Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Fraîcheur à la Mairie — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Fraîcheur à la Mairie
Chapitre 2
L’idée de la piscine municipale n’était pas de Lucas.
Elle était de son prédécesseur, Bernard Mouret, soixante-deux ans, qui avait passé trois mandats à en parler, deux mandats à monter des dossiers de financement, et un mandat à regarder les subventions régionales s’évaporer dans des arbitrages budgétaires obscurs. Bernard avait quitté la mairie avec l’amertume tranquille d’un homme qui avait semé sans jamais récolter, et la piscine était restée dans les cartons comme un testament non honoré.
Lucas avait trouvé le dossier dans le deuxième tiroir du bureau — juste en dessous de la provision qu’il avait lui-même placée dans le premier — et l’avait feuilleté avec l’attention concentrée qu’il réservait aux choses qui l’intéressaient vraiment. Une piscine municipale. Vingt-cinq mètres. Vestiaires mixtes. Plage extérieure. Budget partiellement financé, dossier prêt à soumettre.
Il avait convoqué Thomas le lendemain matin.
— La toiture de la salle des fêtes, avait dit Thomas en entrant, le dossier sous le bras, l’air d’un homme qui avait décidé d’être professionnel.
— Plus tard, avait dit Lucas. Assieds-toi. On a une piscine à construire.
Thomas s’était assis. Il avait regardé le dossier que Lucas lui tendait. Puis il avait regardé Lucas — les yeux bleus, la chemise ouverte sur deux boutons, l’écharpe tricolore posée avec une négligence calculée sur l’épaule gauche.
— D’accord, avait-il dit. La toiture peut attendre.
La piscine fut construite en six mois, ce qui constituait en soi un miracle administratif que personne ne chercha vraiment à expliquer. Les entreprises locales avaient répondu aux appels d’offres avec un enthousiasme inhabituel. Les réunions de chantier, présidées par Lucas en personne, avaient un taux de participation record. Le conducteur de travaux, un certain Arnaud, trente ans, brun, les bras couverts de plâtre et le regard franc, avait pris l’habitude de passer à la mairie chaque vendredi soir pour le compte-rendu hebdomadaire. Gisèle notait ces rendez-vous avec la régularité d’une métronome et montait le volume de la radio avec la même ponctualité.
Le chantier fut livré début juillet, avec deux semaines d’avance.
— Comment tu as fait ? demanda Thomas, qui n’avait jamais vu un chantier public livré en avance de sa vie.
Lucas sourit.
— Motivation des équipes, dit-il simplement.
Thomas préféra ne pas approfondir.
L’inauguration fut fixée au premier samedi de juillet, ce qui tombait bien : il faisait trente-deux degrés à l’ombre et le village entier avait besoin d’une piscine depuis toujours.
Gisèle avait organisé la cérémonie avec une efficacité militaire — estrade, micro, élus des communes voisines, représentant de la région, buffet, photographe du journal local. Elle avait également prévu, sur une suggestion de Lucas qu’elle n’avait pas questionnée, que les vestiaires seraient accessibles dès le matin pour « l’équipe technique chargée de la vérification finale des installations ».
Lucas arriva à dix heures dans un maillot de bain ajusté et des lunettes de soleil, l’écharpe tricolore sur le torse nu. Le représentant de la région, un homme de cinquante ans habitué aux inaugurations soporifiques de ronds-points et de médiathèques, le regarda descendre de voiture et reconsidéra immédiatement l’intérêt de sa journée.
L’équipe technique de vérification finale était composée de Thomas, d’Arnaud le conducteur de travaux, et de Sébastien, vingt-trois ans, maître-nageur fraîchement recruté pour gérer la piscine, grand, blond, les épaules larges d’un homme qui nage depuis l’enfance et le regard légèrement intimidé de quelqu’un qui rencontrait son employeur pour la première fois.
Lucas les retrouva dans les vestiaires à dix heures et quart, soit une heure et demie avant le début officiel de la cérémonie.
— Messieurs, dit-il en posant l’écharpe tricolore sur le banc avec la solennité appropriée, il convient de vérifier que les installations sont conformes avant l’ouverture au public.
Thomas, qui connaissait le protocole, croisa les bras et sourit.
Arnaud, qui avait ses propres souvenirs des vendredis soirs à la mairie, hocha la tête.
Sébastien regarda le maire, puis ses deux collègues, puis le maire à nouveau, et comprit qu’il venait de prendre le poste le plus intéressant de sa courte carrière.
Les vestiaires de la nouvelle piscine municipale de Saint-Loup-sur-Vère étaient spacieux, carrelés de blanc, équipés de bancs en bois clair et de douches individuelles. Lucas avait personnellement insisté, lors des réunions de chantier, sur la qualité des bancs. Arnaud avait noté la demande sans commentaire particulier.
Lucas commença par Sébastien, parce que c’était son premier jour et qu’il avait une philosophie de l’accueil des nouveaux employés qui ne figurait dans aucun manuel de ressources humaines. Il l’assit sur le banc, se planta devant lui, et laissa tomber le maillot de bain avec la désinvolture d’un homme parfaitement à l’aise avec ce que la nature lui avait accordé. Sébastien leva les yeux, les baissa, les releva, et abandonna toute prétention à la neutralité professionnelle.
Le corps de Lucas dans la lumière blanche des vestiaires était une chose à voir. Les épaules formaient des arcs parfaits, les pectoraux se soulevaient à chaque respiration avec une régularité presque hypnotique, les abdominaux dessinaient une ligne verticale précise du sternum au bas-ventre. Ses cuisses étaient longues et définies, les muscles visibles sous la peau dorée, et entre elles il était — comme le reste — à la mesure exacte de ce qu’on pouvait espérer d’un homme de cette architecture.
— Tu sais nager ? demanda Lucas à Sébastien.
— Je suis maître-nageur, dit Sébastien d’une voix légèrement étranglée.
— Bien, dit Lucas. Alors tu sais retenir ta respiration.
Ce qui suivit dans les vestiaires fut une démonstration collective de ce que la motivation municipale peut produire quand elle est correctement canalisée. Lucas prit son temps avec chacun — méthodique, généreux, attentif — gérant les trois hommes avec l’aisance d’un élu rompu aux situations complexes. Sébastien, allongé sur le banc, les mains agrippées au bord, découvrit que son nouveau maire avait une façon de prendre les choses en main qui rendait l’orientation professionnelle parfaitement évidente. Thomas, qui connaissait déjà le terrain, se montra d’une coopération expérimentée. Arnaud ferma les yeux et pensa vaguement qu’il avait bien fait de soigner la qualité des bancs.
Lucas prit Sébastien en dernier, longuement, le maître-nageur à genoux sur le carrelage frais, les grandes mains de Lucas dans ses cheveux blonds, guidant avec cette autorité tranquille qui était sa signature. Puis il l’installa contre le mur de carrelage blanc, les jambes de Sébastien autour de ses hanches, et travailla avec une régularité de métronome qui fit résonner les vestiaires de sons que le représentant de la région, installé sur l’estrade à cinquante mètres de là, attribua au système de filtration.
Quand ce fut terminé, les quatre hommes restèrent un moment sous les douches, dans un silence satisfait.
— La piscine a l’air en bon état, dit Thomas finalement.
— Impeccable, confirma Arnaud.
Sébastien ne dit rien. Il regardait le carrelage avec l’expression d’un homme qui vient de comprendre quelque chose d’important sur sa vie professionnelle.
Lucas récupéra l’écharpe tricolore sur le banc, la remit en place sur son torse nu, et se regarda dans le miroir des vestiaires une demi-seconde.
— On y va, dit-il. Le village nous attend.
La cérémonie d’inauguration fut un succès total.
Lucas prononça un discours depuis l’estrade — torse nu sous l’écharpe tricolore, lunettes de soleil sur le nez, le micro à la main — qui ne dura pas plus de quatre minutes et ne contenait aucune information concrète sur la gestion municipale, mais qui fut interrompu trois fois par des applaudissements spontanés. Il remercia les entreprises locales, l’équipe technique, et le maître-nageur Sébastien — qui, assis au bord du bassin en uniforme, regarda fixement le bout de ses pieds pendant toute la mention de son nom.
Le représentant de la région saisit l’occasion du buffet pour s’approcher de Lucas et lui serrer la main avec une chaleur inhabituelle.
— Remarquable, dit-il. Vraiment remarquable. Un élu aussi jeune, aussi… dynamique. Vous avez pensé aux prochaines législatives ?
Lucas sourit — ce sourire asymétrique, légèrement dévastateur.
— Une chose à la fois, dit-il.
Le représentant de la région nota son numéro de téléphone sur une serviette en papier, la plia soigneusement, et la glissa dans sa poche de veste avec la discrétion d’un homme qui prend une décision politique importante.
Gisèle, qui observait la scène depuis le buffet, but une gorgée de jus d’orange et adressa un regard au ciel d’une neutralité absolue.
Le nouveau canapé en cuir du bureau du maire fut livré le lundi suivant.
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