Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Brèves de comptoir — Chapitre 1 · Maëva
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Brèves de comptoir
Chapitre 1 · Maëva
Maëva est plus proche de la truie que de la femme. Engoncée dans son haut à strass dorés, elle a l'air grosse sans vraiment l'être. Tout en elle pourrait être flasque, mou, presque morbide, mais elle n'est qu'un mètre cinquante de volupté. Et je la hais pour ça. Je voudrais crever ces yeux brillants quand ils balayent son auditoire hilare. Presser encore et encore sa gorge albâtre, muer son rire, ne laisser qu'un chuintement et le vide. Plaquer mon visage contre sa poitrine, y enfouir mes mèches brunes, lui demander pardon. Mais Maëva appartient à Maximilien. A Max.
Maaaaaax. Quel surnom à la con, « Max ». Un nom de clébard. C'est sa fi-an-cée, et ça personne ne peut l'ignorer. Au centre du salon, elle fait voleter ses mains potelées, s'entrechoquer ses bracelets dans les strass. Surtout elle fait miroiter sa bague aux autres. Sous leurs regards envieux, elle feint l'ignorance. Ce n'est qu'un bijou parmi d'autres après tout… Mais il se trouve toujours au premier plan. Une bise ? C'est cette main qu'elle posera sur ton épaule, pressant légèrement l'annuaire pour te marquer de son bonheur. Un wrap avocat-saumon ? Elle s'en saisira délicatement, pincé entre l'index et le pouce, mais en gardant l'annuaire tendu. Même son tic de se cacher derrière sa main lorsqu'elle rit est devenu indécent. Maëva ne se contente plus de rire et de minauder. Désormais, elle enserre son visage dans sa main, et ne couvre sa bouche que de son annuaire, plaçant la bague au centre parfait de ses lèvres.
Quelle est belle. Sa tignasse brune s'arrête à hauteur d'épaules, ponctuée par deux créoles d'or. Son visage rondouillard se prétend brut, à peine maquillé, mais souligné par sa propension à rosir sous l'alcool, l'agitation, et le désir. Son teint écarlate s'estompe le long de son petit corps. Son double menton rose pâlot, sa gorge à peine beige, le souvenir de ses seins laiteux. Je la vois intercepter mes plongées lourdautes dans son décolleté. Elle remonte les pans de son haut, couvrir sa chair de noir, censurer le tableau doré qu'elle m'offrait. Son regard plein d'indifférence. Pas du mépris comme Victoria, pire : la morsure glacée de l'indifférence. Or et impassible, Bottero qui baise Klimt. Moins qu'une façade, c'est une toile qu'elle me réserve, pleine de craquelures et sans grand relief. Vers les autres, elle minaude. Son petit groin s'agite au rythme des éclats de rire, rougit du regard des autres. Elle veut que Max la regarde se faire regarder. Elle ne vient aux soirées que pour ça. Lui picole.
Même pas trente ans, mais leur couple est déjà boueux de lassitude. Il l'a baisé, il ne veut plus faire d'effort et en profite pour se faire mousser auprès des copains. Le Mâle, celui qui peut encore boire, qui n'est pas aux bottes de sa douce ; celui qui est resté jeune. La gueule de la jeunesse... Et cette habitude de tocard de cracher sa fumée de vapoteuse partout. Il n'est pas le Mâle. C'est un néo-cadre, qui au lieu de puer la mayonnaise et l'after-shave, empeste les idées réac, la suffisance et le liquide à vape goût caramel. Une petite moustache pour imiter les jeunes, mais pas trop longue pour rester propre. Une carrure large, témoin de qui il était, mais qui ne cesse de s'élargir à l'abdomen. Je lui souhaite tous les cancers du monde. Il aura une allure de fourmi : une petite tête, et un corps divisé en trois globes informes – sa calvitie, sa tumeur et son bide. Manque plus qu'un enfant pour l'écraser du bout du pouce, négligemment. Elle, c'est un scarabée. Sa ceinture broie sa taille, force la graisse vers sa gorge et ses hanches. Un énorme cul noir qui remue lascivement.
Mm, she the devil
She a bad lil' bitch, she a rebel
Maëva se penche vers Audric, exhibe le fraise-vanille de sa gorge, pose sa main sur sa cuisse, ses yeux dans ses yeux. Ses phalanges blanchissent autour de sa jambe, et elle rit. Elle rit et lui montre à quel point elle peut le chauffer et s'en foutre. Elle pourrait lui choper les couilles, lui lécher le cou, frapper son crâne contre le mur, ça ne voudrait rien dire. Et Audric le sait. Il n'y a rien de pire que l'autodérision feinte. Un sourire pincé qui se prétend lucide de sa médiocrité. Les mains de Max resserrent la laisse, embrassent ses reins compressés par le ceinturon. Maëva lui présente son dos, son cou à embrasser, ses cheveux à sentir, mais le pantalon noir continue de s'agiter pour l'autre. Droit dans les yeux, ses lèvres contre celles de Max, elle ne lâche pas Audric du bout des hanches.
Ce con feint le désintérêt. Feint le respect de son ami. Feint de fixer son verre, ne s'accordant qu'un coup d'œil timide au couple, parfois, lâchement. Un sourire mondain, comme s'il partageait leur dynamique en attendant sa propre femme. Comme s'il avait le contrôle. Mais tu es une merde Audric. Tes tempes palpitent à la fréquence de ton imagination. Tu devrais te lever, lui péter la gueule et saillir Maëva à même le sol. Qu'elle puisse continuer de le regarder amoureusement alors que tu la démontes. Mais non, tu préfères garder ton sourire veule et satisfaisant, incapable d'avoir le réel. La vaine victoire du désir. La fierté d'avoir pu renifler le plat que les autres bâfreront. Elle pensera peut-être à toi en rentrant avec lui. J'en doute. Elle joue, mais pas avec toi.
Son indifférence je l'ai gagné moi. Ma tête enfouie dans ses mamelles il y a trois mois. Toute sa fièvre contre mes lèvres, sa joie mesquine de faire mal, et de savoir qu'elle ne serait pas punie pour ça. Max l'avait trompé, donc elle devait le tromper. Elle devait le tromper, donc elle savait à qui s'adresser, je ne demandais que ça. Sentir sa chair rose frotter sa jupe, enfoncer l'empreinte de mes doigts dans ses cuisses. Sa chaleur moite, irradiant mes paumes, et le contact rêche de quelques poils oubliés. La sensation de,
— Non
Non ? Et l'entendre chouiner, dire qu'elle ne peut pas lui faire ça. Alors qu'elle vient de le faire. Mais ne pas aller au bout permet de singer la vertu. J'ai haï et respecté ce non. Ce coup de marteau sacrifiant tout pour protéger son pseudo-honneur. Ce refus, qui ne visait ni moi, ni lui, mais que son petit amour-propre à elle. La peur de la culpabilité, alors que je la tétais. Un « non » affirmé, la main dans mes cheveux et la voix haletante. Le non grossier d'une truie en manque d'amour.
Et t'es là. A me toiser. A me regarder vous fixer, à me pisser dessus avec ton indifférence. J'en deviens soupçonneuse, plus égocentrée que jamais. Je vois un message caché partout. Est-ce que tu existes Audric, pour exciter Max, pour m'exciter moi ? Est-ce que tu veux qu'on recommence ? Que je suce ta langue tendue, mes mains réchauffant ta nuque nue. Est-ce que tu veux les sentir échapper à ta ceinture, se glisser,
— Est-ce que tu veux qu'on te ramène un verre d'eau Haj ? On va à l'étage. T'es toute blanche.
Va te faire foutre. La rumeur du claquement de ses reins contre les tiens, ton souffle mal étouffé. On l'a tous entendu. On a tous singé de l'ignorer pendant les pauses de la musique. Audric s'est barré, mais c'est moi qui te déteste. J'avais tout imaginé. Et j'imagine encore, ton teint rouge sous lui, ta bouche entre-ouverte et les plis de ton ventre. « T'es toute blanche », je t'emmerde.
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