Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les Chroniques de l'Ether — Chapitre 2 · Le Seigneur des Airs
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Les Chroniques de l'Ether
Chapitre 2 · Le Seigneur des Airs
Chapitre 2 - le Seigneur des airs
L'œil vif et scrutateur, l'aigle royal effectuait sa ronde habituelle, la nue brillant sous l'éclat nocturne de la fine Nuit. Chaque arbre, chaque pierre, chaque mouvement, chaque crevasse de ce vaste territoire passaient sous sa vigilance. Avec ses pairs, ils étaient bien organisés, se partitionnant les surveillances par secteur.
Le sien se structurait pour l'essentiel d'une immense forêt enclavant un grand lac et quelques montagnes en bordure. Il y avait assez peu d'êtres vivants, bien qu'une activité homomorphe était clairement visible. Des rémanents du passé étaient également identifiés, en particulier par l'arbre immense qui trônait au milieu de la forêt. De nombreuses histoires ont circulé à son sujet. D'aucuns racontent qu'on y avait vécu en harmonie avec les autres avant la Grande Dépression, et que son espèce avait été chassée lorsque le Tyran eut pris le pouvoir. Mais c'était il y a si longtemps. Enfin, bien avant sa naissance, pour sûr. On y avait échangé tellement de choses : la culture, les arts, les inventions, etc. Et il y avait eu l'envie de bien faire. Les choses se furent délitées tellement vite, que les sociétés avaient éclaté. Même les plus grandes cités s'étaient vidées. Les siens avaient été chassés, les fées également, mais pour d'autres raisons plus obscures.
Et pendant sa ronde, comme à chaque fois, il se rappelait. L'histoire qu'on lui avait contée, sa jeunesse, sa première transformation. Les souvenirs étaient parfois beaux, souvent douloureux. Certains voyaient leur don comme une chance, lui se voyait maudit. Chaque bonheur qu'il eut pu ressentir avait toujours revêtu un revers âpre qui lui gelait le cœur. Il était heureux d'être un oiseau majestueux, mais cela lui avait tout coûté. Onze hivers s'étaient écoulés depuis lors, mais la blessure restait encore béante.
Il se laissa porter par l'air et les souvenirs, et perdant le fil du temps, il se retrouva de nouveau jeune et sans idée de ce qu'il allait vivre.
Jeune chasseur, il parcourait les versants de la forêt, sous l'œil de ses congénères. Ils étaient un petit groupe, assez soudé, bien que chacun ne savait ce qu'il adviendrait des autres ni même d'eux-mêmes. Ils vivaient encore dans l'insouciance que la pureté apporte. Il s'évertuait à rapporter au moins toujours une proie, pour nourrir son groupe, encore qu'il ne fut jamais le meilleur, comme si quelque chose lui faisait défaut. Non, chasseur, il était par devoir de subsistance, mais il n'était pas vraiment doué. Cela l'attristait beaucoup, car tous étaient excellents dans de domaine, faisant preuve d'une grande vaillance et d'un esprit très compétitif pour cette discipline.
En revanche, ses talents résidaient plutôt dans le travail du cuir, tissus et plumes. Oh oui ce qu'il était doué ! Une fois, son groupe avait tué un orignac de belle taille, il s'employa avec les autres à le dépecer et l'équarrir. Autant Sorya savait conserver la viande, autant lui savait faire de la peau un cuir propre afin d'en confectionner des vêtements de haute qualité. Aussi, il fit tanner la peau dans un premier temps. Cela était un processus assez long, mais les outils dont il disposait et sa capacité à chuchoter à la peau, comme se moquaient ses congénères, accéléraient sensiblement la manœuvre. Ainsi, au bout de trois cycles, il avait fait de sa peau un support de travail.
A ce moment-là, ses amis ne moquèrent plus : ils virent le cuir piqueter, changer de couleur, se bonifier et devenir un capri
Désormais, il était un membre de leur clan à part entière, il avait fait ses preuves. Et tous ses congénères se paraient des atours qu'il leur confectionnait. Leur petit hameau devenait confortable. Chaque coucher de Jour, autour du grand feu, ils se racontaient des histoires sur leurs parents qu'ils ne connaissaient pas, sur leur passé qu'ils ne connaissaient pas, sur leur avenir sur lequel ils n'avaient pas d'emprise. Ils étaient seuls et pourtant ensemble. Ils étaient unis et pourtant chacun devrait affronter ses épreuves seuls. Chacun savait les questionnements de l'autre, mais comment y répondre ? Ils formaient un groupe, mais ne savaient pas comment s'entraider fondamentalement. Et par principe de précaution, pour garder le clan soudé, ils s'étaient promis de ne pas convoiter un autre membre de leur communauté.
Aerkyr faisait partie de cet ensemble, et c'était la seule famille qu'il connaissait. Ils vivaient de la chasse, la cueillette et des échanges avec d'autres habitants de la forêt. Parfois des fées les accueillaient ou étaient accueillies selon les besoins de chacun. Parfois, c'étaient des dryades, très rarement des humains qui les craignaient et très peu de leurs congénères revenaient.
Leur petit Havre, calé au bord d'une rivière, était leur refuge. L'artisan continuait d'apporter des nouveautés : les vêtements confectionnés se complexifiaient dans les tons, les coupes, par exemple. Et quand il chuchotait aux fibres, elles gagnaient tantôt en résistance mécanique, tantôt en isolation, tantôt en camouflage. Cela faisait l'émerveillement de ses pairs, mais aussi la jalousie naquit : le fourreur suscitait de l'intérêt. Pourtant, sans comprendre cette jalousie qui naissait, il ne le savait pas encore, mais toutes les générations de changeurs de peau avaient connu de brillants trappeurs, mais également des cordonniers, maroquiniers et fourreurs de grande renommée !
Et un jour arriva où les choses basculèrent pour lui. Ce fut le jour où il embrassa la grande chasseuse de leur groupe, Artamès. Elle reconnaissait en lui un talent et une sincérité qu'elle ne voyait chez aucun autre des membres de leur groupe. Il incarnait une gentillesse naïve, mais honnête qu'elle appréciait beaucoup. De son côté, Aerkyr était troublé par les avances douces de la chasseuse, elle était trop belle, trop téméraire pour lui. Aussi impressionnante qu'elle semblait être pour lui, Artamès était tout autant intimidée. Alors qu'il lui apporta, à son petit logis de bois, une cape de peau d'ours, doublée de fourrure, filée d'or et avec une attache en argent, selon la demande qu'elle lui avait faite, elle prit la parole :
— Écoute, Aerkyr, je vais être directe avec toi. J'espère que tu ne m'en voudras pas !
Un peu étonné par les paroles de la chasseuse aux cheveux noirs de jais, il la laissa poursuivre, ne sachant pas ce qu'elle avait sur le cœur.
— C'est assez simple en fin de compte. Tu m'intimides avec ton talent et tes prouesses, tu m'étonnes moi par ta douceur et ta gentillesse à notre égard, quand bien même nous n'ayons pas été très tendres à ton égard...
— Tu sais, je ne sais pas vraiment comment cela fonctionne alors il n'y a pas de quoi être impressionné, la coupa-t-il, modeste.
— Arrête, je t'observe, chacun de tes gestes quand tu te crois seul. Tu sais ce que tu fais, c'est indéniable ! Sois fier de ce que tu es. Mais ce n'était pas le sujet initial que je voulais aborder.
Le cœur d'Aerkyr se gonfla sous les compliments de son interlocutrice et rougit un peu, avant de la questionner :
— Tu m'observes ? Comment ça ? Pourquoi ??
— Quoi ? Tu ne t'en étais jamais rendu compte ? s'exclama Artamès, perplexe.
— Figure-toi que non. Alors pourquoi ?
— Tu m'obsèdes ! Chaque geste que tu fais, en particulier pour moi, est un cadeau. Tu es attentionné et désintéressé. Regarde cette cape que tu m'as confectionnée ! Elle est magnifique ! Tu as dû y passer des cycles entiers pour en arriver à ce résultat.
— J'ai juste fait ce que tu m'avais demandé, tu sais.
La chasseuse s'impatienta, fit les cent pas dans sa petite pièce de vie. Il était assis, là sur sa couche qu'il avait lui-même fabriquée, et il ne voyait rien ! Ses bottes remontées sur son pantalon fait d'assemblage de cuir et plumes tambourinaient le sol, son pardessus de cuir brun vert voltigeait, ne couvrant plus vraiment sa blouse légère couleur crème qui révélait la naissance de sa poitrine.
— Ne le vois-tu pas ??? s'enflamma-t-elle alors.
Aerkyr qui observa son manège resta interdit. Les sensations qu'il éprouvait dans le ventre se tordaient douloureusement et il lui semblait que cela allait à l'encontre de leur principe commun. A priori, elle aussi paraissait torturée. Alors il se leva, sans un mot, et arrêta la valse infernale de la chasseuse des deux mains sur les épaules. Il la sentit frémir, malgré la chaleur ambiante qui régnait dans la pièce, il plongea son regard dans le sien et lut ce qu'il ne croyait pas possible, avec une acuité qu'il ne comprenait pas. Quand soudain, elle plongea vers lui, sa bouche écrasant la sienne, dans une étreinte passionnée qui les fit d'abord suffoquer. Leurs cœurs eurent des ratés avant d'apprécier ce moment qu'ils croyaient unique. Leurs bras passèrent dans le dos de leur partenaire et leurs bouches s'ouvrirent pour laisser place à un ballet lingual quelque peu frénétique et désordonné.
Ils se donnaient l'un à l'autre, chacun comprenant le cœur et les pensées de l'autre. Mesuraient-ils les conséquences ? Peu de chance. Aucun des deux n'avait vécu pareille sensation, pareil sentiment, pareille libération. Leurs mains passaient dans les cheveux de l'autre, caressaient le dos, les flancs avec fièvre. Artamès fit tomber la redingote de son amant, qui arrêta leur étreinte :
— T-tu es sûre ?
Elle lui sourit avec une infinie tendresse, ses yeux pers brillants dans le Jour déclinant, avant de laisser son propre pardessus en guise de réponse. Alors la suite se passa très vite : la chemise de l'un vola, la blouse de l'autre suivit, les bottes éjectées, les pantalons glissèrent. Et nus, ils s'affalèrent dans la couche moelleuse de la chasseuse. Leurs caresses se firent plus cajolantes, plus... intimes. Aerkyr prit un mamelon en bouche, jouant avec sa langue sur le téton qui dardait ou en mordillant le pourtour, ce qui fit tordre de plaisir la chasseuse échauffée. La température montait et leurs sens s'aiguisaient. Artamès saisit le sexe turgescent de son amant et entama une lente, mais profonde masturbation. Celui-ci, sous l'impulsion de la belle brune, fit glisser ses mains vers sa fente qui devenait moite. Ses doigts tombèrent sur une excroissance, qui, sous leur contact, la firent gémir.
— Mmmmh ne change rien ! C'est trop bon ! lui intima-t-elle dans un souffle saccadé.
Alors il appuya son geste sur ce petit bouton de plaisir, qui la faisait feuler de bonheur. Elle accentua également son geste, récoltant les perles d'humidité pour les étaler sur son gland doux et découvert. Dans un de ses mouvements, par erreur ou par acte manqué, Aerkyr glissa deux doigts entre les chairs tendres et les enfonça. Dans ses yeux brillait un désir fort et puissant, alors il continua d'abord avec de lents mouvements. Mais les saccades de son bassin lui firent nettement comprendre qu'il avait intérêt à intensifier son geste ! Alors les doigts en crochet, il s'activa et Artamès s'arc-bouta sous la vague de plaisir brut l'envahissant.
— J'ai envie de toi, de ton corps, lui susurra-t-il dans le creux de l'oreille.
Elle l'embrassa alors avec passion, passant ses bras dans le dos d'Aerkyr, et releva son bassin pour faciliter l'intromission. Le message compris, Aerkyr poussa alors que son sexe frottait contre le sien et la pénétra complètement. Artamès lui lacéra le dos, sous l'effet de la brève douleur, avant de se relâcher et de profiter de l'extase dans laquelle son corps se baignait. Leurs pupilles se dilatèrent pendant que le plaisir les submergeait. Le jeune fourreur coordonna ses mouvements avec ceux de sa partenaire et son membre coulissa à un rythme des plus appréciables pour les deux amants. Les gémissements retentirent dans la cabane et la vague de chaleur monta dans leurs corps suant de désir. Aerkyr saisit les seins ronds de la chasseuse et joua du pouce avec les tétons érigés. Cette dernière appuyait sur ses fesses pour lui intimer un rythme plus soutenu.
Après une accélération franche, la cadence devenait insoutenable pour les deux jeunes amants et, dans une ultime ruade, leurs corps se laissèrent envahir par un déferlement de plaisir et d'énergie. Il se déversa en elle et elle jouit de tout son souffle.
Mais quelque chose changea brutalement. Encore imbriqués l'un dans l'autre, il vit Artamès se couvrir d'un pelage gris sombre, son corps s'allonger, ses os se briser dans des hurlements abominables, ses mains devenir des pattes, son visage pointer vers un museau long et armé de grosses canines. La peur le prit alors même qu'elle le voyait lui aussi changer. Ses membres se brisèrent aussi dans une succession de douleurs atroces, son corps grandit et grossit, son visage vit son nez s'allonger et durcir, un duvet blanc puis brun sombre commença à pousser sur son corps.
Les deux êtres ne comprenaient pas ce qu'il leur arrivait, pourquoi leur état changeait et prirent peur, s'écartant chacun avec fracas dans un coin de la pièce. Ils renversèrent les meubles, firent vibrer la cahute devenue trop petite pour deux animaux de cette taille. Le loup géant qui se tenait devant lui, grognant et se dressant, l'effraya. L'aigle immense lui faisait si peur, de par son envergure qui l'enveloppait presque. Alors Artamès, par réflexe, l'attaqua, tous crocs et griffes dehors. Aerkyr la bloqua de son bec acéré et l'immobilisa ensuite au sol d'une seule serre. Il se pencha vers la louve, mais n'y discerna pas la femme qu'il aimait, seulement l'animal enragé et apeuré. Son grognement et l'agressivité dont elle faisait preuve à son égard facilitèrent sa décision instinctive.
D'un violent coup d'ailes, il fit voler en éclat la cabane, sous les regards ébahis puis terrifiés du reste du groupe qui s'était ameuté autour, saisit la louve à l'aide de ses serres et prit son envol dans une tornade de poussières, de feuilles et de brindilles.
La louve se débattit avec force, et une de ses morsures finit par avoir raison de la pression qu'elle subissait. La chute fut terrible, mais jamais Aerkyr ne la retrouva.
En revanche, ses talents résidaient plutôt dans le travail du cuir, tissus et plumes. Oh oui ce qu'il était doué ! Une fois, son groupe avait tué un orignac de belle taille, il s'employa avec les autres à le dépecer et l'équarrir. Autant Sorya savait conserver la viande, autant lui savait faire de la peau un cuir propre afin d'en confectionner des vêtements de haute qualité. Aussi, il fit tanner la peau dans un premier temps. Cela était un processus assez long, mais les outils dont il disposait et sa capacité à chuchoter à la peau, comme se moquaient ses congénères, accéléraient sensiblement la manœuvre. Ainsi, au bout de trois cycles, il avait fait de sa peau un support de travail.
A ce moment-là, ses amis ne moquèrent plus : ils virent le cuir piqueter, changer de couleur, se bonifier et devenir un capri
corsaire, pantacourt
, une pèlerine, une redingote, des bottes doublées de fourrure, comme s'il avait cela dans le sang. Alors oui il n'était pas chasseur, mais il avait amélioré leur quotidien. “C'est magnifique”, lui avait-on dit ; ou encore “Un vrai talent que tu as là, Aerkyr”. Cela fit sa fierté et sa joie.Désormais, il était un membre de leur clan à part entière, il avait fait ses preuves. Et tous ses congénères se paraient des atours qu'il leur confectionnait. Leur petit hameau devenait confortable. Chaque coucher de Jour, autour du grand feu, ils se racontaient des histoires sur leurs parents qu'ils ne connaissaient pas, sur leur passé qu'ils ne connaissaient pas, sur leur avenir sur lequel ils n'avaient pas d'emprise. Ils étaient seuls et pourtant ensemble. Ils étaient unis et pourtant chacun devrait affronter ses épreuves seuls. Chacun savait les questionnements de l'autre, mais comment y répondre ? Ils formaient un groupe, mais ne savaient pas comment s'entraider fondamentalement. Et par principe de précaution, pour garder le clan soudé, ils s'étaient promis de ne pas convoiter un autre membre de leur communauté.
Aerkyr faisait partie de cet ensemble, et c'était la seule famille qu'il connaissait. Ils vivaient de la chasse, la cueillette et des échanges avec d'autres habitants de la forêt. Parfois des fées les accueillaient ou étaient accueillies selon les besoins de chacun. Parfois, c'étaient des dryades, très rarement des humains qui les craignaient et très peu de leurs congénères revenaient.
Leur petit Havre, calé au bord d'une rivière, était leur refuge. L'artisan continuait d'apporter des nouveautés : les vêtements confectionnés se complexifiaient dans les tons, les coupes, par exemple. Et quand il chuchotait aux fibres, elles gagnaient tantôt en résistance mécanique, tantôt en isolation, tantôt en camouflage. Cela faisait l'émerveillement de ses pairs, mais aussi la jalousie naquit : le fourreur suscitait de l'intérêt. Pourtant, sans comprendre cette jalousie qui naissait, il ne le savait pas encore, mais toutes les générations de changeurs de peau avaient connu de brillants trappeurs, mais également des cordonniers, maroquiniers et fourreurs de grande renommée !
Et un jour arriva où les choses basculèrent pour lui. Ce fut le jour où il embrassa la grande chasseuse de leur groupe, Artamès. Elle reconnaissait en lui un talent et une sincérité qu'elle ne voyait chez aucun autre des membres de leur groupe. Il incarnait une gentillesse naïve, mais honnête qu'elle appréciait beaucoup. De son côté, Aerkyr était troublé par les avances douces de la chasseuse, elle était trop belle, trop téméraire pour lui. Aussi impressionnante qu'elle semblait être pour lui, Artamès était tout autant intimidée. Alors qu'il lui apporta, à son petit logis de bois, une cape de peau d'ours, doublée de fourrure, filée d'or et avec une attache en argent, selon la demande qu'elle lui avait faite, elle prit la parole :
— Écoute, Aerkyr, je vais être directe avec toi. J'espère que tu ne m'en voudras pas !
Un peu étonné par les paroles de la chasseuse aux cheveux noirs de jais, il la laissa poursuivre, ne sachant pas ce qu'elle avait sur le cœur.
— C'est assez simple en fin de compte. Tu m'intimides avec ton talent et tes prouesses, tu m'étonnes moi par ta douceur et ta gentillesse à notre égard, quand bien même nous n'ayons pas été très tendres à ton égard...
— Tu sais, je ne sais pas vraiment comment cela fonctionne alors il n'y a pas de quoi être impressionné, la coupa-t-il, modeste.
— Arrête, je t'observe, chacun de tes gestes quand tu te crois seul. Tu sais ce que tu fais, c'est indéniable ! Sois fier de ce que tu es. Mais ce n'était pas le sujet initial que je voulais aborder.
Le cœur d'Aerkyr se gonfla sous les compliments de son interlocutrice et rougit un peu, avant de la questionner :
— Tu m'observes ? Comment ça ? Pourquoi ??
— Quoi ? Tu ne t'en étais jamais rendu compte ? s'exclama Artamès, perplexe.
— Figure-toi que non. Alors pourquoi ?
— Tu m'obsèdes ! Chaque geste que tu fais, en particulier pour moi, est un cadeau. Tu es attentionné et désintéressé. Regarde cette cape que tu m'as confectionnée ! Elle est magnifique ! Tu as dû y passer des cycles entiers pour en arriver à ce résultat.
— J'ai juste fait ce que tu m'avais demandé, tu sais.
La chasseuse s'impatienta, fit les cent pas dans sa petite pièce de vie. Il était assis, là sur sa couche qu'il avait lui-même fabriquée, et il ne voyait rien ! Ses bottes remontées sur son pantalon fait d'assemblage de cuir et plumes tambourinaient le sol, son pardessus de cuir brun vert voltigeait, ne couvrant plus vraiment sa blouse légère couleur crème qui révélait la naissance de sa poitrine.
— Ne le vois-tu pas ??? s'enflamma-t-elle alors.
Aerkyr qui observa son manège resta interdit. Les sensations qu'il éprouvait dans le ventre se tordaient douloureusement et il lui semblait que cela allait à l'encontre de leur principe commun. A priori, elle aussi paraissait torturée. Alors il se leva, sans un mot, et arrêta la valse infernale de la chasseuse des deux mains sur les épaules. Il la sentit frémir, malgré la chaleur ambiante qui régnait dans la pièce, il plongea son regard dans le sien et lut ce qu'il ne croyait pas possible, avec une acuité qu'il ne comprenait pas. Quand soudain, elle plongea vers lui, sa bouche écrasant la sienne, dans une étreinte passionnée qui les fit d'abord suffoquer. Leurs cœurs eurent des ratés avant d'apprécier ce moment qu'ils croyaient unique. Leurs bras passèrent dans le dos de leur partenaire et leurs bouches s'ouvrirent pour laisser place à un ballet lingual quelque peu frénétique et désordonné.
Ils se donnaient l'un à l'autre, chacun comprenant le cœur et les pensées de l'autre. Mesuraient-ils les conséquences ? Peu de chance. Aucun des deux n'avait vécu pareille sensation, pareil sentiment, pareille libération. Leurs mains passaient dans les cheveux de l'autre, caressaient le dos, les flancs avec fièvre. Artamès fit tomber la redingote de son amant, qui arrêta leur étreinte :
— T-tu es sûre ?
Elle lui sourit avec une infinie tendresse, ses yeux pers brillants dans le Jour déclinant, avant de laisser son propre pardessus en guise de réponse. Alors la suite se passa très vite : la chemise de l'un vola, la blouse de l'autre suivit, les bottes éjectées, les pantalons glissèrent. Et nus, ils s'affalèrent dans la couche moelleuse de la chasseuse. Leurs caresses se firent plus cajolantes, plus... intimes. Aerkyr prit un mamelon en bouche, jouant avec sa langue sur le téton qui dardait ou en mordillant le pourtour, ce qui fit tordre de plaisir la chasseuse échauffée. La température montait et leurs sens s'aiguisaient. Artamès saisit le sexe turgescent de son amant et entama une lente, mais profonde masturbation. Celui-ci, sous l'impulsion de la belle brune, fit glisser ses mains vers sa fente qui devenait moite. Ses doigts tombèrent sur une excroissance, qui, sous leur contact, la firent gémir.
— Mmmmh ne change rien ! C'est trop bon ! lui intima-t-elle dans un souffle saccadé.
Alors il appuya son geste sur ce petit bouton de plaisir, qui la faisait feuler de bonheur. Elle accentua également son geste, récoltant les perles d'humidité pour les étaler sur son gland doux et découvert. Dans un de ses mouvements, par erreur ou par acte manqué, Aerkyr glissa deux doigts entre les chairs tendres et les enfonça. Dans ses yeux brillait un désir fort et puissant, alors il continua d'abord avec de lents mouvements. Mais les saccades de son bassin lui firent nettement comprendre qu'il avait intérêt à intensifier son geste ! Alors les doigts en crochet, il s'activa et Artamès s'arc-bouta sous la vague de plaisir brut l'envahissant.
— J'ai envie de toi, de ton corps, lui susurra-t-il dans le creux de l'oreille.
Elle l'embrassa alors avec passion, passant ses bras dans le dos d'Aerkyr, et releva son bassin pour faciliter l'intromission. Le message compris, Aerkyr poussa alors que son sexe frottait contre le sien et la pénétra complètement. Artamès lui lacéra le dos, sous l'effet de la brève douleur, avant de se relâcher et de profiter de l'extase dans laquelle son corps se baignait. Leurs pupilles se dilatèrent pendant que le plaisir les submergeait. Le jeune fourreur coordonna ses mouvements avec ceux de sa partenaire et son membre coulissa à un rythme des plus appréciables pour les deux amants. Les gémissements retentirent dans la cabane et la vague de chaleur monta dans leurs corps suant de désir. Aerkyr saisit les seins ronds de la chasseuse et joua du pouce avec les tétons érigés. Cette dernière appuyait sur ses fesses pour lui intimer un rythme plus soutenu.
Après une accélération franche, la cadence devenait insoutenable pour les deux jeunes amants et, dans une ultime ruade, leurs corps se laissèrent envahir par un déferlement de plaisir et d'énergie. Il se déversa en elle et elle jouit de tout son souffle.
Mais quelque chose changea brutalement. Encore imbriqués l'un dans l'autre, il vit Artamès se couvrir d'un pelage gris sombre, son corps s'allonger, ses os se briser dans des hurlements abominables, ses mains devenir des pattes, son visage pointer vers un museau long et armé de grosses canines. La peur le prit alors même qu'elle le voyait lui aussi changer. Ses membres se brisèrent aussi dans une succession de douleurs atroces, son corps grandit et grossit, son visage vit son nez s'allonger et durcir, un duvet blanc puis brun sombre commença à pousser sur son corps.
Les deux êtres ne comprenaient pas ce qu'il leur arrivait, pourquoi leur état changeait et prirent peur, s'écartant chacun avec fracas dans un coin de la pièce. Ils renversèrent les meubles, firent vibrer la cahute devenue trop petite pour deux animaux de cette taille. Le loup géant qui se tenait devant lui, grognant et se dressant, l'effraya. L'aigle immense lui faisait si peur, de par son envergure qui l'enveloppait presque. Alors Artamès, par réflexe, l'attaqua, tous crocs et griffes dehors. Aerkyr la bloqua de son bec acéré et l'immobilisa ensuite au sol d'une seule serre. Il se pencha vers la louve, mais n'y discerna pas la femme qu'il aimait, seulement l'animal enragé et apeuré. Son grognement et l'agressivité dont elle faisait preuve à son égard facilitèrent sa décision instinctive.
D'un violent coup d'ailes, il fit voler en éclat la cabane, sous les regards ébahis puis terrifiés du reste du groupe qui s'était ameuté autour, saisit la louve à l'aide de ses serres et prit son envol dans une tornade de poussières, de feuilles et de brindilles.
La louve se débattit avec force, et une de ses morsures finit par avoir raison de la pression qu'elle subissait. La chute fut terrible, mais jamais Aerkyr ne la retrouva.
Une larme sécha sur le plumage sous son œil alors que ses souvenirs rejaillissaient, la lumière de la Nuit brillant plus fort. Il l'avait longtemps cherchée, même alors qu'épuisé, il eut repris possession de son corps humain.
Un cri perçant retentit, signal que la ronde était finie. Les cinq oiseaux géants firent tranquillement demi-tour pour rejoindre leurs aires. Il voyait ses compagnons au loin, leurs pensées l'assaillirent. Il avait toujours eu, depuis sa transformation il y a onze ans, cette étrange capacité de voir plus loin et profondément. Mais ses congénères lui avaient aussi expliqué que tous les aigles étaient plus ou moins connectés entre eux, selon la distance, une manière idéale selon eux pour organiser une chasse. Il avait imaginé que ce devait être pareil pour les autres changeurs de peau. Qui savait ?
Brutalement, le ciel s'éclaira comme un plein jour, dans un flot de lumière ardente, d'aurores boréales et d'une énergie folle. Ses amis devinrent des petites flammes dans le ciel, alors qu'ils s'échouèrent contre le flanc de leur montagne. Lui-même sentait son plumage s'incendier, ses sens s'affoler et la douleur fut telle qu'il perdit connaissance.
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Commentaires ()
Après le travail du métal, voilà celui du cuir. Tu aimes décrire les matières et jouer avec, ça se voit.
Et quelle surprise que cette scène finale ! Vraiment, tu m'as bluffée ! Cette transformation qui sépare nos deux amoureux… Tu aimes que les choses ne soient pas trop simples. On a ça en commun ;).
Bravo pour ce second chapitre qui, comme le premier, donne envie de lire la suite :).
J’aime quand ça bouge, quand ça surprend et j’aime vous induire en erreur :)
Merci pour ton commentaire et ravi de te compter parmi mes lecteurs :)
Bon après la scène choquante c'est vraiment pour les petites natures :P
En tout cas, une histoire qui se pose bien. J'aime beaucoup car on se représente bien l'univers que tu crées..
Merci à toi. :)
Merci de ton commentaire :)
La rupture de ton entre la scène de sexe et la transformation des amants est aussi surprenant que bien amenée et décrite.
Vous avez dû noter que les deux histoires se terminent avec le même évènement.
Je ne vous en dirais pas plus :)