Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Marionnette — Chapitre 1 · Premiers soupçons
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Marionnette
Chapitre 1 · Premiers soupçons
— Environ 1570 mots - 5 à 6 minutes de lecture —
- Premiers soupçons -
Je marchais tranquillement dans la rue en bas de chez moi. Je me souviens, c'était au printemps. Les beaux jours étaient là depuis quelque temps déjà : les râleurs invétérés se plaignaient déjà de la chaleur, les cafés ouvraient leurs terrasses les uns après les autres, les arbres se coloraient, les tenues des piétons s'allégeaient, leur pas se faisait moins pressé. Il y avait même des gens qui se promenaient, qui flânaient, sans autre but que d'être à l'air libre et de profiter du soleil et de la douceur printanière, plutôt que d'être uniquement dans la rue pour se rendre quelque part.
Ce jour-là, j'avais un but : aller acheter quelques fruits et de quoi faire une bonne salade chez le maraîcher à quelques minutes de chez moi. Je marchais à mon rythme, sans me fatiguer. Je dépassais parfois un vieux couple, une dame voûtée avec sa canne en bois sculpté, un adolescent appuyé contre un mur, complètement aspiré par son téléphone. Mais des personnes aussi me doublaient : ces gens pressés qui ne savaient pas profiter un peu de ce qui les entourait, une petite fille qui courait pour… je-ne-sais-quoi, un groupe de collégiens ou lycéens, avec leurs sacs à l'épaule, etc.
Une centaine de mètres me restait à parcourir. J'allais à la rencontre d'une femme d'une trentaine d'années. Elle avait les cheveux blonds et longs, pas attachés. Elle marchait presque vite en regardant droit devant elle. Elle était plutôt bien habillée, peut-être un tout petit peu trop pour un temps et une température si cléments ; elle devait se rendre au travail, ou en revenir plutôt, vue l'heure. Sa tenue consistait en un tailleur un peu strict, rouge, et d'un corsage rose. À l'épaule, un tote bag jaune très clair lui faisait office de sac à main, avec dedans probablement un ordinateur portable, car le sac semblait rigide et un peu lourd. Le trottoir était large, et la jeune femme se tenait du côté de la chaussée, faisant parfois un écart lorsqu'un lampadaire ou un vélo cadenassé à un poteau la gênaient.
Je l'avais remarquée mais pas plus que ça : je regardais les gens, les voitures, un peu tout. Mon regard se promenait sur un peu tout ce qui pouvait l'attirer : les mouvements, les couleurs éclatantes. Ou les bruits. Des motos poussives, des enfants qui criaient. Une minute après l'avoir croisée, je l'aurais oubliée, c'était sûr. Enfin, j'aurais dû l'oublier. Sauf que…
Sauf que, lorsque je l'avais croisée, quelqu'un m'avait soufflé à voix basse – cependant assez fort – presque dans le creux de l'oreille :
« Pousse-la ! Pousse-la sur la route ! »
Sursautant, j'avais instinctivement tourné la tête pour voir qui me parlait. Tout en faisant ce mouvement, j'avais envisagé que c'était un·e ami·e qui me faisait une blague, et qui ayant reconnu ma silhouette de dos, avait prononcé ces mots par derrière dans mon oreille. Mais je n'avais vu personne du coin de l'œil, une fois la tête tournée. De surprise, j'avais alors stoppé net le pas. Me retournant complètement afin d'en avoir le cœur net, j'avais regardé qui était derrière moi, qui m'avait fait cette petite blague (d'un goût un peu douteux tout de même) : il n'y avait personne.
Personne juste là devant moi en tout cas. La blonde pressée avait continué, tournant à peine le cou vers moi au moment de mon arrêt soudain, et je n'avais devant les yeux qu'un trentenaire avec une poussette, doublé une minute auparavant ; mais il était à une bonne vingtaine de mètres de moi, s'approchant très lentement, peu pressé visiblement.
Instinctivement, j'avais porté la main à l'oreille, la droite - celle dans laquelle "on" m'avait murmuré - pour voir si j'avais une de mes oreillettes sans fil. Peut-être l'avais-je oubliée ? Mais non. Rien dans mon oreille. Ça ne pouvait pas non plus être la working girl car je l'avais croisée par la droite, donc sur mon côté gauche.
J'avais repris mon chemin, à pas lents, en pleine réflexion. J'avais eu une sorte d'hallucination, et c'était assez déroutant. Allais-je avoir, comme le plus célèbre des troglodytes
Peut-être aurez-vous reconnu Platon et son allégorie de la caverne ?
, un daimôn qui me parlerait et me dirait quoi faire ? En arrivant au magasin, j'avais eu besoin encore d'une ou deux minutes pour chasser cette expérience de mon esprit et me concentrer sur le choix des produits. Mes petites emplettes faites, j'avais pris le chemin inverse. Mon sac était bien rempli, me cisaillant un peu les doigts. Une belle laitue, quatre tomates d'assez gros calibre, des échalotes, un concombre. Ça, c'était pour la salade à laquelle je comptais ajouter quelques croûtons, de la mozzarella et des cerneaux de noix. Pour les fruits, j'avais pris trois ou quatre pommes, des bananes et des kiwis. C'était un chargement qui pesait son poids, mais l'effort valait le plaisir d'un repas qui promettait d'être délicieux. Le trajet de retour s'était bien passé, les sombres minutes que j'avais vécues peu auparavant étaient oubliées. Je me projetais dans la préparation du repas, je salivais presque, bien qu'il fût trop tôt pour dîner.
Une fois au pied de l'immeuble, je venais de poser le sac de victuailles pour souffler un peu et ouvrir la porte vitrée lorsque j'ai entendu, à nouveau énoncé à voix basse mais paradoxalement assez fort et encore une fois directement dans mon oreille droite, un très net :
« Jette-les contre la porte, défonce la vitre ! »
J'ai immédiatement levé les yeux vers la porte vitrée : personne derrière moi dans le reflet. L'atrium étant éteint, la porte d'entrée faisait pratiquement office de miroir. Et là donc, aucun doute possible : nulle âme qui vive près ou loin derrière moi. Je venais une nouvelle fois d'halluciner. Ou pire : on m'avait bien parlé, mais j'avais une sorte d'hallucination inversée qui m'empêchait de voir la personne, comme si elle était occultée.
Bien sûr, cette idée saugrenue ne tenait pas la route. J'avais bien entendu une voix, c'était certain… même s'il n'y avait personne autour de moi. Donc soit c'était un fantôme, soit j'étais la nouvelle Jeanne d'Arc. Et dans les deux cas ça ne me convenait pas, mais alors, pas du tout ! Pas de mystère : la troisième solution, que je n'appréciais pas plus que les autres mais qui s'imposait là, c'était bien que j'avais imaginé cette voix. Tout cela n'augurait rien de bon…
La joie que je me faisais du bon petit dîner en perspective avait disparu pour de bon. En essayant d'y réfléchir, tandis que je grimpais les escaliers, je me demandais si j'avais vraiment entendu une voix. Est-ce que ça ne pouvait pas être une sorte de rêve éveillé ? Et plus je gravissais de marches, moins j'avais la certitude d'avoir entendu quelque chose. Un peu comme les rêves dont on se souvient, au réveil : on sait, on sent qu'on a rêvé mais on ne saurait dire de quoi, et les minutes passant, la conviction même d'avoir rêvé s'estompe tout doucement.
« Laisse-toi tomber en arrière dans l'escalier ! »
Je venais d'arriver à mon palier. La voix n'aurait pas pu choisir un pire moment. Ou un meilleur. C'est vrai que l'idée de se laisser tomber en arrière, les jambes tendues alignées avec le dos droit, et les bras en croix, ça donnait presqu'envie. Une sorte d'abandon, de lâcher-prise. Un moment où l'on se laisse complètement aller. On chute, on tombe dans le vide, et on laisse la gravité faire le reste…
Toutefois, je n'avais nulle intention suicidaire. J'avais des intentions culinaires pour la soirée, mais pas de visite prévue de l'au-delà dans un futur proche. Secouant la tête comme pour répondre « Non » à la voix, et surtout pour reprendre mes esprits, j'avais ouvert prestement la porte et l'avais presque claquée en la refermant rapidement derrière moi. Lâchant le sac de fruits et légumes à mes pieds, m'adossant à la porte, j'avais fermé les yeux, essayant de me calmer.
J'avais clairement un problème. Devais-je aller voir mon médecin ? Aller aux urgences ? Je commençais à avoir peur. Je ne savais pas quoi faire. Je n'avais pas très envie de prendre rendez-vous chez la généraliste et de m'y rendre trois ou quatre jours plus tard, sans nouvel épisode inquiétant, et lui faire perdre son temps, incapable de lui expliquer correctement ce que j'avais vécu.
« Va dans la cuisine ! »
J'avais sursauté sous ce nouvel ordre, toujours curieusement fort bien que proféré à voix basse. Au bord des larmes, j'avais « obéi » et rejoint la cuisine d'un pas un peu mécanique, craignant ce que j'allais trouver là-bas. Mais, bien sûr, il n'y avait rien. Rien de particulier, rien qui sortait de l'ordinaire. La pièce était exactement dans le même ét…
« Prends le couteau ! Prends le couteau ! PRENDS LE COUTEAU ! PRENDS-LE ! PRENDS-LEEEEE ! »
Me bouchant les oreilles, j'avais alors couru maladroitement avec les coudes en avant vers la chambre pour récupérer mes écouteurs sans fil sur la table de nuit. Je les avais mis aussi vite que j'avais pu, me faisant presque mal en les enfonçant dans les oreilles avec cette urgence qui confère des mouvements légèrement tremblants, quasiment désordonnés, puis j'avais lancé ma playlist sur mon téléphone, réglant fort le volume pour ne plus entendre la voix. J'avais peur, j'avais très peur : j'avais un daimôn, dont les intentions n'avaient pas l'air des plus nobles. Qu'est-ce qu'il m'arrivait ?
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J'attends impatiemment la suite pour découvrir ce blâmable personnage