Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Fraîcheur à la Mairie — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Fraîcheur à la Mairie
Chapitre 1
Monsieur le Maire
Le village de Saint-Loup-sur-Vère comptait quatre cent douze habitants, un café-tabac, une boulangerie qui fermait le lundi, et désormais le maire le plus beau de toute la République française.
Le fait n’était pas contesté. Même le vieux Fernand, quatre-vingt-deux ans, ancien militant de gauche et ronchon professionnel, avait glissé le bulletin de Lucas Martel dans l’urne avec une conviction qu’il n’avait pas ressentie depuis Mitterrand. Il n’aurait pas su expliquer pourquoi. Peut-être à cause des yeux. Peut-être à cause des épaules. Peut-être parce que lorsque Lucas lui avait serré la main lors de la campagne, Fernand avait eu l’impression que le sang lui revenait dans les veines.
Lucas Martel avait vingt-deux ans, un programme municipal vague comme un ciel de printemps, et un physique qui rendait le programme parfaitement superflu.
Il mesurait un mètre quatre-vingt-cinq et pesait quatre-vingt-dix kilogrammes de muscle pur, fruit de dix ans de cross-fit et d’une génétique que ses concitoyens considéraient collectivement comme une bénédiction divine. Ses cheveux châtains étaient toujours légèrement en désordre, comme s’il venait de sortir d’un lit ou d’une rivière — les deux hypothèses étant également plaisantes. Ses yeux étaient d’un bleu presque irréel, le genre de bleu qui faisait baisser les yeux aux gens qui le regardaient trop longtemps, non pas par honte mais par une sorte de vertige. Sa mâchoire était large et nette, ses lèvres pleines, et quand il souriait — ce sourire lent, légèrement asymétrique — les décisions rationnelles devenaient difficiles à prendre pour quiconque se trouvait dans un rayon de cinq mètres.
Son programme ? La rénovation du lavoir communal et une réflexion approfondie sur le ramassage des ordures. Il avait été élu avec soixante-treize pour cent des voix. Le candidat sortant, qui cumulait trente ans d’expérience municipale et un vrai bilan, avait obtenu dix-neuf pour cent. Les huit pour cent restants correspondaient aux bulletins blancs déposés par des gens qui avaient des principes mais pas l’immunité nécessaire.
Le jour de son installation officielle, Lucas avait revêtu son écharpe tricolore par-dessus une chemise blanche dont il avait, délibérément ou non, laissé les deux premiers boutons ouverts. La secrétaire de mairie, Gisèle, cinquante-huit ans et trente ans de service, avait regardé l’écharpe, puis la chemise, puis l’écharpe à nouveau, et avait décidé qu’elle ne prendrait pas sa retraite cette année.
— Monsieur le Maire, avait-elle dit avec une solennité inhabituellement émue. Bienvenue.
— Gisèle, avait répondu Lucas en posant la main sur son épaule, appelez-moi Lucas.
Gisèle avait failli s’asseoir par terre.
La première semaine fut consacrée à la prise de fonction. Lucas signa des documents, reçut des administrés, hocha la tête à des réunions dont il ne comprit pas tous les enjeux, et découvrit que la mairie de Saint-Loup-sur-Vère disposait d’un bureau du maire équipé d’un canapé en cuir, d’une vue sur le jardin communal, et d’une porte qui fermait à clé de l’intérieur.
Il nota mentalement ce dernier détail.
Le premier visiteur à bénéficier de cette découverte fut Thomas, vingt-neuf ans, responsable du service technique de la commune — c’est-à-dire l’homme qui s’occupait des nids-de-poule, des gouttières, et de tout ce qui tombait en morceaux dans le village, ce qui représentait un emploi à temps plein. Thomas était grand, brun, avec les mains larges d’un homme qui travaille dehors et un regard direct qui ne cillait pas facilement.
Il était venu présenter un dossier sur la réfection de la toiture de la salle des fêtes. Lucas l’avait écouté pendant quatre minutes en le regardant parler, puis avait posé le dossier sur le bureau sans l’ouvrir.
— La toiture peut attendre, avait-il dit.
Thomas avait regardé le dossier, puis Lucas, puis la porte fermée à clé derrière lui.
— Monsieur le Maire…
— Lucas.
— Lucas. Je suis venu pour la toiture.
— Je sais. Et tu reviendras pour la toiture. — Il s’était levé, contourné le bureau avec cette lenteur désinvolte qui était sa marque de fabrique, et s’était appuyé contre le bord du bureau à un mètre de Thomas. — Mais là, maintenant, je veux savoir ce que tu veux vraiment.
Thomas avait regardé les yeux bleus, les épaules sous la chemise blanche, l’écharpe tricolore qui pendait légèrement de travers, et avait pris une décision administrative importante.
— Putain, avait-il dit. D’accord.
Ce qui suivit dura quarante minutes et nécessita le déplacement du dossier sur la toiture, qui finit par terre. Lucas ôta l’écharpe tricolore avec le soin qu’on accorde aux symboles de la République, la posa soigneusement sur le fauteuil, puis déboutonna sa chemise avec une lenteur qui fit soupirer Thomas malgré lui. Le torse qui apparut était exactement ce que l’on pouvait imaginer — et même légèrement au-delà. Les pectoraux étaient larges et hauts, les abdominaux dessinés en relief net, une légère toison châtaine courant au centre du sternum vers le bas. Thomas tendit la main et la posa à plat sur ce ventre dur, sentit les muscles jouer sous ses doigts.
Lucas lui laissa trente secondes d’exploration, puis attrapa son poignet et l’inversa.
— C’est moi qui regarde, dit-il.
Il déshabilla Thomas avec méthode, prenant son temps sur chaque partie, comme un inventaire minutieux. Thomas était bien bâti lui aussi — des épaules solides, un torse velu, des cuisses épaisses de quelqu’un qui monte des échelles toute la journée — et Lucas apprécia ce qu’il découvrit avec une franchise qui n’avait rien de protocolaire.
Il le fit asseoir sur le canapé en cuir du maire, s’agenouilla devant lui, et prit son sexe dans la bouche avec une application qui fit cogner la tête de Thomas contre le dossier. Thomas était épais, bien membré, et Lucas s’en occupa longuement, les mains à plat sur les cuisses, les yeux levés par intermittence vers le visage défait de l’autre homme. Thomas gémissait en regardant le plafond de la mairie, les fresques peintes en mil neuf cent vingt représentant des allégories de la République et du Progrès, et trouva la situation d’une absurdité totale et parfaite.
Quand Lucas jugea le moment venu, il se leva, ouvrit le tiroir du bureau du maire — qui contenait, outre les tampons officiels de la commune, une provision que Lucas avait eu la prévoyance d’y placer dès le premier jour — et fit signe à Thomas de se retourner.
Ce qui suivit fut à la mesure du reste. Lucas prit Thomas contre le bureau, une main à plat sur son dos pour le maintenir, l’autre agrippant sa hanche, et travailla avec une générosité efficace qui valait largement un programme municipal complet. Thomas, les paumes sur le bois verni du bureau officiel, renversa par inadvertance le pot à crayons et s’en moqua complètement. Les gémissements qui s’échappaient de lui étaient involontaires et sonores, et Lucas, qui avait vérifié l’isolation phonique du bureau dès le second jour, ne lui demanda pas de se taire.
Quand ce fut terminé, Thomas resta un long moment immobile, appuyé sur le bureau, le souffle court.
— Le dossier sur la toiture, dit-il finalement.
— La semaine prochaine, dit Lucas en reboutonnant sa chemise.
— Tu vas faire ça avec tous tes administrés ?
Lucas récupéra l’écharpe tricolore sur le fauteuil et la remit en place avec soin.
— Seulement ceux qui le méritent, dit-il.
Thomas ramassa le pot à crayons, le reposa sur le bureau, et sortit avec la dignité d’un homme qui vient de déposer un dossier important.
Les semaines suivantes confirmèrent une tendance.
Maxime, vingt-six ans, instituteur de l’école primaire, vint demander une subvention pour rénover la cour de récréation. Il repartit une heure plus tard sans subvention — le budget communal ne le permettait pas, Lucas était désolé — mais avec l’expression d’un homme qui avait obtenu quelque chose de considérablement plus satisfaisant. Lucas l’avait allongé sur le canapé en cuir, avait passé un temps déraisonnable à explorer son corps mince et nerveux, et l’avait pris avec une lenteur méthodique qui avait transformé Maxime en quelque chose d’approximativement liquide.
Kévin, vingt-quatre ans, pompier volontaire et trésorier de l’association sportive locale, vint présenter une demande de financement pour de nouveaux équipements. Il était large d’épaules, les avant-bras couverts de tatouages, et il avait regardé Lucas avec le genre d’assurance tranquille qui annonçait qu’il n’était pas du genre à plier facilement. Lucas avait apprécié le défi. La séance avait duré plus longtemps que les précédentes, et Kévin était sorti de la mairie en saluant Gisèle d’un signe de tête un peu trop décontracté pour être tout à fait convaincant. L’association sportive obtint la moitié de ce qu’elle demandait. Kévin revint la semaine suivante pour négocier le reste. Gisèle nota le rendez-vous sans commentaire.
Gisèle, de son côté, avait compris depuis longtemps ce qui se passait derrière la porte fermée à clé. Elle avait décidé que cela ne la regardait pas, que le village avait connu des maires bien plus scandaleux pour des raisons bien moins plaisantes, et qu’après tout le taux de satisfaction des administrés semblait en nette hausse. Elle se contentait de noter les rendez-vous, de faire du café, et de monter le volume de la radio quand c’était nécessaire.
Un matin, elle posa une boîte de mouchoirs en papier sur le bureau du maire sans explication.
Lucas la regarda.
— Par précaution, dit Gisèle. Et j’ai commandé un nouveau canapé. Celui-là commence à montrer des signes de fatigue.
Lucas sourit — ce sourire asymétrique, légèrement dévastateur.
— Vous méritez une augmentation, Gisèle.
— Je sais, dit-elle. J’ai préparé le document. Il vous attend sur le bureau.
Elle referma la porte derrière elle avec la sérénité d’une femme qui gère les affaires communales depuis trente ans et qui a tout vu.
Au bout de deux mois, le bilan de Lucas Martel en tant que maire de Saint-Loup-sur-Vère était le suivant : zéro nid-de-poule réparé, zéro décision sur le ramassage des ordures, zéro avancement sur le dossier du lavoir communal, et un taux d’approbation de quatre-vingt-seize pour cent — record absolu dans l’histoire de la commune, et probablement dans l’histoire de la démocratie locale française.
Le vieux Fernand, interrogé par le correspondant du journal régional sur ce plébiscite, réfléchit un long moment avant de répondre.
— Il est à l’écoute, dit-il finalement. C’est rare, un élu à l’écoute.
Le journaliste nota la citation sans chercher à creuser davantage. Certaines vérités municipales sont mieux laissées dans le flou.
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Commentaires ()
voici un élu qui sait gérer les affaires de la commune, qui donne de sa personne en économisant les aides.
Etant ancien élu j'ai eu des invitations de la sorte mais je n'y ai pas répondu, peut être que...
Merci pour ce très beau texte.