Seules les idiotes portent des faux seins
Chapitre 1 · Elle se réveilla avec une poitrine obscène et comprit qu'elle l'avait toujours attendue
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Seules les idiotes portent des faux seins — Chapitre 1 · Elle se réveilla avec une poitrine obscène et comprit qu'elle l'avait toujours attendue

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Vanadis
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Seules les idiotes portent des faux seins

Chapitre 1 · Elle se réveilla avec une poitrine obscène et comprit qu'elle l'avait toujours attendue

Enfant, la mère puritaine de Léa était terrifiée à l'idée que sa fille devînt strip-teaseuse ou prostituée. Elle avait placardé dans sa chambre des posters qu'elle avait confectionnés elle-même, montrant une prostituée nue aux faux seins, une différente tous les quinze jours et toujours avec le même message : « Les faux seins font de toi une salope. Seules les idiotes portent des faux seins. Les faux seins, c'est juste pour que les hommes se masturbent. »
Pendant une grande partie de sa vie, sa mère n'avait pas à s'inquiéter. Léa était une fille gentille, chaste et vertueuse. Elle termina ses études et commença à fréquenter un bon garçon. Mais elle ne pouvait s'empêcher de fixer du regard chaque fois qu'elle voyait une femme aux seins refaits, une pulsion alimentée par une jeunesse passée avec des photos de poitrines sexualisées accrochées quotidiennement à ses murs.
Son petit ami l'ayant surprise à les regarder, il lui organisa une surprise pour son anniversaire. Léa devait de toute façon être hospitalisée pour une ablation de la vésicule biliaire. Son petit ami soudoya les médecins pour qu'ils la maintiennent sous anesthésie un peu plus longtemps et qu'ils fassent quelques interventions supplémentaires. À sa grande surprise et à son horreur, Léa se réveilla après l'opération avec une paire de seins énormes, manifestement faux.
Son petit ami pensait que ça lui plairait, mais avant même qu'elle pût lui faire part de son horreur, elle se regarda dans le miroir et vit une fille qui ressemblait trait pour trait à toutes ces putes qui avaient orné les murs de sa chambre durant son enfance. Elle se souvint alors des mots qu'elle avait contemplés chaque jour : « Les faux seins font de toi une salope. Seules les filles stupides portent des faux seins. Les faux seins, c'est juste pour que les hommes se masturbent dessus. »
Elle resta de longues minutes ainsi, incapable de détacher les yeux de sa nouvelle silhouette. Ses mains se levèrent lentement, presque sans qu'elle le décidât, et vinrent effleurer les courbes de sa nouvelle poitrine. La fermeté était étrange, pas désagréable, juste étrange, comme toucher quelque chose qui était à elle sans lui appartenir tout à fait encore. Elle s'attendait à de la répulsion. Ce qu'elle ressentit était plus compliqué, plus trouble, et elle retira ses mains précipitamment comme si elles l'avaient trahie.
Les phrases revinrent alors, mécaniques et précises, comme elles étaient revenues chaque matin de son enfance. Les faux seins font de toi une salope. Seules les idiotes portent des faux seins. Les faux seins, c'est juste pour que les hommes se masturbent. Elle essaya de les contredire mentalement, de rassembler ses arguments, de convoquer la Léa diplômée, sérieuse, raisonnable qu'elle avait toujours été. Mais les arguments s'effritèrent avant même de prendre forme, et la litanie continua, régulière et douce, comme une main posée sur une épaule.
Elle connaissait la vérité de ces mots, et au fond d'elle, elle accepta qu'ils s'appliquaient désormais à elle. Elle sentit son envie d'être intelligente s'évanouir, non pas brutalement, mais comme une lumière que l'on baisse graduellement jusqu'à ce que l'obscurité semble naturelle. À sa place s'installait autre chose : un besoin profond, presque physique, de se sentir à la hauteur de sa nouvelle poitrine. De mériter ce qu'elle portait désormais sur le torse.
Le lendemain matin, en traversant la chambre d'hôpital pour aller aux toilettes, elle surprit son reflet dans la vitre de la fenêtre. Elle s'arrêta. La femme qu'elle voyait marchait différemment, les hanches plus marquées, le dos légèrement cambré sous le poids nouveau. Elle n'avait pas décidé de marcher ainsi. Son corps avait pris ses propres décisions. Elle resta un long moment immobile à observer cette inconnue qui était elle, et quelque chose, quelque part, céda encore un peu.
Un soir, seule dans la salle de bain pendant que son petit ami dormait dans le fauteuil de la chambre, Léa s'assit sur le carrelage froid, dos contre la baignoire, et laissa ses mains glisser. Elle pensa aux posters. Aux mots. À la façon dont l'infirmière de nuit avait évité de regarder sa poitrine avec une insistance qui prouvait qu'elle n'avait regardé qu'elle. Elle pensa à l'image qu'elle avait vue dans le miroir, cette femme cambrée, ces seins énormes et manifestement faux, ce corps qui criait ce que les posters de son enfance avaient toujours dit. Et elle jouit en silence, les dents serrées sur un mot qu'elle n'avait jamais cru pouvoir murmurer d'elle-même.
Quand son petit ami se réveilla et la trouva revenue dans le lit, il ne dit rien. Il posa une main sur sa hanche. Léa ne la repoussa pas. Elle attendait autre chose, une confirmation, une absolution, quelque chose qui viendrait de lui. Il finit par parler, doucement, presque tendrement, en regardant sa poitrine sous le tissu de la blouse d'hôpital.
-- Salope, dit-il.
Ce n'était pas une insulte. C'était un constat. Une reconnaissance. Léa attendit en elle la protestation, l'indignation, la gifle. Elle n'attendit pas longtemps. Ce qui monta à la place était bien différent, chaud, liquide, irrésistible. Elle ne dit rien. Elle hocha légèrement la tête.
Le lendemain, il sortit son téléphone et lui montra une photo sans commentaire, une femme aux formes exagérées, poitrine en avant, regard vide et souriant, le genre d'image que sa mère aurait pu plastifier et accrocher au mur. Il la regarda regarder la photo, puis regarda ses seins, puis la regarda à nouveau.
-- Tu lui ressembles maintenant, dit-il.
Léa examina la photo. Examina sa propre poitrine. Et ne sut plus laquelle des deux elle enviait.
La question resta suspendue quelques secondes, étrange et nette, comme une lame posée à plat. La femme sur la photo souriait vers l'objectif avec cette expression particulière, ni heureuse ni malheureuse, simplement disponible, simplement là, offerte à la contemplation comme un objet bien fait qui assume sa fonction. Léa connaissait cette expression. Elle l'avait vue des centaines de fois, collée sur ses murs, imprimée sur carton mat par des mains maternelles et pieuses. Elle ne l'avait jamais cru possible sur son propre visage.
Elle releva les yeux vers son petit ami. Il la regardait avec une attention calme, presque scientifique, le téléphone toujours en main.
-- Tu lui ressembles, répéta-t-il doucement. Ce n'était pas une question.
Léa ne répondit pas tout de suite. Quelque chose dans sa poitrine, l'ancienne Léa, la diplômée, la raisonnable, chercha une réplique, une protestation, n'importe quoi. Elle ne trouva rien. Elle trouva autre chose à la place : une chaleur sourde, basse, entre les cuisses, qui était là depuis le matin et qu'elle avait refusé de nommer.
Elle posa le téléphone sur le drap. Ses mains trouvèrent le bord de la blouse d'hôpital et l'écartèrent lentement. Sa poitrine apparut dans la lumière froide, énorme, ferme et manifestement fausse, exactement comme sur les posters, exactement comme sur la photo qu'il venait de lui montrer. Elle entendit sa propre respiration changer.
-- Dis-le, murmura-t-elle. Sa voix était méconnaissable, plus basse. Dis ce que tu vois.
Il prit son temps.
-- Je vois une fille avec des faux seins de pute, dit-il. Simplement. Comme un constat météorologique.
La phrase atterrit en elle comme une pierre dans de l'eau. Les faux seins font de toi une salope. Sa main droite descendit sur son ventre sans qu'elle l'eût décidé, glissa sous la culotte en papier craquante de l'hôpital et ses doigts trouvèrent immédiatement ce qu'ils cherchaient.
Elle était trempée. Pas légèrement. Complètement, honteusement, irréfutablement trempée. Ses doigts remontèrent lentement, l'index d'abord, traçant un chemin précis et délibéré, s'attardant sur le point qui fit involontairement fléchir ses genoux. Elle le frotta en cercles étroits, la respiration qui se coupait par petits à-coups irréguliers, et elle ne ferma pas les yeux.
-- Dis-le encore, souffla-t-elle.
-- Faux seins de pute, répéta-t-il, et sa voix avait légèrement changé. Il regardait sa main bouger sous le tissu.
-- Ta mère avait raison sur tout, tu sais.
Le mot mère fit l'effet d'une décharge. Léa enfonça deux doigts d'un coup, profondément, le pouce continuant son travail en surface pendant que les deux autres se courbaient légèrement vers l'intérieur, cherchant, trouvant, et elle laissa échapper un son bref et réprimé entre ses dents serrées. Sa main gauche saisit sa poitrine sans douceur, les doigts s'enfonçant dans la fermeté étrange, la douleur de cicatrisation était encore là, sourde et précise, et elle se mêlait à l'autre chose de façon indissociable, si bien que Léa ne distinguait plus très bien la frontière entre les deux. Elle serra plus fort. La douleur monta. Le reste monta avec elle.
Seules les idiotes portent des faux seins.
Elle ne chercha pas à contredire la voix. Elle la laissa entrer.
-- Regarde-toi, dit-il. Il s'était rapproché. Sa voix était posée juste au-dessus d'elle.
-- Regarde ce que tu fais.
Elle le regarda, lui. Elle refusa de fermer les yeux. Sa main accéléra sous la culotte, les deux doigts qui allaient et venaient avec régularité pendant que le pouce maintenait une pression constante, et elle souleva légèrement les hanches pour changer l'angle, pour que ce soit plus profond, pour que la douleur et le reste se rejoignent encore davantage en un seul point sans nom. Sa main gauche relâcha son sein, le soupesa, le présenta vers lui comme pour lui rappeler ce qu'il avait commandé, ce qu'il avait fait faire, ce qu'elle était devenue.
-- Dis-moi ce que je suis, dit-elle. La phrase sortit toute seule, et l'entendre dans sa propre voix fut peut-être la chose la plus humiliante depuis le réveil après l'opération.
Il laissa le silence durer juste assez.
-- Tu es exactement ce que ta mère avait peur que tu deviennes, dit-il enfin. Une idiote avec des faux seins qui se touche devant moi dans un lit d'hôpital.
Léa jouit à ce moment précis. Les jambes se refermèrent instinctivement sur sa propre main, la retenant là, les doigts toujours enfoncés et immobiles pendant que tout le reste se contractait autour d'eux par vagues longues et régulières. Elle serra son sein plus fort, la douleur aiguë traversant l'onde et s'y dissolvant, et elle garda les yeux ouverts et fixés sur lui pendant tout ce temps, refusant de se dérober à sa propre image dans son regard.
Quand les vagues se calmèrent, elle retira lentement sa main. Elle ne la cacha pas. Elle la posa sur sa cuisse, visible, humide, évidente.
-- S'il te plaît, dit-elle. Sa voix était parfaitement plate, parfaitement nue. Elle écarta complètement la blouse, ses deux seins exposés dans la lumière froide, tendus et douloureux et obscènes.
-- S'il te plaît. Fais-le, jouis dessus.
Il défit sa ceinture lentement, sans quitter des yeux sa poitrine. Il s'approcha debout contre le bord du lit pendant qu'elle restait allongée, la blouse ouverte, les seins offerts vers le haut, les yeux levés vers lui. Elle ne bougea pas. Elle attendit, les mains à plat de chaque côté d'elle, dans une immobilité totale et délibérée, comme si bouger eût été désobéir à quelque chose.
Il ne fut pas long. Le regard qu'elle avait dans les yeux, cet abandon calme et complet, cette attente nue suffisait.
Ce qui vint était chaud, par jets distincts et précis, le premier atteignant la base de sa gorge, les suivants se déposant sur ses seins l'un après l'autre, épais et blancs contre sa peau, coulant lentement dans le sillon entre les deux, s'accumulant dans les creux que sa nouvelle poitrine créait. Elle ne bougea toujours pas pendant que ça se passait. Elle sentit chaque impact séparément, la chaleur de chacun, le poids infime. Elle regardait.
Quand ce fut fini, il fit un pas en arrière.
Léa baissa les yeux sur sa poitrine. Sur ce qu'elle portait maintenant.
Elle leva la main droite, celle qui était encore humide de cyprine et la posa à plat sur son sein gauche. Elle fit glisser ses doigts lentement, ramassant ce qui s'y trouvait, sentant la chaleur contre ses paumes, la texture épaisse entre ses doigts. Elle fit pareil avec la main gauche sur le sein droit, méthodiquement, sans hâte, récupérant chaque trace, chaque dépôt, descendant jusqu'au sillon pour ne rien laisser. Ses doigts remontèrent chargés.
Elle les porta à sa bouche.
Lentement. Un doigt à la fois. Les yeux fermés pour la première fois depuis le début, non par honte mais par concentration, comme on ferme les yeux sur quelque chose qu'on veut sentir complètement. Le goût était fort, salé, réel, impossible à abstraire ou à atténuer. Elle le laissa s'installer sur sa langue avant d'avaler, puis passa au doigt suivant avec la même lenteur appliquée, les lèvres se refermant proprement à chaque fois.
Quand ses mains furent nettes, elle les posa à nouveau à plat sur ses seins et vérifia qu'il ne restait rien. Il restait quelque chose. Elle y retourna, récupéra, porta à sa bouche, avala.
Il la regardait faire sans dire un mot.
Ce ne fut qu'une fois sa poitrine entièrement nette, les mains essuyées sur ses propres cuisses, qu'elle rouvrit les yeux et le regarda.
Les faux seins, c'est juste pour que les hommes se masturbent.
Sa mère avait eu raison sur tout.
Léa sentit, pour la première fois depuis son réveil, quelque chose qui ressemblait exactement à de la paix.
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