Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La morsure de l'éternité — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La morsure de l'éternité
Chapitre 3
Chapitre 3
L'odeur du criminel au sol est un détonateur. Ce n'est plus une simple soif ; c'est une déflagration qui pulvérise mes derniers remparts de soignant. À l'instant où mes narines captent l'effluve de sa peur — cette odeur aigre, métallique, chargée d'une adrénaline primitive — le Keegan raisonnable, celui qui fermait les yeux des morts avec respect, s'effondre.
Je m'élance.
Je ne suis plus qu'un éclair de muscles et de pulsions. Je percute l'homme avec une violence telle que le craquement de ses côtes résonne contre les dalles de marbre du hall. Je ne cherche pas la précision chirurgicale cette fois. Je suis une créature de pure sauvagerie. Mes mains se plantent dans ses épaules, mes ongles s'enfonçant dans sa chair comme des scalpels. Je sens ses hurlements étouffés par le bâillon vibrer jusque dans mes paumes, et cela ne provoque en moi aucune pitié, seulement une excitation frénétique.
Je plonge mes crocs dans sa gorge avec une brutalité animale. Ce n'est pas une ponction, c'est un déchirement. Le sang jaillit, chaud, bouillonnant, une source de vie corrompue qui vient inonder ma bouche sèche. À la première gorgée, je pousse un grognement sourd, un son qui ne sort pas d'une gorge humaine. Je bois avec une avidité obscène, sentant la puissance du criminel couler en moi, chaque battement de son cœur agonisant m'apportant une vague de jouissance électrique.
Evander, debout à quelques pas, m'observe. Son regard est fixe, dévorant. Il est fasciné par cette métamorphose, par cette beauté époustouflante qui se transforme en une bête de proie sans pitié. Je sens son désir irradier de lui, une chaleur noire qui répond à ma propre fureur. Ma sauvagerie l'excite au-delà des mots. Voir sa création se perdre dans l'extase du sang le transporte.
Quand le corps de l'homme finit par s'affaisser, vidé de toute substance, je relève la tête. J'ai du sang sur les lèvres, sur le menton, sur les mains. Je halète, mes yeux électriques fixés sur ceux d'Evander. Le lien entre nous est à vif, incandescent.
...
Evander ne me laisse pas le temps de reprendre mon souffle. Il franchit la distance qui nous sépare en un battement de cil et me plaque contre le mur de marbre froid, juste au-dessus du cadavre encore tiède. Ses mains s'ancrent dans mes hanches avec une force qui me fait cambrer le dos.
— Tu es magnifique dans ta fureur, Keegan, murmure-t-il, sa voix vibrant d'un désir sauvage.
Il m'embrasse avec une violence déchaînée, sa langue cherchant le goût du sang frais dans ma bouche. Le mélange de notre salive et de la vie que je viens d'ôter crée une ivresse insupportable. Nos vêtements volent en éclats, déchirés par des mains qui ne connaissent plus la patience. Dans ce hall immense, sous la lueur des bougies éternelles, nous devenons deux tempêtes qui se percutent.
Il me retourne brutalement, m'obligeant à m'appuyer contre la pierre froide. Je sens sa virilité, dure et impatiente, presser contre moi. Pour un vampire, l'acte sexuel après la chasse est une explosion sensorielle où chaque nerf est à vif. Quand il me pénètre, ce n'est pas une caresse, c'est une invasion. Je pousse un cri qui se perd dans les plafonds de quatre mètres de haut. Chaque coup de boutoir est une décharge de puissance qui résonne dans mes os.
Evander est possédé par une rage luxurieuse. Il me saisit par les cheveux, me forçant à rejeter la tête en arrière pour exposer ma gorge. Il me mord, non pour me transformer, mais pour marquer son territoire au milieu de notre jouissance. Je sens ses dents s'enfoncer dans ma peau, créant une douleur délicieuse qui se propage instantanément jusqu'à mon sexe.
Nous changeons de position dans une chorégraphie de prédateurs. Je me retrouve sur lui, mes jambes enserrant sa taille puissante, mes mains griffant son torse de marbre. Je cherche sa bouche, je cherche sa force, je cherche à me perdre en lui. Sa peau est glacée, mais à l'intérieur, c'est un volcan. Nos corps s'entrechoquent avec une vitesse que seul notre état permet, créant un rythme frénétique qui semble faire vibrer les fondations du manoir.
L'excitation d'Evander est à son comble. Il me soulève comme si je ne pesais rien et m'emporte vers l'escalier monumental, s'arrêtant sur les marches de bois sombre pour reprendre son assaut. Il me possède avec une sauvagerie qui me laisse pantelant, ses doigts s'enfonçant dans ma chair, laissant des marques pourpres qui ne s'effaceront qu'au lever du jour. Chaque mouvement est une promesse d'éternité, une fusion de deux âmes damnées qui trouvent leur salut dans la luxure la plus pure.
Je sens la jouissance monter, une vague de fond qui part de mes reins et envahit tout mon être. Evander le sent aussi. Son visage est transfiguré par une extase sombre, ses pupilles ont totalement dévoré l'iris de ses yeux. Il accélère, sa puissance devenant presque insupportable. Il grogne, un son rauque et profond qui semble sortir des entrailles de la terre.
Au moment de l'explosion, il se cambre, sa semence se déversant en moi comme une pluie de feu. Je hurle son nom, mon corps secoué par des spasmes de pur plaisir, mes sens s'éteignant les uns après les autres dans une énorme jouissance finale. C'est un anéantissement total, une fusion de sang, de sexe et d'ombre.
Nous restons là, enlacés sur les marches de l'escalier, nos souffles courts se mêlant dans le silence retrouvé du hall. Le cadavre du criminel gît un peu plus bas, oublié. Je suis niché contre le torse d'Evander, sentant son cœur lent reprendre sa cadence de métronome. Je n'ai plus faim. Je n'ai plus peur. Je suis simplement à lui, à jamais.
L'odeur du sexe et du sang flotte encore dans l'air lourd du hall alors que je m'extirpe lentement de l'étreinte d'Evander. Sur les marches de l'escalier, mon corps est zébré de marques pourpres, des griffures et des morsures qui témoignent de la violence de notre union. Je regarde ma peau, fasciné par la rapidité surnaturelle de ma propre biologie : sous mes yeux, les ecchymoses virent au jaune, les plaies se scellent sans laisser de cicatrices, et bientôt, ma peau redevient ce marbre lisse et froid, comme si rien n'avait eu lieu. Seule la sensation de sa puissance en moi subsiste, ancrée dans mes muscles.
Alors que je ramasse les lambeaux de mes vêtements, une vibration familière me fait sursauter. Mon téléphone, oublié dans une poche, affiche une notification. C'est un message de Martha.
— Keegan, je m'inquiète. Tu ne réponds plus. Est-ce que tu vas mieux ? On a besoin de toi au dispatch, le Vieux Carré est en feu ce soir. Tu penses pouvoir reprendre ton service demain ? Dis-moi que tu n'as pas abandonné les rues.
Le contraste est brutal. La réalité de Martha — celle des pansements, des radios qui crépitent et de l'espoir humain — vient percuter violemment ce manoir de l'ombre. Je relève la tête vers Evander, qui m'observe depuis le haut de l'escalier, sa silhouette découpée par la lueur des bougies éternelles.
— Martha demande quand je reprends le travail, murmuré-je.
Evander descend une marche, son visage se durcissant instantanément.
— C'est hors de question. Tu n'es plus un serviteur de la vie, Keegan. Tu es un prédateur. Jouer au secouriste avec des créatures dont tu te nourris désormais est une mascarade dangereuse. Tu finiras par craquer en plein service, et tu draineras l'un de tes collègues devant une ambulance.
L'instinct de celui que je suis toujours au fond de moi se cabre. Je me redresse, faisant face à son aura écrasante.
— J'ai encore une vie, Evander ! J'ai toujours envie d'aider, malgré ce que je suis devenu. Mon métier, c'est ce qui me tient, c'est ce qui m'empêche de devenir totalement comme cet homme dans le bocal. Si je perds Keegan le Dispatcher, je ne suis plus qu'un cadavre qui marche. Laisse-moi y retourner.
Le silence s'étire, pesant. Evander semble peser chaque mot, cherchant la faille dans ma détermination. Finalement, il soupire, un son qui semble porter le poids des siècles.
— Soit. Retourne à tes illusions de sauveur. Mais sache une chose : je ne serai jamais loin. Si la soif te submerge, si un patient saigne trop près de tes lèvres, je serai là pour étouffer le scandale ou pour t'arracher à ta propre folie.
Nous montons enfin dans la chambre pour affronter le repos diurne. Les rideaux de velours clos nous enferment dans un cocon hors du temps. Allongés l'un contre l'autre, ma tête posée sur son torse immobile, je sens le sommeil m'appeler, mais une curiosité plus forte que la fatigue me brûle les lèvres. Le lien psychique que nous partageons me donne faim de sa vérité.
— Quel âge as-tu réellement, Evander ? je demande dans un souffle. D'où viens-tu ?
Il reste silencieux un moment, ses doigts caressant distraitement mes cheveux. Puis, sa voix s'élève, profonde, avec une nuance d'accent que je n'avais jamais remarquée, quelque chose de très ancien.
— Je suis né en France, dans les terres froides de l'Auvergne, sous le règne de Louis XV. J'ai vu la Révolution de 1789 comme un simple spectateur de l'ombre. J'ai traversé l'Atlantique quand La Nouvelle-Orléans n'était encore qu'un avant-poste de boue et de rêves brisés. Mon âge... il se compte en siècles, mais le temps finit par ne plus être qu'une poussière grise.
— Et celui qui t'a créé ? Ton père vampire ?
— Et celui qui t'a créé ? Ton père vampire ?
Le corps d'Evander se raidit légèrement.
— Mon "créateur" était un aristocrate décadent nommé Armand de Valois. Il croyait que le sang était un art et que la souffrance humaine était une poésie. Il est mort il y a longtemps, Keegan. Les enfants finissent toujours par détruire leurs pères quand ceux-ci deviennent trop encombrants. J'ai personnellement veillé à ce qu'il ne voie jamais l'aube d'un nouveau siècle.
Je frissonne, réalisant la violence du monde dans lequel j'ai mis les pieds. Mais une dernière question me hante, la plus importante de toutes.
— Pourquoi moi ? Pourquoi m'avoir choisi, parmi tous les autres ? Et depuis combien de temps me suivais-tu ?
Evander se redresse légèrement pour plonger son regard dans le mien. Ses yeux brillent dans l'obscurité totale.
— Je te suis depuis presque six mois, Keegan. Je t'ai vu une nuit, sous la pluie de Royal Street, en train de réanimer un sans-abri dont tout le monde se moquait. Tu avais cette lumière... cette compassion qui semblait défier l'obscurité de la ville. Mais ce qui m'a fasciné, c'est ta beauté époustouflante, une pureté mélancolique que je n'avais pas vue depuis des décennies. Tu étais une œuvre d'art qui s'ignorait, un ange de miséricorde marchant dans les ténèbres. J'ai voulu posséder cette lumière. J'ai voulu voir si elle survivrait à la nuit éternelle.
Il dépose un baiser glacé sur mon front.
— Tu es mon chef-d'œuvre, Keegan. Ne me déçois pas demain soir.
Le sommeil finit par nous emporter. Une fois de plus, je sombre dans ses souvenirs : je vois les rues de Paris sous la Terreur, les calèches sur les pavés de La Nouvelle-Orléans coloniale, et je sens sa solitude immense qui vient se nicher dans mon propre cœur.
Dès que je franchis le seuil du poste de dispatching dans le Vieux Carré, le choc est une agression physique. Pour un jeune vampire, une foule est un cauchemar sensoriel absolu. Ce n'est pas seulement le bruit des voix qui sature l'espace ; c'est un brouhaha d'émotions brutes, de désirs inavoués et de peurs viscérales qui m'assaillent comme des vagues noires en pleine tempête.
Martha est là, devant son écran. Dès qu'elle me voit, elle s'arrête net. Son regard parcourt mon visage avec une intensité qui me met à nu.
— Keegan ? Mon Dieu, mais qu'est-ce qui t'arrive ? Tu es d'une pâleur cadavérique... on dirait que tu es une statue de cire. On dirait que tu n'as pas dormi depuis un siècle.
Je sens la panique monter, un froid sibérien qui n'a rien à voir avec la température de la pièce. Pour la rassurer, pour retrouver ce lien humain qui m'échappe, je m'approche et je lui prends doucement la main.
— Martha, écoute-moi... tout va bien, je te jure. J'ai juste eu une mauvaise grippe, je suis encore un peu faible.
À l'instant où mes doigts effleurent sa peau chaude, elle sursaute violemment et retire sa main comme si elle venait de toucher un serpent. Elle me regarde avec une expression mêlée de confusion et d'effroi.
— Mais... Keegan, tu es gelé ! Ta main est littéralement froide comme de la glace. Tu n'as pas de fièvre, tu n'as... tu n'as aucune chaleur. Qu'est-ce qui se passe réellement ? Tu as vu un médecin ?
— Je t'assure que je vais bien, Martha, répété-je, ma voix manquant de conviction. C'est juste le contrecoup. — Non, ce n'est pas "juste le contrecoup", insiste-t-elle, s'approchant à nouveau malgré son malaise. Tes yeux... ils ont changé, Keegan. Ils brillent d'une façon bizarre. Et pourquoi tu ne respires presque pas ? Qu'est-ce que tu as fait pendant ces deux jours de disparition ?
— Je t'assure que je vais bien, Martha, répété-je, ma voix manquant de conviction. C'est juste le contrecoup. — Non, ce n'est pas "juste le contrecoup", insiste-t-elle, s'approchant à nouveau malgré son malaise. Tes yeux... ils ont changé, Keegan. Ils brillent d'une façon bizarre. Et pourquoi tu ne respires presque pas ? Qu'est-ce que tu as fait pendant ces deux jours de disparition ?
Je me sens sombrer, prêt à fuir cette interrogation qui me déchire. C'est alors qu'une voix, limpide, glaciale et pourtant protectrice, s'installe au centre de mon chaos mental.
— Respire, Keegan. Ne lutte pas contre le flux, laisse-le glisser sur toi comme l'eau du Mississippi sur les quais.
C'est Evander. Il n'est pas là physiquement, mais sa présence télépathique est un ancrage d'une puissance absolue.
— Ferme tes yeux mentaux, mon petit guetteur, continue-t-il, sa voix résonnant dans mon cortex avec une autorité apaisante. Visualise un canal unique. Écoute uniquement la fréquence radio. Ignore ses questions, elles ne sont que des échos du passé. Concentre-toi sur le rythme de ma propre respiration, là-bas, dans le calme de notre chambre.
Je fais ce qu'il dit. Je m'accroche à sa voix. Lentement, le tumulte s'apaise. Je parviens à isoler les voix de mes collègues du chaos des pensées environnantes. Mais ce lien est à double tranchant. Je réalise avec une soudaine gêne que ce canal est ouvert dans les deux sens. Mes doutes, ma culpabilité pour l'homme tué au manoir, et même le désir sauvage que je ressens encore pour mon maître... il voit tout. Il n'y a plus d'intimité. Je suis une âme mise à nu.
— Tu n'as pas à avoir honte de tes désirs, Keegan, glisse-t-il avec une pointe de satisfaction cruelle. Ils sont la chaîne qui te lie à moi. Mais reste vigilant. Utiliser la télépathie consomme ton énergie vitale. Si tu puises trop dans notre lien sans te nourrir, ta soif augmentera plus vite que tu ne pourras la contenir.
Vers deux heures du matin, l'appel que je redoutais tombe. Un accident grave à l'intersection de Canal Street et de Rampart. Martha, toujours méfiante, me suit du regard alors que je sors avec l'équipe de terrain.
L'air nocturne me fouette le visage, mais dès que nous arrivons sur les lieux, l'horreur change de dimension. Une voiture de sport a percuté un pylône. Le métal est froissé, la fumée âcre s'élève, mais c'est l'odeur qui me foudroie instantanément.
L'air nocturne me fouette le visage, mais dès que nous arrivons sur les lieux, l'horreur change de dimension. Une voiture de sport a percuté un pylône. Le métal est froissé, la fumée âcre s'élève, mais c'est l'odeur qui me foudroie instantanément.
Le sang.
Il y a une mare de sang qui s'étale sur le bitume noir, brillant de reflets rubis sous les gyrophares. Pour un humain, c'est une tragédie. Pour moi, c'est un festin irrésistible. L'odeur du fer chaud, du sel et de l'adrénaline remplit mes poumons. Mes canines s'allongent, perçant l'intérieur de ma lèvre.
Je m'approche d'un blessé, une trousse de secours à la main. Mes mains tremblent violemment. Tout ce que je veux, c'est plonger mon visage dans cette plaie béante. La victime me regarde avec des yeux implorants, mais je ne vois plus un patient ; je vois un récipient de chaleur.
— Contiens-toi, Keegan ! la voix d'Evander tonne dans mon esprit. Si tu mords ici, je ne pourrai pas te sauver. Écarte-toi !
J'essaie. Je serre les dents. Mais la fatigue de la télépathie a épuisé mes réserves. En me parlant, Evander a sans le vouloir attisé le feu qui me dévore. Le manque d'énergie rend la soif insurmontable. Le sang qui coule sur le bitume semble m'appeler par mon nom.
Le blessé gémit. Le son de sa souffrance brise mes dernières défenses. Je me penche sur lui, faisant semblant d'examiner son cou.
— Non, Keegan ! Recule ! hurle Evander.
C'est trop tard. Mes mains ne sont plus celles d'un soignant, elles sont des étaux. Je profite de l'obscurité entre deux gyrophares pour presser mes lèvres contre la plaie de sa carotide. Le goût est une explosion. C'est mille fois plus intense que le sang du criminel. C'est le sang d'une victime innocente, chargé de pure terreur. Je bois, une gorgée, puis deux. La puissance me revient, balayant la fatigue, mais emportant avec elle mon âme.
Je sens la vie de l'homme faiblir sous mes crocs. Martha, qui était descendue de l'ambulance, m'appelle au loin : "Keegan ? Qu'est-ce que tu fais ? On doit le charger ! Pourquoi tu es si près de lui ?".
Je me redresse brusquement, m'essuyant la bouche d'un revers de manche frénétique. J'ai drainé sa force vitale. Je suis couvert de son essence. Je recule dans l'ombre, le regard fou, alors que Martha s'approche, une lampe torche à la main, le doute se transformant en horreur sur son visage.
— Tu as cédé, murmure Evander, sa voix vibrant de tristesse et de désir. Maintenant, le Dispatcher est vraiment mort. Bienvenue parmi nous.
Je me redresse brusquement, m'essuyant la bouche d'un revers de manche frénétique. J'ai drainé sa force vitale. Je suis couvert de son essence, mais le tissu sombre de mon uniforme absorbe la preuve de mon crime. Je recule dans l'ombre, le regard fou, alors que Martha s'approche, une lampe torche à la main. Le doute se transforme en une horreur sourde sur son visage, non pas parce qu'elle a vu le sang, mais parce qu'elle sent que l'air autour de moi a changé.
— Keegan ? Qu'est-ce que tu faisais si près de lui ?
Sa voix tremble. Le faisceau de sa lampe balaye mon visage, mais je détourne les yeux, fixant le corps livide de l'homme au sol.
— Je vérifiais sa carotide, Martha. Le pouls est... il est presque imperceptible.
— Tu as cédé, murmure la voix d'Evander dans le repli de mon esprit, vibrante de tristesse et de désir. Maintenant, le Dispatcher est vraiment mort. Bienvenue parmi nous.
— Tais-toi, grogné-je intérieurement.
— Tu as cédé, murmure la voix d'Evander dans le repli de mon esprit, vibrante de tristesse et de désir. Maintenant, le Dispatcher est vraiment mort. Bienvenue parmi nous.
— Tais-toi, grogné-je intérieurement.
Martha se précipite aux côtés de la victime. Elle ne voit pas la trace des crocs, elle ne voit que la pâleur extrême du blessé qui lutte pour chaque inspiration.
— Mon Dieu, il fait un choc hypovolémique ! Il faut le charger tout de suite, Keegan ! Aide-moi !
— Laisse-le, ordonne la voix glaciale d'Evander dans ma tête. Laisse-le mourir, c'est ta nature maintenant. Ne prolonge pas cette comédie.
— Laisse-le, ordonne la voix glaciale d'Evander dans ma tête. Laisse-le mourir, c'est ta nature maintenant. Ne prolonge pas cette comédie.
Mais je refuse. Une part de moi, celle qui s'accroche désespérément à l'homme que j'étais, se cabre. Je prends sur moi, ignorant la brûlure de la soif qui recommence déjà à tirailler mes entrailles. Je saisis le brancard avec une force que je dois contenir pour ne pas paraître inhumain.
— On y va, Martha ! Maintenant !
Ensemble, dans une chorégraphie que nous avons répétée cent fois, nous soulevons l'homme. Je sens la chaleur de son corps, ce qui reste de son sang battre si près de moi. C'est une torture. Chaque fibre de mon être veut le mordre à nouveau, finir ce que j'ai commencé, mais je serre les dents jusqu'à les faire grincer. Nous le chargeons dans l'ambulance. Martha s'engouffre à l'arrière, les mains déjà occupées par les solutés de remplissage.
— Monte, Keegan ! On démarre !
— Non ! Vas-y, je... je prends la suivante. Je dois ramasser le matériel resté au sol. Vas-y, Martha !
— Non ! Vas-y, je... je prends la suivante. Je dois ramasser le matériel resté au sol. Vas-y, Martha !
Elle n'a pas le temps de discuter. Les portes claquent, les sirènes hurlent, et l'ambulance s'éloigne dans un crissement de pneus.
Dès que les lumières disparaissent au tournant, je lâche prise. Je cours. Je ne cherche pas à savoir où je vais, je veux juste m'éloigner de l'odeur du sang, des gyrophares, de l'humanité. Je m'enfonce dans une ruelle sombre et étroite, loin du tumulte de Canal Street. Je m'effondre contre un mur de briques humides, le souffle court, les mains tremblantes.
Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai bu le sang d'un innocent. J'ai goûté à sa vie et, le pire, c'est que j'ai aimé ça. L'extase était plus forte que tout ce que je n'ai jamais ressenti. Je fixe mes mains dans le noir. Je suis un monstre. Un monstre qui porte encore l'uniforme de ceux qui sauvent.
Le silence de la ruelle est soudain rompu par un glissement de soie sur les pavés. Une ombre se détache de l'obscurité. Evander s'approche lentement, sans bruit. Il ne dit rien, ne me juge pas. Il se contente de s'arrêter devant moi.
Il tend la main et prend la mienne, glacée et tremblante. Ses doigts de marbre se referment sur mes phalanges avec une douceur infinie, une ancre dans la tempête de ma culpabilité.
— Tu as essayé de le sauver, murmure-t-il, sa voix n'étant plus impérieuse mais étrangement tendre. Tu as lutté jusqu'au bout. Mais tu sais maintenant que tu ne peux plus gagner ce combat, Keegan. La soif est plus vieille que tes principes.
Je lève les yeux vers lui, les larmes ne venant plus, remplacées par une douleur sèche au fond de la poitrine.
— Je l'ai vidé, Evander. J'ai failli le tuer.
— Et pourtant, tu l'as porté dans cette voiture. Tu as choisi de souffrir pour maintenir l'illusion. Viens, mon ange. La nuit est encore longue, et tu as besoin de comprendre que je serai toujours là pour ramasser les débris de ton cœur.
— Et pourtant, tu l'as porté dans cette voiture. Tu as choisi de souffrir pour maintenir l'illusion. Viens, mon ange. La nuit est encore longue, et tu as besoin de comprendre que je serai toujours là pour ramasser les débris de ton cœur.
Il serre ma main plus fort, m'invitant à me relever et à quitter ce monde qui ne m'appartient déjà plus.
Je reste prostré dans cette ruelle sombre, la main toujours prisonnière de celle d'Evander. Le silence de la nuit est lourd de ma trahison. À l'intérieur de mon esprit, c'est un ouragan de remords. Je revois le visage livide du jeune homme dans l'ambulance, je sens encore la chaleur de son sang glisser dans ma gorge, une sensation de paradis volé qui me donne la nausée. Chaque battement de mon cœur mourant semble hurler ma culpabilité. Je suis un soignant qui a puisé dans la source qu'il devait protéger.
Evander ne dit rien. Il reste là, immobile comme une statue de glace, mais je sens qu'il m'écoute. Il entend le tumulte de mes pensées, le cri de mon âme qui se déchire, le dégoût que j'ai pour moi-même. Il ne me juge pas, il ne me réconforte pas par des mots futiles ; il se contente d'absorber ma douleur par le contact de sa peau contre la mienne.
— Viens, finit-il par dire, sa voix étant un souffle de velours dans l'obscurité. Tu penses être un monstre solitaire, Keegan. Tu penses que ton crime te sépare du reste de l'univers. Je vais te montrer que tu as simplement rejoint une autre famille.
Il m'entraîne à travers un dédale de ruelles que je pensais connaître, mais qui révèlent des portes dérobées sous l'influence de sa présence. Nous arrivons devant un ancien entrepôt de tabac aux murs de briques rouges, situé aux lisières du Faubourg Marigny. De l'extérieur, le bâtiment semble abandonné, mais dès qu'Evander pose la main sur le fer forgé de la porte, un mécanisme invisible se déclenche.
À l'intérieur, le contraste est saisissant. C'est un club privé, immense, baigné d'une lumière ambrée et de fumée d'opium. La musique est un mélange de jazz hypnotique et de rythmes électroniques lancinants. Mais ce qui me coupe le souffle, ce sont les gens. Ils sont là, des dizaines, d'une beauté irréelle, vêtus de soies, de cuirs et de velours. Ils bougent avec une grâce prédatrice, discutant et riant au milieu d'humains qui semblent être dans un état de transe extatique.
— Regarde-les, Keegan, murmure Evander à mon oreille. Ils sont comme toi.
Alors que nous avançons, je sens une tension électrique monter dans la salle. Le brouhaha des conversations s'éteint comme une bougie soufflée. Tous les regards convergent vers nous avec une intensité qui me donne le vertige. Ce n'est pas seulement de la curiosité. C'est de la révérence mêlée à une jalousie rampante.
— Pourquoi tout le monde nous fixe ? je demande à voix basse.
— Parce que je suis le plus ancien de cette ville, Keegan. Le premier à avoir foulé ce sol avant même qu'il ne s'appelle La Nouvelle-Orléans. Et tu es ma progéniture. Mon premier choix depuis des décennies. Pour eux, tu es le prince héritier d'un empire qu'ils convoitent tous.
— Parce que je suis le plus ancien de cette ville, Keegan. Le premier à avoir foulé ce sol avant même qu'il ne s'appelle La Nouvelle-Orléans. Et tu es ma progéniture. Mon premier choix depuis des décennies. Pour eux, tu es le prince héritier d'un empire qu'ils convoitent tous.
Je sens les ondes de jalousie me percuter. Je vois des femmes aux parures baroques me toiser avec mépris, leurs yeux brûlants de l'envie d'être à ma place. Des hommes aux traits aristocratiques s'inclinent sur notre passage, mais je perçois le poison dans leur salut. Ils doivent le respect à Evander, car il est le maître incontesté, mais l'hostilité à mon égard est palpable.
Soudain, une voix s'élève, grinçante et pleine de fiel. Un vampire aux cheveux longs et aux vêtements de cuir usés, appuyé contre un pilier de fonte, nous observe avec un sourire provocateur.
— Une petite chose fragile qui joue encore au médecin, ricane-t-il assez fort pour que toute la salle l'entende. Est-ce là tout ce que le grand Evander a trouvé pour tromper son ennui ? Un gamin en uniforme qui pue encore l'antiseptique et la faiblesse humaine ?
Le silence qui suit est plus lourd qu'un linceul. Je sens le sang se glacer dans mes veines, mais Evander, lui, ne bronche pas. Il s'arrête net. Son aura, déjà imposante, se déploie soudainement, écrasant l'atmosphère du club. Sans lâcher ma main, il se tourne vers l'insolent.
Evander ne répond pas par des mots. Il se déplace avec une vitesse que l'œil ne peut suivre. En un battement de cil, il est sur le provocateur, le saisissant par la gorge et le soulevant du sol comme s'il ne pesait rien. L'autre vampire tente de se débattre, ses yeux s'écarquillant de terreur alors qu'il réalise l'ampleur de son erreur.
— Tu n'avais pas à insulter ma progéniture, murmure Evander d'une voix si basse qu'elle semble sortir des profondeurs de la terre. Tu n'avais pas à remettre en question mon choix devant ceux qui me doivent la vie.
Sous les yeux de l'assemblée pétrifiée, Evander approche son visage de celui de sa victime. C'est le Baiser de la Mort. L'acte interdit, la Diablerie. Evander ne se contente pas de le mordre ; il commence à absorber l'essence même de son être. Je vois le corps de l'insolent se crisper dans une agonie totale. Ses yeux se révulsent, sa peau se flétrit alors que son identité, ses souvenirs et sa puissance sont littéralement aspirés par Evander. C'est un crime ultime, une dévoration d'âme. Pour celui qui meurt, c'est l'effacement définitif et une souffrance que l'on ne peut imaginer.
Quand Evander relâche enfin le corps, celui-ci s'effondre sur le sol, n'étant plus qu'une enveloppe vide et desséchée qui part en poussière. Evander se redresse, paraissant soudainement plus vibrant, sa puissance ayant été nourrie par cette essence volée. Il se tourne vers la foule, son regard vert brûlant d'une intensité insoutenable.
— Écoutez-moi bien ! tonne-t-il. Vous vous demandez pourquoi j'ai choisi Keegan. Vous jalousiez sa place sans comprendre sa valeur. Je l'ai choisi car, même en étant l'un des nôtres désormais, il reste en lui une étincelle que même moi je n'ai plus. Il est le seul vampire existant à posséder cette étincelle d'humanité si rare. Un seul a porté ce fardeau avant lui : Caius Antonius.
Un frisson parcourt l'assemblée au nom de cette légende. Evander poursuit, sa voix captivant chaque prédateur présent :
— Caius n'a pas été tué par un ennemi. Sa mort fut un événement biblique au XVIIIe siècle, lors de la fondation de cette colonie. Après deux mille ans d'existence, il souffrait de la "Languidité". Le sang n'avait plus de goût, le pouvoir l'ennuyait. Il avait gardé son étincelle si longtemps qu'il ne supportait plus de voir la violence se répéter. Il a orchestré sa propre fin. Il s'est enfermé sous ce qui est aujourd'hui le Cimetière Saint-Louis n°1, laissant ses racines et la terre s'imprégner de son sang. C'est pour cela que notre terre est si fertile en magie : elle est nourrie par Caius. Il a simplement cessé de respirer, se transformant en une statue de sel et de cendres blanches. Au moment où son cœur s'est arrêté, une onde de choc psychique a traversé tous les vampires de sa lignée, rendant certains fous et offrant à d'autres des visions éternelles.
Evander pose alors son regard sur moi, avec une solennité presque religieuse. — Keegan est le premier depuis Caius à porter cette lumière. Quiconque le touche subira la Diablerie.
Il revient vers moi et prend mon visage entre ses mains. Ses pouces caressent mes pommettes. Devant tout le monde, il m'embrasse. C'est un baiser de possession et de respect, une revendication totale de mon être. Je me laisse porter par cet amour naissant, trouvant une paix étrange à être celui dont on s'occupe.
Le retour au manoir est silencieux. Dans la chambre, Evander s'agenouille entre mes jambes pour nettoyer mon visage à l'eau de rose. Chaque geste est une promesse.
— Laisse la culpabilité s'en aller, Keegan, murmure-t-il. Tu es mon prince de sel et de lumière.
Je ferme les yeux, savourant sa tendresse. Je ne suis plus seul. Je suis aimé par le plus ancien, celui qui voit en moi une étincelle que le temps n'a pas encore éteinte.
Fin du chapitre 3.
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