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Couverture de L’initiation d’Hélène, maîtresse d’école, par Galaxie rouge
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L’initiation d’Hélène, maîtresse d’école — Chapitre 1 · L’oubli du corps

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Galaxie rouge
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Ce premier chapitre saisit par la précision de son regard intérieur — on suit Hélène geste par geste, et chaque détail dit quelque chose de plus grand que lui. L'écriture ne cherche pas l'effet : elle ausculte, et c'est pour ça qu'elle touche. On a rarement vu un récit d'éveil commencer aussi loin du désir apparent, dans un quotidien si bien tenu qu'il en est devenu invisible. C'est précisément ce silence-là qui donne envie de tourner la page.

L’initiation d’Hélène, maîtresse d’école

Chapitre 1 · L’oubli du corps

Note de l'auteur

Hélène a quarante-cinq ans. Elle est institutrice, mariée, mère de deux adolescents, habitant une maison tranquille en périphérie de Marseille. Une femme droite, pudique, élégante. Une femme que personne ne soupçonne d'errance intérieure.

Son mari ne pose jamais de questions. Elle ne s'en pose plus non plus. Le désir s'est dissipé doucement, comme un parfum oublié. Le silence a pris la place des caresses. Et dans le lit conjugal, le corps s'est tu.

Un matin, une faille s'ouvre. Une question la traverse, brutale, insistante : « Ai-je déjà ressenti le plaisir ? »
Elle n'a pas de réponse. Seulement un vide immense. Une absence de souvenirs sensuels. Un gouffre entre ce qu'elle est et ce qu'elle pourrait être.
Commence alors une exploration lente, brûlante, vertigineuse.
Par une psychanalyse, d'abord. Puis par le regard d'une vendeuse de lingerie. Par une main sur sa cuisse dans le tram. Par la bouche d'un homme. Ou d'une femme.
Chaque rencontre est un miroir. Chaque frisson, une fracture dans l'armure.
Hélène découvre son corps comme une terre inconnue. Elle veut tout, maintenant : la chaleur, l'humiliation, le goût du sexe, le vertige des interdits.
Elle n'analyse plus. Elle ressent.
Ce roman est l'histoire d'un corps longtemps ignoré.
Celle d'une femme qui s'éveille non pas au désir des autres, mais au sien.
Et lorsqu'elle le trouve enfin, rien, absolument rien ne sera plus comme avant.
Le réveil sonne, mais Hélène est déjà éveillée. Elle ne sait pas depuis quand. Son esprit flotte dans l'obscurité avant l'aube, enveloppé par un silence lourd, un silence qui semble s'appuyer sur elle.
Sous sa poitrine, une pression discrète, comme si quelque chose à l'intérieur la retenait au fond du lit. Elle reste immobile. Elle écoute. Tout est trop calme, trop figé. Comme une pièce bien rangée, mais sans vie.
À côté d'elle, le lit est froid. Pierre est déjà parti, sans doute. Il ne laisse plus de mots, plus un geste, pas même un frôlement. Il se lève, se douche, s'habille, puis s'éclipse, en médecin ponctuel et prévisible. Un mouvement sans accroc, sans bruit, sans tendresse. Un rituel efficace.
Et elle, dans ce lit trop grand, trop net, s'interroge. Depuis quand ne l'embrasse-t-il plus au réveil ? Depuis quand ne la regarde-t-il plus, même distraitement ? Le regard de l'habitude. Celui qu'on lance par automatisme, sans voir. Celui qu'on réserve à un meuble ancien ou à un mur blanchi par les ans. Le regard terne de ceux qui n'attendent plus rien.
Le manque, lui, ne fait même plus mal. Il ne brûle plus. Il ne pique plus. Il s'est éteint, lentement, sans heurt. Une froideur silencieuse, une distance presque hygiénique. Elle ne pleure même plus. Le froid s'est installé si profondément qu'il en est devenu normal. Supportable. Quotidien.
Un oubli consentant. Une résignation douce, presque polie. Comme si l'amour, un jour, avait fermé la porte derrière lui, sans claquer. Elle, trop bien élevée, n'avait pas osé le retenir.
Elle se lève, ajuste son chignon du bout des doigts, machinalement. Une mèche s'échappe, tombe sur sa tempe. Elle traverse la chambre, pieds nus, en silence. Pose une main sur le meuble bas, l'autre sur le mur. Ce contact la rassure, comme un ancrage. Une respiration plus lente, un peu plus profonde. Elle entre dans la salle de bain.
Le miroir reflète son visage. Elle se demande si bien elle qu'elle voie et recule légèrement. Les cheveux tirés, le regard gris-vert, ces traits réguliers, sérieux, fatigués. Un visage qui ne triche pas. Pas de fard. Pas de séduction. Une femme digne. Respectée. Et pourtant, elle sent monter une pensée insidieuse : ce visage est celui de quelqu'un d'absent.
Elle baisse les yeux, défait lentement les boutons de son haut de pyjama. Un à un. Les gestes sont précis. Elle retire le vêtement, reste un instant nu sous la lumière pâle. Son soutien-gorge beige, fonctionnel, enferme sa poitrine avec autorité. Elle l'ôte, sans empressement. Il la serre trop, elle le sent chaque jour un peu plus, comme si son corps lui-même refusait désormais cet emprisonnement. Mais elle n'a pas le choix : elle est obligée de prendre une taille en dessous. Ses deux seins, lourds et pleins, donnent l'illusion d'un volume qu'elle n'a jamais su apprivoiser.
Elle les soupèse dans ses mains, lentement, comme on évaluerait une matière étrangère, et un sourire las flotte au coin de ses lèvres. Depuis ses deux grossesses, ils ont changé. Ils ont nourri, consolé, veillé. Et dans ce rôle sacré, ils ont perdu tout ce qui faisait d'eux un territoire érotique. À ses yeux, ils ne sont plus que des organes pratiques, silencieux, oubliés. Plus personne ne les regarde. Plus personne ne les touche. Même elle les évite.
Et pourtant pour un regard amoureux, pour un œil attentif, ils auraient encore cette beauté charnelle qui fait chavirer le cœur et les reins. La courbe douce, la densité tendre, l'ampleur troublante. Elle, elle ne les voit qu'à travers le prisme de la maternité, du devoir, de la pudeur. Mais ce corps, ce volume, cette peau encore souple, cette ligne que le temps a caressée sans la défaire, tout cela est encore désirable, vibrant, secret.
Elle est incapable de le percevoir. Comme si la femme en elle était devenue invisible à ses propres yeux. Comme si toute la beauté, toute la sensualité, tout le mystère de sa chair ne s'éclairait plus que dans le regard d'un autre regard qui, depuis longtemps, n'est plus posé sur elle.
À ses yeux, ils ne sont plus que des organes pratiques, silencieux, oubliés. Plus personne ne les regarde. Plus personne ne les touche. Même, elle les évite. Il lui arrive parfois de se comparer, dans un rire intérieur mêlé de gêne, à une bête de ferme tranquille, une vache aux mamelles pleines. Et cette pensée, acide, la traverse comme une morsure douce-amère, avant qu'elle ne détourne le regard, honteuse de pouvoir se voir ainsi, d'oser penser cela d'elle-même.
Une taille encore fine, des hanches douces. Une silhouette toujours harmonieuse, équilibrée, marquée par la maturité, mais sans excès, adoucie par le temps sans en être altérée. Et pourtant, elle est incapable de le voir. À ses yeux, tout est devenu terne, éteint, sans valeur. Elle ne se regarde jamais ainsi. Ou si rarement. Et à cet instant précis, alors qu'elle ose enfin s'observer, elle ne ressent rien.
Et pourtant, un œil attentif, un regard véritablement intéressé, ne manquerait pas de remarquer la beauté discrète, mais indéniable de cette femme. La noblesse tranquille de son maintien, le galbe plein de sa poitrine, la finesse de sa taille retrouvée après les grossesses tout en elle continue de murmurer la féminité, avec cette grâce silencieuse des corps qui ne savent plus qu'ils plaisent.
Mais ce regard-là, elle ne le connaît plus. Elle l'a perdu quelque part entre les années, les nuits sans caresse et les matins sans mot. Elle ne sait plus, ou ne sait pas encore, s'imaginer désirée.
Elle touche du bout des doigts le haut de sa cuisse. Une caresse à peine esquissée, comme un souffle. Juste une trace, une évocation. Entre le haut de ses cuisses et cette toison pubienne soigneusement entretenue, il y a un vide. Un creux ancien, devenu muet. Maintenant que ce lieu a servi à donner la vie, il semble déserté. Plus de chaleur, plus d'humidité, plus de tension, plus de palpitation. Un territoire intime devenu lieu de passage, souvenir d'un geste révolu. Elle se demande, soudain, s'il n'y a jamais eu autre chose. Un feu. Un frisson. Une attente vibrante. A-t-elle connu cela ? Ou bien n'a-t-elle été, depuis toujours, que ce corps utile, jamais éveillé ?
Et cette question ne la rend pas triste. Elle la trouble. L'interroge. Comme si quelque chose en elle, enfoui depuis toujours, frappait doucement contre les parois de sa conscience. Un étonnement inquiet. Une curiosité douloureuse. Un appel fragile.
Elle entre sous la douche, tourne le robinet. L'eau tiède s'écoule lentement sur sa peau. Elle ferme les yeux. Respire. Cherche l'apaisement, sans le trouver. Car ce n'est pas de détente qu'elle a besoin. C'est d'un réveil. D'un vrai. Quelque chose qui viendrait des profondeurs, et qui la traverserait toute. Un choc doux, mais vital. Un réveil profond, sous la peau.
Elle se savonne machinalement. Un savon neutre. L'odeur lui est familière. Trop. Elle pense à son corps comme à une routine. Lavé, essuyé, habillé. Jamais exploré. Jamais célébré. Jamais offert autrement que dans les limites strictes du devoir conjugal. Et encore, ce mot "devoir" résonne étrangement. Elle le répète mentalement, comme une formule creuse, sans désir, sans élan. Elle se dit, avec une amertume presque ironique, qu'elle est décidément une bonne maîtresse d'école : elle a toujours su faire ses devoirs. Même les plus ennuyeux. Même ceux devenus mécaniques, vidés de leur sens. Rébarbatifs.
Avec Pierre, jamais un mot au creux de l'oreille. Jamais une parole osée, un frisson verbal, une phrase qui trouble. Encore moins une phrase grossière. Elle n'a jamais entendu le moindre mot cru soufflé dans l'intimité, jamais connu la morsure d'un langage qui éveille les sens, qui écorche le silence. Elle ne connaît même pas ce vocabulaire-là. Il n'a jamais effleuré son oreille, ni ses rêves, ni ses fantasmes. Comme si toute cette langue lui était étrangère, inconnue, presque dangereuse.
Jamais une langue qui glisse, qui caresse, qui fouille là où il fait chaud. Jamais un doigt audacieux qui s'aventure, qui insiste, qui explore sans détour.
Il y a des zones de son corps, pense-t-elle, qui resteront à jamais terre vierge. Des lieux oubliés, comme absents de la carte intime du plaisir. Une géographie inexplorée, ignorée même par elle. Jamais il ne lui a demandé d'ouvrir la bouche pour accueillir, pour recevoir, pour s'abandonner. Et cette pensée, brutale, inattendue, la laisse muette.
Car il ne s'agit pas seulement d'un reproche à Pierre. Non, cette réflexion la frappe bien plus profondément. C'est un aveu. Une prise de conscience sur elle-même. Sur ce qu'elle n'a pas connu, sur ce qu'elle n'a jamais osé désirer, même en silence. Une absence de curiosité autant que d'audace. Comme si, depuis toujours, elle avait fui la possibilité même d'un plaisir plus vaste, plus brûlant, plus vrai. Et cette révélation, nue, la fait frissonner davantage que l'eau tiède de la douche. Une vérité, soudaine, qui s'impose à elle comme un premier frémissement de réveil.
Quand elle sort de la douche, elle s'essuie lentement, enroulée dans une grande serviette blanche. Elle s'observe à nouveau. De biais. Cette fois, elle cherche quelque chose. Une trace. Un signe. Un désir. Même ancien. Même éteint. Rien.
Elle soupire, et referme le peignoir sur elle. Mais le nœud reste lâche. Et son regard pour la première fois depuis longtemps, reste accroché au miroir.
Dans la cuisine, la cafetière est encore tiède. Sur l'égouttoir, une seule tasse vide, retournée, marque le passage silencieux de Pierre, comme un aveu d'absence. Le silence, lui, est dense, presque matériel. Hélène verse le café dans une tasse en faïence blanche, la même depuis des années. Ses gestes sont précis, posés. Trop posés. Comme s'ils servaient à masquer une faille.
Elle reste debout, tasse en main, face à la baie vitrée. Le jardin est figé dans une lumière pâle, presque crue. Le cerisier, obstiné, conserve quelques feuilles rousses. Un rouge-gorge picore sur les dalles de la terrasse, indifférent à la présence humaine. Hélène l'observe, absente d'elle-même.
Puis elle s'assied enfin, dans un soupir discret, à sa place habituelle. La chaise en face reste vide, et la table étale son silence, comme un miroir.
Elle porte une jupe droite bleu nuit, un chemisier crème parfaitement repassé, des collants opaques. Elle ne voit même plus sa poitrine, pourtant généreuse sous le tissu tendu du chemisier. Le tissu épouse sa forme sans la révéler, comme si ce galbe était devenu invisible, y compris pour elle. Ses mains, posées autour de la tasse, sont immobiles. Et pourtant, en elle, ça bouge. Une question s'infiltre doucement, une de celles qu'on n'a pas le droit de poser trop fort :
Quand ai-je ressenti du plaisir pour la dernière fois ?
Pas un plaisir de convenance. Pas celui d'un dîner en famille, d'un mot doux d'élève ou d'un roman bien écrit. Non. Le vrai. Le plaisir physique. Celui qu'elle n'a jamais vraiment connu. Pas seulement un frisson de peau, mais cette onde fulgurante, électrique, qui jaillit du bas-ventre comme une décharge, remonte l'échine en arc, embrase la nuque et fait haleter sans prévenir.
Le plaisir qui bouscule, fait faire des bêtises, balaie les bonnes manières fait tomber les retenues. Le plaisir primaire, viscéral, celui qui naît entre les cuisses comme un feu doux, qui s'étend, se répand, chauffe le dos, fait perler la sueur entre les seins, dans le creux des reins.
Celui qui échappe au contrôle, mouille sans qu'on l'ait décidé, fait gémir à voix haute, fait fondre les noms, les rôles, les âges. Le plaisir qui saisit les jambes, secoue les hanches, dérègle la respiration, dilate la conscience. Elle en a peut-être rêvé. Peut-être l'a-t-elle pressenti un jour, sans oser y croire. Mais jamais elle ne s'est sentie embarquée, soulevée, vidée de tout sauf de désir. Jamais consumée. Seulement présente. Présente par devoir. Jamais par faim. Jamais par feu.
Elle reste encore un instant à fixer sa tasse, refroidie, les doigts posés contre la porcelaine tiède. L'air semble figé autour d'elle, suspendu. Puis, dans un geste lent, presque machinal, elle se lève, glisse son manteau sur ses épaules, saisit son sac avec une douceur étrange. Le couloir de la maison résonne de son seul pas, solennel, trop clair dans le silence environnant.
Elle ferme la porte à clé, s'installe au volant, et démarre sans prêter attention aux gestes qu'elle exécute. La voiture suit son itinéraire familier, traverse les mêmes rues, s'arrête aux mêmes feux rouges. Les visages des enfants, leurs cartables trop grands, les parents pressés, tout semble identique. Pourtant, quelque chose en elle a changé. Une nervosité légère. Comme si un battement discret, enfoui depuis longtemps, venait de reprendre vie dans le fond d'elle-même.
Quelques minutes plus tard, elle entre dans sa classe. Le couloir est bruyant, des enfants courent encore dans les couloirs. Elle salue d'un signe de tête le directeur, échange quelques banalités. Son sourire est impeccable. Personne ne devine.
Sa classe de CM1 est calme. Ordonnée. Elle s'est toujours appliquée à transmettre avec rigueur. Aujourd'hui encore, elle ouvre le manuel, donne des consignes, corrige des copies. Mais ses pensées flottent. Une phrase, surtout, la poursuit :
Est-ce qu'on peut dire : je n'ai jamais senti ?
C'est un élève qui l'a dite la semaine dernière. Elle y a répondu mécaniquement. Mais ce matin, elle la ressasse. Ce n'est plus de grammaire qu'il s'agit. C'est d'elle. De son ventre. De son bas-ventre. De ce territoire endormi.
Vers onze heures, alors que les enfants copient un exercice, elle s'approche d'une fenêtre entrouverte. Le vent s'infiltre doucement, léger comme un murmure. Il glisse sur sa nuque, soulève un pan de son chemisier. Un frisson court sur sa peau, inattendu.
Et soudain, une image la traverse, rapide, imprévue : une main. Pas une main rêvée dans un conte de fées. Non. Une main réelle, chaude, aux doigts fermes et patients, qui viendrait se poser sur elle avec une assurance. Cette main longerait lentement la ligne de son dos, effleurerait sa nuque, remonterait sous le col avant de redescendre vers l'arrondi discret de ses reins. Une main silencieuse, mais présente, qui ne chercherait pas à posséder, mais à réveiller.
Elle irait plus loin. Elle glisserait sur sa taille, caresserait la courbe oubliée de son ventre, comme pour ranimer ce centre déserté. Elle franchirait l'élastique de ses collants, effleurerait la toison douce, descendrait encore, vers ce lieu resté trop longtemps silencieux.
Il ne s'agirait pas d'un geste brusque, mais d'un soin, d'un acte de reconnaissance charnelle. Une main qui dirait à ce corps : tu es vivant. Une main qui ferait d'Hélène non plus une épouse dévouée ou une mère irréprochable, mais une femme.
Une femme de chair, de souffle, de désir, regardée, que l'on attend, que l'on touche non par devoir, mais par faim.
Oui, même rêvée, cette main réveille ce que le temps avait endormi.
Ce ne serait pas une invasion, non. Ce serait un geste qui viendrait réveiller, réchauffer, exciter les zones endormies de son corps. Une main qui ne la verrait pas comme une épouse polie, ni une mère digne, ni une maîtresse d'école respectable.
Mais comme une femme. Une femme désirable. Aimante, dont le corps suscite le regard, fait lever les yeux, déclenche l'envie. Une femme qui fait naître le désir rien qu'en entrant dans une pièce. Oui, cette main-là, même rêvée, a le pouvoir de la réveiller.
Elle ferme les yeux. Rouge de honte intérieure. Personne n'a rien vu. Elle retourne à son bureau, s'assoit, les genoux serrés, les mains crispées sur le bord de la chaise. Mais son ventre, lui, a bougé. Il palpite encore, comme une bête surprise dans sa tanière. Une chaleur neuve, déroutante, afflue lentement sous la ceinture. Ce n'est ni une douleur ni une excitation nette, mais une onde chaude, une vibration douce et continue qui la traverse.
Une sensation enveloppante, qui donne chaud, qui fait transpirer sous les bras, entre les seins. Une moiteur discrète, mais bien là. Son ventre devient un centre sensible, presque vibrant. Elle se sent brouillée. Fragile. Ce signal-là, elle ne le reconnaît pas. Il vient d'un lieu ancien, entre ses cuisses, qu'elle croyait endormies. Il n'a jamais été vraiment éveillé, à vrai dire. Juste traversé, utilisé, fonctionnel. Jamais habité.
Et pourtant, là, quelque chose s'ébroue. Une mémoire sensorielle, enfouie sous les années, tente de refaire surface. Un appel discret. Une alerte timide. Le pressentiment d'un manque. Elle ne saurait pas dire ce que c'est. Mais son corps, lui, semble le savoir.
Elle ne le sait pas encore, mais la faille vient de s'ouvrir.
Le silence retombe sur la classe comme une couverture légère. Les enfants travaillent, leurs têtes penchées sur leurs cahiers, concentrés sur les lignes à recopier. Hélène les observe un instant, puis jette un regard à l'horloge murale. Bientôt midi. Une fatigue étrange la gagne, comme si ce matin avait duré un siècle.
Quand elle rentre chez elle, la maison lui semble encore plus silencieuse que le matin. Elle dépose ses affaires dans l'entrée, retire ses escarpins, pousse la porte du salon sans allumer. Tout est à sa place. Rien n'a bougé. Et pourtant, quelque chose en elle est désormais disjoint.
Elle s'assied sur le bord du canapé. Ses mains reposent à plat sur ses cuisses. Elle n'a pas faim. Elle n'a pas sommeil. Elle est dans cet entre-deux étrange, flottant. Comme suspendue.
Elle se lève, lentement, monte à l'étage. Dans la chambre, elle s'approche du miroir. Celui de la grande armoire. Celui qu'elle évite d'habitude. Mais là, elle reste. Longtemps. Elle défait un à un les boutons de son chemisier, retire doucement sa jupe, ses collants, son soutien-gorge. Elle reste en culotte, hésite, puis la glisse elle aussi au sol. Nue. Nue face à elle-même.
Elle regarde son corps. Sans jugement. Mais avec une forme d'étonnement grave, presque douloureux. Comme si elle ne l'avait jamais vraiment vu. Elle l'observe, longuement, lentement, sans détourner les yeux. C'est encore un très beau corps, elle le sait, du moins intellectuellement. Une silhouette harmonieuse, une peau claire et douce. Elle soupèse ses seins dans ses paumes, comme on évalue un fruit mûr, plein, presque trop. Ils tiennent encore hauts, malgré les années, mais elle ne leur reconnaît plus rien d'érotique. Juste un poids, une forme, une mémoire fonctionnelle. Ils ont été seins de lait, de soin, jamais de désir.
Ses mains glissent sur ses flancs, suivent le tracé de ses hanches, qu'elle redécouvre comme étrangères. Sous ses doigts, cette chair douce, un peu plus souple, plus vivante qu'elle ne l'imaginait. Elle effleure son ventre, ce ventre qui a porté la vie, deux fois, qui s'est tendu, arrondi, vidé. Elle le caresse comme on caresse une absence, une relique silencieuse. Il palpite doucement, comme si quelque chose sous la peau voulait encore parler, respirer, vivre.
Sa main descend plus bas, trouve sa toison pubienne, épaisse, soignée, mais dense, protectrice. Elle y glisse deux doigts, juste sur la surface, sans aller plus loin. Elle veut sentir si c'est encore chaud, encore vibrant. C'est tiède, c'est vivant, mais endormi. Là aussi, un territoire oublié, qu'elle frôle comme une promesse ancienne.
Puis elle pose ses mains à l'arrière, sur ses fesses. Pleines, fermes encore, mais jamais nommées, jamais saisies autrement que pour des gestes de toilette ou d'habillage. Elle les tient, les serre doucement. Et cette simple prise lui donne le vertige. Comme si elle réintégrait, pour la première fois, la totalité de son corps.
Et pourtant, à chaque détail, une question revient, tenace, acide : Qui pourrait encore trouver cela beau ? Attirant ? Sexy ?
Elle se surprend à rougir de ce dernier mot, comme si elle avait osé un blasphème. Sexy. Le mot lui échappe, comme un vêtement trop jeune pour elle. Elle l'imagine prononcé à haute voix, dans une chambre, entre deux souffles et il sonne faux, presque ridicule, déplacé, comme un souvenir volé à une autre.
Elle passe lentement ses doigts sur sa peau, non pour y chercher du plaisir, mais pour y traquer une vérité oubliée. Juste pour voir si elle sent encore quelque chose. La tiédeur est là, timide. Mais à l'intérieur, c'est un autre froid, plus ancien, plus épais. Le froid d'un corps rangé dans une boîte trop étroite, trop sage, trop utile. Un corps de service, de devoir. Jamais de désir. Elle se demande si ce corps peut encore séduire, si elle peut encore susciter l'envie, provoquer l'élan, faire tourner une tête dans la rue. Elle ne voit en elle que l'usure douce d'une fonction : mère, épouse, maîtresse d'école.
Mais pas une amante. Pas une femme qu'on veut. Qu'on imagine nue. Qu'on effleure d'un regard affamé. Cette idée, pourtant, la trouble. Et l'effraie un peu aussi. Parce qu'au fond, ce n'est pas tant les autres qu'elle n'imagine plus désirer son corps… c'est elle-même qui n'y voit plus rien à désirer.
Et puis, lune pensée monte. Inattendue. Une idée simple, presque timide :
Et si quelqu'un m'aidait à me retrouver ?
Quelqu'un qui ne serait ni Pierre, ni un souvenir, ni un fantôme. Quelqu'un qui écouterait. Qui ne jugerait pas. Qui ne chercherait pas à posséder, mais à comprendre.
Elle se rhabille sans précipitation. Rattache ses cheveux. Puis descends chercher l'annuaire, resté dans un tiroir du buffet. Elle l'ouvre à la lettre P. Parcours les lignes du doigt :Psychothérapeutes, Psychanalystes.
Elle hésite. Puis compose un nu méro. Le combiné tremble un peu dans sa main. Trois tonalités. Une voix de femme décroche.
— Cabinet du Docteur Julien Lacaze, j'écoute.
Hélène inspire doucement. Elle ne sait pas exactement quoi dire. Mais elle le dit.
— Bonjour. Je souhaiterais… prendre rendez-vous.
— C'est pour une première consultation ?
— Oui. Je… je crois que j'ai besoin de parler à quelqu'un.
La voix est douce. Elle propose une date. Un mardi. Onze heures.
— Vous n'auriez pas quelque chose le mercredi, par hasard ? demande Hélène, sa voix plus basse.
— Attendez, je regarde... Un léger silence. Il reste un dernier créneau mercredi à dix-huit heures. Cela vous conviendrait ?
— Oui. Parfait.
Hélène note sur un coin de papier. Remercie. Raccroche.
Elle reste un instant immobile. Ce n'est qu'un appel. Ce n'est rien. Et pourtant, c'est tout. Car elle vient, sans le savoir encore, d'ouvrir la première porte.
Dans le miroir de l'entrée, elle croise une dernière fois son regard. Quelque chose a changé. Infime. Mais réel. Une lueur. Une tension nouvelle. Comme une promesse silencieuse.
Et dans le silence tiède de la maison, pour la première fois depuis longtemps, Hélène se sent un peu vivante.
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Photo de profil de mozart
mozart
7 février 2026 à 16:30
Une bonne description, je poursuis la lecture.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Pavillon Noir
Pavillon Noir
5 février 2026 à 19:58
Très belle ouverture, oui…
Ça arrive sans frapper.
Une douceur qui ne cherche pas à séduire, mais à se déposer.
Ça respire lentement, ça regarde dedans, ça ose le silence.

C'est le genre de début qui ne fait pas de bruit mais qui installe une lumière chaude, juste assez basse
pour qu’on ait envie de s’asseoir
et d’écouter ce qui tremble encore sous la peau.
Soyez respectueux
Répondre
Tienbas28
29 janvier 2026 à 19:33
Belle écriture vous avez tellement bien décrit la solitude de cette femme
Soyez respectueux
Répondre
Tienbas28
29 janvier 2026 à 19:31
Belle écriture vous avez tellement bien décrit la solitude de cette femme
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de michel60
michel60
24 janvier 2026 à 16:48
Superbe exploration du questionnement. Qui suis-je et jusqu'où vais-je aller ?.
Merci pour ce chapitre prometteur.
Soyez respectueux
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Balandar
22 janvier 2026 à 14:45
Très captivant, vive suite
Soyez respectueux
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Photo de profil de Coquine-Aur
Coquine-Aur
21 janvier 2026 à 14:35
C'est très bien écrit, très plaisant à lire, on sent l'épaisseur du personnage là profondeur du questionnement, c'est très bon, bravo.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Gonelector
Gonelector
21 janvier 2026 à 08:37
Ce que j’aime dans ce récit, c’est le temps, la minutie que prend l’écrivain pour nous décrire, n’en doutant pas, espérons le, cet état de cette femme qui s’interroge et souffre… et dont le réveil annonce va l’électrise… Mmh !
Soyez respectueux
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Photo de profil de jaimeca
jaimeca
20 janvier 2026 à 23:18
Superbe récit qui décrit bien la solitude de cette pauvre maîtresse d'école. Elle va certainement se réveiller et va peut-être devenir une vrai bête de sexe. Il faut juste trouver le détonateur.
Soyez respectueux
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Photo de profil de christophe 52
christophe 52
20 janvier 2026 à 20:56
très belle écriture et une description qui donne un coté réel a l'histoire
Soyez respectueux
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Hétéro

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