre. La fille décocha flèche sur flèche, chacune sifflant comme un cri de mort, tandis que son compagnon s'élançait avec une audace brûlante, frappant aux jambes du colosse. Isolde, rapide et précise, tourna autour de la bête, son couteau d'argent brillant dans la nuit. Elle planta une lame dans le flanc du monstre, qui hurla et la repoussa d'un coup de griffe. Samuel la rattrapa avant qu'elle ne tombe, ses bras la soutenant.
— Toujours toi et moi, dit-il entre ses dents serrées.
— Jusqu'à la fin, répondit-elle avec un sourire sanglant.
La bataille dura de longues minutes, une danse d'acier, de flèches et de hurlements. Chaque membre de la famille frappait, esquivait, revenait, comme les notes d'une même symphonie meurtrière. Finalement, le compagnon de leur fille réussit à planter son épée dans le genou du monstre, le forçant à plier. La jeune chasseuse décocha alors une flèche en plein dans l'œil, arrachant un cri de douleur à leur cible. Samuel profita de l'ouverture. Il bondit, son épée levée, et d'un geste puissant, il trancha la gorge du lycan. Le sang noir jaillit comme une pluie. La bête chancela, grogna encore, puis s'effondra dans un fracas qui fit trembler la terre. Le silence retomba. Tous quatre restèrent là, haletants, couverts de sueur et de sang. Puis la fille s'avança, posant sa main sur l'épaule de son père.
— C'est fini, dit-elle. Grâce à nous.
— Non, répondit Samuel avec un sourire fatigué. Grâce à toi. Grâce à vous deux.
Il serra sa fille contre lui, tandis qu'Isolde les regardait, les larmes aux yeux. Plus tard, quand le feu qu'ils avaient allumé pour brûler le corps du monstre s'élevait dans la nuit, Isolde s'approcha de Samuel. Elle glissa ses doigts dans les siens, leurs regards se rencontrèrent dans la lueur des flammes.
— Samuel… murmura-t-elle. Il y a quelque chose que je dois te dire.
Il tourna vers elle son visage marqué par les années et les batailles.
— Quoi donc, mon amour ?
— Je suis enceinte. D'un garçon.
Ses yeux s'écarquillèrent. Un souffle, puis un rire incrédule franchit ses lèvres.
— Encore un enfant ? Comment le sais-tu ?
— Oui, dit-elle en posant sa main sur son ventre. Un fils. Un héritier. Un ange m'est apparue dans un songe.
Samuel la prit dans ses bras, l'embrassa longuement, oubliant les blessures, la fatigue, les morts.
— Alors la lignée continue, dit-il d'une voix vibrante. Nos enfants, et les enfants de nos enfants, seront des chasseurs. Pas par obligation… mais parce que notre amour leur donnera la force de l'être.
Isolde hocha la tête, les larmes roulant sur ses joues.
— Et il saura… comme notre fille le sait déjà… que tout commence ici. Dans cet amour qui défie la mort.
Ils s'embrassèrent à nouveau, leurs corps pressés l'un contre l'autre, tandis que derrière eux, leur fille et son compagnon observaient en silence, souriant. La lignée des chasseurs venait de s'enraciner encore plus profondément. Forgée dans le sang. Nourrie par la vengeance. Mais portée, avant tout, par l'amour. Et sous la lune désormais apaisée, un nouvel héritier dormait déjà, invisible mais bien présent, dans le ventre de sa mère.
La Dernière Transmission.
La maison familiale était pleine de murmures. Le grand repas avait réuni enfants, petits-enfants et amis, mais l'ombre planait sur la salle : Samuel, le vieux chasseur, était alité, le souffle court, les yeux encore clairs mais fatigués par trop d'années. À ses côtés, Isolde veillait, la main serrée sur la sienne. Ses cheveux étaient devenus argent, mais ses yeux gardaient la flamme de la femme qui avait traversé mille batailles. Autour du lit, les enfants se pressaient. La fille d'Isolde et Samuel, désormais mère de plusieurs enfants, racontait d'une voix vibrante les exploits de son frère Michel parti il y a de cela une décennie.
— On l'appelle le Chasseur aux Canines, dit-elle à ses enfants fascinés. Car à chaque lycan tombé, il arrache une dent, et l'ajoute à son collier. On dit qu'il en porte assez pour remplir les deux mains d'un homme.
Les yeux des enfants brillaient.
— Et il a affronté seul une meute entière dans les forêts de l'Est, continua-t-elle. Trois nuits de combat, et au matin, seul lui restait debout.
— Certains disent même qu'il a tué un lycan des montagnes, un monstre qu'on croyait immortel, ajouta son mari.
Tous se turent quand la porte s'ouvrit. Il entra. Le fils. Grand, massif, marqué par la chasse. Ses cheveux étaient longs, striés d'argent prématuré. Son collier de dents tinta doucement quand il franchit le seuil. Mais cette fois, il n'était pas seul. À son bras marchait une femme au regard fier, la main posée sur son ventre arrondi. Un murmure parcourut la salle. Les enfants s'agglutinèrent, fascinés. Isolde, les larmes aux yeux, se leva.
— Mon fils… tu n'es plus seul.
Il s'approcha, posa un genou devant elle, et l'embrassa sur les mains.
— Non, mère. J'ai trouvé mon ombre, ma compagne de chasse et de vie. Et bientôt, nous serons trois.
La jeune femme sourit, caressant son ventre.
— Un enfant, dit-elle doucement. Votre petit-fils.
Isolde étouffa un sanglot, ses doigts tremblants caressant la joue de son fils.
— Tu as tenu ta promesse… malgré les ténèbres.
Il se leva et s'approcha du lit où Samuel reposait. Le vieux chasseur leva difficilement la tête, ses yeux se fixant sur son fils. Un sourire fatigué plissa ses lèvres.
— Te voilà, murmura-t-il. Mon fils… le solitaire.
Le fils posa son collier sur la table près du lit. Les dents s'entrechoquèrent dans un cliquetis grave, presque cérémoniel.
— Père, dit-il d'une voix basse. Chaque dent est une victoire, mais aucune n'a plus de valeur que celle d'être ici… maintenant.
Samuel tendit une main tremblante. Le fils la prit dans les siennes, puissantes mais tremblantes aussi.
— Pardonne-moi, dit Samuel, ses yeux humides. Je t'ai toujours craint perdu… dévoré par ta solitude.
— Ne crains rien, père. J'ai marché seul longtemps, oui. Mais je ne suis plus seul. Et ton sang, ton serment, coule en moi.
Un silence sacré tomba sur la pièce. Samuel serra la main de son fils avec ses dernières forces.
— Alors je peux partir en paix… car je sais que la chasse continue. Pas seulement dans le sang et la haine… mais dans l'amour que tu as trouvé.
Le fils inclina le front, et leurs têtes se touchèrent.
— Adieu, père. Tes cicatrices sont les miennes. Tes serments… je les jure encore.
Samuel sourit, ferma les yeux, et son souffle s'éteignit comme une flamme au vent. Toute la famille pleura. Isolde posa sa main sur le corps de son mari, murmurant des mots d'amour. Les enfants, silencieux, serraient les mains de leurs parents. Le fils, debout, reprit son collier. Mais il le passa cette fois autour du cou de sa compagne, comme un héritage partagé.
— Cet enfant qui viendra, dit-il en posant sa main sur son ventre, héritera de ton rire, mère… de ta force, père… et de mon serment.
Il leva les yeux vers la famille réunie.
— La lignée continue. Pas par vengeance… mais par amour.
Et dans cette salle remplie de larmes et de lumière, le cycle s'acheva et recommença à la fois. La mort d'un père, la naissance d'un fils. La fin d'un chasseur, la promesse d'un autre. Sous le toit familial, la lignée des chasseurs de lycans vivait encore, plus forte que jamais, bâtie sur la souffrance, forgée dans le sang… mais guidée, toujours, par l'amour.
La Fin du Solitaire.
La forêt de nuit respirait lourdement. Autour du feu de camp, quatre jeunes campeurs riaient, leurs bouteilles tintant, inconscients des ombres qui rôdaient. Les flammes éclairaient leurs visages détendus, le craquement du bois couvrant presque les bruits lointains de la forêt. Puis, un hurlement. Grave. Sauvage. Le rire se brisa. Les campeurs se figèrent, leurs yeux cherchant la source du son. Mais déjà, les branches craquaient, les pas lourds s'approchaient.
Ils surgirent. Deux silhouettes monstrueuses, massives, couvertes de poils luisants, les yeux rouges comme des braises. Leurs crocs luisaient à la lueur du feu. Les lycans. Les campeurs n'eurent pas le temps de fuir. Le premier fut arraché du sol, sa gorge déchirée dans un jaillissement de sang. Le deuxième, frappé d'un coup de griffe, vola contre un arbre, son corps brisé. Les deux survivants hurlèrent, mais leurs cris s'éteignirent sous les mâchoires affamées.
Quand le silence retomba, il ne restait plus que des lambeaux de chair et des flammes vacillantes. Les deux lycans levèrent la tête, le museau maculé de sang, et grognèrent. Car une silhouette s'avançait, lente, implacable. Le Chasseur Solitaire.vLe collier de canines tintait sur sa poitrine à chaque pas. Dans ses mains, deux lames d'argent luisaient. Son regard était fixe, froid, déterminé.
— Alors, murmura-t-il, c'est avec vous que je finirai.
Les lycans rugirent et bondirent. Le combat fut une tempête. Les griffes frappaient, les lames sifflaient. Le Solitaire esquivait, tranchait, frappait encore. Chaque impact résonnait dans la nuit, chaque cri faisait trembler les arbres.vIl planta sa première lame dans l'œil d'un lycan, qui hurla et se débattit, arrachant la lame au passage. Le second l'agrippa, le projeta au sol. Le chasseur roula, se releva, le collier tintant comme un glas.
Ses muscles saignaient, ses os craquaient, mais il frappait encore. Sa seconde lame se ficha dans la gorge du premier lycan, qui s'écroula dans une gerbe noire. Mais le deuxième, plus massif, l'attrapa au flanc. Les crocs se refermèrent dans sa chair. Le cri du Solitaire déchira la nuit. Pourtant, dans un ultime effort, il leva sa lame et la planta en plein cœur du monstre. Le lycan hurla, le sang jaillit… et ils s'effondrèrent tous deux. Le monstre mort et le Solitaire agonisant. Il souriait à l'aube de la mort, la certitude du devoir accompli et léguant son témoin à Alexandre, Claire et Mathilde ses descendants.
Le silence revint. La clairière était jonchée de cadavres : les campeurs, les lycans, et le chasseur solitaire. Son corps reposait au milieu du carnage, le collier de dents couvert de sang. Ses yeux restaient ouverts, fixant les étoiles, comme s'il leur confiait son dernier serment. Le vent souffla, emportant l'odeur du sang vers les profondeurs de la forêt. Et dans l'ombre des arbres, un hurlement lointain répondit. La guerre n'était pas terminée.
Une nouvelle page se tourne et attends la résurrection de la légende, qui sortira de terre pour affronter une menace bien plus sombre que vous ne sauriez l'imaginer. Le Solitaire est mort, mais ce n'est pas la fin tant que ses mains pourront agripper une épée. Telle est la prophétie du Grand Mage qui voit tout, entend tout et attends la naissance de l'être maléfique pour faire renaître le héro.
Ainsi se termine la lecture du journal transmis de père en fils, de mère en fille et qui conte la légende de Michel le chasseur solitaire de lycans. Mais de nouvelles pages restent encore à remplir d'exploits. Une main referme ce journal. Celle-ci tachée de sang à peine visible sous la lumière vacillante d'une bougie repose ensuite sur la couverture du livre un collier de dents et effleure du doigt l'épée du Solitaire qui brille d'un éclat surnaturel. Aujourd'hui, beaucoup de travail reste à faire. Les lycans ne sont pas tous éradiqués. Ils se cachent en  espérant passer à travers les mailles du filet.
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